À la pompe, le gouvernement met un pansement sur sa politique

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Le gouvernement joue les pompiers pour tenter d’éteindre leur propre incendie : il multiplie les aides pour absorber la hausse des carburants, sans remettre en cause les choix qui rendent les ménages et les travailleurs si vulnérables aux chocs énergétiques.

Six ministres, rien que ça, à Bercy pour parler du prix de l’essence. Ce mardi, Roland Lescure, ministre de l’Économie, Serge Papin, chargé des PME et du Pouvoir d’achat, Stéphanie Rist, ministre de la Santé, David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, et Catherine Chabaud, chargée de la Mer et de la Pêche, se sont succédé pour présenter les nouvelles mesures destinées à amortir la flambée des carburants.

Six ministres pour annoncer l’élargissement de l’aide aux grands rouleurs, le relèvement de la prime carburant, un soutien aux pêcheurs, aux agriculteurs, au BTP, aux infirmiers et aux aides à domicile : 450 millions d’euros s’ajoutent au milliard déjà mobilisé. Sous pression, le gouvernement prolonge l’aide aux « grands rouleurs » de 100 euros jusqu’à la fin de l’année et l’élargit à 5,5 millions de personnes- contre 3 millions auparavant. Le plafond de la prime carburant que les employeurs peuvent verser à leurs salariés passe de 600 à 1 000 euros. Les pêcheurs pourront bénéficier d’une prise en charge allant jusqu’à 70 % de la hausse de leurs coûts de carburant et d’un prêt à taux zéro pouvant atteindre 50 000 euros. Les aides aux secteurs les plus exposés sont prolongées.

Bien sûr la guerre au Moyen-Orient, les tensions sur les approvisionnements et la fermeture du détroit d’Ormuz pèsent. Mais cela ne dispense pas de voir qu’après des années de politique de l’offre, nous sommes incapables d’absorber le moindre choc. La « modération salariale » a tout emporté.

Alors ces aides deviennent indispensables. Cette liste dit aussi que face à une hausse générale du coût de la vie, l’exécutif répond par une succession de dispositifs individuels. Il faut entrer dans la bonne catégorie, parcourir suffisamment de kilomètres, exercer le bon métier, remplir les bonnes conditions. La puissance publique doit agir pour prévenir une tempête sociale. Car le carburant possède une particularité politique : son prix se voit. Celui de l’électricité arrive sur une facture, celui du panier alimentaire se disperse entre les rayons. Le prix à la pompe, lui, s’affiche en grand dans l’espace public. Tout le monde voit. Quelques centimes sur un litre ne sont pas une abstraction. Ils deviennent immédiatement des euros à la fin du plein, puis des dizaines d’euros à la fin du mois. Quand le gazole dépasse 2,40 euros le litre, chaque trajet domicile-travail devient une ponction insupportable sur le salaire.

Promis, les Français sauront « ce qu’ils paient et à qui va leur argent». Très bien. Mais afficher les marges des distributeurs ne règle pas la question fiscale. Le gouvernement annonce une « règle d’or » : si la hausse des prix entraîne un surplus de recettes de TVA, celui-ci serait restitué aux Français. Pourquoi pas. Mais la question n’est pas de restituer demain une éventuelle recette supplémentaire. Elle est de savoir comment empêcher que le coût d’une énergie indispensable impacte si massivement les ménages et les travailleurs. 

Et puis il y a cette phrase de Roland Lescure sur l’approvisionnement : « Pour les deux mois qui viennent, nous n’avons aucune inquiétude. » Deux mois. Deux mois de visibilité. C’est censé nous rassurer ? Une politique énergétique digne de ce nom devrait permettre de regarder plus loin que le prochain plein. Face à la crise énergétique, l’exécutif explique qu’il faut réduire notre dépendance aux hydrocarbures. « La meilleure manière de résister aux crises futures, c’est d’en être immunisé. C’est de continuer à électrifier la France » expose le ministre de l’économie. Mais électrifier la France suppose des investissements publics, des transports collectifs accessibles, un réseau ferroviaire à la hauteur, des véhicules électriques abordables et une politique industrielle. Cela suppose de ne pas demander aux ménages de payer à la fois la crise présente et la transition future. Car c’est là que se trouve le problème, celui d’une société dont une part grandissante du travail dépend de déplacements coûteux, sans alternatives disponibles.

À la pompe, les Français voient le prix monter. Le gouvernement répond par des aides ciblées. Il faudra bien une politique juste et de long terme.

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