Contre la brutalisation
À Lyon, la mort de Quentin endeuille des proches et saisit tout un pays. Elle révèle un climat où la violence physique et la violence politique s’alimentent. Elle impose ses questions politiques.
À 15h ce lundi, le procureur qui a ouvert une enquête pour « coups mortels aggravés et violences aggravées », organise une conférence de presse qui devrait permettre de mieux comprendre l’enchaînement des faits et d’identifier les responsabilités dans la mort de Quentin à Lyon. Il ne s’agit pas d’un fait divers : cette mort s’inscrit dans un enchaînement d’affrontements connus entre les groupes d’extrême droite et les antifascistes dont la Jeune Garde (dissoute en juin 2025) fut un emblème. La mort de ce jeune homme est le symptôme d’une violence qui s’installe, qui s’épaissit, qui se banalise, dans notre pays comme dans le monde.
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Ce week-end, le débat public s’est focalisé sur les responsabilités politiques. Sans attendre les résultats de l’enquête, les accusations ont visé la Jeune Garde et, par extension, La France insoumise qui a fait d’un de ses fondateurs, Raphaël Arnault, l’un de ses députés. Le ministre de la justice, Gérald Darmanin, sans attendre quelque décision judiciaire que ce soit, a désigné le coupable, « l’ultragauche » et violemment mis en cause le mouvement de Jean-Luc Mélenchon : « Les mots aussi tuent ». Sait-il que les siens aussi peuvent tuer ? L’incrimination d’un important courant politique est lourde de conséquences. Un attaché parlementaire de Raphaël Arnault est accusé par le groupuscule d’extrême droite Némésis d’avoir participé au lynchage. Il conteste fermement ces accusations mais il fait d’ores et déjà l’objet de menaces de mort – ainsi que de nombreux militants antifascistes. Des permanences d’élus insoumis ont aussi été dégradées. Là encore, la mécanique est connue : accusation publique, emballement, désignation, puis intimidation. Cette situation est inquiétante.
Un autre fait devrait nous inquiéter tout autant : il n’est pas admissible, en démocratie, que des réunions publiques autorisées nécessitent des services d’ordre pour se tenir. La venue de la députée européenne Rima Hassan à Sciences Po Lyon s’est déroulée dans un climat de tension tel qu’un dispositif de protection militant a été jugé nécessaire. Quels que soient les désaccords, le débat d’idées ne devrait jamais se tenir sous la menace. Les moyens de la police doivent être mobilisés pour le prémunir. Elle manquait jeudi.
La violence prospère dans des atmosphères saturées de ressentiment, d’humiliation, de concurrence généralisée. Elle surgit là où le commun se défait. Le monde, aujourd’hui, est un champ de braises. Partout, la force s’exhibe, la norme et le progrès humain s’effritent, la possibilité de vivre ensemble est moquée comme faiblesse. La France est traversée par ces tensions globales et par ses propres fractures. La violence physique ne surgit pas du néant. Elle est encouragée, tolérée, parfois même excitée par une violence symbolique et verbale devenue ordinaire. Il est vrai que les mots tuent quand ils transforment des adversaires politiques en menaces existentielles.
Mais il y a là un paradoxe qu’il faut affronter. Oui, certains adversaires politiques sont des menaces existentielles : pour la démocratie, pour l’État de droit, pour les libertés publiques, et parfois très concrètement pour la vie et la sécurité de celles et ceux qui appartiennent à des minorités. Ces projets et ces militants doivent être combattus fermement, politiquement, démocratiquement. Il n’y a pas de chemin de traverse possible : il faut défendre la démocratie sans adopter les procédés qui la minent. Résister à des menaces réelles sans céder à la logique de la guerre civile symbolique permanente. La brutalité sauvage ne peut être une arme pour défendre les libertés.
