Mayotte : un raz-de-marée de naturalisations ?

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Le député de l’île alerte, depuis 2005, sur les « 50 000 naturalisations, par l’effet mécanique du droit du sol, qui interviendront dans les 15 prochaines années ». Loin des chiffres réels. Mais tout le monde s’en moque bien, des faits, même Gérald Darmanin.

La « submersion migratoire » à Mayotte inquiète. Elle inquiète au point que le ministre de l’Intérieur a trouvé une solution : empêcher les enfants nés à Mayotte de parents étrangers de devenir Français à leur majorité (ou à 13 ans s’ils ont vécu en France 5 années depuis l’âge de 8 ans), ces conditions étant déjà durcies à Mayotte, puisque « à la date de sa naissance, l’un de ses parents au moins réside en France de manière régulière, sous couvert d’un titre de séjour, et de manière ininterrompue depuis plus de trois mois ».

Comme à Mayotte un habitant sur deux est étranger, on pourrait se dire que les nouveaux « Français de papier » à leur majorité vont submerger Mayotte, et c’est le raisonnement d’un député LR de Mayotte qui, dans un amendement déposé en 2018 avec d’autres écrivait que « sur la base des naissances enregistrées depuis (2015), ce sont environ 50 000 naturalisations, par l’effet mécanique du droit du sol, qui interviendront dans les 15 prochaines années, soit un tiers de la population mahoraise actuelle ».

L’ennui est que, en 2005, le même député déposait une proposition de loi où il prédisait déjà, mot pour mot, que, « sur la base des naissances enregistrées depuis [2002], ce sont environ 50 000 naturalisations, par l’effet mécanique du droit du sol, qui interviendront dans les 15 prochaines années, soit un tiers de la population mahoraise actuelle ».

Qu’en est-il ? En 2022, il y a eu pour toute la France 32 000 acquisitions de nationalité par ce dispositif, un nombre assez stable depuis 25 ans si on excepte un maximum de 42 000 en 1999. À Mayotte, il y en a eu 799 en 2022, 1587 en 2013, 1314 en 2014, 648 en 2015, 1514 en 2016, 1708 en 2017, 2829 en 2018, 1467 en 2019, 446 en 2020, 649 en 2021. D’après notre député, on aurait donc dû en avoir 50 000 en 15 ans, soit 33 000 en 10 ans, et pas 13 000 comme observé. Cela relativise les choses et semble montrer que si les femmes étrangères viennent accoucher à Mayotte, ce n’est pas dans leur majorité parce qu’elles espèrent que leurs enfants deviendront Français un jour, mais que peut-être c’est lié à la meilleure situation sanitaire, par exemple.

La situation de Mayotte n’est pas simple. Comme on peine à voir comment empêcher quelques centaines de jeunes d’y acquérir la nationalité tous les ans va l’arranger, on en vient à se dire que cette proposition du ministre de l’Intérieur est pour le moins étrange. Sauf si son but est ailleurs. Il était parfaitement prévisible que l’extrême droite et la droite de moins en moins républicaine allaient se jeter dessus pour demander son extension à la France entière : modifier la Constitution le permettrait et on en vient à penser que la différence entre le régime en place et l’extrême droite se réduit comme peau de chagrin, car va-t-on réunir le Congrès pour seulement empêcher quelques centaines de naturalisations par an ? On en doute, par contre, si c’est pour la France entière… Une seule question, combien de millions de Français ne le seraient pas aujourd’hui, y compris parmi les dirigeants de droite et d’extrême droite, si on avait appliqué cette restriction depuis des décennies ?

4 commentaires

  1. Pierre Vincent le 15 février 2024 à 11:29

    A un moment ça serait bien d’entendre les revendications du peuple non? Les mahorais n’en peuvent plus de l’invasion de comoriens. Il faut les écouter.

  2. Lucien Matron le 18 février 2024 à 03:37

    Ça va commencer par Mayotte, puis ce sera au tour de la Réunion située à quelques encablures. Les lois d’exception géographique n’existe pas dans la constitution de la République ou alors…pour tout le monde. Qu’on se le dise !

    • Frédéric Normand le 18 février 2024 à 12:36

      Non. De telles lois existent. Par exemple dans celles qui régissent le rapport entre les cultes et l’Etat. Il y a plusieurs statuts dérogatoires, en Alsace-Moselle, à Wallis-et-Futuna, en Guyane et à Mayotte.

  3. Martial Villefort le 21 février 2024 à 12:44

    Manuel Valls vient de prendre position contre le projet de Darmanin, en reprenant les données que j’indiquais : «  »800 mineurs ont obtenu la nationalité française, contre 2 800 en 2018 » (https://www.francetvinfo.fr/economie/crise-a-mayotte/fin-du-droit-du-sol-a-mayotte-l-ancien-premier-ministre-manuel-valls-denonce-un-projet-de-reforme-inutile-inefficace-et-dangereux_6379249.html).
    Inattendu, mais bienvenu. Cela va bien avec le poème d’Aragon, La rose et le réséda : « Quand les blés sont sous la grêle Fou qui fait le délicat ».
    En ce jour de mise au Panthéon de Manouchian, étranger, apatride, non-européen, j’espère que, ce soir, les assistants à la cérémonie feront le vide autour des représentants du parti issu de celui fondé entre autres par des collabos en 1972 qui ont osé y venir. Qu’ils restent seuls à bonne distance des descendants de ces étrangers qui, eux, avaient choisi la France.

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