Ruffin et Villepin dans un trou de souris
Ce 2 septembre, les deux candidats ont débattu et partagent un même constat : les réponses politiques actuelles nous conduisent dans les bras de l’extrême droite et ils veulent faire dérailler le train. Entre le souverainisme vertical de l’un et la démocratie horizontale de l’autre, leur échange a dessiné les contours d’un improbable rapprochement.
François Ruffin et Dominique de Villepin étaient invités à débattre par Libération et BFMTV. Au-delà du positionnement politique opposé et d’emblée assumé par l’un de gauche (tout court) et par l’autre gaulliste (tout court aussi), l’affiche avait une sorte d’évidence : celle de ce moment où les candidatures sont légion mais où chaque camp se cherche encore une solution face à l’extrême droite.
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Ni Villepin, ni Ruffin ne se sont présentés comme la solution de leur camp mais ils savent, l’un comme l’autre, que l’enjeu est là : évoquant la Résistance, ils veulent tous les deux faire dérailler le train qui s’avance. À droite, les appels se multiplient pour que convergent les trois candidats – Retailleau, Attal et Philippe – et préserver un espoir de place au second tour face à Marine Le Pen. À gauche, la mécanique des gauches irréconciliables se fait pressante et désespérante. Les deux débatteurs du soir entendent déjouer ces scénarios qui préparent l’élection de Marine Le Pen. Ils bénéficient de l’écoute de ceux qui doutent et qui s’inquiètent.
Face à cette situation, la recherche de voies de convergence se multiplient. François Bayrou et François Hollande imaginent une grande coalition à l’allemande, réunissant les raisonnables des deux centres. Tous deux participent ou ont participé aux politiques qui ont mis le pays à la renverse mais ils espèrent que la peur du grand chambardement leur offrira encore un quinquennat.
D’une certaine façon, Villepin et Ruffin ont eux aussi rêvé d’un « dépassement » des clivages actuels. Mais l’un comme l’autre ont convoqué la grande histoire « révolutionnaire », celle du sortir de la guerre et du Conseil national de la résistance (CNR). Villepin a été très clair : ceux qui sont responsables de la situation ne sont pas conviés autour de la table. Ruffin a esquissé les contours d’une telle redéfinition politique en citant des intellectuels libres de parti.
Le tropisme souverainiste a dominé dans cet échange. Mais ont aussi émergé des différences de cultures et de types de réponses – Ruffin, plus horizontal : « La planification doit être démocratique et non technocratique » ; Villepin, plus vertical : « L’État doit avoir une vision claire de ce qui permet de donner un avenir à la France ». Peuvent-ils faire route commune ?
Un échange très politique est intervenu en toute fin du débat où les convergences de diagnostic (faillite de l’État, des élites) étaient partagées. Les caps l’étaient largement aussi. Évidemment sur les enjeux internationaux où l’un comme l’autre ont dit l’importance d’une défense offensive du droit international, base indispensable au retour de la France dans l’arène mondiale. Base aussi des alliances et convergences avec le sud global. Ruffin a eu de jolies formules contre la soumission française et européenne au trumpisme : les Français « ne demandent pas la puissance mais au moins de l’indépendance » ou « à la place d’être les cancres qui viennent poser les bonnes questions on est devenu des fayots ». Convergence aussi sur les moyens à dégager pour l’écologie et le climat. Avec des différences d’approche dans la réponse : quand l’un (Villepin) prône l’action sur les prix au travers d’une taxe carbone pour accélérer la décarbonation, l’autre (Ruffin) fait du chantier de l’isolation des bâtiments le levier du changement et de l’adhésion des Français. Ruffin a fait de la question du travail la matrice de son discours – ce n’est pas nouveau.
Le tropisme souverainiste a dominé dans cet échange. Mais ont aussi émergé des différences de cultures et de types de réponses – Ruffin, plus horizontal : « La planification doit être démocratique et non technocratique » ; Villepin, plus vertical : « L’État doit avoir une vision claire de ce qui permet de donner un avenir à la France ». Peuvent-ils faire route commune ? Ils n’en sont pas là mais le débat l’a crédibilisé. Reste à savoir si l’alliance d’hommes seuls, hors des partis et accompagnés d’intellectuels, passés et présents, offre une réponse pour une élection présidentielle ? Reste à savoir qui conduirait la cordée. En attendant, les deux semblent croire que les impasses actuelles des deux camps leur laissent un passage, un trou de souris.
Un trou de souris certes à explorer plutôt que le reboucher de suite,un échange sans tensions ça fait du bien c’est possible donc!
Villepin est un homme de droite rendu fréquentable par la déchéance morale de son camp mais c’est un homme de droite qui au pouvoir prit des mesures de droite de destruction des acquis sociaux et qui poursuivra dans cette voix si il le reprenait.
