Israël, comme un bulldozer

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Trump vend son plan pour Gaza, les Européens dénoncent la colonisation en Cisjordanie, les diplomates appellent aux sanctions. Pendant que les chancelleries parlent, Israël continue son action génocidaire et annihile la solution à deux États.

Au Proche-Orient, l’implacable mécanique de guerre, de colonisation, de dépossession et de génocide continue. Même le grand « plan de paix » de Donald Trump pour Gaza (cessez-le-feu, libération des otages et des prisonniers, reconstruction de Gaza et gouvernance palestinienne transitoire contre désarmement militaire et politique du Hamas et retrait d’Israël) s’est fracassé sur la réalité : Israël le rejette. Le président américain, qui pensait pouvoir imposer « sa solution », découvre qu’Israël fait ce qu’il veut, quand il le veut, au mépris des injonctions internationales et des desiderata de Washington.


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Pendant que Donald Trump vend donc sa « solution » comme une grande entreprise de paix, la réalité, elle, continue de s’écrire à coups de bombes, de déplacements de population et de destruction. Les plans diplomatiques s’empilent mais sans rapport de force pour contraindre le gouvernement de Benyamin Netanyahou, ils restent des mots posés sur les ruines.

Ce décalage devient intenable. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 22 août, une centaine d’anciens diplomates français et britanniques appellent leurs gouvernements à agir enfin pour faire respecter le droit international en Palestine. Leur message est simple : si l’on condamne la destruction de Gaza, la colonisation et les violences en Cisjordanie, il faut en tirer les conséquences. Et les diplomates de lister : suspension des accords commerciaux, arrêt des transferts d’armes et de la coopération militaire, interdiction du commerce avec les colonies, respect des décisions de la Cour internationale de justice et de la Cour pénale internationale. Bref : passer des indignations aux sanctions. Faire du droit international autre chose qu’un élément de langage.

Alors que l’Iran et le Liban accaparent l’attention internationale, reléguant Gaza au second plan, l’horreur continue. En Cisjordanie, la guerre prend la forme d’extension des colonies, d’agressions de colons, de déplacements de populations et de destruction d’infrastructures. Toutes les actions des colons israéliens, protégés par l’armée, concourent à rendre impossible l’existence d’un territoire palestinien.

La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège et les Pays-Bas ont jugé, ce 20 août, le projet « inacceptable ». Mais depuis quand une chose « inacceptable » devient-elle acceptable dès lors qu’elle est réalisée ? Une ligne rouge que personne ne défend n’est pas une ligne rouge. C’est une invitation à avancer.

Le projet E1, promu notamment par le premier ministre et son ministre des finances et des affaires civiles, Bezalel Smotrich, en est le symbole : en développant les colonies dans une zone stratégique à l’est de Jérusalem, Israël veut couper la Cisjordanie en deux. Ce n’est donc pas un projet immobilier : c’est une nouvelle pièce dans la construction d’une annexion de fait. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège et les Pays-Bas ont jugé, ce 20 août, le projet « inacceptable ». Mais depuis quand une chose « inacceptable » devient-elle acceptable dès lors qu’elle est réalisée ?

Les capitales européennes haussent le ton, promettent des sanctions, dénoncent les violences et rappellent leur attachement à la solution à deux États. Mais, dans le même temps, elles refusent d’utiliser les leviers économiques et diplomatiques dont elles disposent. Or une ligne rouge que personne ne défend n’est pas une ligne rouge. C’est une invitation à avancer.

Et Israël avance. En Cisjordanie, comme à Gaza, la question n’est donc plus celle des intentions mais celle des réalités fabriquées. À force de condamnations sans conséquences, l’inacceptable finit par devenir la norme. Et pendant que les chancelleries rédigent des communiqués, les bulldozers, eux, redessinent la carte.

Le véritable test pour Paris, Londres ou Berlin n’est donc plus de savoir s’ils trouvent la colonisation « inacceptable ». Le véritable test est de savoir ce qu’ils sont prêts à faire pour qu’elle cesse. Et pour l’instant, pas grand-chose…

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