Réarmement démographique : beaucoup de bruit pour rien

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Lors de sa conférence de presse du 16 janvier, Emmanuel Macron a plaidé pour un « réarmement démographique » afin de contrer la baisse de la natalité en France. Pour notre chroniqueur Éric Le Bourg, spécialiste en biologie du vieillissement, voilà bien un sujet sur lequel le Président est totalement impuissant.

Il y a quatre ans, le Président Macron répétait comme un mantra avant le premier confinement lié au covid : « Nous sommes en guerre ». Dans sa conférence de presse de mardi dernier, cela a été remplacé par le « réarmement », un terme qui laisse rêveur concernant les affaires publiques non liées aux questions militaires, en particulier quand il s’agit de démographie et donc, fatalement, des choses les plus intimes. Il faudrait donc entreprendre notre « réarmement démographique », des termes qui rappellent le discours de certains quand, avant la Première guerre mondiale, il fallait produire des enfants pour l’armée. Les commentateurs ont largement expliqué, disons, la maladresse de l’expression, quand ils ne soupçonnaient pas une volonté délibérée de reprendre la rhétorique de l’extrême droite. Mais passons.

Devant la baisse du nombre de naissances en 2023, qui était attendue et dont j’ai déjà parlé dans ces colonnes, certains s’affolent, même si personne ne sait si la baisse de l’indice conjoncturel de fécondité (ICF) est pérenne ou pas et si, donc, la descendance finale sera modifiée. Par le passé, l’ICF a atteint en 1994 une valeur similaire à celle de 2023 de 1,68 enfant par femme, puis a remonté – et la descendance finale est toujours autour de deux enfants par femme. Toutefois, gouverner étant prévoir, il est logique que les autorités fassent l’hypothèse que l’ICF va baisser durablement et atteindre des valeurs encore plus basses et veuillent aider les couples qui veulent des enfants à en avoir : sur cela il n’y a rien à dire. La décision de faire un enfant étant celle des couples, soit l’ICF remontera tout seul et les mesures prises auront été inutiles ou auront eu un effet probablement marginal, soit il se stabilisera à une valeur basse et les mesures prises auront été tout aussi inutiles.

Croire qu’une décision politique puisse régler un problème biologique est un raisonnement de technocrate ignare de la biologie.

L’illusion est de croire que des mesures comme celles préconisées par le Président puissent faire remonter la natalité. Le Président veut ainsi instaurer un nouveau congé de naissance de six mois pour les deux parents et, s’appuyant sur un rapport de 2022, veut s’attaquer à l’infertilité. On aurait envie de dire : « Tant mieux pour les couples qui veulent avoir des enfants ». Il y a juste un problème, c’est que l’infertilité augmente avec l’âge, 25% des femmes de 30 ans n’arrivant pas à avoir un enfant en un an, 34% de celles de 35 ans et 56% de celles de 40 ans, ce qui ne veut pas dire que ces femmes n’auront pas d’enfant puisque, à quatre ans ou plus, les pourcentages tombent à 6, 14 et 35%. En somme, le problème de l’infertilité est surtout important après 35 ans, alors que 38% des naissances en 2022 ont eu lieu avant 30 ans (c’était 44% en 2002). Ceci dit, croire qu’une décision politique puisse régler un problème biologique est un raisonnement de technocrate ignare de la biologie : le Président ne va pas faire remonter le pourcentage de fécondations in vitro réussies, un pourcentage de 40% avant 34 ans et qui baisse ensuite avec l’âge. 

Le Président Macron, en ne ciblant que l’infertilité, semble considérer que le relèvement continuel de l’âge à la maternité est inéluctable et donc ne rien prévoir pour que les plus jeunes puissent avoir des enfants s’ils le souhaitent : pour quelqu’un qui utilise le terme viril de réarmement, quel esprit défaitiste ! Beaucoup ont mis en avant des considérations économiques, l’anxiété devant l’avenir, les préoccupations écologiques, etc. Tout ceci est vrai, mais puisque le Président veut aider les couples voulant des enfants à en avoir, on pourrait ajouter la difficulté à se loger, qui frappe particulièrement les jeunes, difficulté que l’on pourrait diminuer en s’attaquant aux logements de tourisme qui dépeuplent en particulier les villes du littoral et empêchent de s’y loger : cela ne semble pas être une urgence du gouvernement. De même, certains pensent, à tort ou à raison, que la suppression de l’universalité des allocations familiales a eu un rôle négatif majeur sur la natalité. Si c’est vrai, le Président pourrait ne pas, comme cela va se faire avec la loi Immigration, supprimer pendant 30 mois ou 5 ans les allocations familiales aux parents extra-communautaires vivant légalement en France, certains de leurs enfants étant de plus français de naissance. Si cette suppression ne « choque pas » le Président, l’extrême droite, qui prône la préférence nationale maintenant mise en œuvre par cette loi sur l’immigration, ne semble pas non plus être choquée par cette discrimination ciblant aussi des enfants français ou qui le deviendront à leur majorité. 

En somme, la baisse de la natalité qui inquiète tant le Président semble passer après les intérêts en particulier des multi-propriétaires ou la loi Immigration votée par sa majorité élargie de l’Assemblée nationale. Les mesures du Président, qu’il a résumées sur le réseau X, sont les suivantes : « Pour relancer la natalité de la France, nous allons créer un nouveau congé de naissance mieux rémunéré pour les parents et engager un grand plan de lutte contre l’infertilité qui progresse et fait souffrir tant de couples ». Si la natalité était vraiment un problème si brûlant en France, on pourrait dire que les mesures proposées relèvent du grand rien.

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