Démission de Francesca Albanese : la trumpisation du Quai d’Orsay

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Un montage vidéo mensonger de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, et voilà la France qui exige sa démission ? For sure !

Qu’il semble loin ce mois de septembre 2025 où Emmanuel Macron reconnaissait, à la tribune des Nations unies, l’État palestinien. Le geste n’était pas qu’un symbole. Il pouvait ouvrir une brèche diplomatique. Mais à force de reculer d’un pas après chaque avancée, à force de s’excuser presque d’avoir osé un geste de droit, ce « en même temps » se transforme en mauvaise conscience permanente. Le problème de ce gouvernement n’est pas tant qu’il fasse un pas – c’est qu’il passe son temps à le neutraliser.


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Or voilà qu’en ce mercredi, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, appelle à la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese. Et la France exigera officiellement cette démission le 23 février, lors de la session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Une décision grave : on ne s’en prend pas impunément à une représentante mandatée par l’ONU.

Qui est donc Francesca Albanese ? Juriste italienne spécialisée en droit international, experte reconnue des droits humains, elle est depuis 2022 rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés. Son mandat consiste à documenter les violations du droit international, quelles qu’elles soient. Elle est soutenue par de nombreuses ONG et universitaires pour la rigueur de ses rapports ; elle est également violemment attaquée pour la clarté de ses mots. Parce qu’elle nomme les choses. Parce qu’elle rappelle que l’occupation est illégale. Parce qu’elle parle de crimes de guerre lorsque les faits l’y conduisent. Parce qu’au fond, elle dit le droit international.

Qu’a-t-elle donc raconté pour recevoir les foudres du Quai d’Orsay ? Rien d’autre que son travail minutieux exige : « Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’ont armé, lui fournissant des excuses politiques, un appui politique, un soutien financier et économique, c’est un défi. Le fait que la plupart des médias dans le monde occidental amplifient le discours pro-apartheid, le narratif génocidaire, c’est un défi. Et en même temps c’est aussi une opportunité. Car si le droit international a été poignardé en plein cœur, il est également vrai que jamais auparavant la communauté internationale n’a connu les défis auxquels nous sommes tous confrontés, nous qui ne contrôlons pas d’importants capitaux financiers, ni d’algorithme, ni d’armes. Nous voyons maintenant que l’humanité a un ennemi commun, et que le respect des libertés fondamentales est la dernière voie pacifique, le dernier outil pacifique dont nous disposons pour recouvrer notre liberté. »

À l’heure de la désinformation généralisée, nous pensions que la Macronie avait fait de la lutte contre les fake news une priorité. La voilà qui s’appuie sur une fake news pour attaquer une représentante des Nations unies.

Mais ces déclarations, Jean-Noël Barrot ne les a pas entendues. Pour appeler à la démission de Francesca Albanese, il se base sur un montage vidéo diffusée par la députée Renaissance Caroline Yadan, où les propos sont déformés et tronqués pour lui faire dire qu’Israël serait « l’ennemi commun de l’humanité ». In fine, 53 députés macronistes se sont associés à la demande de démission de la rapporteuse onusienne. 53. Ce n’est plus un dérapage isolé, c’est une ligne politique.

Il faut rappeler que Caroline Yadan est notamment à l’origine d’une proposition de loi visant à assimiler l’antisémitisme à toute critique de la politique de l’État d’Israël – une confusion grave. Depuis des mois, elle mène campagne pour faire taire toute voix critique, jusqu’au sein des institutions internationales.

Mais cette fois, elle est suivie dans sa cabale par le parti présidentiel ainsi que par le gouvernement. Jean-Noël Barrot devient alors plus royaliste que le roi. Il justifie sa demande par « une longue liste de prises de position scandaleuses », accusant Francesca Albanese d’avoir justifié le 7-Octobre, évoqué un « lobby juif », comparé Israël au IIIème Reich. Des accusations extrêmement graves. Fondées sur des montages et des déformations. Rien qui ne résiste à l’examen des textes et des interventions complètes. L’association Juristes pour le respect du droit international a d’ailleurs saisi la justice pour « diffusion de fausses nouvelles ».

Nous assistons à une trumpisation assumée : décrédibiliser les institutions internationales, attaquer les mécanismes de contrôle, personnaliser la vindicte. Comme Donald Trump, on s’en prend à l’ONU quand elle dérange.

À l’heure de la désinformation généralisée, nous pensions que la Macronie avait fait de la lutte contre les fake news une priorité. La voilà qui s’appuie sur une fake news pour attaquer une représentante des Nations unies. Mieux : le porte-parole du Quai d’Orsay reconnaît que toute cette affaire s’appuie sur une fake news mais que le ministère demande tout de même à l’ONU la suspension de Francesca Albanese pour son « absence de neutralité » et son « militantisme » !

Nous assistons à une trumpisation assumée : décrédibiliser les institutions internationales, attaquer les mécanismes de contrôle, personnaliser la vindicte. Comme Donald Trump, on s’en prend à l’ONU quand elle dérange. Et puisque tout le monde tape sur l’ONU, pourquoi pas la France ?