Dans ce contexte, la responsabilité des gouvernants est immense. Quand le garde des Sceaux accuse, d’une manière générale, la gauche en utilisant le concept flou d’ultragauche, que fait-il au juste ? Il rompt avec ce principe fondamental selon lequel la justice est rendue de manière individualisée, sur des faits, par des juges indépendants. À trop manier l’anathème collectif, Gérald Darmanin fragilise l’État de droit qu’il est censé faire vivre. Il installe l’idée que les camps sont irréconciliables, que les responsabilités sont toujours celles des autres, que la complexité doit céder devant l’invective. Gouverner, ce n’est pas attiser, flatter les colères pour en tirer un bénéfice électoral.
Chacun a le devoir de faire retomber la tension. La démocratie est traversée de conflits. Elle en a besoin. Les intérêts divergent, les visions du monde s’opposent, les projets s’affrontent. Mais il y a une différence entre le conflit politique et la conflictualité permanente comme mode de faire de la politique.
À gauche, il faut aussi entendre ce signal. On ne gagnera rien en s’abandonnant au bruit et à la fureur. Se penser comme une minorité assiégée, parler uniquement à son propre camp, radicaliser le discours jusqu’à l’isolement : voilà une impasse qui peut être des plus cruelles.
L’heure est au rassemblement dans un monde qui brûle. Rassemblement ne signifie pas uniformité. Les bases et les projets peuvent et doivent être portés dans une perspective qui vise la majorité, pas dans la logique de tribu retranchée.
Nous ne sommes pas des blocs ennemis. Nous sommes une société. Quentin en faisait partie. Sa mort nous oblige. Elle nous rappelle que derrière les mots, derrière les postures, derrière les stratégies, il y a des vies. Aucune victoire politique ne vaut que l’on s’habitue à les perdre.
L’extrême-gauche tue. Pourtant on n’entend parler que de l’extrême-droite en termes accusatoires, pour discréditer la victime, Quentin Deranque, comme si les affinités politiques qu’on lui impute pouvaient être une circonstance atténuante au crime.
Un crime qui aura deux suites : une suite judiciaire, reposant sur les faits et les responsabilités. Celles de la Jeune Garde, la milice de LFI, sont clairement engagées. Et une suite médiatique, dans un paysage dominée par la gauche et l’extrême-gauche, où l’on va bétonner. Sur ce plan, l’intervention d’Éric Coquerel, qui affirme que LFI n’a aucun lien avec la Jeune Garde, est un sommet dans l’art du déni de réalité, dans le dur de la langue de bois. Du pur Münzenberg. L’extrême-gauche, ce ne sont pas seulement des nervis surchauffés par la rhétorique de Mélenchon. Ce sont aussi des menteurs.
Vous êtes la parodie même de ce que vous entendez dénoncer.
« dans un paysage dominée par la gauche et l’extrême-gauche »
De quel paysage parlez-vous, et est-il dans la pièce avec vous ?
Bonjour, allez je nourris le troll pour une fois….
« dans un paysage dominée par la gauche et l’extrême-gauche, »
Rassurez moi pour vous la gauche commence à Edouard Philippe et l’extrême gauche commence à Glucksman??
Renaud Bernard, champion des trolls de la perversité et de la manipulation poltique. Un homme a été assassiné a Lyon par un groupe d’individus, c’est inexcusable et intolérable dans une société qui se veut moderne et respectueuse des valeurs de la République. Pour autant, à cette heure, . le procureur chargé de l’enquête, n’a communiqué ni sur l’identitê des personnes, ni sur les circonstances, ni sur les complicités objectives . Il se trouve que l’empire médiatico-politique aux mains de Bolloré (C News, Europe 1, quelques autres quotidiens), relayé par les trolls des réseaux sociaux, n’ a pas même attendu pour trouver les responsables du crime : il a désigné La Jeunesse Garde alors que ce groupuscule n’existe plus depuis sa dissolution et la France Insoumise qui a pourtant condamné le crime dès les premières informations connues. C’est comme si la brutalisation de la politique et sa radicalisation était le fait d’une seule organisation diabolisée . Ce faisant, la preuve est faite de l’indignation et des condamnations à géométrie variable en France, en Europe ou à l’étranger . Il sera bientôt avéré que LFI est responsable des crimes racistes perpétrés par l’ICE de Trump, que LFI est complice du génocide du peuple Gazoui par l’armée de Netanyahou, que LFI est responsable des centaines de victimes de gilets jaunes blessés par la police aux ordres de Macron, que LFI est complice des dizaines de victimes du narcotrafic , etc….Autrement dit, quel que soit la situation conflictuelle, sociale, syndicale ou politique, le diable est désormais désigné. Je ne suis pas insoumis, il serait facile de s’en expliquer, mais les raisons invoquées, ici et là, pour diaboliser LFI sont inacceptables dans un état de droit. Le combat politique est d’abord un combat d’idées à partir de textes, de programme, d’examen des propositions, amendements, projets de lois déposés par les uns ou les autres, pas sur des commentaires, des commentaires de commentaires, de fake news ou de manipulations grossières.
