Ce qui manque à Mélenchon
Le candidat à la présidentielle a fait sa rentrée, ce dimanche 23 août, avec un discours solide. « La victoire est possible », a-t-il affirmé. La force de l’organisation et la cohérence du discours peuvent pourtant avoir un effet paradoxal : les autres, ceux qui ne sont pas insoumis, ont-ils une place ?
« Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de candidats mais le nombre d’électeurs » : la formule est de Jean-Luc Mélenchon. Lâchée hier lors de son discours aux universités d’été de LFI, elle renvoie les uns et les autres aux souvenirs de leurs minuscules scores précédents et vise à clore le débat sur l’union des gauches. Elle appelle surtout les militants insoumis à aller chercher ces électeurs. Bref, la formule a beaucoup d’avantages. Mais elle n’efface pas la question : la candidature insoumise peut-elle, seule, l’emporter ? Non pas sur le reste de la gauche mais gagner l’angoissante élection de 2027.
TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER
Incontestablement, la candidature de Jean-Luc Mélenchon a de la force. Pas seulement celle de l’expérience de son candidat ; pas seulement celle de militants mobilisés en nombre. Elle a d’abord la force de la cohérence. On peut croire Jean-Luc Mélenchon quand il dit vouloir fonder « l’État écologique ». Ce dimanche, il a su en 45 minutes relier la lutte contre la menace vitale du dérèglement climatique à l’objectif de reconstruire un État du 21ème siècle. Comme Villepin, il rappelle, qu’en France, la nation puis la République et l’État sont des constructions liées depuis des siècles : « L’État a toujours été un projet politique ». Le discours n’est donc pas, cette fois encore, technique mais pleinement politique. Il n’hésite pas à asséner : « Pour s’adapter au changement climatique, il est vital de tout changer, dans la manière de vivre, de produire et d’échanger » ; « Chaque conscience devra dire quel principe d’action va la porter. Chacun pour soi ou tous ensemble ? Le suprématisme ou le collectivisme ? »
Mais Jean-Luc Mélenchon sait aussi qu’il fait peur. Cette inquiétude est profonde. Les Français ne sont pas des enfants apeurés par la personnalité éruptive du candidat. Si on croit le candidat insoumis – et on le peut –, « il faut tout changer », alors il y a de quoi avoir peur. Évidemment. Jean-Luc Mélenchon voit juste quand il dit que l’ampleur des bouleversements est perçue par des pans entiers de la société et dans de nombreux courants de pensée : « Des millions de gens savent que tout un monde est en train de prendre fin, celui du néolibéralisme et de l’irresponsabilité écologique ». Son diagnostic, solide et complet, est un élément de conviction face à ce grand saut qu’il veut enclencher.
Hier donc, Mélenchon a envoyé une fin de non-recevoir à tous ceux qui, à gauche, demandent discussions et même négociations sur le programme. Quand Sandrine Rousseau dit vouloir être « une alliée, pas une ralliée », elle exprime plus que sa propre famille de pensée. Elle demande en fait une attitude ouverte à davantage de complexité et d’altérité.
Mais il doit aussi rassurer sur la souplesse du processus. Non, LFI ne sait pas tout par avance. Oui, il doit y avoir place pour la contradiction, l’expérimentation, pour tenter, échouer et recommencer. La démocratie, ce régime qui reconnaît la légitimité des autres points de vue, est une chance dans un moment de bascule. Les insoumis assurent qu’ils feront ce qu’ils disent et qu’ils sont prêts à gouverner. Ils aiment à dire : « C’est carré : une force, un programme, un candidat ». Leurs convictions sont bien une force d’entraînement… quand elle ne se referme pas. Car le carré n’est pas une forme assez ronde.
Hier donc, selon le théorème « Ce qui compte ce n’est pas le nombre de candidats mais le nombre d’électeurs », Jean-Luc Mélenchon a envoyé une fin de non-recevoir à tous ceux qui, à gauche, demandent discussions et même négociations sur le programme. Quand Sandrine Rousseau dit vouloir être « une alliée, pas une ralliée », quand elle demande des discussions avec LFI sur des sujets qu’elle liste au fil de ses interviews – productivisme, antisémitisme, Europe, Chine, féminisme, IA, etc. –, elle exprime plus que sa propre famille de pensée. Elle demande en fait une attitude ouverte à davantage de complexité et d’altérité. C’est cette dialectique de la cohérence et de l’ouverture qui manque. Pas seulement dans le discours de rentrée du candidat mais dans la rudesse quotidienne et ancienne des rapports de LFI avec toute la gauche, politique et sociale. La capacité à s’ouvrir, à élargir et rassembler n’est plus une question arithmétique ; elle devient un élément de la conviction.