Sans surprise, Mélenchon

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Personne n’ayant réussi à « faire mieux » depuis 2022, c’est Jean-Luc Mélenchon qui s’y recolle. Pour la quatrième fois.

La candidature de Jean-Luc Mélenchon est désormais officielle. À défaut d’être une surprise, c’est une étape importante dans la campagne présidentielle qui commence. L’annonce a été anticipée, non parce que la situation de guerre, la détérioration du climat et la crise sociale se seraient subitement aggravées, mais parce que le timing propre de la campagne le commande : ne pas laisser le terrain à ceux qui sont déjà partis, Ruffin, Retailleau, Philippe et Villepin. L’annonce contraste avec le cafouillage de la gauche dite « non-mélenchoniste » qui tarde à s’accorder sur le périmètre, le projet et une candidature. Jean-Luc Mélenchon l’a redit : « C’est carré », les insoumis avanceront « sur leur programme, avec leur équipe et leur candidat ».


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On n’extrapolera pas à l’excès sur les douze petites minutes d’entretien accordées au 20 heures de TF1 hier soir. Tout n’a pu être dit par le candidat. Relevons quelques premiers points dont on verra comment ils seront confirmés et approfondis, parce que, évidemment, rien n’a été laissé au hasard.

Le personnage « Jean-Luc candidat » est de retour et il cherche à désamorcer les sujets les plus clivants ou sur lesquels les insoumis ne se sont pas fait comprendre. Interrogés sur l’usage de termes qui ont fait polémique comme « racisés », « nouvelle France » ou « grand remplacement », le sage Mélenchon a donné une lecture tirée des sciences sociales, sans portée polémique. Le terme « racisé » ne fait qu’affirmer que le racisme est dans le regard de celui qui regarde l’autre à partir de sa couleur de peau ou de sa religion supposée. « Nouvelle France » n’est qu’un constat des transformations sociales profondes de notre pays (urbanisation, place des femmes, formation…). Le « grand remplacement » est une évidence, celle du renouvellement des générations.

Jean-Luc Mélenchon se veut le candidat qui rassemblera la France en entier, promeut le tous ensemble contre le chacun pour soi. Il n’a pas tort de commencer dès maintenant cette nouvelle explication de texte. Le moins que l’on puisse dire est que, jusqu’à présent, les insoumis n’ont guère été compris. C’est un gros problème quand on veut se faire élire par la majorité des Français qui n’apprécient pas être classés dans la « vieille France ». 

Mélenchon ne veut pas que la question du RN soit l’alpha et l’oméga de la campagne. Sûrement parce qu’elle bloque tout débat et empêche la progression de ses idées et de ses propositions. Mais surtout, il ne veut pas que l’ombre portée du second tour détermine trop fortement le premier tour.

Le second point est l’absence totale de référence au rassemblement de la gauche. Ce n’est pas son sujet. Ainsi, il recommande de regarder les visages des membres de son équipe. « Ce sont eux qui constitueront le futur gouvernement. » Il est audacieux de penser que, non seulement Jean-Luc Mélenchon peut être élu, mais que les Français voudront un gouvernement 100% insoumis. Entre cohérence et rassemblement, le réglage n’est peut-être pas encore trouvé. 

Enfin, troisième élément marquant de son intervention, son scepticisme sur l’arrivée au second tour du Rassemblement national. Si nombreux sont les Français à douter que le RN soit élu à la présidence de la République, rares sont ceux qui voient le RN éliminé dès le premier tour. La force du RN ne se dément pas, se structure et s’enracine. Il entend tirer profit de la progression des idées d’extrême droite à l’échelle internationale. Pourquoi Jean-Luc Mélenchon émet-il ce doute ? Qui peut vraiment imaginer que cet homme avisé le pense vraiment ? Le candidat insoumis ne veut pas que la question du RN soit l’alpha et l’oméga de toute la campagne. Sûrement parce qu’elle bloque tout débat et empêche la progression de ses idées et de ses propositions. Mais surtout, Jean-Luc Mélenchon ne veut pas que l’ombre portée du second tour détermine trop fortement le premier tour.

Évidemment, empêcher l’élection du candidat RN pèsera dans le choix des électeurs dès le premier tour, comme on vient de le voir à Marseille. Pour que les insoumis aient un espace élargi, ils doivent être premiers à gauche et assez largement pour battre toute candidature de droite. Bref, Jean-Luc Mélenchon peut réussir l’exploit d’une qualification au second tour, soit parce que le RN est éliminé (pardon d’en douter), soit parce qu’il aura prouvé pendant la campagne qu’il peut rassembler la majorité des Français. Difficile équation : mobiliser les siens, gagner des abstentionnistes et ne pas cliver avec les autres. 