Vous faites comme si cette mort était un coup de tonnerre dans un ciel bleu, comme si la violence politique n’était pas d’ores et déjà le quotidien en France.
Car enfin, les violences politiques ne commencent pas avec cette mort!
Faut-il rappeler le déchaînement de violence policière à Sainte Soline, les cris de joie et d’exultation de la soldatesque tirant dans le tas, faut-il mettre sous le tapis que cette violence fut voulue par le pouvoir lui-même?
Qui brutalise la société en ne tenant pas compte des résultats d’une élection, qui criminalise les oppositions de gauche qualifiées de terroristes ou d’ennemis de l’intérieur dès lors qu’elles…. s’opposent?
Quand à ce jeune homme, paix à son âme, avant de mourir était un ce que l’on appelle un nervis d’extrême droite venu empêcher une conférence ou la perturber comme le font à chaque occasion ses semblables sur Gaza et LFI. Il n’aurait pas du mourir, il aurait du être arrêté pour perturbation à l’ordre public.
J’entends parler » à gauche » maintenant du fait que ce serait la « conflictualisation » LFI qui serait à l’origine de cette violence, mais depuis quand la société n’est pas en conflit permanent entre des intérêts diamétralement opposés, férocement antagonistes entre une « élite » séparatiste et parasitaire et le reste de la population? Il meurt trois personnes par jour au travail, ce n’est pas conflictuel peut être? Faux culs et compagnie.
L’avenir est sombre mais il l’était déjà avant. La mort de cet homme va être copieusement instrumentalisée par les charognards (il n’y a pas à chercher bien loin), la gauche de changement criminalisée et le fascisme va prendre le pouvoir. Le schéma est connu depuis les années trente en Allemagne, mais le funambulisme (Marc Bloch panthéonisé par le fourrier de l’extrême droite, l’acmé du « en même temps ») poussait à dire, mais non pas chez nous. Eh bien si, chez nous ici et maintenant. Et c’est trop tard.
Mais surtout, au delà de la gauche, l’avenir est extrêmement sombre pour les populations racisées de l’Hexagone.
L’heure n’est pas à « faire société », mais désigner ses ennemis, car du coté fasciste, c’est ce qui est fait et de longue date. Fascisme et dialogue, ça ne fonctionne pas ensemble.
J’ai 70 ans quand je lis certains de vos commentaires je ne comprends pas , il est clair que si nous continuons dans ces rivalités verbales et physiques notre jeunesse est perdue, notre rôle est de les guider plutôt sur une acceptation de la différence d’idées, de couleurs , de cultures, de religions , à croire que les humains ne souhaitent pas la paix et leur ego et leurs frustrations prennent le dessus sur l’intelligence de vivre ensemble, on comprend ainsi que les jeunes n’ont pas envie
de mettre des enfants aux monde dans ces conditions. Nous ne devons d’arrêter d’être égoïstes et réfléchir à quelle transmission nous voulons leur donner.
Salut Nicole, je comprends tout à fait votre inquiétude. À 70 ans, vous avez le recul que beaucoup n’ont plus, et vous posez la question essentielle : qu’est-ce qu’on transmet à nos enfants ?
