Et si on relocalisait l’ONU ? 

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Comme en 2025, les États-Unis refusent l’accès au siège de l’ONU à Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. L’ONU peut-elle rester dépendante de cette Amérique ?

En son article IV, section 11, l’accord de 1947 entre les États-Unis et l’ONU relatif au siège de l’institution internationale stipule : « Les autorités fédérales, d’État ou locales des Etats-Unis ne mettront aucun obstacle au transit à destination ou en provenance [du siège de l’ONU] […] Les autorités américaines compétentes accorderont la protection nécessaire aux personnes […] pendant leur circulation en transit à destination ou en provenance [du siège de l’ONU]. » Or pour la deuxième année consécutive, les États-Unis refusent un visa au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas au prétexte qu’il aurait « manqué à ses engagements en faveur de la paix au Moyen-Orient », tandis que, ce mardi 22 septembre, s’ouvre à New York l’assemblée générale de l’ONU.


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En septembre 2025, un même refus américain avait provoqué une levée de boucliers. Une résolution regrettait alors cette décision par 145 voix contre 5 (les États-Unis, Israël, le Paraguay, Nauru et les Palaos). La résolution décidait que le président de l’Autorité palestinienne s’exprimerait par vidéo préenregistrée – seul précédent, l’intervention en 2022 de Volodymyr Zelensky. Cette année, rebelote. Ils ne sont plus que trois pays à s’opposer à l’intervention pré-enregistrée du dirigeant palestinien : États-Unis, Israël et Paraguay.

Déjà en décembre 1988, les Américains avaient refusé de fournir un visa à Yasser Arafat. À l’époque, les États-membres avaient voté en faveur d’une délocalisation de son assemblée générale à Genève – 154 voix pour et 2 contre (les États-Unis et Israël). En ce temps-là, la vidéoconférence était moins courante et surtout la pleutrerie moins commune.

La question de la localisation du siège de l’ONU à Manhattan se pose plus globalement. Faut-il aller plus loin qu’une délocalisation temporaire ? On peut imaginer que l’ONU soit installée en un lieu plus neutre et plus respectueux du multilatéralisme. Si le siège de l’ONU est bien considéré comme « extraterritorial », peut-on raisonnablement laisser aux États-Unis le contrôle de l’aéroport et des chemins qui mènent à ce siège ? 

En fait, la question de la localisation du siège de l’ONU à Manhattan se pose plus globalement. Faut-il aller plus loin qu’une délocalisation temporaire ? Washington bafoue traité international après traité international : on peut imaginer que l’ONU soit installée en un lieu plus neutre et plus respectueux du multilatéralisme. Si le siège de l’ONU est bien considéré comme « extraterritorial », peut-on raisonnablement laisser aux États-Unis le contrôle de l’aéroport et des chemins qui mènent à ce siège ? 

La Palestine ne saurait souffrir plus longtemps du bon vouloir de la Maison-Blanche pour siéger au rang des nations. Les 21 et 22 septembre 2025, onze pays reconnaissaient la Palestine en tant qu’État : Andorre, la Belgique, le Luxembourg, Malte, Monaco, Saint-Marin, l’Australie, le Canada, le Portugal, le Royaume-Uni et la France – montant le nombre d’États reconnaissant la Palestine à 158. Mais à quoi bon « reconnaître » un État si tout dépend d’un seul, la superpuissance étatsunienne ?

Sur le terrain, la situation s’est encore dégradée en un an – même si le cessez-le-feu d’octobre 2025 a infléchi la courbe des morts à Gaza. Si on comptait près de 20 000 victimes par an depuis le 7 octobre 2023, l’année 2026 a été moins meurtrière, avec tout de même 1400 Gazaouis tués sous les bombes israéliennes, plus d’un enfant par jour. Le bilan de cette guerre avoisine les 74 000 morts. Et Israël intensifie sa politique de colonisation de la Cisjordanie, avec pour objectif de la scinder en deux. La réplique européenne et canadienne a été d’imposer des sanctions sur les produits issus des colonies, sans toutefois toucher à ses partenariats directs avec Israël. 

