Glucksmann : candidature sérieuse, promesse fragile
Samedi soir, Raphaël Glucksmann jouait gros : il devait démontrer sa capacité à porter haut les couleurs de la social-démocratie pour obtenir un accord avec le PS.
Ces six derniers mois, au fil de ses interviews ratées, les doutes sur la candidature de Raphaël Glucksmann n’ont cessé de grossir et les soupçons d’impréparation et d’hésitations ont fait florès. Un an après l’avoir annoncé, toujours pas de programme sur les thèmes qu’il dit vouloir mettre en avant : l’école et le travail. Et l’initiative lancée avec Boris Vallaud et Yannick Jadot encaisse un flop monumental.
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Dans ces conditions, le rendez-vous de samedi soir aux docks d’Aubervilliers apparaissait comme une ultime chance de convaincre le PS de le soutenir pour la présidentielle. Il sait que cette compétition ne peut s’envisager seul, sans parti et sans moyens. Une semaine après le lancement réussi de la campagne LFI, il fallait démontrer l’efficacité d’une ligne anti-Mélenchon. Bien que la primaire batte de l’aile, il n’est pas seul sur la ligne clivante : François Hollande aussi attend son heure.
Avant la question « de l’incarnation » ou celle de son « appétence », pour Raphaël Glucksmann, le défi est d’abord politique. Le PS d’Olivier Faure a fait depuis dix ans le choix de replacer le parti dans la gauche, en alliance avec les autres forces de gauche. Raphaël Glucksmann, lui, exclut LFI de la gauche et dessine un périmètre d’où sont aussi exclus les communistes. Il ne veut pas unir la gauche ; il veut faire taire la gauche remuante et reprendre le leadership. Par allusions et références, son discours s’est attaché à dessiner ce paysage. Dans son Panthéon, il place Danton et Voltaire, Mendès France et le Blum de 1920, celui qui fit le choix de garder la vieille maison quand la majorité choisit le communisme. Samedi soir, il fut aussi question de l’économie sociale et solidaire, de l’éducation populaire, de l’école publique, de la République, du syndicalisme. Raphaël Glucksmann est allé chercher, pour les réveiller, les socles du socialisme français.
Les milliers de personnes rassemblées sont en attente d’une proposition de gauche qui diffère de celle de LFI. L’absence de travail et de renouvellement des idées – à de rares exceptions près – ne permet pas à la direction d’Olivier Faure d’identifier la promesse Glucksmann pour ce qu’elle est : une désillusion certaine.
Ce fut donc un discours de positionnement. Il fut beaucoup question de souveraineté, en particulier face aux Chinois du Parti communiste, face aux Américains de la Silicon Valley. Les sujets embarrassants sont renvoyés à plus tard. Il ne fut pas évoqué l’ambition d’une défense européenne après la fin du projet d’avion de combat franco-hispano-allemand. L’action de la France dans une Europe gagnée par les idées d’extrême droite n’a pas été évoquée. L’immonde pacte européen sur l’immigration oublié ; comme étaient absents du discours Gaza et le Liban. Sur ces sujets de prédilection, l’Europe et le monde, Raphaël Glucksmann veut aussi creuser les différences et couper les ponts avec la gauche de gauche.
Son discours a porté dans l’enceinte des Docks. Les milliers de personnes rassemblées sont en attente d’une proposition de gauche qui diffère de celle de LFI. Il vaut mieux se convaincre définitivement que la bérézina des partis de gauche n’efface pas la diversité de la gauche : il y a une histoire, des traditions, des socialistes en France, quand bien même Anne Hidalgo a réuni 1,74% des voix en 2022. L’absence de travail et de renouvellement des idées – à de rares exceptions près – ne permet pas à la direction d’Olivier Faure d’identifier la promesse Glucksmann pour ce qu’elle est : une désillusion certaine. Car derrière les mots de « République des travailleurs » et de souveraineté, derrière l’amour proclamé pour la France de l’égalité des chances… il n’y a pas d’analyse de la politique de l’offre et donc pas de contre-logique. L’anticapitalisme est réduit à la lutte contre les tech bros du numérique. Les luttes nationales et internationales pour faire émerger une autre politique sont rabattues sur la volonté politique d’un président.
Raphaël Glucksmann a pour lui de ne pas avoir à endosser le bilan socialiste. Il s’est même permis des critiques qui visaient l’action de François Hollande : « Depuis des décennies, gauche et droite ont laissé prospérer une société de la rente et de l’héritage ». Il est apparu déterminé et doté d’une culture qui lui permet de parler à la gauche. Il a des atouts et n’a donc pas dit son dernier mot. Le dénigrer n’y change rien.
Au delà du projet, ou plus précisément des annonces générales concernant un projet qui reste à construire (que ce dernier soit « social démocrate » comme il le prétend ou tout à fait macron-compatible comme c’est le plus probable), j’ai du mal à saisir la cohérence de la tactique et du positionnement de R Glucksman, et in fine sa soutenabilité dans l’année qui vient.
Le premier écueil est comme vous le soulignez, qu’il a désespérément besoin que l’appareil du PS se range derrière lui en le désignant candidat, et que les militant.es ensuite fassent de même et travaillent pour lui. Pour que les instances PS le désignent il faut au préalable que celles-ci soient convaincues non seulement qu’il est la seule solution possible mais qu’en plus cette candidature ne nuira pas au parti et à son avenir. Hollande fera tout pour savonner la planche à Glucksman et il ne sera pas le seul.
Par ailleurs, n’oublions pas que le PS a déjà été saigné proprement par Macron: Est-il prêt à retenter sa chance avec ce qui apparait comme un clone de ce dernier (entourage compris)? J’ai de gros doutes. Quand le PS n’a de choix qu’entre son avenir et celui de son camp, il choisit invariablement ses propres intérêts comme on l’a vu ces derniers années.
Les militant.es vont ils aller au charbon pour ce candidat qui n’est même pas de leur parti? Pas la totalité, c’est certain. L’électorat de la gauche du PS votera t-il pour lui? Pareil.
De toute façon, le risque pour le PS est celui de l’effacement, je doute qu’il le prenne fut-ce au nom de valeurs auxquelles d’ailleurs il ne croit pas lui-même.
Le second écueil est encore plus évident.
En refusant, et même en rejetant LFI et PCF, sur quel électorat pense t-il s’appuyer pour accéder au premier tour?
Quelle arithmétique nouvelle mobilise t-il pour se convaincre qu’en tant que « candidat de gauche » il peut se passer du plus gros parti de gauche, en s’appuyant qui pis est sur celui qui a fait 1,7% à la dernière présidentielle? Sans parler bien évidemment d’EELV et ses 4% qu’il convient de convaincre en plus. Le compte n’y est pas du tout!
Il ne peut donc compter que sur le centre (ce qui au passage relativise de fait ses pulsions « de gauche ») … qui va voter Gabriel Attal ou Édouard Philippe et n’a aucune raison de voter pour un pseudo transfuge du PS n’ayant pour seule expérience politique qu’un mandat de député européen!
Je trouve très curieux, en fait, que l’on prenne sa candidature au sérieux tant elle repose sur toute une série de prémisses ayant très très peu de chance de répondre à ses espoirs.