Primaire socialiste : choisir un candidat ou une ligne ?
Les cinq candidats ont montré quelques nuances de social-démocratie mais un clivage net sur l’international et sur l’alliance avec LFI. L’heure est au choix d’une stratégie, le programme attendra.
Pendant plus de trois heures, les cinq candidats à la primaire socialiste et social-démocrate – dont le premier tour aura lieu les 9 et 10 octobre – ont débattu à une heure de grande écoute devant des centaines de milliers de Français. Trouver le ton juste pour s’adresser aux milliers d’électeurs attendus à la primaire socialiste et parler au plus grand nombre : c’était l’étrange paradoxe de ce moment et ce fut le défi proposé aux candidats et à la candidate. Les électeurs de la primaire ont à cœur de choisir la personne qui portera le mieux leur camp ; les téléspectateurs, eux, attendent de connaître les logiques et les propositions de cette gauche.
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La première partie du débat, avec ses différents sujets introduits par des électeurs potentiels de la primaire, voulait s’adresser à tout le monde. Ce fut la plus consensuelle. À l’évidence, les candidats ont des cohérences forgées dans la famille social-démocrate mais pas encore de projet et encore moins de programme. Sur le sujet brûlant du jour, le prix des carburants, tous ont plaidé pour l’électrification et leur désaccord portait sur l’inconditionnalité des aides. Le débat n’est pas allé beaucoup plus loin concernant l’écologie. Sur les salaires et la fiscalité, ce fut aussi un débat feutré, non sans nuances mais il fallait être très au fait des sujets pour repérer les différences entre celui qui insistait sur l’augmentation des salaires, celui qui voulait une sécurité sociale intégrale ou encore celui qui entendait compenser des allègements de charges par un impôt sur les dividendes. Faut-il le retour de l’ISF ou une taxe sur les transmissions de patrimoine ? Ou les deux ? À l’issue des échanges sur la politique économique et sociale, on comprenait bien que l’approche redistributive était partagée par les cinq candidats. Seul Emmanuel Maurel s’est distingué en affirmant que le niveau des dépenses et des investissements à anticiper n’était pas de l’ordre de quelques milliards et que les seuls rééquilibrages ne feraient pas le compte. Il a mis sur la table une proposition d’emprunt national.
En revanche, sur les marqueurs idéologiques, ce fut la franche empoignade. C’est sur ces sujets de principe que les candidats ont voulu se démarquer. Sur l’Ukraine, Ségolène Royal s’est distinguée en affirmant sa volonté de paix et de dialogue. Il est possible, voire probable, que son discours – opposé aux positions de Raphaël Glucksmann – parle davantage aux Français qu’aux futurs électeurs de la primaire. Sur Gaza, Raphaël Glucksmann a tenu sa ligne : ne pas employer le terme de génocide. Il plaida, sans convaincre, pour l’importance de son action plutôt que pour celle de l’usage des mots. À l’inverse, Ségolène Royal et Olivier Faure ont, l’un comme l’autre, voulu marquer le débat sur un thème mobilisateur auprès de la jeunesse, y compris celle qui votera en octobre. Tous deux ont dit les termes. La ligne de fracture entre les candidats de cette primaire ressemble à celle qui parcourt la gauche.
C’est sur la question des alliances et des cohérences politiques que le débat s’est tendu. Deux lignes se sont affrontées avec, d’une part, Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann, convaincus que toute alliance avec Mélenchon et LFI est un obstacle à la dynamique politique, quand Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel ne voient pas de victoire possible face au RN dans la rupture avec les insoumis.