Quant à « dépasser les clivages », mondieumondieumondieu, on sait ce que cela veut dire à la fin: Une bonne vieille politique de droite qui s’impose d’autant plus facilement qu’elle aura avancé masquée.
Le clivage n’est pas un choix, mais la conséquence d’une situation où s’affrontent des intérêts opposés. Veut-on bifurquer avant de bruler vif ou bien on se contente de programmer l’augmentation capacitaire des extincteurs en même temps que la fin de toute vie sur la planète?
Il n’y a plus de gentleman agreement possible avec ce système qui nous fait d’ores et déjà la guerre. Nous n’avons plus beaucoup de temps disponible avant de nous en rendre compte collectivement: Vous voyez comment cet été atroce est en train de gentiment disparaître de l’actualité de la presse oligarchique et du service public, qui en est une extension? Vous avez l’impression que la bifurcation adviendra par la négociation ou par la lutte?
Rien à ajouter, merci .
On ne lutte que pour négocier.
Cher Catherine,
Je trouve ton analyse particulièrement intéressante parce qu’elle met bien en évidence ce que ce débat révèle du positionnement de Ruffin.
Il me semble qu’il y a chez lui un vrai point de bascule : vouloir dépasser les frontières traditionnelles de la gauche pour reconstruire une majorité populaire autour du travail, de la souveraineté, de l’écologie, de la démocratie et de l’indépendance nationale. Mais, en réalité pour éviter de demeurer dans l’abstrait incantatoire, le véritable point de bascule serait de passer de la volonté de reprendre le contrôle à celle de transformer concrètement les rapports de pouvoir. Par exemple : que l’argent public cesse de financer des entreprises qui licencient ou délocalisent ; que le crédit soit orienté vers l’emploi, la formation et l’industrie ; que les salariés disposent de pouvoirs réels sur les choix d’investissement, de production et d’emploi ; que les grandes infrastructures et secteurs stratégiques soient durablement soustraits aux exigences de rentabilité financière.
C’est donc bien là que se situe sa limite actuelle. Dépasser la gauche ne doit pas conduire à dépasser la question de classe. La souveraineté, la planification ou la réindustrialisation peuvent être partagées par des projets politiques très différents. La question décisive reste : qui possède, qui finance, qui décide et au bénéfice de qui ?
Le rapprochement avec Villepin le montre bien : une même aspiration à l’indépendance nationale peut conduire à des projets de société très différents. L’enjeu n’est donc pas seulement de construire un « peuple » suffisamment large pour gagner une présidentielle, mais de savoir quelle force sociale organisée pourra porter les transformations après l’élection. En cela, Ruffin est proche du populisme de Mélenchon, particulièrement de Mélenchon avant son choix tactique de créolisation, d’islamophilie et de Nouvelle France.
C’est là que je vois une différence essentielle avec notre approche communiste : partir de la classe pour construire le rassemblement, et faire du rassemblement un moyen de conquérir les pouvoirs nécessaires à la transformation sociale. Ruffin ouvre, certes, une brèche intéressante. La question est maintenant de savoir jusqu’où il veut et peut la pousser dans la mesure où sa limite est d’autant plus importante que le « dépassement » proposé reste très personnalisé. Ruffin dispose pourtant d’une organisation, Debout !, mais le débat donne davantage à voir la rencontre de personnalités et d’intellectuels qu’une dynamique collective structurée. De même, sur des choix aussi déterminants que la politique énergétique, les contours du projet restent insuffisamment tranchés. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de trouver un espace électoral entre les gauches irréconciliables et le centre, mais de construire une force collective capable de transformer les rapports économiques et sociaux. C’est là notre différence essentielle : partir de la classe pour construire le rassemblement, et non d’un rassemblement transversal et abstrait en espérant que la question de classe se construise, peut-être, ensuite spontanément.
Fraternellement,
Quel baratin !
Notre jeune camarade communiste ne sait pas, ou plus, qui est Dominique De Villepin !
Bon allez, une analyse marxiste- léniniste là dessus, et tout redeviendra clair pour tout le monde. La haute bourgeoisie française est plus proche de son peuple, que les méchants gauchistes voudraient nous le faire croire.
Dominique de Villepin est plus présentable que les candidats de sa meute des droite, mais il reste un homme de droite, néolibéral sans complexe, comme tout son parcours le démontre.
Mais bon, lui, au moins, il joue carte sur table, il n’a jamais prétendu être de gauche pour bien vivre.
Pour cet homme politique, LFI, et RN, ce n’est pas la même chose, un bon point pour lui, même si il combattra les deux si le système lui donne sa confiance …et les moyens
Après, ce sera à nous de faire fonctionner notre mémoire, la démolition de notre modèle social a commencé bien avant Emmanuel Macron, et ses godillots, toutes pointures confondues.