Le « hic », c’est que pour transmettre l’acceptation de l’autre, il faut que cette aspiration soit partagée. Or, pour les groupuscules d’ultra-droite, la violence n’est pas un dérapage, c’est leur projet politique. Quand on regarde le profil de Quentin (loin de l’image de « premier communiant » des JT), on voit un militant actif de groupes néofascistes comme Audace (nationalistes-révolutionnaires) ou les Allobroges. Ces organisations ne sont pas des clubs de réflexion : elles prônent la suprématie physique et multiplient à Lyon les attaques de librairies, de conférences et les agressions de rue. Ces gens-là ne cherchent pas le débat d’idées, ils cherchent l’intimidation par la force.
Alors, quelle transmission pour la jeunesse ? D’un côté, on a une idéologie qui transmet la haine de l’Autre et la loi du plus fort. En face, on a l’antifascisme. Sa doctrine, c’est l’autodéfense : elle n’existe qu’en réaction. Si ces milices identitaires ne faisaient pas régner la terreur dans certains quartiers, les « antifas » n’auraient aucune raison d’exister. S’il fallait transmettre quelque chose à nos enfants, devrait-on leur apprendre à baisser la tête, ou que la liberté et la justice se défendent activement quand elles sont menacées ?
Bien sûr, un meurtre n’est jamais excusable. La justice doit passer, c’est le socle de notre État de droit. Mais quand le procès aura lieu, il faudra bien que les juges prennent en compte la réalité factuelle : on ne peut pas ignorer que la victime, car il faut la reconnaître comme telle, était aussi un « nervis » venu ce jour-là avec l’intention d’en découdre. C’est une circonstance qui pèse lourd dans l’analyse des faits : ce n’est pas une agression gratuite sur un passant, mais un affrontement provoqué par un climat de violence dont son camp est l’instigateur.
Alors comment transmettre la « paix » à tout prix face à des gens qui ne jurent que par la force, tout en évitant de verser dans la résignation ou le cynisme ? Éduquer à la paix, c’est aussi apprendre aux jeunes à identifier et à stopper ceux qui veulent la détruire. Vos 70 ans vous ont ils permis de trouver comment « faire société » avec ceux qui cherchent précisément à exclure et à déshumaniser tous ceux qui ne leur ressemblent pas ? Parce qu’à 55 ans, je n’ai malheureusement toujours pas trouvé..
Bonjour à tous et tout spécialement à toi, Carlos, dont le texte pose avec clarté les bases de notre contexte politique.
Le lynchage de ce jeune homme est intolérable, condamnable, ignoble.
Cet événement déplorable, ses répercussions vont marquer un tournant politique majeur dans notre société.
L’aspiration à la paix, le vivre ensemble, la sécurité des personnes et des biens, la convivialité est quasiment unanime en notre …douce France.
Ce sont des modus vivendi, des façons d’être au monde, des paroles et des silences, de simples gestes qui
expriment respect et considération de l’autre, des autres. Journellement.
Nonobstant ce constat quotidien, que dis- je ? cette pratique permanente, ne peut se développer sans s’appuyer sur une vision éclairée, une prise de conscience permanente des bouleversements de notre société.
Oui, un courant, une convergence de pensées , d’actions, de prises de parole, est décortiquée, analysée depuis déjà qqs années par des intellectuel les, ( sociologues, politologues, politistes, philosophes, constitutionnalistes, journalistes, chroniqueurs, femmes et hommes de clairvoyance) : des formes de néo fascisme se répandent dans nos sociétés.
Non, elles ne sont pas, hélas, circonscrites à un pays. Le fameux arbre..
Des forces conservatrices, réactionnaires, antidémocratiques sont à l’œuvre : publications, articles de presse, prises de paroles en meetings et tribune, dans des médias , journaux, magazines, chaînes de télé…
Tout cela, (n’est- ce pas son but ?) se diffuse, se répand, corrompt, érode, pervertit nos trames sociales, nos liens sociétaux.
Certaines langues se délient, des amalgames ré apparaissent, de terribles raccourcis, des propos déshumanisants sont, sans honte, sans vergogne, exprimés.
Alors oui, avançons, exprimons nous, agissons selon nos moyens, nos possibilités pour une société toujours plus démocratique, en paix, donc, mais les yeux , l’esprit ouverts.