Et c’est bien sur la question des alliances et des cohérences politiques que, comme attendu, le débat s’est nettement tendu. Deux lignes distinctes se sont affrontées avec, d’une part, Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann, convaincus que toute alliance avec Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise est un obstacle à la dynamique politique, quand Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel ne voient pas de victoire possible face au RN dans la rupture avec les insoumis. Logiquement, ils arguèrent que refuser toute alliance avec les insoumis c’est, nécessairement, préparer une alliance avec les macronistes. Raphaël Glucksmann n’a eu que la foi du charbonnier à opposer à cet argument, celui d’une possible victoire sans les uns et sans les autres. Faisant appel au patriotisme de parti, Ségolène Royal a même dénié à Raphaël Glucksmann la légitimité de s’opposer à toute alliance du PS avec LFI aux législatives.
L’émission d’hier soir n’était que la première d’une série de trois. Elle a néanmoins permis d’identifier les enjeux stratégiques, de dessiner des styles mais pas encore de clarifier les projets. Il n’est pas certain que ce soit sur ce dernier point que les électeurs de la primaire se détermineront : ils arbitreront entre leurs convictions, leur volonté de désigner un candidat ou une candidate qui puisse faire un bon résultat pour effacer les dernières déconvenues électorales et leur désir de trouver un chemin pour contrer Marine Le Pen. Au terme de ce débat très vif sur la stratégie, on se demande comment ces cinq-là finiront par faire équipe. David Pujadas leur a demandé de confirmer leur loyauté et leur engagement vis-à-vis du vainqueur. Instruit du passé, rappelé par Emmanuel Maurel, et au vu de l’ampleur du désaccord, il est vrai que cela ne semble pas aller de soi.
J’avoue, je n’ai pas tout vu, mais il semblerait à lire de votre recension que je n’ai rien perdu Merci d’avoir prodigué cet effort à ma place c’est très gentil. Car enfin quel ennui! Et quelle façon détestable autant que fatigante de faire de la politique réduite aux « postures » comme disait l’autre et aux positionnements sur l’échiquier.
Toutefois, en dehors de toute considération programmatique (et de chances de gagner) force est de constater que S Royale domine de la tête et des épaules la brochette de représentants de commerce et de créatifs pub sur le plateau, tant leur médiocrité éclate en comparaison. Quelle dégringolade, car en fait Royale n’a rien d’exceptionnel en dehors d’un culot en titane et de sa propension à ne pas se tromper de calibre lorsqu’elle décide de dézinguer quelqu’un: Toujours le plus gros. C’est son coté Rachida Dati.
Pour le reste et en dehors des faits d’actualité, ce débat aurait pu se tenir à peu près inchangé pendant la gauche plurielle, il y a plus d’un quart de siècle. Cela ne donne même pas envie de se mettre en colère devant leur fainéantise, leur peu d’imagination, de volonté, d’allant. Ça sentait franchement la naphtaline et donnait vraiment envie d’ouvrir les fenêtres et de faire rentrer un peu d’air frais.
Et de passer à autre chose.
Chère Catherine,
Je trouve assez savoureux de voir la gauche social-démocrate redécouvrir, à l’occasion de cette primaire, la question stratégique qu’elle aurait peut-être dû régler depuis longtemps : comment éviter que plusieurs candidatures de gauche se neutralisent au premier tour.
Dommage, au passage, que Jean-Luc Mélenchon ait toujours refusé le principe d’une primaire.
En 2017, il avait obtenu 19,58 % (7,06 millions de voix), contre 6,36 % à Hamon ; en 2022, 21,95 % (7,71 millions), contre 1,75 % à Hidalgo. Dans les deux cas, les voix du candidat socialiste auraient mathématiquement suffi à franchir l’obstacle du second tour si elles s’étaient intégralement reportées sur Jean-Luc Mélenchon, le social-démocrate de gauche populiste. Mais le constat de la dispersion des forces sociales-démocrates avec peut-être François Ruffin ou Marine Tondelier et un PS/PP, lui, en 2027, est difficile à évacuer.
C’est d’ailleurs ce qui rend cette primaire intéressante : selon celui ou celle qui en sortira, elle ne modifiera pas seulement le rapport de forces à gauche, mais aussi la géographie politique du centre gauche. Jean-Luc Mélenchon joue a priori la droitisation en espérant une victoire de l’aile libérale de la social-démocratie avec le risque d’une division accrue.