Et nous, à force de piétiner dans nos manifs, nous commençons réellemment à avoir mal aux pieds, au point ou notre tête recommence à raisonner après quelques décennies de pause, enfin, pas pour tout le monde, même si nous n’avons pas tout bien fait, loin s’en faut !
Cher Lionel,
Notre désaccord tient justement à nos méthodes. Je refuse le gauchisme, maladie infantile. En effet, le gauchisme est un opportunisme de droite ; car entre un programme socialiste défendu par un parti communiste, ils préfèrent attaquer le PCF et se vautrer dans l’électoralisme abstrait et sectaire. Leur cible, les camarades du PCF par arrivisme dicté par la bourgeoisie qui leur produit : les sondages et le vote utile pour domestiquer. Tu me reproches de ne pas savoir « qui est Dominique de Villepin ». Mais je ne cherche précisément pas à savoir s’il est « présentable » ou non : je cherche à comprendre les contradictions politiques et sociales qu’il exprime.
Dominique de Villepin est un homme de droite, issu de la haute bourgeoisie et du gaullisme, et il ne devient évidemment pas pour autant un allié de classe des communistes. Il est philosophiquement un hegelien (de droite). Ainsi lorsqu’en 2003 il s’oppose à l’intervention américaine en Irak, il exprime une contradiction réelle avec la stratégie de l’impérialisme des États-Unis. Son discours du 14 février 2003 au Conseil de sécurité porte alors la position française d’opposition à l’intervention.
Est-ce que cela fait de Villepin un homme de gauche ? Non. Est-ce que cela oblige un marxiste à prendre en compte cette contradiction ? Oui.
Sinon, on ne fait plus du matérialisme dialectique : on distribue des étiquettes. Et c’est précisément là que je trouve ta réaction un peu gauchiste. Le gauchisme a souvent cette faiblesse : il préfère la pureté de l’étiquette à l’analyse concrète des contradictions. Je ne confonds donc absolument pas bourgeoisie et prolétariat – contrairement à Jean-Luc Mélenchon qui parle de Nouvelle France, ni indépendance nationale et émancipation sociale. Je dis simplement qu’il existe des contradictions au sein des classes dominantes et entre différentes fractions du capital, notamment sur le rapport à l’impérialisme unipolaire, à l’Union Européenne (cf. UPR), à l’industrie, à l’État. Les ignorer parce qu’un des protagonistes est « de droite » n’est pas une analyse marxiste-léniniste : c’est précisément renoncer à la dialectique.
Et c’est aussi pourquoi je suis en désaccord avec une certaine lecture de Jean-Luc Mélenchon qui depuis 2012 est le symétrique de Marine Le Pen. La question stratégique est ailleurs : a-t-il construit une rupture durable avec les forces sociales et politiques de la social-démocratie depuis 2022 et avec les intérêts de classe qu’elles ont représentés ? Ou a-t-il finalement cherché à les agréger dans un rassemblement électoral suffisamment large pour devenir hégémonique à gauche ?
C’est là que je maintiens ma critique.
L’intégration de personnalités comme Tâché ou Rousseau (PP) dans des constructions électorales se réclamant de la gauche populaire, puis les désistements permettant à des figures de la majorité macroniste de conserver leur siège, posent une question de classe et de stratégie qui ne peut pas être évacuée par le seul « barrage au RN ». En effet, lors des législatives de 2024 Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé de Macron et ancien directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, a été investi par le NFP. François Hollande l’a également été par le NFP en Corrèze, sans dissidence aucune. Idem en Ariège et dans le Gers pour des partisans investis NFP de Delga. Et au 2ème tour, des candidats du NFP se sont retirés au bénéfice d’Élisabeth Borne et de Gérald Darmanin. Le NFP a retiré 129 candidats qualifiés au 2ème tour.
Et surtout, je refuse une conception du marxisme-léninisme qui consisterait à être plus radical dans les mots que dans l’analyse.
Lénine ne nous a pas appris à choisir nos contradictions en fonction de la couleur politique de ceux qui les portent. Il nous a appris à analyser concrètement les rapports de forces, les intérêts de classe, les contradictions de l’impérialisme et les possibilités qu’elles ouvrent pour l’action révolutionnaire.
C’est pourquoi je peux parfaitement dire en même temps : Dominique de Villepin est un homme de droite et un représentant de la bourgeoisie ; son opposition à la guerre d’Irak en 2003 exprimait néanmoins une contradiction réelle avec l’impérialisme américain ; et cette contradiction ne doit être ni absolutisée ni méprisée. Voilà la différence entre une analyse marxiste-léniniste et une posture gauchiste prête à soutenir un socialo populiste : la première cherche à comprendre les contradictions pour savoir comment agir ; la seconde risque parfois de considérer que reconnaître une contradiction chez l’adversaire revient déjà à lui faire une concession politique.
