Les syndicats en congrès… et attendus

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Les syndicats sont en congrès en ce mois de juin. La CGT et la CFDT doivent participer à l’élaboration de solutions pour tout ce qui met les travailleurs en tension : transformations de la société, baisse du pouvoir d’achat, montée du RN et bouleversements écologiques.

La CGT est en congrès et la CFDT s’apprête à tenir le sien mi-juin. Ce seront des moments pour les militants syndicaux de tenter de réfléchir à la façon de réduire l’écart entre l’ampleur des défis auquel le monde du travail est confronté (mutations liées à l’écologie, IA, néolibéralisme…) et le faible taux de syndicalisation (autour de 10% quand il était de 25% en mitan des années 70 et presque 50% au sortir de la guerre).


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La montée de l’extrême droite occupe une bonne place dans les discussions syndicales. Comment lutter contre l’extrême droite lorsqu’elle progresse dans le monde du travail lui-même ? Il ne s’agit plus de savoir si le RN constitue une menace pour les travailleurs. Les positions défendues par l’extrême droite dans les entreprises comme dans les institutions et les attaques répétées contre les syndicats apportent déjà la réponse.

Une même inquiétude parcourt les centrales, celle de voir se développer dans le salariat une adhésion croissante à ces idées qui fracturent le monde du travail. Selon Harris, 23% des salariés proches d’un syndicat ont voté RN aux législatives de 2024. C’est certes 8 points de moins que l’ensemble des Français… Mais 23% tout de même !

La question devient stratégique. Quelle doit être la place du syndicalisme dans ce combat ? À la CGT, certains défendent l’idée que la lutte contre l’extrême droite impose d’assumer une intervention dans le champ politique et d’appeler à voter à gauche contre le RN – comme en juin 2024 quand la centrale syndicale soutint le Nouveau Front Populaire. Cette position est loin de faire l’unanimité, surtout vu la pluralité des candidatures à gauche. À la CFDT, l’organisation continue de refuser les consignes de vote tout en qualifiant désormais l’extrême droite de « danger réel et immédiat ».

La question salariale redevient une question sociale majeure. Elle est de plus en plus abordée par la remise en cause des protections sociales. Les syndicats doivent établir un mur contre la solution qui consisterait à redonner du pouvoir d’achat en baissant les cotisations sociales.

Mais le sujet ne se réduit pas à cet aspect. Les syndicats savent mieux que quiconque que l’extrême droite progresse et prospère sur le terrain de la colère sociale. Les salariés sont à l’os : cette phrase, que l’on entend dans les unions locales comme dans les permanences syndicales, résume une réalité devenue banale. Pour beaucoup, le salaire n’est plus synonyme de sécurité mais d’inquiétude. Travailler ne garantit plus de vivre correctement. La question salariale redevient une question sociale majeure. Elle est de plus en plus abordée par la remise en cause des protections sociales. Les syndicats doivent établir un mur contre la solution massivement entendue dans le débat public qui consisterait à redonner du pouvoir d’achat en baissant les cotisations sociales ou en passant par des primes défiscalisées… ce qui peut sonner doux à l’oreille des travailleurs. Les syndicats sont sur tous les fronts. 

Enfin, dans les congrès on parlera du travail lui-même, de ce que l’on fait toute la journée, de ce que l’on produit, de la manière dont on le produit, du sens qu’on lui donne. L’intelligence artificielle bouleverse déjà l’organisation de nombreux métiers. Les outils numériques transforment les tâches quotidiennes. Les méthodes managériales continuent d’intensifier le travail. Dans de nombreux secteurs, les salariés expriment un sentiment croissant de perte de sens. Les souffrances psychiques liées au travail explosent. Qui décidera de l’usage de l’IA dans les entreprises ? Comment garantir qu’elle améliore le travail plutôt qu’elle ne serve à attaquer les salariés ? Comment redonner aux travailleurs du pouvoir sur l’organisation de leur activité ? Comment discuter collectivement de ce qui mérite d’être produit et de ce qui ne le mérite plus ? L’écologie interroge elle aussi l’utilité de certaines productions. Autant de questions qui touchent au cœur même de l’activité syndicale.

L’histoire du mouvement ouvrier est celle d’une ambition démocratique : conquérir des pouvoirs et des libertés pour décider de sa vie. Face à l’extrême droite, les syndicats ont raison de réagir. Face à la stagnation des salaires, ils ont raison de se mobiliser. Face aux transformations du travail, ils ont raison de s’interroger. C’est souvent au travail que naissent les frustrations, les colères et les désillusions. Dans l’époque traversée par les bouleversements technologiques, sociaux et démocratiques, ces congrès ne seront pas un moment parmi d’autres.

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1 commentaire

  1. lemasseur le 4 juin 2026 à 07:24

    « Comment lutter contre l’extrême droite lorsqu’elle progresse dans le monde du travail lui-même ?  »

    Cette phrase résume à mon sens parfaitement le problème du syndicalisme ouvrier et employé.es (mais pas medef):
    « L’extrême droite progresse dans le monde du travail LUI-MÊME. »

    Comme si le monde du travail pouvait être décorrélé du monde en général et de la société en particulier! C’est tout le problème du syndicalisme en France depuis je ne sais quel congrès ayant établi que les syndicats ne feraient pas de politique au sens institutionnel mais se borneraient au monde de l’entreprise et du travail. Quelle stupidité, quelle naïveté, quelle inconscience!
    Ne pas faire de politique dans le syndicalisme est un non-sens, par définition (quoi de plus « politique » que le monde du travail où s’exerce l’essentiel des dominations) mais surtout à l’heure où le medef, lui ne s’en prive pas!
    Le syndicalisme à la française fracture la société en séparant la citoyenneté de l’activité professionnelle (au citoyen le parti, au travailleur le syndicat), et empêche ainsi la formation d’une conscience collective, d’une action collective et la compréhension des enjeux, tout en pavant la voix à l’adversaire qui lui est parfaitement structuré sur les deux plans et avance sans encombre dans son agenda.

    La collusion entre le medef et les partis de droite, de l’extrême centre et de l’extrême droite est totale et organique tandis qu’à gauche perdure l’absurdité de centrales syndicales répugnant à agir de concert avec les partis. En rester à ce catéchisme absurde et pour tout dire pas loin d’être complètement crétin (quoi le monde du travail ne serait pas « politique »? et puis quoi?) revient à nous lier les mains dans le dos et consacrer notre impuissance en tant que classe.

    Le syndicalisme français est une arme de faible portée, pas enthousiasmante pour deux ronds, parce qu’elle n’est chargée que de munitions à blanc à n’utiliser qui pis est que dans les « journées d’action », dont l’essentiel consiste à gonfler des gros ballons et faire du lèche-vitrine entre République et Nation.
    Que les syndicats redeviennent offensifs et cherchent à faire mal à l’adversaire en articulant les stratégies avec les partis, et il y a de fortes chances qu’ils redeviennent massif et attrayants.
    L’alliance patronat-RN devrait pourtant leur ouvrir les yeux, mais rien n’est moins sûr.

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