Réunir le pays : la voie de François Hollande
François Hollande ne fait pas que des blagues : il faut parfois le prendre au sérieux. Avec sa dernière note, « La social-démocratie peut-elle encore rassembler le pays ? », l’ancien président, qui rêve de le redevenir, prend position.
Il veut refonder la social-démocratie qu’il considère dans une impasse et, pour cela, opère un déplacement : dans une note, François Hollande ne part plus du conflit social, ni même des rapports de production mais de la dignité. Il confirme l’affaiblissement des ancrages sur lesquels s’est fondée la social-démocratie : salaires, protections, services publics, rapport de force entre travailleurs et capital. « Pour ces habitants, l’enjeu essentiel n’est plus seulement une affaire de revenus ou même de pouvoir d’achat mais de prise en considération. » Loin de vouloir refonder les fondamentaux du conflit de classe, François Hollande entérine leur effacement.
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Ce déplacement s’accompagne d’une lecture territoriale très marquée. Il décrit un pays structuré par une opposition politico-spatiale entre les grandes métropoles où les socialistes sont influents : les périphéries populaires qui voteraient LFI ; les villes moyennes et les campagnes où prospère le Rassemblement national. Cette tripartition n’est pas très originale mais elle devient pour lui un élément central d’analyse. Il ne se résout pas à ces divisions et veut proposer un chemin politique pour les surmonter. Au passage, il émet une critique implicite à son parti : « Le problème pour le PS est que le compromis raisonnable produit de la crédibilité et du sérieux sans éveiller d’espérance de lendemains magiques ».
Dans cette perspective, pour l’ex-chef de l’État, la dignité devient le levier de réunification d’une société fragmentée, où les expériences sociales divergent fortement selon les territoires. Une manière de parler à tous sans forcément s’attaquer aux structures qui produisent ces fractures. Seule perspective avancée pour parler à la France délaissée : « La réindustrialisation n’est pas seulement une nécessité pour assurer notre souveraineté, c’est un moyen de redonner une fierté à des lieux qui vivent avec la nostalgie d’un passé et l’impression de ne plus avoir d’avenir ». François Hollande ne dit pas comment il réussirait ce qu’il n’a pas su faire – ni lui, ni son successeur.
Dans un paysage où le macronisme a capté le social-libéralisme et où la gauche est fragmentée, François Hollande tente de rouvrir une voie. Non pas en rupture, mais en continuité réaménagée. Au fond, ce qu’il propose, c’est de prolonger le macronisme dans la social-démocratie.
Ce texte formule une hypothèse politique dans laquelle s’esquisse un cadre : celui d’une social-démocratie recentrée, débarrassée de ses ancrages sociaux les plus conflictuels, et reformulée autour de valeurs susceptibles de traverser ces blocs territoriaux. Dans un paysage où le macronisme a capté le social-libéralisme et où la gauche est fragmentée, François Hollande tente de rouvrir une voie. Non pas en rupture, mais en continuité réaménagée. Au fond, ce qu’il propose, c’est de prolonger le macronisme dans la social-démocratie, en intégrant une attention nouvelle aux fractures territoriales et humaines.
En s’éloignant de la question sociale, la social-démocratie se priverait de ce qui faisait sa force historique : son ancrage dans le monde du travail. Elle risque de perdre ce qui permettait précisément de relier les personnes et les territoires, les intérêts communs. François Hollande fait contre mauvaise fortune bon cœur et entérine ce que le PS est déjà en partie : une culture politique sans base sociale solide. Bref, une gauche sans prise.
À force de vouloir s’adapter à la société telle qu’elle est – fracturée –, François Hollande finit par en épouser les lignes de faille. Et à force de vouloir rassembler, il oublie peut-être qu’en politique, on ne rassemble jamais sans choix et dispute.
C’est du Hollande déjà vu. En 1984 dans un article prémonitoire de son action future devenu président :
Pour être modernes soyons démocrates !
Par JEAN-YVES LE DRIAN, JEAN-PIERRE MIGNARD, JEAN-MICHEL GAILLARD et FRANCOIS HOLLANDE (*)
Publié le 17 décembre 1984 à 00h00 Le Monde
…Disons-le tout net, au risque de provoquer, la conception dogmatique du rôle de la classe ouvrière, l’idée
que le lieu du travail pourrait être aussi un espace de liberté, la notion d’appartenance des individus à des
groupes sociaux solidaires, l’affirmation d’un programme politique a temporel, tout cela doit être
abandonné. Le Parti socialiste est sans doute le premier parti ouvrier du pays, mais son ambition ne doit-elle
pas d’être aussi le parti de toute la société ? Aussi doit-il s’adresser aux individus tout autant qu’aux
groupes, en appeler au réel bien plus qu’aux mythes, adopter une démarche modeste, c’est-à-dire non pas
pauvre, mais adaptée aux temps qui viennent…
Analyse pertinente qui confirme la stratégie du PS. Je n’ai pas lu le texte de François Hollande, pour autant chacun aura noté l’évolution du PS poussé sur son côté droit par Place Publique de Raphaël Glucksmann et par Renaissance de Gabriel Attal. Après avoir rompu avec le nouveau Front Populaire, puis mené une campagne exécrable contre les Insoumis et leurs alliés ( communistes, écologistes et démocrates, progressistes), le PS a fait le choix d’accompagner le gouvernement Lecornu sans y participer.