Avec une telle attitude, la France peut bien refuser de siéger au « conseil de paix » de Donald Trump : en quoi son action serait-elle plus respectueuse du droit international ? S’en prendre à une rapporteuse indépendante parce qu’elle documente des violations massives, c’est affaiblir encore un peu plus l’architecture fragile du droit international.

Pendant ce temps, les chiffres restent. Depuis le 7 octobre 2023 :

Mais la priorité du ministre semble être le non-boycott de l’Eurovision et la mise au pas d’une experte de l’ONU.

« C’est donc ça, un pays qui se tient aux côtés d’un peuple opprimé », écrivions-nous fin janvier à propos de la mobilisation de la Catalogne. La France, elle, choisit l’antithèse : reconnaître un État palestinien d’une main, délégitimer celles et ceux qui documentent son écrasement de l’autre.

S’il y a une démission que les macronistes devraient exiger, ce n’est pas celle de Francesca Albanese. C’est celle de Caroline Yadan de leur groupe parlementaire – pour avoir fait de la manipulation un instrument diplomatique.

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1 commentaire

  1. lemasseur le 17 février 2026 à 12:31

    2005 a été le coup d’envoi officiel de la bascule de la France dans autre chose que le peu de démocratie que permettaient ses institutions auparavant. Le test consistant à renverser le sens d’un suffrage a été passé avec succès, aidé en cela par des médias largement acquis à la cause.
    Depuis c’est à une longue dégringolade de l’état de droit à laquelle on assiste, dégringolade dont l’acmé institutionnel a été atteint par le refus de l’autocrate de l’Élysée de reconnaître le résultat des élections législatives, aidé en cela et encore une fois par des médias acquis à la cause Mais la dégringolade est passée auparavant par la répression sanglante des Gilets jaunes (aidé en cela par… ad lib), le vote de lois liberticides à répétition, la gestion autoritaire de la pandémie, les conseils de guerre, la main mise totale de l’oligarchie sur les canaux d’informations et les mensonges de la macronie comme mode de fonctionnement habituel.
    Cela fait maintenant de longues années que le processus de « trumpisation » est à l’oeuvre en France, où l’on traite les écologistes de terroristes et où les anti-fasciste sont devenus les ennemis des « valeurs de la République ». Ce n’est pas d’hier que les associations doivent prêter serment de respecter ces mêmes valeurs dont on peine à définir les contours pour mieux sanctionner, que des associations y sont dissoutes pour raisons politiques.
    Toutefois Macron est le champion de cette dérive.

    Typique est son attitude par rapport à la Palestine et à Gaza: D’une main il reconnait la Palestine comme Etat, mais de l’autre il soutient les forces qui en empêchent la constitution. Il se fait traiter d’antisémite par le premier ministre israélien mais bloque toute possibilité de sanction: C’est un jeu de rôle typique et rien de plus.
    En ce sens Caroline Yadan est le pur produit de la macronie et demander à cette dernière de la sanctionner n’a strictement aucun sens: La manipulation, le mensonge et la violence sont les fondamentaux de cette droite que l’on peine là aussi à différencier de l’extrême droite fascisante. Le fait de n’avoir aucun soucis avec un pouvoir authentiquement fasciste, xénophobe et meurtrier comme le pouvoir israélien (qui à les entendre ne fait qu’exagérer à la marge) en administre une preuve assez éclatante.
    Compter sur Macron et ce qu’il représente (à savoir l’oligarchie séparatiste et prédatrice) pour contrer la trumpisation (ou quel que soit le nom que l’on donne à la fascisation de la société) revient à espérer du pyromane qu’il combatte les incendies qu’il allume en conscience: Illusoire et complètement à coté de la plaque. Cela fait combien de temps que l’UE organise, prête la main au massacre des immigrants dans la Méditerranée ou dans le Sahel? Cela fait combien de temps que les cadavres sédimentent au fond de la mer au mieux dans l’indifférence, au pire en les y poussant? Quelle différence entre frontex et ice?

    Sur le climat, sur l’immigration, sur la pratique de la politique, sur la violence d’état et les répressions, sur le mensonge comme mode de communication, sur le renversement du sens du langage, sur la novlangue, sur la théorisation de l’ennemi de l’intérieur, l’assimilation des oppositions au terrorisme, le fascisme comme ordre « normal » des choses, il y a un continuum parfait des deux cotés de l’Atlantique. Macron est la version policée de Trump. Ni plus ni moins.

    F Albanese est l’objet du courroux jupitérien, non parce qu’elle serait partiale antisémite ou « pro-palestinien », mais parce qu’elle a dénoncé le système global qui a permis et permet le génocide et qu’elle l’a qualifié d’ennemi commun de l’humanité. Ce qui est aussi juste qu’insupportable à entendre lorsque comme Macron on est une des pièces maîtresses de ce système mortifère et criminel. En exigeant sa démission, Macron ne fait que se protéger et faire taire une voix qui tape au coeur de ce qu’il représente.

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