Retrait, reculades et théâtre parlementaire : chronique d’une vacuité organisée

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Proposer, provoquer, puis retirer : la séquence est désormais rodée. Avec la proposition de loi Yadan, la majorité présidentielle ajoute un nouvel épisode à une série de reculades qui traduisent moins une stratégie qu’un affaiblissement politique profond.

Il y a des retraits qui soulagent. Celui de la proposition de loi Yadan « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme » en fait partie. Et d’abord parce que ce texte avait profondément inquiété l’opinion, les juristes et jusque dans les rangs de la majorité gouvernementale, comme nous l’avions expliqué dans Regards. Devant le flou de notions comme celle d’implicite, son retrait de dernière minute apparaît comme une victoire de la lucidité. Le gouvernement promet de revenir avec un projet de loi d’ici fin juin après un « travail transpartisan ». On verra. En attendant, cette initiative ressemble bien à une reculade : une annonce pour éteindre l’incendie, une promesse pour sauver la face, et un texte qui ne verra jamais le jour, englouti dans les sables mouvants de la fin de quinquennat.


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Ce recul du gouvernement n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série désormais difficile à ignorer : tentative vite abandonnée de remettre en cause le caractère férié et payé du 1er mai, le recul sur les ZFE… À mesure que les semaines passent, le pouvoir recule, ajuste, temporise. Se divise aussi. 

À un an de l’élection présidentielle, les écuries s’échauffent. Elles se toisent, se testent, s’observent, y compris au sein de ce que l’on appelait encore récemment le « bloc central ». Un bloc qui n’a plus grand-chose de central et encore moins de bloc. Il penche à droite, se fragmente et se livre à une compétition interne de plus en plus visible. Gabriel Attal, Édouard Philippe et les autres sont déjà en campagne. L’heure est à l’identification politique et aux marqueurs. Les coups partent, parfois feutrés, souvent directs. Personne ne fait de cadeau.

Plutôt que de construire un projet, d’élaborer un discours, de répondre sérieusement à la crise sociale et démocratique qui traverse le pays, les uns et les autres sont tentés par une autre voie : transformer l’hémicycle en une scène. Une scène où l’on ne débat plus vraiment, mais où l’on performe.

Mais cette lecture tactique ne suffit pas. Ces épisodes disent aussi la faiblesse politique d’acteurs qui semblent croire que l’arène parlementaire peut être utilisée comme un simple outil de communication. On y dépose des textes mal ficelés, sans urgence réelle, parfois dangereux, souvent bâclés… non pour transformer le réel, mais pour exister quelques jours dans le débat public, créer du clivage, occuper le terrain. Et ce jeu pourrait durer un an, jusqu’à l’élection, peut-être.

Plutôt que de construire un projet, d’élaborer un discours, de répondre sérieusement à la crise sociale et démocratique qui traverse le pays, les uns et les autres sont tentés par une autre voie : transformer l’hémicycle en une scène. Une scène où l’on ne débat plus vraiment, mais où l’on performe. Où l’on ne cherche pas à convaincre, mais à se distinguer. Où l’on ne dit plus « Voilà ce que nous proposons », mais « Regardez comme je suis meilleur que lui ».

C’est une dérive préoccupante. Et elle en dit long sur l’état de notre vie politique. Elle révèle la faiblesse des partis, leur incapacité à structurer un horizon comme à organiser des conflits clairs et à produire du sens. Au fond, le risque est double : que la politique se joue entièrement dans ces quelques mètres carrés du 7ème arrondissement de Paris et qu’elle ne soit plus qu’un mauvais show pour chaînes d’info et réseaux sociaux pour les gogos.