Dans un débat avec Frédéric Lordon, il a commencé à exposer sa vision : il sera le président qui fera les changements que veut la société. Bref, Jean-Luc Mélenchon veut le changement mais ne brutalisera pas le pays. C’est sûrement cette ligne qu’il va tenir, tentant de faire oublier ou de reléguer au second plan les griefs accumulés ces dernières années. Qui vivra verra.

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14 commentaires

  1. Berthelot Jacques le 4 mai 2026 à 14:39

    « l’absence totale de référence au rassemblement de la gauche » peut on lire à propos des déclarations de JLM.
    faut il faire un peu d’histoire ?
    Les directions du PS , du PCF , une partie de celle des écologistes ont dressé une muraille entre eux (qui se considèrent comme la gauche ) et LFI qu’ils excluent de la gauche .
    La plupart des partisanes et partisans de la primaire à gauche sont sur cette position, dans ces conditions quel rassemblement possible devant de telles positions ?
    De plus la plupart ont jeté à la poubelle les projets de la NUPES et du NFP , bases d’un rassemblement possible à gauche.
    Celles et ceux qui dénigrent cette candidature de JLM devraient se regarder dans leur glace et voir quelles sont leurs responsabilités.
    D’ailleurs quel rassemblement à gauche possible avec le PS qui permet la politique du gouvernement Lecornu en prolongeant sa durée de vie en refusant dele censurer?

    • Michel Davesnes le 5 mai 2026 à 16:08

      Bien vu, Jacques. Combien de fois faut-il rappeler que c’est le parti prétendument socialiste qui a engendré Macron et son Monde et par conséquent fait progresser le Front national (oui, je dis toujours FN parce qu’il ne suffit pas de refaire la façade pour faire disparaitre l’odeur dans l’arrière boutique). Si encore le PS reconnaissait des erreurs… Mais non, il est incapable de tirer le bilan des années Hollande. Au contraire, on voit le même Hollande reprendre du poil de la bête.

  2. carlos_H le 4 mai 2026 à 17:41

    Article « sans surprise » non plus…
    Pour résumer:
    LFI a une ligne claire… mais elle serait trop claire.
    LFI a un programme… mais il faudrait déjà le diluer pour rassurer.
    LFI se prépare à gouverner… mais surtout pas comme une force qui assume de gouverner seule.

    Ce “mais”, il sert à quoi, Catherine ? À déplacer le débat du terrain du contenu vers celui de la respectabilité ? Parce qu’on connaît déjà la musique :
    on ne discute pas le fond, on personnalise le problème (“Mélenchon divise”) et on évite soigneusement le conflit social réel pour se perdre en palabres sur la stratégie, plutôt que de qualifier les rapports de force…

    Au final, votre article produit une critique assez ironique : la seule force qui propose une rupture cohérente est sommée de prouver… qu’elle ne rompra pas trop!!! Franchement, la question n’est pas “LFI peut-elle s’élargir ?” mais vers quoi et à quel prix ?

    Parce qu’à force de vouloir une gauche “rassemblée”, on finit surtout avec une gauche… alignée sur le plus à droite.

    Alors Catherine, on sort comment de ce piège sans retomber, encore une fois, dans le “LFI, mais…” ?

  3. Lucien Matron le 4 mai 2026 à 23:57

    Pour changer de cap , pour mettre en œuvre une politique de rupture, il faut un programme, il faut une équipe, il faut un candidat expérimenté qui connaît parfaitement la culture et l’histoire du pays. Avec Jean Luc Mèlenchon, LFI coche toutes les cases. Mais pour atteindre l’objectif, il faut gagner la présidentielle ! Et pour gagner, il faut obtenir la majorité des électeurs c’est à dire les rassembler !…À ce jour, la stratégie de rassemblement le plus large de JLM et de LFI n’est pas explicite. Il est nécessaire de la clarifier, de l’expliquer et de convaincre.

    • Piboudy le 10 mai 2026 à 12:58

      La stratégie de LFI est claire : il faut convaincre le plus de monde possible de voter LFI.
      Quant au « rassemblement », LFI a proposé :
      « Nous sommes prêts à ouvrir des discussions. Ces discussions, incluant la perspective des élections sénatoriales, pourraient permettre une campagne commune pour les élections présidentielle puis législatives autour d’un programme partagé de gouvernement. » (JLM)
      « C’est une proposition d’accord autour d’un programme de rupture visant à constituer une majorité au Parlement pour le mettre en œuvre. Et pour cela il faudra une seule candidature dans chaque circonscription. » (Paul Vannier).
      Il me semble que c‘est clair.