À ce stade de l’enquête les éléments factuels, tels qu’énoncés par le procureur de Lyon, nous invitent à réfléchir sur la brutalisation de l’action politique tels que prônée par l’extrême-gauche : la plupart des onze interpellés sont membres de la Jeune Garde, en particulier les six hommes qui ont participé directement au lynchage de Quentin Deranque. Le procureur a cité nommément parmi les onze Jacques-Elie Favrot, l’assistant parlementaire de Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde. La responsabilité pénale de cette milice est engagée. La responsabilité morale de LFI l’est aussi. L’enquête permettra de déterminer le rôle précis de chacun des interpellés, dont celui de Jacques-Elie Favrot, dans la mort de Quentin Deranque.
Renaud, vous faites comme si l’affaire était déjà jugée. Or le procureur a précisément rappelé qu’une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités individuelles. En État de droit (le machin que l’extrême-droite/ultra-droite souhaite abolir), la responsabilité pénale est personnelle, pas décrétée par extension politique! Que des membres d’un groupe aient été interpellés ne signifie pas qu’un parti soit pénalement ou moralement coupable en bloc. Sinon, à chaque fois qu’un militant d’un parti commet un délit, on devrait incriminer l’ensemble de l’organisation. Ce serait ouvrir la porte à une justice par appartenance, non par faits.
A ce stade, 2 points méritent d’être distingués clairement : La responsabilité pénale qui relève des juges, sur la base d’actes précis, établis contradictoirement. et l’analyse politique du climat : elle peut interroger la conflictualité actuelle, mais elle ne peut servir de raccourci pour désigner un camp comme intrinsèquement violent (à moins qu’il ne le revendique lui-même… La violence pour seul projet, ça ne vous dit rien? ). Vous parlez de “milice”. Ce terme suppose une organisation structurée, hiérarchisée, agissant sous commandement politique direct. Si tel était le cas, cela devra être démontré judiciairement. À défaut, on reste dans le registre de la qualification polémique.
La justice dira ce qu’il en est des actes commis. En attendant, la prudence n’est pas du déni : c’est le minimum démocratique…
C’est tout le contraire : je m’appuie sur les faits établis à ce stade de l’enquête. Elle se poursuit, à l’échelle des temps judiciaires, qui n’est pas celle des temps politiques.
La Jeune Garde est une organisation, bien structurée, avec ses statuts, sa hiérarchie, ses chefs, sa chaîne de commandement. Ses relais aussi, ses accointances. Elle dispose de la personnalité juridique. Elle est donc justiciable.
Vous craignez pour l’État de droit. Ce scrupule vous honore. Qui le menace ? La violence révolutionnaire, dont se prévaut LFI, ça ne vous dit rien ? Ouvrez l’histoire contemporaine. Elle ne manque pas d’exemples de révolutions et coups d’Etat communistes. Auriez-vous la mémoire courte ? Auriez-vous l’indignation sélective ?
Renaud, on peut débattre politiquement, aucun souci. Mais là vous faites un saut logique qui mérite d’être posé calmement.
Si des individus sont mis en cause, c’est à la justice d’établir leurs responsabilités, point. Si une organisation a une structure juridique très bien, elle est justiciable comme n’importe quelle association…
Mais passer de là à “violence révolutionnaire”, “coups d’État communistes”, “histoire contemporaine”… on change complètement de terrain.
Soit il existe des preuves d’un commandement, d’instructions, d’une stratégie organisée : et ça devra être démontré judiciairement. Soit on est dans une lecture idéologique globale, et là on parle de désaccord politique, pas de responsabilité pénale!
Sinon, on s’avance sur une pente dangereuse car vous ne jugez plus des actes mais des appartenances et des imaginaires historiques. Et ça, ce n’est pas une question d’extrême-gauche ou d’extrême-droite, c’est une question de méthode.
Vous parlez de “violence révolutionnaire”. Très bien : citez précisément où LFI appelle à la violence armée ou au coup d’État… Pas des formules militantes, pas des métaphores politiques. Juste des faits concrets.