Et, pour ma part, je préfère comprendre le réel plutôt que me rassurer avec des étiquettes et entraîner le prolétariat dans une confusion qui finira encore très mal.
Fraternellement.
C’est quoi le populisme de Mélenchon ? Le contraire de l’opportunisme de Fabien Roussel qui nous prend pour des c… !
Cher Lionel Mutzenberg,
Définissons d’abord le « populisme de Mélenchon » qui vous séduit, plutôt que d’opposer simplement « populisme » et « opportunisme ».
Le populisme de Mélenchon n’est pas une insulte. C’est une stratégie politique : construire un « peuple » comme sujet politique en l’opposant à une « oligarchie », agréger des colères et des demandes sociales différentes autour de cette opposition, et construire ainsi une majorité politique. Il a écrit un livre : « L’ère du peuple ».
C’est une stratégie qui peut être efficace électoralement. Mais elle pose une question fondamentale pour un communiste : comment passe-t-on de l’agrégation politique des colères populaires à la transformation des rapports de propriété, de production, du crédit, de l’investissement et du pouvoir dans l’entreprise ?
Car le « peuple » ainsi construit n’est pas une classe. Il traverse les classes et peut donc rassembler des intérêts sociaux différents, voire contradictoires.
C’est précisément là que je ne comprends pas votre accusation gratuite d’« opportunisme » contre Fabien Roussel. Et ce n’est pas en insultant que vous aurez des voix au 1er tour et surtout au 2ème tour. Même Jérôme Guedj, élus ensembles à Massy pour le PS et membres de la Gauche socialiste à l’époque, ne le votera pas pour lui.
Il est vrai que pour Chikirou : Fabien Roussel = Doriot. Vous devriez avoir honte de ces propos qui disqualifient. Mélenchon devrait présenter des excuses publiques : a priori, il n’appelle ses insoumis qu’à respecter Marine Le Pen. Il est vrai qu’il polarise avec le RN afin d’être soutenu par le peuple du centre et de la droite au 2ème tour. Tous les sondages indiquent un échec. Les prolétaires pour l’instant préfèrent le vote RN pour dégager le système d’extrême centre, maintenu par la Nupes et le NFP.
On peut donc comme je le fais contester sa stratégie, discuter ses choix, considérer qu’il se trompe sur certains sujets. Mais il défend une ligne politique identifiable : à partir de l’Avenir en commun, révisé a priori dans sa forme NFP pour être compatible avec les électorats sociaux démocrates du PS, de Génération.s et des écologistes.
Le PCF travaille depuis longtemps sur la Sécurité emploi-formation, sur le crédit avec notamment les travaux de Denis Durand, – cf. l’article de Bernard Marx publié par Regards- sur la planification écologique et industrielle, sur les pouvoirs des salariés et sur le financement de la transformation économique. Le plan climat Empreinte 2050, par exemple, ne se contente pas de dire « il faut sauver le climat ». Il cherche à articuler besoins sociaux, transformation des transports, du bâtiment, de l’industrie et de l’agriculture, emploi, formation, recherche, services publics, financement et réindustrialisation. C’est une différence de méthode essentielle.
Et je trouve d’ailleurs assez paradoxal de traiter Fabien Roussel d’opportuniste vu sa cohérence sur le travail et contre le capital, alors que Jean-Luc Mélenchon a connu plusieurs positionnements politiques au cours de sa trajectoire : lambertiste, sénateur socialiste, ministre socialiste, puis dirigeant du PG (merci à cette époque les soutiens du PCF), de LFI et candidat à la présidentielle de 2012 pour le Front de Gauche et puis en 2017 avec le soutien du PCF (en ayant un référendum sur la question énergétique qui est primordiale) et sans déjà en 2022. Ce parcours n’est évidemment pas en soi une condamnation : une trajectoire politique peut évoluer et une rupture politique peut être parfaitement légitime. Mais si l’on veut parler d’opportunisme, il faut au moins appliquer le même niveau d’exigence à chacun.
Pour moi, le véritable débat n’est donc pas de savoir qui serait « opportuniste ». Il est de comparer les stratégies.