En effet, avec Raphaël Glucksmann, on aurait une ligne très clairement construite dans l’opposition à LFI, privant la social-démocratie d’une capacité à rassembler au 2ème tour, avec des positions particulièrement marquées sur l’Ukraine et l’Union européenne. Avec Olivier Faure, la question de l’union à gauche resterait davantage ouverte.
Et l’on pourrait presque s’amuser du paradoxe : plus la social-démocratie se rapproche du centre sur l’international et l’Europe, y compris Jean-Luc Mélenchon sur l’armement défensif de l’Ukraine ou un front commun avec les libéraux contre les ingérences des soviets, plus elle peut rendre imaginable une grande « union des démocrates » allant jusqu’à Édouard Philippe pour sauver la République des « pires heures de notre histoire » et faire triompher le Bien sur le Mal… On connaît déjà presque la musique du conditionnement.
Au fond, le débat posé est donc moins celui du choix d’un candidat que celui de la recomposition de l’espace de la gauche non communiste. Et il serait intéressant d’y ajouter une question : en refusant la primaire au nom de divergences surjouées, ne prennent ils pas le risque de laisser le premier tour éliminer le candidat social-démocrate le mieux placé ?
Au fond, ils n’ont pas tiré les conclusions de 2002 et surtout de 2017 et de 2022. Et évidemment, Jean-Luc Mélenchon aurait gagné cette primaire; étant le meilleur des soc-dem !
Ce qui est consternant c’est qu’il s’agit de la primaire du Parti Socialiste.
naïvement on pourrait penser que les 5 candidats défendent le projet du PS , mais visiblement il n’y en a pas.
Vu comment sur des sujets majeurs il n’y avait pas de consensus et des divergences majeures.
Cette primaire nous fera revivre des épisodes connus : les battus trahiront la ou le vainqueur.
Glucksmann et Guedj sont plus proches de Philippe et Attal que de LFI et son prêts à des alliances vu comment ils jettent à la poubelle LFI en la mettant de manière ignoble sur le même plan que le RN. Curieuse manière de vouloir lutter contre l’extrême droite.
On croirait un résumé sorti de l’IA…
Bonjour Mme TRICOT, j’ai une question qui me vient à l’idée. Que devient le programme du PS voté par les militants et présenté par Chloé RIDEL; puisque les candidats présentent leur propre vue du programme. Merci.
Quand on se rappelle comment le PS a abandonné Ségolène Royal, qui avait remporté la Primaire devant des » éléphants » outragés, dans sa campagne contre Sarkosy, jusqu’à Hollande qui a tenté de l’humilier en direct sur un plateau pendant le second tour, on comprend qu’elle réfléchisse. Au delà même des idées, toujours discutables, pour tous, on est là pour ça, la moitié, ou plus ?, de cette équipe la méprise, cela se sent, cela s’entend, cela se voit. Rajoutez une dose de trouble misogynie..
L’équipe éditoriale de Pujadas n’est-elle pas un peu frileuse donc par conséquence peu objective quand elle demande aux candidat(e)s de se positionner sur une possible alliance avec LFI quand elle ne demande pas si une alliance à droite serait envisageable pour eux ?
Surtout quand on sait que Glucksmann comme Guedj ont déjà pris position pour une alliance avec la droite, ce socle commun dans lequel R Glucksmann nage depuis ses déclarations d’amour en son temps à … Sarkozy . Olivier Faure a pourtant été clair en l’interpellant, et en proposant que s’il y a un projet d’alliance avec la Droite, « autant le dire tout de suite aux électeurs de la Primaire »…
Ohlala… Choisir un candidat ou une ligne ? M’enfin c’est une blague ou quoi… Le bilan des votes des députés PS et de la manière de gouverner avec zi « Hollande Experiment », on le connaît. La primaire de cette « gauche de gouvernement « , celle pour qui être « responsable » c’est gouverner à droite, n’a littéralement aucun intérêt pour qui veut la rupture à gauche…
Choisir ? Aucun de ces cinq là, jamais plus !