Chaque jour, la Palestine se disloque sous les assauts coloniaux d’Israël. Le « plan de paix » de Donald Trump avait été validé par le Hamas mais pas par le gouvernement israélien. De fait, la solution à deux États semble de plus en plus impossible. Tout comme la solution à un État. Que reste-t-il ? L’impasse est totale. Une solution doit s’inventer dans des territoires dominés par le crime et par la haine. Plus le temps passe et plus ce sera improbable.

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2 commentaires

  1. lemasseur le 23 septembre 2026 à 08:14

    J’en suis le premier désolé car ce constat dit tout du noeud gordien: C’est l’existence même d’Israël qui conduit à l’impasse.

    On n’a en effet jamais vu une situation coloniale s’achever sans le départ du colonisateur, et comme le colonisateur ne peut pas partir, la situation est bloquée ad vitam.
    On le voit il n’y a de « solution » en l’état que par la destruction d’une des deux parties, ce à quoi s’emploie Israël.

    Cela fait plus de 80 ans que la fiction d’un processus de paix permet à Israël de s’étendre sans fin. La Cisjordanie aujourd’hui, la Jordanie, le Liban et la Syrie demain et la Turquie après demain.

    Étant donné que les Israélien.nes ne sont pas expulsables de leur propre pays (on ne corrige pas une injustice en en en commettant une autre), il n’y a d’issue que par la refonte totale des institutions et l’abandon du concept d’Israël comme « foyer national du peuple juif ». Ce qui revient à nier le fondement même du pays.

    Autrement dit, le plus probable est que le peuple palestinien est voué à disparaitre, la question étant de limiter les dégâts et de circonscrire Israël par la contrainte et les sanctions de manière à ce qu’il ne porte pas la guerre sur l’ensemble de la région.

    Et dans deux générations peut être.

  2. Lafleur le 23 septembre 2026 à 13:21

    Cher Loïc,

    Ton interrogation sur le siège de l’ONU et le refus américain d’accueillir Mahmoud Abbas est légitime. Elle pose effectivement une question essentielle : peut-on prétendre défendre le multilatéralisme tout en laissant une puissance, parce qu’elle accueille le siège de l’ONU, décider qui peut ou non y accéder ?

    Mais je reste un peu sur ma faim devant ta conclusion : « l’impasse est totale ». Car cette impasse n’est pas seulement une réalité à constater. Elle est aussi le produit de rapports de forces et de choix politiques, et donc quelque chose contre quoi il faut agir.

    Et justement, il manque dans ton article un acteur qui travaille depuis des décennies sur cette question : le Parti communiste français et ses relations avec l’OLP, mais aussi avec les forces communistes palestiniennes et israéliennes.

    Ce n’est pas une solidarité de circonstance née le 7 octobre 2023. Le PCF rappelle que ses relations avec l’OLP remontent à 1975 et que Yasser Arafat avait été reçu par Georges Marchais en 1988. En juin 2025, Fabien Roussel rappelait encore devant les représentants palestiniens que le PCF était « aux côtés » de l’OLP depuis cinq décennies.

    Mais il faut aller plus loin que cette seule relation PCF-OLP. Le PCF travaille également avec le Parti du peuple palestinien (PPP), membre de l’OLP, et avec le Parti communiste israélien (MAKI) et sa coalition Hadash. Ces forces ont une histoire politique particulière et portent ensemble une exigence d’égalité des droits, de fin de l’occupation et de la colonisation et de solution politique à deux États sur les frontières de 1967. Une déclaration commune du MAKI et du PPP a encore été publiée en juillet 2024.

    C’est précisément ce qui me paraît manquer à ton raisonnement : la Palestine n’est pas seulement une population victime d’une catastrophe qu’il faudrait regarder depuis l’extérieur. C’est un peuple qui possède une histoire politique, des organisations, des représentants et des forces qui cherchent, dans des conditions extrêmement difficiles, à construire une issue politique.