Et c’est là que les divergences entre LFI et le PCF sont beaucoup plus profondes qu’on ne le dit souvent. Prenons l’industrie. LFI défend la nationalisation d’ArcelorMittal et la planification écologique. Très bien. Mais la question communiste ne peut pas s’arrêter à « nationaliser ». Nationaliser pour quoi faire ? Produire quoi ? Dans quelles quantités ? Pour répondre à quels besoins ? Avec quelle énergie ? Quels investissements ? Quels pouvoirs pour les salariés ? Même question pour l’énergie. LFI et le PCF ne font pas les mêmes choix sur le nucléaire, le renouvelable, les volumes de production électrique et, plus largement, sur le rapport entre sobriété, transformation des usages et développement des forces productives. Or ce n’est pas un détail. L’énergie est une force productive. Si nous voulons réindustrialiser, électrifier les transports, développer le ferroviaire, produire de l’acier décarboné, développer l’hydrogène, rénover massivement les logements, fabriquer des équipements énergétiques et reconstruire nos infrastructures, nous avons besoin d’une électricité abondante, décarbonée, disponible et à coût maîtrisé.
La question écologique ne peut donc pas être seulement : « comment consommer moins ? » et vive la sobriété avec Sandrine Rousseau et Marine Tondelier : en soutenant la politique de la commission européenne et les guerres de l’OTAN contre l’axe du mal pour nos petits bourgeois atlantistes et européistes. Elle doit aussi être : « comment produire autrement et quelles forces productives devons-nous développer pour sortir réellement des énergies fossiles ? » Sinon, le risque existe de réduire certaines productions en France sans supprimer les besoins correspondants, puis d’importer les biens dont nous avons toujours besoin.
On déplace alors une partie de la production, des emplois, des compétences et des émissions au lieu de transformer réellement notre système productif. C’est pourquoi le travail du PCF sur Empreinte 2050 est intéressant : il raisonne aussi en termes d’empreinte carbone, d’industrie, d’emploi, de formation et de réindustrialisation.
Même logique avec le crédit. Dire « il faut investir » ne suffit pas. Il faut répondre à la question : qui contrôle le crédit et vers quels investissements est-il orienté ?
Même logique avec l’emploi. Dire « il faut réindustrialiser » ne suffit pas. Il faut répondre : quels travailleurs, avec quelles qualifications, quelles formations et quelles garanties de parcours ? C’est précisément l’intérêt de la Sécurité emploi-formation.
Même logique avec la nationalisation. Changer le propriétaire juridique d’une entreprise ne suffit pas nécessairement à transformer les critères de gestion. Il faut changer les objectifs, les pouvoirs, les critères d’investissement et la place des salariés dans les décisions. C’est cela qui distingue, à mes yeux, une politique de transformation sociale d’une simple politique de rupture institutionnelle ou de redistribution. Je ne dis pas que LFI n’a pas de propositions sérieuses. Elle en a.
Je dis que le PCF possède un ensemble plus articulé de leviers pour expliquer comment on passe d’une mesure à une transformation du rapport de forces : crédit, financement, emploi-formation, pouvoirs des salariés, planification, énergie, industrie, services publics, appropriation sociale. C’est cela que les classes populaires sont en droit d’attendre. Pas seulement qu’on leur dise ce qu’il faut changer. Mais qu’on leur explique avec quels pouvoirs, quels outils, quelles forces sociales et quels mécanismes économiques nous allons effectivement le changer. Le rapport de forces n’est pas une donnée naturelle. Il se construit.
Et c’est là que j’identifie toute la différence entre une stratégie qui cherche d’abord à agréger un peuple électoral (populisme de LFI) et une stratégie révolutionnaire de rupture (PCF) qui cherche à construire durablement les pouvoirs économiques, sociaux et politiques permettant aux classes populaires de transformer la société.
Fraternellement,
Vous ne vous êtes jamais posé cette question : pourquoi Fabien Roussel est l’homme « de gauche » préféré de la droite, de l’extrême droite et des éditocrates des médias dominants ?
https://frustrationmagazine.fr/roussel/
[Michel Davesnes le 11 septembre 2026 à 11:37
Vous ne vous êtes jamais posé cette question : pourquoi Fabien Roussel est l’homme « de gauche » préféré de la droite, de l’extrême droite et des éditocrates des médias dominants ?
https://frustrationmagazine.fr/roussel/%5D
Cher Michel Davesnes,
Frustration est une publication gauchiste et viscéralement anticommuniste. Ils bouffent du PCF matin, midi et soir. Ils veulent la disparition du PCF comme parti de classe, du prolétariat. Cette publication gauchiste est une caricature de la petite-bourgeoisie. Je vous invite à relire Lénine : Le gauchisme, maladie infantile du communisme. L’action de Lénine, Staline et Dimitrov nous a évité dans les années 20 et 30 de telles dérives assez puériles pour l’unité d’action.
Frustration raisonne à partir de la lutte contre les dominations et par réduction sociologique ; le marxisme-léninisme raisonne à partir de la lutte des classes et de la conquête du pouvoir. Les deux peuvent se rencontrer sur l’analyse du capitalisme, mais divergent fortement sur la stratégie et sur la place de l’État.