Sinon, on confond radicalité verbale et organisation paramilitaire. Faut il vraiment démontrer qu’il ne s’agit pas de la même chose?
Et sur ma prétendue “indignation sélective” : l’État de droit ne fonctionne pas à géométrie variable. Il protège tout le monde ou il ne protège personne. La responsabilité pénale reste individuelle tant qu’un juge n’a pas établi autre chose.
Le débat politique, on peut l’avoir mais évitons les raccourcis historiques qui servent surtout à faire monter la température plutôt qu’à éclairer les faits.
Le communisme ne ressortit pas à l’imaginaire mais à la réalité historique. Les méthodes et les principes de ce régime étaient extrêmes et de gauche. On pense ce qu’on veut du communisme, mais une chose est sûre, ce n’est pas de droite.
La violence est consubstantielle à toute révolution. Par son langage et sa militance, Mélenchon, chef de file de l’extrême-gauche en France, entretient un climat de tension, de haine à l’encontre de toute personne ne partageant pas ses opinions. C’est lui qui échauffe les esprits au sein de ses troupes, dont la Jeune Garde, c’est lui qui jette de l’huile sur le feu. Ça ne peut que mal finir et il portera alors une lourde part de responsabilité politique et morale.
Le communisme n’était évidemment pas de droite mais si les crimes d’un régime historique disqualifient moralement tout courant qui s’en réclamerait, alors il faut appliquer la règle partout: Hitler ou Pinochet ont été classés dans des courants situés historiquement à droite… Personne ne conclut pour autant que toute la droite actuelle porterait mécaniquement leur héritage sanguinaire. Et heureusement non?
Sur “toute révolution est violente”, c’est une formule un peu courte. La Révolution française fut violente, oui… Était-elle illégitime pour autant ? Les indépendances nationales aussi ont été violentes. La violence est un phénomène historique lié à des rapports de force, pas une essence morale attachée à toute rupture politique!
Quant à faire de Mélenchon le “chef de file de l’extrême gauche”, permettez-moi de sourire… Les militants de Lutte Ouvrière ou de Révolution Permanente apprécieront d’apprendre qu’ils sont sous tutelle. Puisqu’il faut vous le rappeler, la gauche française est fragmentée ; la réduire à un bloc homogène, c’est pratique dans un débat, mais peu fidèle à la réalité.
Enfin, sur les “discours de haine”… si l’on ouvre ce registre, il vous faudra être cohérent: Les électeurs LFI ont été qualifiés d’islamo-gauchistes, d’ennemis de la République, de factieux permanents, j’en passe et des meilleures!
Je veux bien qu’on ne s’embarrasse pas du réel mais ça transforme tout débat en un festival de post-vérité…
La fragmentation n’est pas seulement à gauche, elle est aussi à droite. Gauche, droite, extrême-gauche, extrême-droite, où placer les balises qui délimitent ces courants ? Vous voulez avoir le monopole de leur positionnement. Il n’y a pas de raison de vous l’attribuer.
Ce sont les partis qui sont responsables de leurs actes et de leurs propos, non les courants d’opinion qui ne sont pas des personnes. Leurs contours sont flous et poreux. Que je sache, il n’y a en France qu’un parti qui ait jugé globalement positif le bilan d’un régime incluant des crimes contre l’humanité. Même les gens de gauche modérée, qui ne sont en rien marxistes-léninistes, en rien trotskistes, considèrent comme allant de soi de s’allier à lui.
La violence verbale est fréquemment rencontrée dans les discours, d’où qu’ils viennent. Qui traite ses adversaires de fascistes, de nazis à tout propos ? Quentin Deranque, lynché par des nervis d’extrême-gauche, est traité par M. Grégoire, par Mme Panot, de nazi. Qui est violent en paroles ?
Votre “tout est flou” a ceci d’utile qu’il rend tout équivalent: plus de différences qualitatives, plus de hiérarchie, juste une symétrie confortable…
Non, Quentin Deranque n’était pas hors sol. Il évoluait dans des réseaux d’ultra-droite radicale, identitaires, nationalistes et on est loin du fantasme puisque c’est documenté.