  4. lemasseur le 5 mai 2026 à 08:10

    Que vous le vouliez ou non, seul cet individu, à gauche, a des chances d’être au second tour et ce justement grâce à ce que vous lui reprochez a demi -mot dans votre billet.

    Pensez-vous vraiment qu’une personne au RSA subissant son xème contrôle trouve Mélenchon « brutal »? Les quelques 350 000 personnes qui vivent à la rue, les 15% de citoyens vivant sous le seuil de pauvreté trouvent-ils insupportable la « violence » de Mélenchon? Restons sérieux, la violence on sait où elle est et celle que l’on reproche à Mélenchon est métaphorique, lorsque celle bien réelle du système se paie de sang, de misère et de morts.

    Croyez-vous qu’une candidature ayant pour projet de changer profondément la société puisse ne pas être « clivante » (cet adjectif à prononcer du bout des lèvres lorsque l’on trouve que « populiste » fait trop Figaro)? Le consensus est l’arme du statu quo et in fine dans notre cas la victoire du dominant.
    Et franchement être « clivant » pour le Monde Libé, Figaro, le Point, Marianne, Le Parisien, les Echos, l’Obs, en bref pour la presse des milliardaires, cela vaut distinction.

    Une chose est certaine, seul LFI est en mesure d’être au second tour et de gagner les législatives derrière en cas de victoire, et ce pour deux raisons: La constance de l’engagement et le travail de fond, que l’on ne trouve à gauche que là.
    Le naufrage de la concurrence est d’avoir confondu bon accueil dans les médias et adhésion populaire. Et lorsque l’on entend Roussel et ses blagues de corps de garde on peut également ajouter la médiocrité des dirigeants que se choisissent les militant.es.

    C’est LFI au second tour ou bien Philippe/Bardella, avec Philippe l’ultra libéral qui gagne par défaut.
    Alors même en se bouchant le nez, il va falloir y aller, ou alors à la manière du PS qui maintient Lecornu la tête hors de l’eau se prétendre « de gauche » tout en faisant le lit de la droite extrême.

  5. Lionel Mutzenberg le 5 mai 2026 à 09:15

    Après nos trois derniers Président de la République les plus catastrophiques de la Ve République, une lueur d’espoir pour 2027 ?
    Pas d’homme providentiel, pas de miracle, juste une politiuqe économique différente de celle appliquée par nos trois compères pendant plus de vingt ans, qui ont réussit l’exploit de mettre l’état français au service de nos oligarchies, détruisant jusqu’à notre loi commune, la constitution.
    Plus de milliardaires qui décideront pour nous pour leurs seuls intérêts, et privilèges.
    Soutien total au candidat de La France Insoumise !

  6. Aldo Siddi le 5 mai 2026 à 11:15

    Sur le fond Mélenchon et tous les cooptés de sa garde rapprochée de la LFI espèrent le RN au second pour le battre sans coup férir (voir Bompard et Guetté) ….mais cela va plus loin sur les valeurs :
    la LFI en basculant du communisme au communautarisme , de l’universalisme au racialisme , de l’égalité homme/femme à la « défense des traditions ( qui asservissent in fine la femme…) à la complaisance pour le confessionnalisme …..se rapproche du substrat idéologique du RN !!!
    C’est donc sur le même terrain qu’il compte le battre en lui chipant au nom de la radicalité des électeurs !!
    Le risque de finir, entre Mélenchon et Bardella ….en bonnet blanc et blanc bonnet guette la FI , en promouvant une  » Nouvelle France » ethno-confessionnaliste à l’Anglo-saxonne …. à l’encontre d’une émancipation démocratique universelle , sans considération d’origine et de religion (qui doit rester privée)

    • carlos_H le 5 mai 2026 à 16:21

      Répéter 1000 fois une chose n’en fera pas une vérité, ça en fait seulement un refrain, et dans votre cas, un refrain particulièrement usé… On en est à combien, là ? Une dizaine de commentaires à recycler les mêmes incongruités ?

      Quelle proposition programmatique de LFI établirait un abandon de l’égalité femmes-hommes ? Quelle mesure montrerait un passage de l’universalisme au confessionnalisme ? Quelle déclaration prouverait que Mélenchon, Bompard ou Guetté « espèrent » le RN au second tour ? Rien, manifestement.