C’est aussi pourquoi leur argument « Roussel est apprécié par la droite » ne suffit absolument pas. Ils ont droit, car ils sont gauchistes, d’entretenir l’autophobie et préférer interpréter le monde et pas le transformer. Pour un communiste, ce n’est pas la sociologie des compliments reçus qui détermine le caractère de classe d’une politique : ce sont les rapports sociaux qu’elle cherche à transformer, les forces qu’elle organise et la propriété et le pouvoir qu’elle remet en cause. Frustration d’ailleurs prétend, ce qui est ironique, dépasser le clivage gauche/droite au nom de leur vision de la lutte sociologique des classes, mais lorsqu’il s’agit de Roussel, il lui reproche de pouvoir parler à des électeurs qui ne se reconnaissent plus dans leur petite gauche culturelle.
Sur le fond, je t’invite à visionner le débat Roussel/Lisnard car Fabien Roussel défend la ligne face au patronat :
https://www.youtube.com/watch?v=V2uK_oC-7Dg
Toutefois, tu poses une question intéressante méritant une réponse. Mais tu lui donnes une réponse un peu trop simple : « Roussel plaît à la droite, donc Roussel serait de droite ». Or, notre classe doit élever son niveau de conscience et ne pas radoter les mots d’ordres de communicants petits-bourgeois.
C’est précisément là que l’analyse de classe devrait nous conduire plus loin.
Oui, Roussel a été présenté comme le « communiste préféré de la droite ». Copé, Darmanin ou Bruno Le Maire ont effectivement exprimé de la sympathie pour lui. Mais regardons plutôt ce qu’il défend. À la REF du MEDEF, il a débattu avec David Lisnard : désindustrialisation, planification, conditionnement des aides publiques, investissement, rôle de l’État, nationalisations, protection sociale. Lisnard défendait une logique libérale ; Roussel défendait la maîtrise publique de l’appareil productif. Et oui, la droite est bien obligé de concéder que Roussel défend le travail et donc des rapports sociaux différents. Les sociaux-démocrates, qui n’ont pas réussi à faire adopter la taxe zucman, ne s’attaquent pas au capitalisme. Ils ne parlent que de ruissèlement des profits.
C’est donc une contradiction intéressante : pourquoi certains électeurs de droite peuvent-ils se reconnaître dans certaines propositions de Roussel ? Parce que la défense de la production française, du travail, de l’industrie, de la souveraineté populaire ou de la sécurité ne sont pas des thèmes « de droite ». Ce sont des questions de rapports sociaux que le communisme doit précisément investir. Une partie de la bourgeoisie nationale peut même partager certains objectifs de réindustrialisation ou de souveraineté sans partager le projet de transformation socialiste. Cela ne fait pas de Roussel un candidat bourgeois.
Enfin, comme pendant la résistance, les intérêts d’une fraction de la bourgeoisie nationale peuvent ponctuellement rencontrer ceux du mouvement ouvrier sur la souveraineté, la production ou l’indépendance nationale, sans que cela abolisse la contradiction Capital-Travail. C’est beaucoup plus proche de la tradition thorezienne que de l’idée d’une frontière étanche entre « peuple de gauche » et « droite » défendu par les réductionnistes sociologiques sectaires.
Car a priori, comme Ruffin a été réélu député en 2024 par la droite ; Mélenchon face au RN aura besoin des sociaux libéraux et de la droite républicaine si les différents partis de gauche demeurent à un étiage cumulé de 30%. Et oui Fabien Roussel est plus rassembleur en cas de rassemblement populaire.
Et inversement, pourquoi Mélenchon peut-il recevoir des marques de considération de certains représentants du patronat ? Geoffroy Roux de Bézieux disait en 2022 qu’il le considérait « prêt à gouverner ». Mélenchon avait aussi revendiqué une relation cordiale avec Serge Dassault, tout en affirmant son opposition politique. Là encore, il faut regarder les intérêts et les rapports de forces plutôt que distribuer des certificats de gauche ou de droite.
Le plus intéressant est donc de regarder qui Fabien Roussel cherche à reconquérir : les salariés, les ouvriers, les employés, les abstentionnistes, ceux qui ont perdu confiance dans la gauche ou parfois voté RN. Lui-même place explicitement le monde du travail au centre de sa stratégie. C’est une stratégie de reconquête de classe, pas une stratégie de répartition des électorats « sociétaux ». Evidemment, Frustration par esprit boutiquier le nie et l’invisibilise.
Et Roussel parle aussi à une autre partie de la gauche. Henri Peña-Ruiz, qui avait soutenu Mélenchon en 2017, s’est ensuite rapproché du PCF et a soutenu Ian Brossat puis Roussel, notamment autour de la question de la laïcité. Ce sujet et sa cohérence par rapport à Charlie Hebdo et Charb dépasse la gauche.
