Mélenchon et les médias : toujours n’importe quoi
Le leader de La France insoumise a organisé une conférence de presse en triant les invités. Une nouvelle sortie de route qui confond critique des médias et clivage entre les méchants et les gentils (avec LFI, selon LFI).
Dans le tumulte des derniers jours, La France insoumise a choisi l’épreuve de force avec les médias. Lors d’une conférence de presse ce mardi, Jean-Luc Mélenchon a assumé de trier les journalistes conviés, n’invitant que des « nouveaux médias » sélectionnés, à l’exclusion des rédactions « traditionnelles » – « le parti médiatique et ses marionnettes ». Devant cet aréopage choisi, il a lancé : « Je n’ai pas de problème avec les médias, ce sont les médias qui ont un problème avec moi ». Manière de renverser l’accusation – mais aussi d’entériner une pratique plus vraiment inédite et toujours problématique : filtrer l’accès à la parole politique en fonction du média, c’est-à-dire en fonction du degré de critique jugé acceptable.
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Au même moment, dans une séquence où elle surjoue la colère, Sophia Chikirou qualifie certains journalistes de « nazis aux petits pieds ». Expression d’une violence inouïe que le goût de la polémique n’excuse pas. On peut contester un traitement médiatique, dénoncer des angles biaisés, pointer des conflits d’intérêts mais assimiler des journalistes à des nazis, c’est autre chose. Ce genre de « point Godwin » abîme durement le débat démocratique.
Depuis plusieurs années, dans de nombreux médias, LFI fait l’objet d’un dénigrement agressif. Le mouvement y est régulièrement présenté comme outrancier, dangereux, incompétent ou carrément factieux. Il est devenu le punching-ball d’une partie du commentaire politique – parfois prompte à s’engouffrer dans des brèches ouvertes par des pôles médiatiques situés à l’extrême droite, notamment dans l’orbite de la sphère Bolloré. Pas toujours : même contestable, la critique peut être étayée, argumentée et fondée. La liberté d’enquêter, y compris sur LFI, n’est pas négociable.
L’accumulation de séquences à charge nourrit le sentiment d’une hostilité systémique à l’égard des insoumis. Mais est-ce ainsi que doit réagir une force politique qui aspire à gouverner ? En démocratie, la presse – même imparfaite et toujours critiquable – est une institution indispensable au débat public. Oui, la presse en France « a mauvaise presse » auprès d’une majorité de la population. Oui, une défiance largement partagée envers les médias existe. Cette défiance est parallèle et équivalente à celle qui touche les acteurs politiques eux-mêmes. Mais on ne peut vouloir capitaliser sur cette défiance. Opposer le peuple lucide à une presse corrompue par le poids de l’argent, c’est jouer avec le feu démocratique.
Opposer le peuple lucide à une presse corrompue par le poids de l’argent, c’est jouer avec le feu démocratique. Choisir ses interlocuteurs voire ses contradicteurs alimentent substantiellement les accusations en faiblesse démocratique du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
L’ambiguïté insoumise mène à l’impasse. Dans un moment où leur place dans le débat public est contestée par de nombreux acteurs institutionnels, médiatiques et politiques, attaquer frontalement l’un des piliers de ce débat est contre-productif. Choisir ses interlocuteurs voire ses contradicteurs alimentent substantiellement les accusations en faiblesse démocratique du mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Les « nouveaux médias » – actifs dans l’espace des réseaux sociaux et souvent unipersonnels – apportent diversité des formats, renouvellement des récits, accès direct à des publics parfois délaissés. Ces acteurs – influenceurs comme ils se nomment eux-mêmes – sont rarement des journalistes, quand bien même ils participent au débat public et à l’écosystème informationnel contemporain. Ils ne sauraient se substituer aux rédactions structurées, où coexistent hiérarchisation de l’information et capacité d’enquête au long cours. Les grands titres, de la presse privée au service public, demeurent des lieux de confrontation d’idées, de production d’enquêtes et de reportages indispensables à la vitalité démocratique. Et ils ne sont pas un bloc homogène.
