Roussel et Mélenchon : deux candidats pour la rupture

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À la Fête de l’Humanité, le communiste a invoqué la révolution et les jours heureux. L’insoumis a défendu la transformation radicale et le renversement des rapports de force. Deux discours de rupture qui veulent rassembler le peuple… mais pas la gauche. Bonne chance.

Ils avaient donné rendez-vous ce samedi à la Fête de l’Huma. Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont tenu meeting devant des foules nombreuses au cœur d’un rassemblement qui fut dominé par les débats et par leur affluence. Les deux candidats à l’élection présidentielle, l’un en campagne depuis quatre mois, l’autre tout juste investi par les militants de son parti, ont donné à entendre et à voir leurs idées, leur style, leur positionnement.


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Fabien Roussel s’exprimait sur la grande scène de la fête devant de nombreux drapeaux rouges. C’est avec le poing levé qu’il salue le « peuple de la Fête de l’Humanité ». Entouré des dirigeants communistes, il s’élance et surprend : « Je ne souhaite pas qu’on attende l’élection présidentielle pour que ça change. Je vous propose de passer à l’action maintenant. Je vous propose de faire la révolution, maintenant, dans la rue avant les urnes, parce que c’est maintenant que l’on souffre et c’est maintenant que l’on doit agir. » Face à un Mélenchon captant l’héritage du PCF, Fabien Roussel fait appel à la fierté révolutionnaire de militants communistes désarçonnés par le dynamisme de LFI. Le candidat communiste cherche à se dégager un espace politique et, pour cela, il tente de doubler l’insoumis par la gauche. Mesurant la colère et la demande de rupture, Fabien Roussel assure que « si nous gagnons les élections, nous mettrons fin au racket de Total. Nous lui appliquerons la nationalisation-sanction comme pour Renault à la fin de la guerre ». Centrant son propos sur la question sociale, il la relie aux enjeux de pouvoir : il demande la parité sociale au parlement et dans les lieux de décision des entreprises ; il propose un grand pôle public bancaire et la nationalisation de grandes banques.

Bien qu’il ne fasse jamais mention du RN et de sa candidate, le communiste savait devoir répondre à la demande d’unité entendue durant ces deux jours. Il assure : « C’est maintenant que nous devons appeler à la seule union qui vaille, dans la lutte. C’est parce que nous serons unis dans les luttes que nous pourrons gagner demain l’élection présidentielle. » Enfin, Fabien Roussel a voulu galvaniser la confiance des Français dans leur avenir et dans leur patrie en convoquant les souvenirs glorieux des réalisations scientifiques, culturelles et industrielles des décennies passées : « Ne cédons pas au déclinisme ambiant ; nous pouvons redevenir une grande nation ». L’esprit de sa précédente campagne sur « les jours heureux » flottait dans l’air.

Face à un Mélenchon captant l’héritage du PCF, Fabien Roussel fait appel à la fierté révolutionnaire de militants communistes désarçonnés par le dynamisme de LFI. Le candidat communiste cherche à se dégager un espace politique et, pour cela, il tente de doubler l’insoumis par la gauche.

Jean-Luc Mélenchon a lui aussi centré son propos sur les enjeux économiques et sociaux. Il a inscrit son propos dans « une situation d’une difficulté particulièrement terrible, un rapt sur la paie » qu’il analyse comme « une décision de classe prise par les uns contre les autres ». Il poursuit : « Il n’y a pas de pauvreté sans extraction de la richesse et travail gratuit ». L’insoumis enjoint les Français à « rétablir le rapport de force qui a été déséquilibré au point que, pendant dix ans, c’est un détournement massif qui a abouti à huit millions de personnes à l’aide alimentaire et un million de plus dans la pauvreté […] Ne croyez pas que vous êtes accablés par autre chose que par un rapport de force. Et vous allez l’inverser par un bulletin de vote autant que par l’action. » Pédago, Jean-Luc Mélenchon a longuement développé ses propositions pour financer l’ampleur des transformations à l’ordre du jour : supprimer les aides non conditionnées aux entreprises, mobiliser l’épargne, geler une partie de la dette. Il énonce ses propositions de mesures d’urgence sans occulter que son projet réside dans des transformations plus radicales. « Notre pensée n’est pas celle d’une rustine mieux collée. Nous voulons véritablement et décidément la transformation de fond en comble de la société. » Il se présente comme le leader d’un « mouvement qui rétablit le droit de l’humanité face aux droits des marchandises ». Affirmant « Nous savons ce que nous voulons faire et nous le ferons », il conclut : « L’action politique est la seule action maîtrisable. Un chemin de victoire s’ouvre par nos pas. Nous sommes prêts à gouverner. »

À la fin de son discours, Fabien Roussel s’exclamait : « Pour une belle France populaire, fière et révolutionnaire. Pour reconstruire la République. Vive la République, vive la France, vive le parti communiste français ! » Tandis que Jean-Luc Mélenchon entonnait une Marseillaise suivie de l’Internationale – le chant de Pottier, hier banni des meetings LFI, fait un retour remarqué depuis cet été. Ces discours radicaux correspondent à des attentes profondes. Leur transformation en bulletin de vote n’a cependant rien d’automatique. Les deux candidats ont déployé leur projet dans lequel le rassemblement politique n’avait pas – euphémisme – la première place. Pourtant, telle était aussi la demande pressante de cette fête : en 2027, il faut gagner.