Ségolène Royal et Emmanuel Maurel sont plus à gauche que Jean-Luc Mélenchon. S’ils sont désignés, Jean-Luc Mélenchon aura bien du mal de rassembler le bloc social-démocrate.
Pour ce dernier, le moindre mal serait Olivier Faure. En sachant que les voix pour le PS manqueront à LFI pour le Pôle réformiste.
Si les droitiers Jérôme Guedj, un ami de jeunesse et de Massy de Jean-Luc, et Raphael Glucksmann passent : le report de leurs voix n’est nullement garanti. Ce serait le divorce entre les sociaux-démocrates populistes et les sociaux-démocrates libéraux pour quelques temps.
Sacrè farceur en pleine panique ! bon, il faut reconnaitre que les sondages ne sont pas bons pour le PC, même si il faut les prendre avec des pincettes.
Plus à gauche que moi tu meurs ! et bien, le PC n’est pas plus vivant que le PS, tout en restant, à la base, bien plus à gauche.
Le report des voix ce sont les électrices, et les électeurs, qui en décideront selon leurs propres intérêts, sur la base d’un programme, pas pour faire barrage au RN, comme la fausse gauche nous y a toujours contraint, se gardant les places et les postes pour le temps de la mandature à venir.
Macron, et ses godillots, nous préparent autre chose, si j’ai bien lu; ce qui te passe très largement au dessus de ta casquette de préposé au vote final.
Cher Lionel Mutzenberg,
Oui, LFI est en pleine panique. Jean-Luc Mélenchon est un sacré farceur.
Le PCF est pour le socialisme. LFI : non. Sur ce simple critère, oui le PCF est communiste. Il est à gauche des partis réformistes sociaux-démocrates. LFI appartient à la gauche non communiste. A ton âge, tu devrais le savoir. Mais, je sais que tu es plein d’humour et taquin. Oui, LFI est social-démocrate.
Vous avez aimez les discours enflammé de Mollet… puis ceux de Mitterrand… alors ceux de Mélenchon : cela vous rappelle le bon vieux temps.
Tu as le droit d’être opportuniste (de la distinction républicains radicaux et républicains opportunistes : je décrite pour Carlos H). C’est ton droit. Juste, il ne faut pas que LFI, SVP, se déclare radicale. C’est faux. Nous en convenons tous les deux. LFI n’est pas PLUS A GAUCHE QUE MOI TU MEURS ; elle veut le pouvoir avec le centre.
Ouvre les yeux et regarde au delà du doigt : LFI recherche les voix du centre et de la droite pour passer de 33% à 51%. Mélenchon compte sur Raphaël Glucksmann et aussi sur Edouard Philippe (l’espace pour Garbriel Attal est étroit) et … même peut-être des voix de Retailleau. Le deuxième tour ne sera pas les voix du RN – car vous aurez été de bons anti communistes – pour battre l’extrême centre. C’est peut-être votre scénarios mais il n’est pas pour l’instant le plus probable.
Oui, votre programme est moins intéressant et opérationnel que celui du PCF. Jean-Luc Mélenchon pourrait se retirer et appeler à voter pour Fabien Roussel. A moins que tu es déjà prêt avec ta caquette de préposé au vote final à la victoire du RN que tu appelles en fait de tes vœux ou de Glucksmann ou d’Edouard Phillipe ?
En tout cas, aux européennes, Gluglu a fait 14% et Méluch 10%. Nous avons déjà eu votre guerre des deux roses. Il serait bon de parler programme et donc des propositions concrètes et matérielles opérationnelles pour sortir le pays de l’ornière : nous avons des propositions au PCF.