Après les municipales, à partir d’une analyse partielle et partiale des résultats, le PS justifie sa nouvelle orientation de recentrage social-libéral et sa volonté de recomposition du paysage politique en voulant créer une force centrale en rupture avec tous les fondamentaux de ce qui constituait l’Union de la Gauche, il y a quelques années et la Nouvelle Union Populaire, ces dernières années. Pas de rupture avec la financiarisation libérale de l’économie et ses méfaits sur les conditions de vie et de travail, pas de rupture avec les pires orientations de la commission européenne, alignement sur les options militaristes de Macron, le PS s’apprête à faire alliance avec les centristes et les socio-démocrates européens. Si elle était confirmée dans les prochaines semaines, cette stratégie serait dangereuse pour le pays qui a besoin d’un changement de cap politique en rupture avec la macronisme et en mouvement contre l’extrême droite.
Merci pour cette analyse très juste.
La stratégie actuelle du PS semble avoir pour but la défaite de la gauche.
Le revoyou ! Riche idée pour faire fuir l’électorat de gauche qui commençait à croire que la gauche, ce n’est pas le PS, et ses carriéristes ! bon, allez, moi ça me fait rire, mais pas certains que nos compatriotes aient encore envie de rire.
Macron, et sa clique, est un cadeau du socialisme à la française ; Ni blanc, ni rouge, rose marron !
Les connivences d’Olivier Faure, et de sa fumeuse opposition avec Bayrou et suivants, ne trompent plus que celles et ceux qui veulent biens être trompés.
Je préfère un adversaire de droite qui se revendique de ses opinions, que ses faussaires qui vivent de leurs tromperies.
On nous reproche notre préférence pour Jean Luc Mélenchon et LFI, mais avons nous d’autres choix ?
AUCUN !
La gauche et Hollande dans la même phrase… cherchez l’erreur…
On parle souvent de la déconnexion par rapport au réel du personnel politique, ce qui relève à mon sens d’une facilité pour expliquer des choses obéissant à leur logique propre.
Pour autant je me demande bien dans quelle réalité improbable vit F Holllande, réalité biscornue dans laquelle il représenterait pour qui que ce soit une possibilité d’espoir pour l’avenir. Plus précisément une réalité où la population aurait oublié ce que fut la réalité du pouvoir exercé par lui voici dix quinze ans, une population qui le rejetait alors à un point tel que la possibilité de se représenter à l’issue de son quinquennat lui était refusée.
Par quels mécanismes d’auto-persuasion peut-il imaginer, lui qui au delà de sa personne, représente le courant qui fit 1,7% aux dernières Présidentielles a une quelconque chance de remonter la chose… en ne changeant strictement rien du programme qui y a mené?
Si encore le contexte international montrait une dynamique pour la sociale-démocratie. Mais c’est tout le contraire, et pour cause: La sociale démocratie est un moment où le capitalisme a permis une redistribution des marges pour acheter la paix sociale, et ce moment est terminé depuis qu’il n’y a plus assez de gains de productivité. Donc, exit la sociale-démocratie devenue obsolète.
Seule une figure « nouvelle » pourrait incarner avec quelques chances de succès cette idéologie usée (typiquement Glucksman si il avait un peu de talent). Sur un malentendu, comme on dit, mais lesté du passif de F Hollande, c’est l’humiliation garantie.
Merci à Regards de relayer les appels à l’unité autour d’un PROGRAMME !!!!
https://www.msn.com/fr-fr/actualite/politique/pr%C3%A9sidentielle-bompard-lfi-appelle-%C3%A0-une-candidature-commune-avec-ecologistes-et-communistes/ar-AA201Qm3?ocid=msedgntp&pc=HCTS&cvid=69cf848b5dbd4c7c8fba7c54c5fe1f78&ei=14
Candidat autour d’un programme, là est notre seule chance. Le PS n’est plus de gauche, ce n’est pas nouveau pour celles et ceux qui ont vécu le programme commun. La victoire de François Mitterrand, le virage à droite de 1983 de nos socialistes à la corbeille, les trahisons de François hollande, et le foutage de gueule d’Olivier Faure et de ses deux moitiés de parti, nous le rappellent chaque jour.
Le PC, les Verts, sont ils encore à gauche ? Pour leurs élites, nous pouvons en douter; reste l’électorat qui subit la crise qui n’en finie jamais.
La gauche ce n’est pas un club pour se faire élire, ou réélire. La gauche ce n’est pas un homme, ou une femme, providentiel. La gauche c’est un idéal avant tout social, sans égalité des droits, il ne peut y avoir de gauche.
Un programme, un besoin de changement, une obligation de rupture avec une idéologie malsaine, notre décision, pas besoin de suivre nos chefs de camps, qui ne pensent que pour eux mêmes.
Le néolibéralisme est incapable de donner un emploi à celles et ceux dont c’est le seul moyen de vivre, incapable de payer des salaires permettant de vivre décemment pour le plus grand nombre, même pas capables d’assurer nos services publics compensant leurs incapacités que je viens de citer.
Il est là le point faible de ces droites dans leur luttes extrêmes, qui, pour conserver leur pouvoir, les financent sans compter, pour démolir JL Mélenchon et LFI, et leur programme de transformation sociale, le pire pour ces gens là étant le bonheur du peuple, bien plus dangereux pour eux que toutes les colères du monde.
Ce sera à nous de décider, les autres ne sont pas toujours les seuls responsables.