    Le 4 juin 2025, le PCF et l’OLP ont ainsi organisé à Paris la conférence « Liberté pour la Palestine », avec des forces politiques, syndicales, universitaires et internationales, avec l’objectif de construire une coalition internationale pour les droits du peuple palestinien et la protection du droit au retour. La reconnaissance de l’État palestinien y était pensée non comme un geste symbolique, mais comme un point de départ pour faire appliquer le droit international, mettre fin à l’occupation et à la colonisation et permettre au peuple palestinien d’exercer ses droits nationaux.

    C’est là que ton « que reste-t-il ? » me paraît poser problème.

    Il reste justement une perspective politique : permettre au peuple palestinien d’exercer son droit à l’autodétermination, construire un État palestinien souverain aux côtés d’Israël, sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale, mettre fin à l’occupation et à la colonisation, garantir les droits des réfugiés et permettre au peuple palestinien de renouveler démocratiquement ses institutions. Le PCF et l’OLP ont réaffirmé cette orientation dans leur déclaration commune de novembre 2025.

    Et il y a surtout le « comment faire », qui manque à mon sens à ton article.

    Car reconnaître un État palestinien ne suffit évidemment pas. Il faut créer un rapport de forces : sanctions contre le gouvernement israélien et les acteurs de la colonisation, suspension de l’accord d’association UE-Israël, embargo sur les armes, application du droit international et de la justice internationale, protection internationale du peuple palestinien et mobilisation d’une coalition internationale. Ce sont précisément les mesures que le PCF défend aujourd’hui.

    La délégation communiste qui s’est rendue en Palestine en juillet 2026 a d’ailleurs rapporté les demandes formulées sur place par les Palestiniens eux-mêmes : application du droit international, rupture de l’impunité d’Israël, sanctions, boycott et désinvestissement, libération des prisonniers politiques et construction d’un vaste mouvement de solidarité internationale. Elle a également rencontré le PPP, qui a réaffirmé son souhait de renforcer les liens politiques avec les communistes français et israéliens.

    Fabien Roussel continue de porter cette orientation. À la Fête de l’Humanité 2026, il a rappelé les liens historiques du PCF avec le peuple palestinien, la campagne menée avec l’OLP pour la création d’un État palestinien et la campagne « Un million d’oliviers », tout en appelant à soutenir l’OLP et à construire une paix entre deux États vivant côte à côte.

    Donc oui, il faut interroger le rôle des États-Unis dans le fonctionnement de l’ONU. Oui, il faut dénoncer l’impunité et les contradictions des puissances occidentales. Mais il faut aussi regarder les forces politiques qui, concrètement, cherchent à transformer le droit en rapport de forces.

    Sinon, on finit par écrire : « la solution à deux États semble de plus en plus impossible », « la solution à un État aussi », « l’impasse est totale »… et, implicitement, il ne resterait plus qu’à constater la catastrophe.

    Or une analyse matérialiste devrait précisément nous conduire à l’inverse : si le rapport de forces est défavorable, la question politique est de savoir comment le modifier.

    C’est tout le sens de la démarche engagée par le PCF avec l’OLP, mais aussi avec le PPP et le MAKI : ne pas opposer abstraitement les peuples, ne pas enfermer le conflit dans une lecture identitaire ou religieuse, mais rechercher les forces politiques capables de reconstruire un rapport de forces pour l’égalité des droits, la souveraineté des peuples, la paix et la justice. La Palestine n’est donc pas seulement une victime dont il faudrait raconter le martyre. C’est un peuple qui a des droits nationaux, une histoire politique, une représentation, des organisations et des forces qui continuent de se battre pour une issue politique.

    La question n’est donc pas seulement : « Et si on relocalisait l’ONU ? »

    Elle est aussi : comment faire pour que le droit international cesse d’être une déclaration de principe et devienne enfin un rapport de forces politique capable de garantir les droits du peuple palestinien ?

    Et sur ce terrain, il existe déjà des initiatives, des organisations et des alliances concrètes. Il serait dommage que Regards les passe sous silence et merci pour ton article qui invite à la réflexion et à un débat sur un sujet de fond.

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