Trump vacille, les démocrates hésitent

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Les élections de mi-mandat de ce mardi pourraient infliger un revers à Donald Trump qui accumule échecs et mécontentements. L’occasion est historique pour les démocrates. Sauront-ils quoi en faire ?

Reprenant un slogan fasciste des années 1930 – « America first » –, Donald Trump avait promis de rendre sa grandeur à l’Amérique. Il pourrait récolter, ce mardi, un verdict sévère sur sa deuxième présidence. Traditionnellement défavorables au parti du président, ces élections pourraient, cette fois, prendre une ampleur particulière.


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Son bilan économique est perçu comme mauvais, les prix continuent de peser sur les ménages et la guerre en Iran contredit ses promesses de mettre fin aux aventures militaires américaines. Même dans son propre électorat, les déceptions s’accumulent. Les électeurs qui avaient cru à la promesse d’un président protecteur de leur emploi et de leur pouvoir d’achat découvrent un dirigeant dont les priorités semblent ailleurs. La cruauté de ICE, de Doge licenciant plus de 300 000 fonctionnaires, les attaques contre les universités, la presse, les juges, celles contre le climat et tous les organismes internationaux, les prédations territoriales, la fin des aides aux pays pauvres comme aux programmes de santé, les hausses des droits de douanes erratiques et unilatérales, la corruption inégalée et les provocations permanentes ont produit sidération puis colère.

Les démocrates ont une occasion de reprendre la Chambre des représentants et de bousculer le rapport de force au Sénat. La mobilisation de leur électorat est forte, les républicains sont fragilisés. Mais une victoire électorale n’effacera pas leur problème politique. Car si les démocrates savent de mieux en mieux ce contre quoi ils se battent, ils ne savent toujours pas très bien ce qu’ils veulent construire.

Les démocrates ont une occasion de reprendre la Chambre des représentants et de bousculer le rapport de force au Sénat. Mais une victoire électorale n’effacera pas leur problème politique. Car si les démocrates savent de mieux en mieux ce contre quoi ils se battent, ils ne savent toujours pas très bien ce qu’ils veulent construire.

Leur difficulté tient d’abord à la diversité des diagnostics qu’ils portent sur la défaite de 2024 et sur le retour aux affaires de Donald Trump. Pour une partie de l’appareil démocrate, il faudrait retrouver le chemin qui avait conduit Barack Obama à la Maison-Blanche. La nostalgie est puissante. L’éloquence de l’ancien président, sa capacité à rassembler, sa promesse d’unité et son image d’une Amérique ouverte continuent de faire référence. Mais que signifie cette nostalgie ? Barack Obama a promis davantage qu’il n’a tenu, percuté dès son élection par la crise des subprimes. Qu’a-t-il choisi de faire ? Sauver les banques. Des centaines de milliards ont été engloutis dans cet objectif au détriment de tout le reste et notamment des Américains. L’élection de Donald Trump repose sur un colossal mensonge mais elle a été le fruit d’une immense colère contre ces politiques des démocrates. Joe Biden en a été l’autre incarnation, ne voyant même pas la souffrance des travailleurs face à une inflation étouffante. Bien sûr, plus « pro-business » que Donald Trump, on ne fera pas. Mais il a été élu avec la promesse du retour des industries et d’un pouvoir enfin centré sur les intérêts de la middle class.

Une partie des démocrates voit bien le problème. Parmi eux, Gavin Newsom, le gouverneur de la Californie. Il défend une politique de transformation matérielle et promet le retour d’une société d’abondance. Fuck le climat, on verra plus tard ; voile pudique sur les inégalités.

La gauche du parti démocrate rassemblée dans son aile socialiste, avec Bernie Sanders en figure tutélaire, s’avance, elle, sur davantage de services publics : des logements accessibles, des soins pour toutes et tous, des transports, des infrastructures, des modes de garde, etc. Les succès des candidatures progressistes, comme celle de Zohran Mamdani à New York, montrent qu’une partie de l’électorat démocrate attend cette ambition. Le socialisme américain, longtemps marginalisé, retrouve une place dans le débat politique. La jeune représentante de New York au Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, pourrait défendre ces idées lors des prochaines primaires, portées par une jeunesse remontée.

Enfin, la ligne du pragmatisme séduit encore et toujours l’establishment démocrate qui pense regagner le pouvoir en passant sous silence les sujets qui les exposent aux caricatures républicaines : parler moins des questions de genre, des identités, des minorités et davantage du prix des courses, des factures d’énergie et du logement. Surtout, ne pas donner prise à l’accusation d’être un parti de diplômés des grandes villes qui ferait la leçon au reste du pays. Suffit-il de moins prononcer le mot « woke » pour reconquérir les classes populaires ? Il faut encore leur proposer un projet qui répond à la globalité des difficultés de tous : emploi, logement, santé, racisme, drogue…

La question palestinienne est un symptôme de ces fractures. Le Michigan vient de révéler la profondeur du différend. Abdul El-Sayed, médecin de santé publique, avait battu de justesse dans la primaire démocrate Haley Stevens, appuyée par l’appareil du parti et des associations de soutien à Israël qui lui ont versé 40 millions de dollars. Elle est l’une des plus ferventes défenseuses d’Israël au Congrès. À deux jours du scrutin général, Haley Stevens a choisi de soutenir le candidat républicain. L’affaire est spectaculaire au moment où la conquête du Sénat se joue à un ou deux sièges.

Les démocrates n’éviteront pas le débat sur ce qui leur a fait perdre une partie de leur électorat populaire, de la jeunesse et des intellectuels. Tout devra être mis sur la table : politique sociale, politique internationale, conception de l’unité du peuple américain. 

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