8 mars 2026 : génération divisée
D’un côté, des jeunes femmes, plus diplômées, qui penchent à gauche – et notamment à gauche de la gauche. De l’autre, des jeunes hommes, exclus précocement du système scolaire et en précarité sociale, se tournant vers la droite radicale. Une fracture politique inédite traverse la jeunesse.
Le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est souvent l’occasion de rappeler les violences, les discriminations et les inégalités de genre qui persistent. Occasion aussi de regarder une transformation en train de redessiner la société française, celle du fossé politique croissant entre jeunes femmes et jeunes hommes.
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Le paradoxe est d’abord éducatif : jamais les femmes n’ont été aussi diplômées et jamais cet avantage n’a été aussi marqué. Selon l’Insee, à la sortie du système éducatif, 58% des femmes quittent leurs études avec un diplôme du supérieur, contre 47% des hommes.
Ce succès scolaire ne se traduit pas pour autant par une égalité sociale : en 2023, dans le secteur privé, le revenu salarial moyen des femmes reste inférieur de 22,2% à celui des hommes. Ce décalage alimente une prise de conscience politique parmi les femmes. Les jeunes femmes, en particulier, ne comprennent plus cette injustice comme un fait isolé mais comme une des manifestations d’un système de domination, dont les violences sont l’expression ultime.
Cette compréhension d’une discrimination systémique se traduit politiquement. Les enquêtes récentes montrent que les jeunes femmes se positionnent beaucoup plus souvent à gauche que les jeunes hommes, tandis que ces derniers se tournent davantage vers la droite radicale. Dans certaines études européennes, près d’un tiers des jeunes femmes se situent dans la gauche radicale, tandis que la progression de la droite radicale est particulièrement forte chez les jeunes hommes.
Les jeunes femmes se positionnent beaucoup plus souvent à gauche que les jeunes hommes, tandis que ces derniers se tournent davantage vers la droite radicale. La génération la plus instruite de l’histoire française pourrait aussi être la plus divisée politiquement entre les sexes.
Ce clivage ne concerne pas seulement les urnes. Il traverse les perceptions mêmes de la société. Ainsi, 94% des jeunes femmes estiment qu’il est aujourd’hui plus difficile d’être une femme qu’un homme ; 68% des jeunes hommes le pensent : un écart de 26 points !
Deux expériences sociales se forment donc au sein d’une même génération : d’un côté, des femmes plus diplômées, plus sensibles aux inégalités, plus critiques envers l’ordre social. De l’autre, des jeunes hommes qui vivent davantage la relégation, en particulier dans les milieux populaires. Ainsi, la génération la plus instruite de l’histoire française pourrait aussi être la plus divisée politiquement entre les sexes.
Des femmes, plus éduquées, mais à qui on continue de refuser le pouvoir, toujours discriminées et victimes de la violence des hommes, votent de plus en plus à gauche quand des hommes trouvent à l’extrême droite les explications à leur souffrance à l’école et au travail. Les discours masculinistes forment un substitut à la perte de leur place supérieure dans la hiérarchie sociale. La gauche et les féministes doivent apporter des réponses à la hauteur de ces nouvelles questions.
Attention à ne pas tomber dans le simplisme, pour ne pas dire la caricature ! LES Femmes SERAIENT de gauche, LES Hommes de droite !
Si c’était aussi simple et clair que vous le dites, ça se saurait ! Chacun(e) peut trouver, à son niveau, des contre-exemples, cinglants et nombreux, à ce que vous affirmez !
UNE DRH qui licencie UN employé ne constitue pas un progrès, par rapport à UN DRH qui licencie UNE employée….
Le clivage n’est pas, principalement, entre femmes et hommes, mais bien plutôt entre riches et pauvres, entre tenant(e)s du capitalisme/libéralisme et opposant(e)s farouches à cette vision du monde !!
Malgré le drame, bien réel, des féminicides et violences faites aux femmes, des inégalités, ne tombons pas dans un clivage artificiel, qui arrangerait bien le pouvoir politique, financier et médiatique. On a déjà bien assez de causes de divisions, dans le camp anticapitaliste et antilibéral !
Je vois l’idée, Pablo, mais j’ai quand même l’impression qu’on met la focale au mauvais endroit..
L’article raconte surtout une fracture politique entre jeunes femmes et jeunes hommes, alors que dans les travaux de sociologie la variable MAJEURE qui pèse le plus reste l’origine sociale. Elle structure d’abord les trajectoires scolaires, puis le niveau de diplôme… et derrière, une bonne partie des attitudes politiques!!!
Oui, les femmes réussissent mieux à l’école aujourd’hui. Mais ça ne renverse pas la hiérarchie sociale : une fille de milieu populaire ne se retrouve jamais pour autant dans la même position qu’un fils de cadre!
Et quand on regarde le vote des jeunes, l’image est plus nuancée que “les hommes d’un côté, les femmes de l’autre”. On voit surtout trois choses :
– les jeunes diplômés urbains (filles+garçons) tirent plus vers la gauche (souvent LFI),
– certaines fractions des jeunes populaires votent davantage RN,
– et dans les milieux les plus précaires… on s’abstient beaucoup!!
Bref, on ne peut pas vraiment dégager facilement un « vote de genre » homogène sans lisser abusivement les données ..
Du coup raconter tout ça comme une guerre politique entre hommes et femmes me paraît un peu court. On transforme une question sociale assez classique (qui a accès aux études, aux ressources et aux positions sociales) en conflit culturel entre sexes. Pour un article du 8 mars, j’aurais trouvé plus solide de partir de ces inégalités matérielles-là.
j’ajouterai que le vote RN est plutôt celui des petits bourgeois (petits commerçant ou des ouvriers qualifiés. Les ouvriers non qualifiés votent plutôt à gauche et surtout ne votent pas.