La catastrophe soviétique a toujours des leçons à nous apprendre. Pas sûr que le macronisme et les écoles d’ingénieurs aient été très attentifs…
Ce samedi, une fois encore, une foule se rassemblera autour du squelette de la centrale nucléaire de Tchernobyl, qui explosa il y a quarante ans. Se réuniront les familles, les proches et les rescapés de la plus grande catastrophe nucléaire civile. Un périmètre grand comme la région parisienne est toujours contaminé. La vie humaine y est durablement impossible. Les traces du nuage continuent de se mesurer jusqu’en France.
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Cette catastrophe nucléaire, puis celle de Fukushima, ont relancé de vifs débats sur l’énergie nucléaire civile. L’Allemagne est sortie du nucléaire ; la France s’est engagée sur un nouveau mix énergétique remontant la part du renouvelable. Bien que les politiques énergétiques se pilotent à long terme, le débat n’est pas clos. Quel que soit les choix en faveur ou non du nucléaire, la question de la sûreté reste la première des questions.
La catastrophe de Tchernobyl a été racontée, étudiée dans le détail. La prix Nobel de littérature ukrainienne, Svetlana Alexievitch, a consigné les témoignages des survivants dans La Supplication : Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse (1998). Une formidable série télévisée restitue l’enchaînement des faits ; elle est visible – avec courage – sur de nombreuses plateformes de téléchargement. De ces œuvres et de ces travaux d’expertise internationale, il ressort que les causes premières du cataclysme furent des défaillances humaines et de graves lacunes organisationnelles : mauvaises décisions prises sous la pression d’objectifs à tenir, enjeux personnels et chefferie rendue irresponsable. Les mécanismes de déréalisation du système soviétique sont-ils si éloignés de l’abstraction du marché et de la rentabilité ?
Le maintien des organismes de contrôle indépendants sont à l’évidence des conditions de sûreté. Ils étaient inexistants ou à peu près en URSS en 1986. Ils sont affaiblis et parfois attaqués en France.
La transparence sur les décisions en amont, la participation élargie au suivi des procédures, la formation de tous les intervenants et leur stabilité dans les postes, le maintien des organismes de contrôle indépendants sont à l’évidence des conditions de sûreté. Ils étaient inexistants ou à peu près en URSS en 1986. Ils sont affaiblis et parfois attaqués en France. Depuis le 1er janvier 2025, par la volonté macroniste, contre l’avis de nombreux agents d’EDF, d’ONG et de députés de gauche, l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) et l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) ont fusionné pour former l’ASNR. On pense aussi à la suppression de ce qui constituait le socle du collectif de travail chez EDF, des comités mixtes à la production. Dans ces lieux d’échanges entre les électriciens d’EDF, très décentralisés et qui remontaient à la création d’EDF (il y a tout juste 80 ans), les techniciens, les agents, les ingénieurs échangeaient sur le contenu du travail, son organisation, les choix techniques et donc aussi sur les conditions de sûreté. Ces comités ont été supprimés lors de la privatisation d’EDF en 2004.
Ce rétrécissement de la place des travailleurs, la disparition des collectifs de travail s’est aussi accompagnée d’une évolution du management chez EDF, comme dans de très nombreux autres groupes. Même dans les grandes écoles d’ingénieurs, la formation est désormais davantage centrée sur la finance, le management que sur la technique et la technologie. Ce qui unissait les salariés d’EDF, c’était la physique de l’atome. Est-ce encore toujours le cas ?
La culture de la sûreté ne va pas sans participation, démocratie, savoirs partagés. Cette exigence vaut pour le nucléaire, mais pas seulement. C’est aussi une leçon de Tchernobyl.
La leçon de Tchernobyl en France, c’est que le soucis de la santé publique, comme la démocratie, s’arrête aux portes des centrales.
Une petite altesse déshérence peut décider tout seul dans son coin de la construction de dizaines d’EPR (pas au point, hors de prix, autant de détails) sans que 0 millions de personnes qui payeront la facture ne soient consultées.
Quarante années après les autorités françaises continuent de mentir sur les expositions, pour la Polynésie il a fallu attendre plus de soixante ans pour que la vérité atténuée, minorée, sortent: Oui la Polynésie a été massivement exposée aux pollutions des essais. Plus que vingt ans à attendre pour que l’on sache que les seuils étaient pulvérisés, une paille.
« Le nucléaire, c’est militaire », ce slogan qui sent bon les années 70 n’a jamais cessé d’être d’actualité.
Dommage que l’article, tout en posant très justement la question de la sûreté démocratique, laisse un peu de côté ce qui me semble être le défaut plus structurel du nucléaire : sa nature profondément inégalitaire!!! Une énergie chère, lourde, centralisée, réservée aux États riches, vendue pourtant comme promesse d’abondance universelle… cherchez l’erreur!
Le nucléaire promet une énergie quasi infinie, mais exige des capitaux massifs, des délais interminables, des compétences ultra-concentrées et des institutions capables d’en porter le risque. Autrement dit : une solution mondiale… qui n’a rien de démocratique et qui reste accessible à une minorité de pays. Très pratique Catherine pour « sauver l’humanité » n’est-ce pas ?
Pendant ce temps, chaque euro englouti dans cette filière est un euro retiré aux renouvelables, aux réseaux, au stockage, à la rénovation et, de fait, à la sobriété organisée, qui s’annonce elle aussi très coûteuse. Les renouvelables n’ont pas besoin de vendre le fantasme d’une énergie infinie : elles partent d’énergies présentes partout, donc potentiellement appropriables beaucoup plus largement, DONC PAR NOUS… MAIS AUSSI PAR LES AUTRES… y compris par les plus pauvres!
Et c’est bien parce que la transition énergétique est un chantier mondial qu’il faut cesser de l’aborder avec une feuille de route exclusivement nationale, industrielle, presque impériale. Il faut au contraire l’inscrire dans une perspective de coopération assumée, avec le maximum de partenaires, autour d’un accès démocratique et populaire à l’énergie, sans rapport de domination implicite, sans mises sous tutelle via des mini-réacteurs clé en main, sans abandon de souveraineté par des centrales et réseaux nationaux entièrement pilotés de l’extérieur.
Car enfin, Catherine, comment une énergie réservée aux pays riches pourrait-elle être la réponse centrale à une crise produite précisément par leur modèle de développement ?
C’est peut-être là que se trouve le vrai « après Tchernobyl »: moins dans la seule sûreté que dans la démocratie matérielle que porte l’énergie elle-même…
Vivement la rupture!