La Macronie a trouvé la parade : interdire LFI
Isoler La France insoumise, instaurer un cordon sanitaire… et désormais rendre inéligible ses candidats. Faute de battre politiquement le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, la Macronie trouve une solution radicale.
Le meurtre du militant d’extrême droite Quentin Deranque fait l’effet d’un accélérateur de particules. Chacun y voit une occasion en or pour en finir avec Jean-Luc Mélenchon et ses ouailles. À gauche, certains, comme François Hollande, incapables de prendre le leadership politique, jouent des coups de menton pour les isoler de manière autoritaire. L’ancien président assène : « Il ne peut pas y avoir, pour les élections qui viennent, d’alliance entre les socialistes et La France insoumise. Je considère que la relation avec LFI est terminée. »
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À droite, on prône l’instauration d’un cordon sanitaire. Reléguant l’enjeu du RN – qui pourtant se précise –, Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, issue des LR, en appelle directement aux électeurs : « On a, toutes et tous, une responsabilité lorsqu’on glisse un bulletin La France insoumise dans l’urne. J’en appelle aux Français, qui par le passé auraient déjà fait ce choix : plus jamais, plus jamais un député LFI au sein de l’Assemblée nationale. » La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet l’expose au Figaro : « Aujourd’hui, je dirais qu’il faut un ‘ni-ni’. Ni extrême gauche, car oui, bien sûr, La France insoumise est d’extrême gauche, ni extrême droite ». Même analyse côté Gérald Darmanin, le ministre de la justice qui, sur BFMTV le 19 février, demande que « pour l’avenir, que plus personne ne nous fasse le coup de ‘Votons LFI pour faire barrage à’ […] Les deux extrêmes se rejoignent. »
La charge est rude, mais insuffisante. Insuffisante pour disqualifier et exténuer LFI, pour écarter définitivement l’hypothèse d’un second tour en 2027 avec la présence de Jean-Luc Mélenchon. Alors, Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu cherchent la parade. Et ils pourraient l’avoir trouver. Écoutons bien les mots du président de la République. Le 13 février, à l’Élysée, il déclare :« Pour l’avenir, je souhaite qu’une peine d’inéligibilité obligatoire soit instaurée pour les actes des propos antisémites, racistes et discriminatoires ». Le 15 février sur Radio J, il précise sa pensée : « Je constate que dans les positions qu’ils [les insoumis, ndlr] prennent, en particulier sur l’antisémitisme, ils contreviennent à des principes fondamentaux de la République ».
Antisémites donc ceux qui dénoncent le génocide des Palestiniens ; antisémites encore ceux qui prônent un État binational « du Jourdain à la mer ». Antisémite La France insoumise.
Comme disait de Gaulle, « le président de la république serait la tête pensante et le premier ministre la tête agissante du pouvoir ». Aussi, Sébastien Lecornu passe du cap présidentiel aux actes. Ce 19 février, lors du dîner du Crif, le premier ministre annonce que, « dès ce mois d’avril », sera présentée à l’Assemblée la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan qui tend a confondre antisionisme et antisémitisme, incluant toute contestation de l’État d’Israël.
Sébastien Lecornu expose : « Dire ‘De la mer au Jourdain’, c’est appeler à l’effacement d’Israël. C’est accepter l’idée que les Israéliens n’auraient plus leur place. L’antisionisme contemporain est devenu le masque du vieil antisémitisme. La République a toujours su adapter le droit pour combattre la haine […] Il faut aujourd’hui franchir une étape supplémentaire : appeler à la destruction de l’État d’Israël, c’est appeler à la mise en danger vitale d’un peuple et, en France, l’appel au meurtre est interdit, l’antisémitisme est puni. » Antisémites donc ceux qui dénoncent le génocide des Palestiniens, récusant ici la légitime défense d’Israël ; antisémites encore ceux qui prônent un État binational « du Jourdain à la mer ». Antisémite La France insoumise.
Le voilà, l’enchaînement très profondément attentatoire à un courant politique. Ce n’est pas la critique d’Israël qui est visée, c’est la disqualification suivie de l’interdiction de la gauche radicale en France.
Un Etat binational du Jourdain à la mer implique la destruction d’Israël. Le caractère juif propre à un Etat constitué au Moyen-Orient disparaîtrait. Il serait maintenu en revanche avec la solution à deux Etats. La notion d’Etat unique du Jourdain à la mer est donc bien antisémite, sous couvert d’antisionisme.
Israël se définit comme « l’état nation du peuple juif » depuis le 19 juillet 2018. De ce fait, seuls les « juifs » et non les habitants d’israël ( et en particulier pas les arabes) ont le droit de se prononcer sur l’avenir d’israël. Désormais seul l’hébreu est langue officielle et l’arabe perd son statut égalitaire. Cette loi « fondamentale » ( = constitutionnelles ) a été votée sous un gouvernement Netanyahu en coalition avec l’extrême droite.
Ceci est en totale contradiction avec la déclaration de 1947 portant création de l’Etat d’Israel, reconnue par l’ONU en 1948. Cette déclaration stipule » une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous les citoyens sans distinction de croyance, de race et de sexe. »
Traiter d’antisémite tous ceux qui pensent qu’il faut un état unique ( ce que je ne pense pas) est une insulte insupportable ! Mais tellement courante qu’elle trouve même sa place dans les commentaires sur ce site ( tristesse).
