Primaire de la gauche : what else ?

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En récusant la primaire, Boris Vallaud la met en péril. Ce mode de départage à gauche, plébiscité par les électeurs, reste suspendu au vote des militants socialistes après les municipales.

Dans Le Nouvel Obs du 7 février, Boris Vallaud affirme que la primaire de la gauche « n’est pas suffisante ». Lui, comme d’autres, pensent que seul le PS, « parti de gouvernement », peut emporter une élection présidentielle et il ne voit donc pas l’intérêt de l’ouvrir au risque de la perdre. La position de Boris Vallaud n’est pas celle du PS : le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, continue, lui, de défendre la primaire comme outil d’unité face au danger mortel de l’extrême droite. Les militants socialistes trancheront après les municipales.


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Boris Vallaud ne propose pas seulement de rejeter la primaire. Il avance une autre stratégie : d’abord, le PS se choisit en interne son candidat – Raphaël Glucksmann (Place Publique) ne peut, dès lors, concourir. Ensuite, le PS organise une « plateforme » programmatique ouverte aux autres forces de gauche, hors LFI. Boris Vallaud ne se retourne pas sur les échecs de son parti, il ne réfléchit pas aux raisons des succès de Jean-Luc Mélenchon. Pour lui, le centre de gravité est déjà fixé et les socialistes l’occupent naturellement.

Disons-le franchement : rares sont ceux qui croient que cette proposition de ralliement au candidat socialiste puisse advenir. Il est probable qu’aucune force à la gauche du PS ne se range derrière le faible parti à la rose. Ils ne le feront pas par dignité mais surtout parce que cela n’a pas de sens politique. Vendredi, une étude d’opinion révélait que 78% des électeurs de gauche sont favorables à la primaire des gauches et des écologistes. Paradoxe : on trouve aussi 77% des électeurs LFI à soutenir l’idée, malgré le refus réitéré de Jean-Luc Mélenchon de s’y associer.

Il ne faut pas prendre les électeurs de gauche pour des naïfs. Ils savent que des désaccords existent – et ils sont parfois substantiels – mais ils pensent que ce qui unit la gauche et ce qui l’effraie est encore plus important. Puisque désaccords il y a, ils veulent choisir, trancher, pas avaliser.

Mélenchon persiste à récuser une primaire de toute la gauche. De quoi a-t-il peur ? De quoi Glucksmann ou Guedj ont-ils peur ? Qu’ils se présentent à la primaire et l’emportent ! Peuvent-ils imaginer gagner l’élection présidentielle s’ils ne peuvent trouver les idées, le discours qui rassemble et mobilise la diversité des 30% d’électeurs de gauche ?

Les électeurs de gauche ne sont pas non plus des poissons rouges : ils ont de la mémoire. Jacques Chirac n’a gagné en 2002 que parce que le camp social-démocrate était éclaté entre trois candidats (Taubira, Chevènement et Jospin) : Lionel Jospin éliminé, Jean-Marie Le Pen qualifié pour le second tour. On se souvient aussi qu’en 2022, Fabien Roussel a rassemblé plus de voix qu’il n’en manquait au leader insoumis pour se hisser au second tour.

La gauche est diverse. Tant mieux. Si on pense tous pareil, c’est qu’on ne pense pas et il faut réfléchir en ces temps de bascule et de faiblesse de la gauche. Mais il faut aussi savoir s’unir. 

Vendredi, en meeting à Argenteuil, Jean-Luc Mélenchon a tendu la main aux communistes, réaffirmant une « offre fédérative » pour la présidentielle et les législatives : Conseil du programme, Conseil politique de campagne, et promesse de gouverner ensemble. Jean-Luc Melenchon fait une proposition comparable à celle de Boris Vallaud. La logique est identique : celle de l’affirmation de son camp au sein de la gauche. Cette logique peut se comprendre par temps calme… mais se discute quand le danger est imminent. Le député communiste Stéphane Peu, président de son groupe, rappelle souvent la convergence en 1934 des socialistes et des communistes. Sous la pression des manifestants antifascistes, les deux grands partis de la gauche vont s’allier : « Pain, paix, liberté ». Cela débouchera sur le Front populaire. Pas davantage qu’hier, l’enjeu ne peut se réduire à l’affirmation d’un droit historique à exister ou à la défense d’un sigle.

Jean-Luc Mélenchon persiste à récuser une primaire de toute la gauche. De quoi a-t-il peur ? Qu’il se présente à la primaire et l’emporte ! De quoi Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj ont-ils peur ? Qu’ils viennent se confronter au reste de la gauche ! Peuvent-ils imaginer gagner l’élection présidentielle s’ils ne peuvent trouver les idées, le discours qui rassemble et mobilise la diversité des 30% d’électeurs de gauche ? Clémentine Autain a publié ses idées. François Ruffin a convaincu 100 000 personnes de le soutenir. Tous deux contribuent à la nécessaire mobilisation de la gauche.

Ce dont la gauche a urgemment besoin, c’est d’une dynamique puissante, capable de renverser la vapeur face à une extrême droite galopante. Une dynamique qui dépasse les états-majors, les congrès et les rapports de forces internes. Une dynamique qui parle au pays. Sans cela, aucune stratégie, primaire ou pas, ne peut l’emporter.

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