Pour autant, je vais éviter de m’adonner à ce que vous qualifier de violence verbale en brandissant le mot “fasciste” comme un slogan! Après tout, ce serait imprécis.
Par contre je vais plutôt utilisé celui de « fascisant » qui décrit au mieux son orientation, l’imaginaire autoritaire qui va avec et un ethno-nationalisme assumé. Ce n’est pas une invective violente, c’est une qualification objective.
Votre symétrie permanente… “tout le monde est violent”, “tout se vaut”… donne plus le vertige qu’elle ne vous rend modéré parce qu’elle évite surtout de distinguer les choses! Pour ma part, j’ai tendance à refuser que le brouillard me tienne lieu d’analyse…
Oui les mots peuvent tuer, « fascisme, vs antifascisme » ceux qui les utilisent à longueur de temps en connaissent-ils réellement le sens, pour certains dès que l’on pense autrement qu’eux on est catalogué dans l’une ou l’autre catégorie, la France n’est pas devenue l’Argentine de Pinochet, le Cambodge de Pol Pot ou la Russie Stalinienne, la liberté de pensée existe encore – je l’espère –
F. Berlan, je comprends votre point… on balance parfois les mots “fascisme” et “antifascisme” un peu vite, et oui, la France n’est ni l’Argentine de Pinochet, ni le Cambodge de Pol Pot, ni l’URSS de Staline. Heureusement.
Mais justement, poser la barre à ce niveau-là, c’est un peu déplacer le débat.
Les travaux sur l’érosion démocratique (Freedom House, V-Dem Institute, etc.) montrent que les reculs ne commencent pas par des camps ou des purges massives!!!! Ils passent par des étapes plus subtiles : disqualification morale de l’opposition, usage extensif d’outils juridiques, restriction progressive de certains espaces d’expression, etc… On ne “devient” pas une dictature du jour au lendemain, ça se fabrique consciencieusement et méthodiquement…
Dire “la liberté de pensée existe encore” est vrai… mais le sujet n’est pas la liberté intérieure de penser, c’est plutôt le climat politique, la manière dont certains courants de gauche radicale sont qualifiés, délégitimés, éventuellement menacés de mise à l’écart juridique. Ce sont deux choses différentes.
Quant aux mots “fascisme” ou “antifascisme”, vous avez raison : ils doivent être employés avec précision. En science politique, le fascisme renvoie à des critères précis (ultranationalisme, autoritarisme, suppression des contre-pouvoirs, etc.). De l’autre côté, l’antifascisme se qualifie lui-même en termes d’opposition au premier: « Anti »! Le fait que ces termes soient parfois galvaudés ne signifie pas que toute interrogation sur des dérives autoritaires serait infondée.
Donc, le fait que la France ne soit pas une dictature totalitaire ne suffit pas à invalider toute analyse critique de tendances préoccupantes. Entre “tout va bien” et “nous sommes sous Pol Pot”, il existe un espace intermédiaire. C’est dans cet espace-là que se situe le débat. On peut évidemment ne pas partager cette lecture mais la réfuter en invoquant uniquement des régimes extrêmes, c’est un peu minimiser la question posée plutôt que d’y répondre sur le fond, vous ne croyez pas???
Bonjour,
Je découvre seulement votre article. Qu’en dire… Il y a 82 ans les camarades du groupe Manouchian étaient condamnés à mort par les nazis. C’était le 17 février 1944. Le 16 février 2026, vous écrivez : »Nous ne sommes pas des blocs ennemis. Nous sommes une société. Quentin (1) en faisait partie. Sa mort nous oblige ». Saisissant autant que glaçant raccourci historique ! Avec ce type de discours irénique et bien-pensant, vous participez, j’espère involontairement, à cette entreprise de banalisation des idées nauséabondes d’un fascisme actualisé lui ouvrant un boulevard vers la conquête de positions de pouvoir ! Désolant, affligeant, !
(1) : Quentin Deranque, militant d’extrême droite affilié à des groupuscules fascistes et néo-nazis, mort lors d’un affrontement avec des militants de collectifs antifa.