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6 commentaires

  1. Lucien Matron le 18 avril 2026 à 04:47

    L’état du « personnel politique » est préoccupant. De plus en plus rares, en effet, sont les « politiques » capables de recul sur les faits, de réflexions profondes sur la société, de réponses complexes sur les thématiques abordées, de vision globale et inspirante dans leurs propos. La société de l’émotion, du numérique et du tweet tend à s’imposer contre celle de la raison et de la culture livresque. Dans ce magma trumpiste et bolloréen , les faits-divers, les images retouchées, les fakenews,, la peopolisation, les commentaires débiles tiennent le devant de la scène et du chaos politico médiatique.
    Il n’est pas étonnant que dans cette dérive inquiétante du « politique », les débats de fond et les programmes politiques soient occultés. Le buzz et le show remplacent la.pédagogie du discours…et tout ça favorise les idées les plus réactionnaires et les plus nauséabondes d’une humanité de moins en moins humaniste. Quel gâchis !

  2. Lionel Mutzenberg le 18 avril 2026 à 11:04

    Pour virer toute cette racaille pas besoin de karcher, un bulletin de vote bien utilisé suffira en 2027…ou avant.

  3. gb26100 le 18 avril 2026 à 14:03

    La mort et le néant !

  4. carlos_H le 19 avril 2026 à 10:56

    Franchement, le papier met bien en lumière la mécanique… mais il s’arrête juste avant le point décisif!
    Parce que cette « vacuité organisée », on peut la lire comme une forme de gestion du bloc dominant.
    Dépôt, polémique, retrait… ça donne l’impression d’un pouvoir qui tâtonne. En réalité, tout se passe à l’intérieur du même espace social. On se distingue, on teste, on occupe l’agenda… sans jamais engager les structures! La conflictualité n’est ici que symbolique…

    Du coup, le « vide » est trompeur : vide du point de vue de l’intérêt général, mais assez plein du point de vue de la reproduction du bloc.
    On évite les arbitrages matériels lourds, on maintient les équilibres, et on déplace le jeu vers des marqueurs à faible coût!

    Donc oui, il y a du théâtre mais ce n’est pas juste un aveu d’impuissance, c’est aussi une manière de tenir quand produire du projet devient risqué pour ceux qui dominent!

    Vivement la rupture !!!

  5. Toto le 19 avril 2026 à 19:27

    Pourquoi Regards ne parle plus de l’unité de la gauche ou de l’unité de la goche ?
    Pourtant il se passe des choses ces dernières semaines :
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/03/presidentielle-2027-manuel-bompard-appelle-a-une-candidature-commune-avec-ecologistes-et-communistes_6676199_823448.html
    Regards a choisi de ne pas en parler ou si peu…. Il semblerait que des députés et des gens d’EELV et du PCF seraient intéressés. Mais heureusement Regards n’en parle pas, sans doute que tout cela n’existe pas.
    A Lilles Tondelier a montré à tous SA vision de la démocratie, Regards qui ne dit rien consent à cela ….A moins que Regards pense que c’est FAUX.
    Ce WE, Sandrine Rousseau nous apprend que sans consultation des instances d’EELV, Tondelier, en toute démocratie et en luttant contre les sectarismes fait des propositions de débats programmatiques à tous sauf LFI, évidement.
    Déjà il semblerait que Marine Tondelier ne se fasse plus guère d’illusion sur la primaire des députés du groupe écologiste.
    Là, encore, ce jour, une initiative qui ignore la primaire :
    https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/ni-primaire-ni-lfi-glucksmann-jadot-et-vallaud-lancent-une-nouvelle-initiative-pour-2027_262825.html.
    A noter qu’ils se donnent que 3 mois, ça commence maintenant.
    Et pendant ce temps
    François Hollande : « 2027 ? Je me prépare »
    Bref la primaire n’aura pas lieu et Hollande défendra son formidable bilan avec ses alliés d’Autain à Gluckmann voire Attal
    La seule inconnue est comment l’Après, EELV et le PCF justifieront leur soumission à Flamby pour 2027 et le reste.

  6. Toto le 19 avril 2026 à 19:42

    Trop modeste Regards !!
    Ecoutez le winner de la goche !
    https://www.youtube.com/shorts/YmD2FiYT5Rg

    je me demande si Macron et Hollande ne font pas une farce comme Menvedev et Poutine ; un coup toi, un coup moi !

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