Marine Le Pen est dangereusement forte
Pour son discours de rentrée, la candidate du RN a parlé du logement. S’ancrant dans le quotidien des Français, elle déroule une vision d’extrême droite du social. Redoutable.
Ce dimanche, à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen a livré son premier discours de candidate. Comme il y a cinq ans à Fréjus, une seule thématique : le social. Elle parlait alors du pouvoir d’achat, notamment celui des automobilistes (autoroutes, essence…). Cette année, sur 45 minutes, elle en consacre près de 40 au logement. Ce thème lui permet non seulement de préempter ce sujet central de la vie des gens, de repositionner sa stratégie politique et d’affirmer son idéologie.
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Se voulant une candidate du quotidien, elle part du concret pour développer un projet global. Elle commence par rappeler que « le logement n’est pas un dossier parmi d’autres. Il est au cœur de la vie personnelle des Français et de la vie économique du pays […] il représente, avec l’énergie pour le chauffer, 1/3 du budget des ménages ». Elle liste les difficultés, dont celle rencontrée par 30% des jeunes qui doivent renoncer à un emploi faute de logement.
Dès lors, elle enchaîne : « Nous nous devons donc plus que jamais de mener la bataille sociale. Aucune féodalité, aucune intimidation ne nous empêchera de la mener ; c’est là une exigence morale. C’est une des conditions de l’unité nationale. Il ne peut y avoir un peuple à deux vitesses. J’entends déjà des critiques de cet engagement social pourtant partie insécable de notre identité nationale. D’un côté une droite sans cœur qui confond social et socialisme, de l’autre une gauche remplie d’une inaltérable haine sociale qui me reprochera de ne pas détester ceux qui réussissent. » Les sourires et chansons pour « Jordan de Monaco » qui fêtait son 31ème anniversaire ne masquent pas la nette réorientation de la campagne.
En un discours ramassé, solide et glaçant, Marine Le Pen défend une vision d’extrême droite du social. D’emblée, elle fonde sa proposition sur la préférence nationale : « Avec nous, les Français, quelle que soit leur couleur de peau, leur origine ou leur religion, seront prioritaires chez eux ». Elle n’hésite pas à alimenter les fausses informations. Contrairement à ce qu’elle énonce, et selon l’Insee, à revenus et tailles comparables, l’occupation des logements sociaux est équivalente entre Français et immigrés. La question est donc : faut-il discriminer une famille étrangère ? D’ailleurs elle propose de réserver les APL aux Français. Le débat est autre : la politique sociale du logement doit-elle constituer, avec l’école, une politique d’intégration ? Marine Le Pen s’appuie sur la grave crise du logement pour attiser les mauvais sentiments du « chacun pour soi » et « moi d’abord ».
En un discours ramassé, solide et glaçant, Marine Le Pen défend une vision d’extrême droite du social. Logements sociaux, APL… La question est : faut-il discriminer une famille étrangère ? Marine Le Pen s’appuie sur la grave crise du logement pour attiser les mauvais sentiments du « chacun pour soi » et « moi d’abord ».
La partie de son discours la plus applaudie – et de loin – fut celle qui s’attaquait au squat. Marine Le Pen monte en épingle un sujet qui, selon le ministère de l’intérieur, concerne entre 6000 et 7000 logements chaque année sur près de 40 millions de logements. La candidate alimente la peur et un faux diagnostic.
Plus essentiel, Marine Le Pen entend remettre en cause la loi SRU qui, depuis les années 2000, contraint les villes à réserver une part de logements sociaux – entre 20 et 25%. Celle qui se fait la chantre du combat contre les ghettos veut défaire une loi qui vise un certain équilibre territorial, en particulier pour que les salariés puissent se loger près de leur lieu de travail. À l’inverse, elle propose que chacun puisse acheter son logement social. Celle qui clame vouloir défendre les HLM, auxquels 70% des familles sont éligibles, les fragilise de plusieurs manières.
Les exigences environnementales étaient au cœur de ses attaques que ce soit en matière de construction ou de non-artificialisation des sols. Elle fait de ces impératifs écologiques les causes principales de la pénurie de logements. Elle veut la remise en cause de toutes les réglementations et, par exemple, demande que les passoires thermiques puissent continuer à être louées. À l’évidence, elle ne défend pas ici les Français les plus précaires mais les loueurs indélicats. Parmi eux, une part des retraités qui s’assurent ainsi un complément de revenus. Marine Le Pen drague cet électorat en proposant des mesures sans souci du futur.
Son diagnostic sur le manque de logements est singulièrement faible. À raison, elle parle des complexités administratives, des bureaux vides qui pourraient être transformés en logements mais ne dit rien de la spéculation foncière et de la hausse spectaculaire du coût des logements (+30% en 10 ans) ni de la baisse drastique des moyens des bailleurs sociaux.
Pour finir, Marine Le Pen se fait porteuse d’un droit au « beau ». Elle endosse cette souffrance d’un cadre de vie vécu comme dégradé, en particulier dans les centres-villes abandonnés et les quartiers relégués. Sa réponse convoque une idée surannée du beau, basée sur l’éternelle beauté dont elle et ses amis seraient les arbitres. Comme lorsque le RN pourfend la création culturelle, Marine Le Pen fait du fascisme à l’état pur.
Avec le logement, Marine Le Pen s’installe sur un sujet accessible à tous et développe en tout point une vision régressive et ségrégative.