      Le ridicule du propos tenu est affligeant : vous empilez les mêmes accusations d’article en article (communautarisme, racialisme, confessionnalisme, « bonnet blanc et blanc bonnet  » avec le RN) sans jamais produire la moindre démonstration sérieuse!!!

      À force, on n’est plus dans l’analyse politique mais dans le 33 tours rayé!!! Une petite pause syndicale ne vous ferait pas de mal…

    • Lionel Mutzenberg le 6 mai 2026 à 09:36

      LFI et le RN, bonnet blanc et blanc bonnet, vous êtes un fin observateur du monde politique, chapeau l’artiste !
      Sur le concept de nouvelle France, j’ai douté moi aussi, mais Jean Luc Mélenchon s’en est expliqué : La nouvelle France, c’est la France telle qu’elle est, et je me sens bien dans cette France là !
      Ce qui est détestable, c’est notre bourgeoisie, la plus réac d’Europe si j’ai bien lu, qui ne reculera jamais devant aucune ignominie pour conserver ses privilèges.

  7. Lucien Matron le 5 mai 2026 à 13:24

    Trop de commentaires ciblent les partis et organisations politiques PS, PC, Écologistes, P’ace Publique qui seraient responsables de l’abandon du programme NFP. Il serait utile d’être plus nuancé sur les responsabilités de chacun. Comme dans toute crise politique, les responsabilités ne peuvent être que partagées. Piur sortir de ces disputes totalement improductives et pour avancer politiquement, les cibles doivent être clairement énoncées : les politiques libérales conduites par Macron, la mondialisation financière et l’accumulation du capital, la droite et l’extrême droite conservatrice, raciste et anti-sociale. Une fois les cibles identifiées, tant pis pour celles et ceux qui se placent dans la ligne de mire. Par ailleurs, il est indispensable de s’adresser, pour gagner, de s’adresser, à l’ensemble des électeurs, et le faire en bonne intelligence, sans brutalité. Ils peuvent avoir été sympathisants des organisations et partis pré-cités, ce n’est pas une raison pour les négliger ou les injurier. Aucune organisation ne peut obtenir une majorité à elle seule, c’est une donnée fondamentale dont chacun doit se persuader.

    • Bdpif le 5 mai 2026 à 17:53

      Ils s ‘en fichent. Il n’y a jamais eu d ‘abandon du programme NFP. La gauche n’avait pas de majorité à l’assemblée; Macron aurait pu avoir l’elegance de nommer Castet premiere ministre; Elle se serait fait renversée deux mois plus tard, mais au moins celà aurait été pour la democratie. Les députés de Gauche, PS et autres comme Ruffin ont essayé d’amoindir le budget austaire des libéraux. SI Lecornu était sauté, un autre serait arrivé deux mois plus tard avec le meme budget; On était à 14 MOIS des elections présidentielles. le RN en pole position. Il était impossible de renverser constitutionerllement Macron. Au lieux que toute la gauche se réunisse et construise un budget ensemble, LFI s ‘est isolé, préparant la candidature Melenchon, se demarquant de ses collègues, les spoliant,les calomniant, afin d’éliminer toute concurrence a Gauche.
      Voilà pourquoi le titre « Sans surprise ».

      Avec la candidature Melenchon, la gauche a déjà perdu les elections de 2027,
      LFI est le meilleur ami de la droite, c’est elle qui lui permet d’arriver au pouvoir, Macron, c ‘est la conséquence des candidatures Melenchon.

      • Michel Davesnes le 7 mai 2026 à 20:35

        « Macron, c ‘est la conséquence des candidatures Melenchon ».
        Celle-ci, c’est la meilleure de l’année ! Il sort d’où, Macron ? Qui l’a engendré, couvé, pouponné ? Qui a refusé de faire tomber son gouvernement ?

  8. Lionel Mutzenberg le 6 mai 2026 à 10:43

    Depuis quarante ans tout est dans la nuance, et il faut bien reconnaitre que tous nos problèmes ont été résolus, nos oligarchies et notre patronat, en redemandent encore.
    Ou nous présentons une véritable politique de gauche, ou les classes populaires, et moyennes, n’iront pas voté, et sans le vote des ces classes la gauche perdra les élections une nouvelle fois.
    Vous me direz, pour celles et ceux qui n’ont besoin de rien, juste d’un salariat taillable et corvéable à merci, cet extrème centre qui vit bien du malheur des autres, ce sera comme avant, le changement dans la continuité, le rêve de nos élites.
    La réponse, c’est notre bulletin de vote qui l’imposera, et ce sera notre responsabilté.

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