Dans son programme de 2022, Jean-Luc Mélenchon plaidait pour mettre fin à la concentration des médias et pour l’instauration d’un contrôle citoyen. Son ton est tout autre concernant les créateurs de contenu, comme en témoigne la « brochure collective » des insoumis mise en ligne il y a deux semaines : « Le surgissement des ‘chaînes’ YouTube, TikTok et autres fonctionnent comme un écho de la naissance de la presse d’opinion dans le processus de 1789. Camille Desmoulins, Jean-Paul Marat et le Père Duchesne ont leurs héritiers : femmes et hommes blogueurs, influenceurs, streameurs et autres. » Facebook, Google et X comme outils pré-révolutionnaires ? Mouais…
Instrumentaliser la défiance à l’égard des journalistes ou contourner les médiations critiques, c’est affaiblir un principe dont la gauche a historiquement été l’une des premières défenseuses. Une démocratie privée d’une presse libre, critique et pluraliste n’est plus une démocratie exigeante – elle devient un simple régime d’adhésion.
Bonjour,
Cette façon d’agir à Melenchon pose question.
La vraie, la seule : que ferait Melenchon s’il était au pouvoir ?
Son rapport à la démocratie ?
Son rapport avec celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec lui ?
Demandez à tous les ex insoumis qui ont été exclus ou ont préféré foutre le camp.
Il adopte véritablement les mêmes méthodes que…Staline.
Mais les strotskistes ont toujours fait de même. Melenchon est bien un ancien strotskistes ?
Un peu d’uchronie : si l’Histoire avait fait gagner Strotski au lieu de Staline au sommet du pouvoir soviétique dans les années 30 ? L’histoire de la répression en URSS eut-elle été changée ?
Donc, j’ai une question en terme de conclusion : qui souhaite voter Melenchon aux présidentielles au risque de le voir gagner ?
En tout cas, pas moi.
Mais qu’est-ce que c’est que cet article ? Et vous vous scandalisez du fait que Mélanchon ait envie d’une qualité d’échange ?!
Mélanchon se fait tirer à vue à chacun de ses passages dans les médias « classiques », il est caricaturé, bombardé de questions idiotes qui ont pour seule vocation de faire le Buzz et auxquelles ont ne le laisse d’ailleurs même pas répondre …. Alors -cette fois il a choisi de faire autrement, une conférence de presse d’un style différent, and so what ?
Le panel des invités était varié.
Eh oui cher Monsieur arrivent aujourd’hui de nouveaux médias qui nous proposent des analyses approfondies, des questions percutantes, des débats contradictoires et un vrai travail de fond autrement plus nourrissant qu’un article revanchard dont le seul propos de critiquer la forme non convenue d’une conférence de presse dont vous zappez magistralement le contenu pourtant de qualité.
Les « vrais » journalistes crient au scandale ? Alors qu’ils fassent mieux leur travail.
Prétendre avec aigreur que Mélanchon chercherait à contourner des média « critiques » et soutiendrait une démocratie privée d’une presse libre et pluraliste est ridicule pour ne pas dire grotesque.
En revanche cela renvoie effectivement à la qualité déplorable de certains médias, de certains journalistes dits « professionnels » et à la nécessité d’oser joyeusement de nouveaux chemins.
Perso, moi je trouve très bien que LFI fasse aussi de la place aux « nouveaux médias ».
Les autres partis pourraient en faire autant. ça nous changerai de l’entre-soi petit bourgeois parisien 😉
Jean Luc Mélenchon, Santerre et son entourage n’ont jamais oublié leur passage dans la mouvance trotskyste de l’OCI. Après ses 22% acquis à l’élection présidentielle de 2022, la ligne politique de JLM et des Insoumis pour changer de gouvernement aurait dû être celle du renforcement et de l’élargissement de la base électorale. Il n’en a rien été, hélas. JLM s’est de plus en plus isolé, avec un sursaut au moment de la création du Nouveau Front Populaire qui était une bonne voie pour rassembler. Les Insoumis se sont enfoncés dans une impasse radicale : celle qui consiste à penser qu’ils sont les seuls à avoir raison sur tout, à imposer une vision unique du changement politique,…C’est un positionnement typiquement trotskyste qui, historiquement, n’a jamais abouti nulle part ! La France Insoumise, mouvement gazeux, sans structure de fonctionnement, sans délibération démocratique, sans congrès est condamné à disparaître dans sa forme actuelle. Quel gâchis !