Alors oui, certains électeurs de droite peuvent apprécier Roussel. Et certains électeurs de gauche aussi. Ce n’est pas le critère pour déterminer son orientation de classe. Le critère, c’est ce qu’il propose de faire du pouvoir, de la production, du travail et de la propriété. Fabien Roussel est bien plus à gauche que LFI.
Et si des camarades veulent maintenant expliquer que les communistes qui voteront Roussel en 2027 sont des « droitards », il faudra surtout leur demander pourquoi ils veulent insulter leur propre électorat plutôt que de chercher à le reconquérir. À force de réduire le débat aux marqueurs sociétaux et de rendre invisibles les rapports de classe, on finit effectivement par laisser le terrain social au RN. Et les dynamiques de second tour des gauches s’affaiblissent. C’est faire une primaire à ciel ouvert et dénier à celui qui est plus à gauche de l’être en le caricaturant en droitard allié objectif de l’extrême droite. Un comble !
Mais Audiard disait… les c… ça ose tout !
Je préfère donc un communiste qui parle aux ouvriers, aux employés, aux abstentionnistes et même à certains électeurs de droite sur la base de leurs intérêts matériels, plutôt qu’une gauche qui se félicite d’être reconnue comme telle tout en abandonnant progressivement le terrain du travail. Fabien Roussel n’a pas besoin de devenir moins communiste pour gagner des voix. Il doit au contraire devenir suffisamment communiste pour convaincre ceux que le mouvement ouvrier a cessé de convaincre. C’est le sens des 38ème, 39ème et 40ème Congrès : d’avoir comme projet le socialisme, la souveraineté et le travail pour VIVRE!
Et si on veut discuter sérieusement de la sociologie de l’électorat de Fabien Roussel, allons y, regardons les sondages plutôt que les étiquettes plaqué par Frustration qui fait son sale travail gauchiste par anticommunisme primaire.
Tu affirmes, en renvoyant à Frustration, qu’il serait « l’homme de gauche préféré de la droite ».
Mais que disent les enquêtes sur ceux qui votent réellement pour lui ? L’enquête Ipsos réalisée lors des législatives de 2024 montre que parmi les électeurs qui avaient voté Fabien Roussel en 2022, 66 % votaient pour le NFP en 2024, contre 7 % pour le bloc présidentiel, 9 % pour LR/DVD et seulement 6 % pour le RN. Donc non : son électorat n’est pas un électorat de droite. Il est majoritairement ancré à gauche. Et il ne le réduit pas. Il peut même élargir ce vote.
Ce qui distingue Roussel, c’est plutôt qu’il cherche à reconquérir des catégories populaires que la gauche a progressivement perdues : salariés, ouvriers, employés, abstentionnistes, habitants des territoires populaires. Et c’est précisément parce qu’il parle de travail, de production, d’industrie, de salaires, de services publics et de souveraineté qu’il peut aussi rencontrer certains électeurs qui ne se reconnaissent plus dans la gauche telle qu’elle s’est construite depuis des années. Mais c’est justement cela que nous devrions faire : reconquérir, pas sélectionner notre électorat en fonction de son étiquette supposée « correcte » par des sociologues dandys prétendument insoumis mais incarnant parfaitement la sociologie bobo de la petite-bourgeoisie bohème et branchée.
Une personnalité de droite peut apprécier Roussel sur une proposition particulière ? Très bien. Cela ne transforme pas pour autant son programme en programme de droite. De même, le fait que certains représentants du patronat puissent apprécier Mélenchon sur certains aspects ne suffit évidemment pas à faire de Mélenchon un candidat du MEDEF. La question marxiste n’est donc pas : « qui apprécie Roussel ? » Elle est : quel projet porte-t-il, quels intérêts sociaux défend-il et quelle classe cherche-t-il à remettre au centre du pouvoir ? Et sur ce terrain, le discours de Fabien Roussel sur le travail, la production, l’industrie et la souveraineté populaire est précisément ce qui peut permettre au communisme de reconquérir les classes populaires.
Alors cessons de traiter de « droitards » les communistes qui veulent voter communiste.
Les sondages montrent qu’ils ne constituent pas un électorat de droite. Ils constituent précisément une partie de cet électorat populaire que nous devrions chercher à reconquérir. Celui qui lit les programmes et ne suit pas les injonctions des sondages diffusés par la médiacratie. Ceux qui ont une conscience de classe. Ceux qui ne sont pas dans le réductionnisme permanent mais veulent l’unité de classe pour le socialisme. Le véritable problème serait plutôt de savoir pourquoi certains veulent que ces électeurs renoncent à leur propre candidat au profit d’une candidature qu’ils jugent eux-mêmes plus à gauche.
