Roussel et Mélenchon : deux candidats pour la rupture
À la Fête de l’Humanité, le communiste a invoqué la révolution et les jours heureux. L’insoumis a défendu la transformation radicale et le renversement des rapports de force. Deux discours de rupture qui veulent rassembler le peuple… mais pas la gauche. Bonne chance.
Ils avaient donné rendez-vous ce samedi à la Fête de l’Huma. Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont tenu meeting devant des foules nombreuses au cœur d’un rassemblement qui fut dominé par les débats et par leur affluence. Les deux candidats à l’élection présidentielle, l’un en campagne depuis quatre mois, l’autre tout juste investi par les militants de son parti, ont donné à entendre et à voir leurs idées, leur style, leur positionnement.
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Fabien Roussel s’exprimait sur la grande scène de la fête devant de nombreux drapeaux rouges. C’est avec le poing levé qu’il salue le « peuple de la Fête de l’Humanité ». Entouré des dirigeants communistes, il s’élance et surprend : « Je ne souhaite pas qu’on attende l’élection présidentielle pour que ça change. Je vous propose de passer à l’action maintenant. Je vous propose de faire la révolution, maintenant, dans la rue avant les urnes, parce que c’est maintenant que l’on souffre et c’est maintenant que l’on doit agir. » Face à un Mélenchon captant l’héritage du PCF, Fabien Roussel fait appel à la fierté révolutionnaire de militants communistes désarçonnés par le dynamisme de LFI. Le candidat communiste cherche à se dégager un espace politique et, pour cela, il tente de doubler l’insoumis par la gauche. Mesurant la colère et la demande de rupture, Fabien Roussel assure que « si nous gagnons les élections, nous mettrons fin au racket de Total. Nous lui appliquerons la nationalisation-sanction comme pour Renault à la fin de la guerre ». Centrant son propos sur la question sociale, il la relie aux enjeux de pouvoir : il demande la parité sociale au parlement et dans les lieux de décision des entreprises ; il propose un grand pôle public bancaire et la nationalisation de grandes banques.
Bien qu’il ne fasse jamais mention du RN et de sa candidate, le communiste savait devoir répondre à la demande d’unité entendue durant ces deux jours. Il assure : « C’est maintenant que nous devons appeler à la seule union qui vaille, dans la lutte. C’est parce que nous serons unis dans les luttes que nous pourrons gagner demain l’élection présidentielle. » Enfin, Fabien Roussel a voulu galvaniser la confiance des Français dans leur avenir et dans leur patrie en convoquant les souvenirs glorieux des réalisations scientifiques, culturelles et industrielles des décennies passées : « Ne cédons pas au déclinisme ambiant ; nous pouvons redevenir une grande nation ». L’esprit de sa précédente campagne sur « les jours heureux » flottait dans l’air.
Face à un Mélenchon captant l’héritage du PCF, Fabien Roussel fait appel à la fierté révolutionnaire de militants communistes désarçonnés par le dynamisme de LFI. Le candidat communiste cherche à se dégager un espace politique et, pour cela, il tente de doubler l’insoumis par la gauche.
Jean-Luc Mélenchon a lui aussi centré son propos sur les enjeux économiques et sociaux. Il a inscrit son propos dans « une situation d’une difficulté particulièrement terrible, un rapt sur la paie » qu’il analyse comme « une décision de classe prise par les uns contre les autres ». Il poursuit : « Il n’y a pas de pauvreté sans extraction de la richesse et travail gratuit ». L’insoumis enjoint les Français à « rétablir le rapport de force qui a été déséquilibré au point que, pendant dix ans, c’est un détournement massif qui a abouti à huit millions de personnes à l’aide alimentaire et un million de plus dans la pauvreté […] Ne croyez pas que vous êtes accablés par autre chose que par un rapport de force. Et vous allez l’inverser par un bulletin de vote autant que par l’action. » Pédago, Jean-Luc Mélenchon a longuement développé ses propositions pour financer l’ampleur des transformations à l’ordre du jour : supprimer les aides non conditionnées aux entreprises, mobiliser l’épargne, geler une partie de la dette. Il énonce ses propositions de mesures d’urgence sans occulter que son projet réside dans des transformations plus radicales. « Notre pensée n’est pas celle d’une rustine mieux collée. Nous voulons véritablement et décidément la transformation de fond en comble de la société. » Il se présente comme le leader d’un « mouvement qui rétablit le droit de l’humanité face aux droits des marchandises ». Affirmant « Nous savons ce que nous voulons faire et nous le ferons », il conclut : « L’action politique est la seule action maîtrisable. Un chemin de victoire s’ouvre par nos pas. Nous sommes prêts à gouverner. »
À la fin de son discours, Fabien Roussel s’exclamait : « Pour une belle France populaire, fière et révolutionnaire. Pour reconstruire la République. Vive la République, vive la France, vive le parti communiste français ! » Tandis que Jean-Luc Mélenchon entonnait une Marseillaise suivie de l’Internationale – le chant de Pottier, hier banni des meetings LFI, fait un retour remarqué depuis cet été. Ces discours radicaux correspondent à des attentes profondes. Leur transformation en bulletin de vote n’a cependant rien d’automatique. Les deux candidats ont déployé leur projet dans lequel le rassemblement politique n’avait pas – euphémisme – la première place. Pourtant, telle était aussi la demande pressante de cette fête : en 2027, il faut gagner.