D’accord
Vous dites, F Breton, que vous ne croyez pas à la solution d’un État binational. Je l’entends. Pendant longtemps, on nous a présenté “deux États” comme l’issue naturelle. Mais si on regarde les faits tels qu’ils sont aujourd’hui, la discussion mérite d’être rouverte calmement.
Environ 700 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (ONU – OCHA / UE). Les rapports de l’ONU décrivent un territoire palestinien morcelé, avec des blocs d’implantations et des infrastructures intégrées au système israélien. Beaucoup de chercheurs en géographie politique expliquent que, dans ces conditions, créer un État palestinien territorialement continu supposerait un démantèlement massif des colonies israélienne qui n’est, à ce stade, engagé nulle part… et à se pencher sur les conséquences probables, on comprend pourquoi…
Les données démographiques (statistiques officielles israéliennes et palestiniennes) indiquent qu’entre le Jourdain et la Méditerranée, les populations juive israélienne et palestinienne sont aujourd’hui d’ampleur comparable… Quand deux peuples vivent déjà imbriqués dans un même espace et en nombre similaire, la question de fond devient celle des droits politiques à long terme plutôt que celle du déplacement forcé d’une population!!!!
Si on ajoute à cela que les négociations sont gelées depuis plus de dix ans, on comprend que les centres de recherche comme l’International Crisis Group ou le Carnegie Endowment soulignent que la faisabilité concrète de deux États s’est sérieusement réduite au fil des évolutions sur le terrain.
Je ne dis pas que l’État binational serait simple. Je dis que, si la séparation territoriale devient impraticable et qu’un seul espace politique fonctionne déjà de fait, alors garantir l’égalité civique pour tous dans ce même cadre devient une hypothèse rationnelle à examiner. Il est intéressant de noter, comme vous le rappelez à la fin de votre commentaire que le modèle que je défends pourrait être qualifié d’antisioniste au sens politique, puisqu’il remet en cause l’idée d’un État structuré autour d’une définition nationale juive exclusive… Si d’aventures le projet du premier ministre et du président était mené à bien et que le législateur décidait d’assimiler juridiquement l’antisionisme à l’antisémitisme, alors une position comme la mienne pourrait tomber sous le coup de la loi. Alors que ce dont je parle ici, c’est d’architecture institutionnelle et d’égalité des droits. Pas d’hostilité envers un peuple, une religion ou qui que ce soit. On peut ne pas être d’accord avec moi, mais le débat mérite d’être posé sur des données vérifiables, pas sur des caricatures comme se propose de le faire l' »extrême centre » (Et allez… c’est pour le fun!)
Ah bon ?
Vous dites n’importe quoi.
Consultez la carte que j’ai déposée sur mon drive (https://drive.google.com/file/d/1lQc6XeUS-SElW2GoiDbwNRlYlLofLdyz/view?usp=sharing). Issue de l’ONU en 1946, elle établit la partition de la région en deux États.
Où l’on voit bien une Palestine du Jourdain à la Méditerranée.
L’ONU aurait donc été antisioniste. Mouhaha !
Merci pour votre texte Loïc… je partage pleinement votre analyse parce qu’elle met en lumière un enjeu institutionnel majeur.
A tous les autres qui me liront, regardons le mécanisme tel qu’il se présente…
Le droit français réprime déjà l’antisémitisme: L’incitation à la haine raciale constitue un délit et l’appel à la violence constitue un délit. Les juges disposent du pouvoir de prononcer des peines d’inéligibilité. Le cadre juridique existe donc et il repose sur la qualification précise des faits et sur le contradictoire.
Dans ce contexte, instaurer une inéligibilité « obligatoire » adossée à une définition élargie de l’antisémitisme revient à modifier la finalité de la loi parce l’esprit des textes antiracistes protège des personnes en raison de leur identité. Il vise la haine, la discrimination, la violence. Or, étendre cette logique à des positions politiques sur un État étranger transforme cet outil de protection en outil de répression politique!
L’assimilation globale de l’antisionisme à l’antisémitisme crée une confusion qui brouille plus qu’ elle ne clarifie… En effet, si la critique d’une politique gouvernementale relève du débat public, la haine envers un peuple, elle, relève du pénal! La frontière entre les deux doit rester juridique, précise, objectivable.
L’inéligibilité constitue une sanction lourde : elle écarte un candidat du suffrage universel. Une telle sanction exige une définition claire, un cadre strict, un contrôle du juge. Toute extension imprécise fragilise le principe constitutionnel du pluralisme des courants d’idées et d’opinions, que le Conseil constitutionnel considère comme un fondement de la démocratie.
Et que dire sur le moment politique choisi!!!! Introduire ou élargir des mécanismes d’inéligibilité à l’approche d’échéances nationales majeures influence l’équilibre du débat public. Une démocratie solide sépare la lutte contre les infractions pénales du rapport de forces électoral.
Vous pouvez rejeter les positions de LFI… Vous pouvez les combattre politiquement… mais ça doit se faire dans le cadre naturel de cette confrontation, c’est à dire le débat électoral!
La règle jusqu’ici était simple: les délits sont sanctionnés par le juge ; les idées se tranchent par le suffrage. Dès lors qu’une qualification pénale s’étend à des positions politiques controversées, la loi change de fonction: elle cesse d’être un bouclier contre la haine et devient un levier d’exclusion du champ démocratique!
Cet enjeu dépasse un parti. Il touche à l’équilibre même du pluralisme démocratique.
Comment cela peut il échapper aux formations qui se disent de gauche???? A moins que….