Et donc oui, Fabien Roussel peut être apprécié par certains électeurs de droite ; Et alors ? Son électorat effectif est très majoritairement de gauche, et son discours vise précisément à reconstruire une base populaire de classe. Si des électeurs ayant voté pour la droite peuvent être sensibles à la défense du travail, de la production ou des services publics, pourquoi la gauche communiste devrait-elle abandonner ces terrains ? Car cela ne plaît pas au gauchisme culturel ? Or, c’est justement parler aux classes laborieuses le mécanisme de reconquête que Roussel revendique. Le Monde relevait d’ailleurs en 2024 qu’à Saint-Amand-les-Eaux, face à un territoire où Bardella/RN avait atteint 51,5 %, Fabien Roussel a explicitement demandé aux militants communistes de ne pas commencer par le « barrage à l’extrême droite », mais d’écouter les électeurs parler de retraites, de factures et de pouvoir d’achat, puis de leur présenter le programme communiste. Evidemment, ce n’est pas dû populisme de la gauche culturelle qui sait tout et méprise les prolétaires : Roussel = Doriot, Roussel = saucisse pinard, Roussel = Dubosc, Roussel n’est pas un camarade pour l’UCL etc. Fabien Roussel une vraie stratégie de classe : partir de la contradiction matérielle pour reconquérir politiquement ceux qui ont quitté le vote communiste, plutôt que leur expliquer qu’ils sont devenus de mauvais électeurs.
Enfin, je pense sincèrement que la droite, l’extrême droite et les éditocraties des médias dominants vous remercient de lutter contre le PCF. Je pense aussi sincèrement que votre réformisme gauchiste à la sauce Frustration est leur meilleur assurance vie pour que rien ne change dans les rapports de production.
Ils polarisent, y’a qu’à regarder CNews ou à lire le JDD, pour bien comprendre que LFI est devenu leur diable de confort, comme avant le FN pour François Mitterrand en divisant la droite, comme perspective de continuité du système et par vos outrances engendrer des gauches irréconciliables.
Pour vous le PS est de droite et le PCF, qui est à votre gauche, est d’extrême droite. Les éditocraties des médias dominants se marrent vu la zizanie puérile que vous entretenez, en sachant que LFI a un discours et aura comme avant lui le PS une pratique. Nous devons sortir de la domination sociale-démocrate de 1981-2014 qui a succédé à la domination par le PCF de 1945 à 1978. Or, depuis 2017, LFI n’est qu’une continuité réformiste gauchiste comme l’était le PS.
En l’espèce, seul Fabien Roussel vu les conditions objectives défend un programme VIVRE! pour influencer les conditions subjectives et aller vers la paix et des jours heureux. Il mériterait un minimum de respect car il n’essentialise pas les électeurs. Arrêtez de caricaturer et débattez les roses sur le programme !
A bon entendeur, et vive le socialisme !
Il n’est pas possible à gauche de se satisfaire d’une situation ou un Gluscksman reproduit le hollando-macronisme et où Mélenchon recueille le refus des dix années de violence verbales et de désunion qu’il a produites.
Natacha Poloni, Olivier Faure, Julia Cagé, Thomas Piketty, François Ruffin… et pourquoi pas de Villepin ? On ne fera pas 51% seulement avec des gens de gauche !!!
Il ne manque à ces gens à que de savoir s’unir. S’effacer au profit (?) de l’un d’eux. Savent-ils le faire ? C’est toute la question !
Rien compris à votre message, mais y avait il quelque chose à comprendre ? Démolir Mélenchon, un de plus sur les rangs de cette caste qui vit très bien, plein d’idées révolutionnaires à deux balles qui ont détruit la vraie gauche ?
Cher Lionel Mutzenberg,
Jean-Luc, baron du PS, a bien détruit la vraie gauche en Essonne.
Je lui souhaite toutefois de triompher au sein du pôle réformiste : LFI, Génération.s, la GES, Debout!, L’Après, Les Ecologistes, PP, PS, La convention, la GRS, le PRG etc. Désolé si j’ai oublié quelques chapelles soc-dém et évidemment les boutiques trotskistes et associées : POI, NPA-A, OCF, PCR etc.
Pour ma part, étant communiste donc pour un pôle révolutionnaire, la reconstruction d’un parti de classe et donc d’un front de classe est la priorité à partir d’un programme de transformation sociale radicale (Plan Climat, SEF, Pôle public bancaire, Pôle public énergétique, Mouvement pour la Paix etc.). Oui, les discours gauchistes (révolutionnaires à deux balles) ont bien détruit la vraie gauche, le PCF, même s’il y a lui-même contribué par démocratie de 1976 à 1994 puis par mutations de 1994 à 2018 dans un contexte particulier.