« C’est quand la dernière fois que les Écologistes ont fauché des OGM ? »
Création des « Verts populaires », fuite des cerveaux des Écologistes (vers La France insoumise ?), revival de l’écologie radicale… On a pris un café avec Jérôme Gleizes.
Adhérent aux Verts depuis 97, Jérôme Gleizes est ancien conseiller de Paris. Il fut longtemps membre du conseil national du parti, en charge des négociations programmatiques. Lors des dernières municipales, il s’oppose aux accords entre les Écologistes et le PS et finit par rallier la candidature de Sophia Chikirou. En janvier, il est signataire d’une tribune dénonçant la social-démocratisation des Écologistes. Il sera alors exclu du parti et sera à l’initiative de la création des « Verts populaires ».
Regards. C’est quoi ce nouveau truc, les « Verts populaires » ?
Jérôme Gleizes. À la suite des municipales, l’incohérence et les contradictions des Écologistes ne nous étaient plus supportables. La direction a décidé d’une alliance avec le PS alors qu’au niveau local nous avions d’autres proximités : à Toulouse, à Montpellier ou à Perpignan… Même à Paris, David Belliard avait la place pour discuter avec Sophia Chikirou et gagner. Le parti nous a accusé de rejoindre La France insoumise alors que nous, nous prônons simplement ce que faisait Marine Tondelier au moment de la Nupes : être le trait d’union entre les insoumis et la gauche du PS. Voilà pourquoi certains d’entre nous ont été exclus – c’est mon cas – et d’autres suspendus – comme la sénatrice Raymonde Poncet-Monge – le temps des municipales. C’est la première fois qu’on voyait ça, un délit d’opinion chez les écologistes.
Mais combien êtes-vous, qui êtes-vous et êtes-vous tous hors du parti de Marine Tondelier ?
Ni tout à fait dedans, ni tout à fait dehors. Pour l’heure, les « Verts populaires » sont totalement informels. Nous n’avons fait qu’une tribune signée par 900 personnes et une conférence de presse. Mais cette démarche a attiré plusieurs centaines d’anciens écologistes qui avaient déjà quitté les Verts, certains avaient rejoint les insoumis. Puis nous avons eu une dizaine d’élus aux municipales.
« Est-ce que Mélenchon sera candidat ? Il a tout à fait conscience qu’il n’a pas forcément les capacités de rassembler et que le risque d’une victoire du RN est là. Je pense que ce n’est pas impossible que les insoumis présentent quelqu’un d’autre. »
Vous êtes un sas de décompression avant l’intégration à La France insoumise ?
Nous n’avons pas vocation à nous fondre dans les insoumis – et ils ne nous le demandent pas –, mais on n’est pas non plus pour exclure tout ce qui est à la gauche des insoumis. Penser qu’on peut faire sans LFI, c’est suicidaire. Notre base, c’est la Nupes et son programme. Qu’on soit bien clair, ce programme est tout autant révolutionnaire que celui de 1981, mais c’est le cadre minimal qui a permis d’unir la gauche en 2024. Notre ambition, c’est de garder cette cohésion et de peser sur la gauche en faveur d’une écologie radicale. Les Écologistes ne mènent plus de campagnes, ils se sont social-démocratisés. C’est quand, la dernière fois qu’ils ont bloqué une centrale nucléaire ou fauché des OGM ? Il y a un vide et nous voulons le remplir. Le problème aux Écologistes, c’est que Marine Tondelier est enfermée dans sa propre stratégie personnelle qui, de fait, est incompatible avec l’union : elle pense qu’en 2027 elle va être présidente de la France.
Une candidature de Marine Tondelier n’est pas simplement un moyen d’assurer la pérennité de son parti, d’éviter la fuite des cerveaux vers LFI ?
Non, ce n’est pas une bonne raison, parce que le parti n’a jamais fait de bons scores aux présidentielles. Le problème de Marine Tondelier, c’est qu’elle a raté deux coches : les élections européennes et municipales. Elle a refusé les mains tendues des insoumis pour « faire mieux » et ça a raté. C’est faux de dire que LFI ne voulait pas d’accords ou que leurs demandes étaient excessives. Absolument faux. Marine Tondelier a tout gâché par erreur d’analyse.
Vous avez quand même une proximité évidente avec les insoumis… Vous vous préparez à faire la campagne de Jean-Luc Mélenchon ?
On est plutôt dans la logique de faire un peu comme le POI, c’est-à-dire être dedans et dehors en même temps. On a des éléments stratégiques convergents mais on garde quand même une autonomie, une indépendance vis-à-vis d’eux. On est assez raccord avec les critiques émises par le député LFI Loïc Prud’homme. Mais il faut aussi savoir admettre la force des insoumis, leur capacité d’invention (la Nouvelle France) et d’analyse de leur propre positionnement. Ils ont bien compris qu’ils n’y arriveront pas seuls, en étant trop identitaires. Donc ils sont dans une stratégie d’ouverture : on l’a vu à l’Institut La Boétie avec Stéphane Peu et Cyrielle Chatelain. Les municipales ont été minutieusement scrutées : entre Paris, Marseille et Saint-Denis, les insoumis ont bien vu qu’une stratégie d’élargissement de la base dès le premier tour était gagnante. Sur quoi est-ce que ça va déboucher ? Est-ce que Jean-Luc Mélenchon sera candidat ? Il a tout à fait conscience qu’il n’a pas forcément les capacités de rassembler et que le risque d’une victoire du RN est là. Alors il pourrait faire ce qu’il a fait au moment où la Nupes se cherchait un premier ministre. Je pense que ce n’est pas impossible que les insoumis présentent quelqu’un d’autre.
La dernière fois que les écologistes ont fauché des OGM, j’y étais. Et José Bové n’avait pas encore viré à droite et rejoint Cohn-Bendit et Delga contre la gauche.