Villepin a une idée
Comment gouverner quand le paysage politique est si fracturé ? L’ancien premier ministre a une proposition.
À moins d’un an de la présidentielle, le nombre de candidats qui entrent en campagne ne fait que croître. La pléthore de candidatures n’est pas un simple effet du jeu des égos. Elle traduit assurément une décomposition de l’espace politique, à commencer par celle des partis supposés lui donner consistance et structure. Pour gouverner, c’est une grosse difficulté, y compris pour la gauche. Comment chaque candidat entend la résoudre ? L’évidence d’une majorité de députés élus dans la foulée d’une victoire à l’élection présidentielle a vécu. Emmanuel Macron en a fait l’amer expérience en 2022. Élu sans convaincre, il perd la majorité à l’Assemblée nationale et ne parvient jamais à reprendre la main et à imposer pleinement sa politique. C’est pour cela que Marine Le Pen affirme vouloir une victoire politique et non une élection par défaut. Nous en parlions dans une précédente newsletter.
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La cheffe de l’extrême droite n’est pas la seule à s’exprimer sur ce défi colossal de la majorité introuvable pour gouverner. Invité de « Questions politiques » sur France Inter le 10 mai, Dominique de Villepin avance une autre approche. Il annonce ne pas vouloir dissoudre l’Assemblée nationale et vouloir construire une majorité de projets avec le Parlement, c’est-à-dire avec les députés élus en juin 2024 et les sénateurs (dont la moitié sera renouvelée en septembre). Sans être exhaustif, il cite comme base d’accord possible la question des retraites et celle de la dette publique : même si Villepin voudra des « compromis », il y a fort à parier que ni la retraite à 60 ans ni la taxe Zucman ne seront au programme.
Villepin cite comme base d’accord possible la question des retraites et celle de la dette publique : même si Villepin voudra des « compromis », il y a fort à parier que ni la retraite à 60 ans ni la taxe Zucman ne seront au programme.
Dominique de Villepin fait valoir son expérience politique. Pas faux : la proposition est habile. Elle comporte des aspects tactiques évidents : les députés macronistes, socialistes, LR ont envie de tout sauf de retourner aux urnes. Mais l’offre n’est pas qu’un « sauf qui peut » pour les élus et les appareils de parti. Villepin propose un pacte. Mieux, il tente de construire les bases d’un accord avant de se déclarer candidat. Il ne leur demande pas de se rallier ; il leur offre une place dans le processus. Les deux thèmes que Villepin choisit de mettre en avant bénéficient d’un certain consensus parmi les forces centrales, sinon dans les réponses du moins dans leur nécessité. Il acte le rapport de force qui est clairement à droite si l’on additionne les élus des deux chambres. Villepin n’hésite pas à pousser toujours plus loin le rôle du Sénat qui devient l’égal de la chambre des députés dans la fabrique de la loi : étrange lecture de la Constitution qui pourtant donne le dernier mot en principe aux députés. On sait à quel point ce principe est ratatiné par l’usage sans limite des commissions mixtes paritaires.
La proposition de l’ancien premier ministre a eu peu d’échos tant elle parait technique. De sa capacité à la porter auprès de qui de droit dépendra la suite. Villepin constate la faiblesse des partis mais n’envisage pas de faire sans eux. Il se veut un recours pour une droite divisée : il les assure de leur laisser le leadership. Il se veut rassurant pour une gauche inquiète : il lui propose un président républicain. La campagne ne fait que commencer et elle devra apporter réponses non seulement aux défis mais aussi au comment gouverner avec une Assemblée éclatée ? Villepin offre une réponse pour la droite acceptable par une partie de la gauche. Une telle proposition est plus difficile à construire à gauche, a fortiori s’il se confirmait qu’elle s’installe dans ses divisions.
Comment ne pas voir à cet expédient pour tout dire un peu minable et qui surtout ne résout rien sur le fond, que les institutions sont usées jusqu’à la corde?
Comment ne pas voir que ce système de représentation (qui ne représente que lui-même) ne peut plus fabriquer de majorité, à moins d’accepter de sacrifier l’idée de programme politique sur l’autel d’une stabilité érigée en impératif absolu?
Dans tous les métiers, dans toutes les activité humaines en fait, c’est l’outil qui s’adapte à l’utilisateur, pas l’inverse. C’est l’utilisateur qui décide que son outil n’est plus adapté et en change quand nécessaire.
Victimes du fétichisme institutionnel et d’une bonne dose de trouille (brrrrrrr, plutôt la Cinquième que l’incertitude et le chaos), nous continuons à essayer de faire rentrer des ronds dans des carrés et ainsi à perdre notre temps.
Mais plus grave, c’est toute l’acceptation des règles démocratiques communes (à la base déjà peu satisfaisantes) qui est consciencieusement torpillée par l’organisation de son impuissance et la production des effets inverses que ceux souhaités.
La démocratie en France est malade du corps pourrissant de la Cinquième, la septicémie que représente le RN en est un produit.
Ça fait peu
Et sur le positionnement de votre chouchou François Ruffin, vous n’avez vraiment rien à dire à Regards ? D’autres, à gauche, ne se privent pourtant pas de dire ce qu’il y a à dire sur sa BD qui le montre en sauveur blanc qui met un signe égal entre les flics racistes et les victimes de racisme. À gerber (quand on est de gauche) !
https://contre-attaque.net/2026/05/16/ruffin-se-lance-dans-la-bd-et-cest-un-naufrage-politique/
Ce doit être que Regards peauffine un article extra-ordinaire sur ce dérapage pour qu’il vienne ainsi tellement tard après les autres…
« L’arabe » (c’est en réalité un Français « de souche ») raconte comment la scène du train de la BD de François Ruffin s’est réellement déroulée :
https://www.youtube.com/watch?v=xEr_9shMBYs&t=1s
Très instructif sur le Bonhomme… Comme Ruffin a dû se le dire lui-même pendant qu’il conversait avec lui : Ce barbu parle bien pour un arabe! 😉
Monsieur De Villepin a une idée ? Comme celle de privatiser nos autoroutes ? Ben , qu’il se la garde..si j’ose dire !
Espérons un peu de sagesse
Vivement un nouveau candidat de droite! Tant que le candidat de la gauche de rupture reste seul dans son couloir, ce sera du pain béni! Quant à cette « gauche » tentée de voter pour De Villepin (que cette phrase est en elle même savoureuse!), faut il vraiment faire la démonstration qu’on est loin des classes populaires… En réalité, loin de la gauche tout court !?
Du pain, béni..du pain béni..pas d’adversaires, mais nos médias, soumis au néolibéralisme, font le boulot. Certes, plus grand monde ne les écoute, ou juste en bruit de fond.
Mais bon, leurs outrances sont bien plus efficaces que tous nos commentaires, alors…longues vies aux désinformateurs !