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48 commentaires

  1. Alex Canovas le 14 septembre 2026 à 14:17

    Il me semble que vous avez un problème avec la gauche, ses propositions. En quoi la radicalité que vous jugez du programme des insoumis vous dérange t elle ? Peut-on savoir ? Ou ne s’agit-il ici que d’un calcul électoral au doigt levé qui suit les sondages comme on lit un roman d’anticipation ? Comment changer la direction générale d’une économie centrée sur le PIB et le rendement actionnarial qui pèse sur les citoyens comme sur les États sans proposer des changements qui ne sont pas du nettoyage de surface ? Et si cette « radicalité » était la raison, et les « raisonnables » changeaient d’avis devant la négativité climatique et géopolitique ? J’aimerai bien connaître vos propositions plutôt que vos jugements. Merci. Alex

  2. lemasseur le 14 septembre 2026 à 15:18

    Il me semblait qu’après l’été que nous venons de vivre, la « radicalité » n’était pas une option mais une condition de survie, et que c’était le statu-quo et les réformes à la marge qui étaient mortelles, mais bon.

    Qualifier de radicale, la ligne de LFI est par ailleurs outrancier: Nous sommes très loin du renversement du capitalisme et de la mise en commun des conditions de notre survie collective. LFI ne peut l’être, radicale que relativement par rapport aux droites presque totalement radicalisées (elles). Par exemple par rapport à une A Bergé qui considère le racisme comme une option politique: Là, oui, LFI est bien « radicale », pour le reste…

    Rien à dire sur Fabien Roussel. Il y a bien cette histoire de voiture vide qui se gare et dont il sort, mais est-ce bien nécessaire?

    • Lafleur le 15 septembre 2026 à 13:40

      Cher Lemasseur,

      Je te rejoins sur ta critique de l’usage du terme « radicalité », mais je crois qu’il faut aller un peu plus loin et surtout revenir au texte de Catherine.

      Si l’on entend par radicalité une remise en cause réelle des rapports de propriété, du pouvoir du capital et de l’organisation sociale capitaliste, alors oui, qualifier automatiquement LFI de « radicale » est insuffisant. LFI est davantage une social-démocratie populiste (de gauche); un peu plus à gauche que Michel Rocard et Paul Larrouturou (Nouvelle donne).

      Mais ce critère doit être appliqué à tout le monde, y compris au PCF et à Fabien Roussel, plutôt que de reprendre implicitement l’idée selon laquelle Mélenchon incarnerait la « vraie » radicalité et Fabien Roussel chercherait seulement à le doubler par la gauche. Le programme du PCF a toujours été plus à gauche, car communiste, que celui du PG/LFI.

      Tout le monde se souvient qu’en 2012 dans l’émission des paroles et des actes, Mélenchon a dit : « Dans le Front de Gauche, le plus modéré, c’est moi ! Les autres sont des communistes. » En 2017, il a réitéré cette formule que LFI était plus modérée que le PCF le soutenant à l’époque sur le plateau de L’émission politique.

      D’ailleurs, le texte de Catherine est plus intéressant que cela.

      Elle rapporte chez Fabien Roussel des propositions qui ne sont pas simplement des réformes à la marge : « révolution » dans la rue avant les urnes, nationalisation de Total, « nationalisation-sanction », grand pôle public bancaire, nationalisation de grandes banques, parité sociale dans les lieux de décision des entreprises, union dans les luttes.

      Et je pense que c’est justement là que se situe le vrai débat : la radicalité ne devrait pas être mesurée au caractère spectaculaire du discours, mais à la capacité de s’attaquer effectivement aux rapports sociaux et de propriété.

      Sur ce point, je serais même plus exigeant avec LFI : parler de « transformation radicale » ou de « renversement du rapport de force » ne suffit pas à constituer une stratégie de transformation socialiste. D’ailleurs, comme le PS, LFI n’a pas pour projet le socialisme. Il faut une classe sociale organisée, une organisation politique durable, un rapport de forces construit dans le monde du travail et une perspective de conquête du pouvoir permettant de transformer effectivement les rapports de propriété et de production.

      C’est pourquoi je ne réduirais pas le débat à « radicalité contre modération ». La question est plutôt : quelle stratégie de classe, quelle organisation et quelle transformation sociale ?

      Et concernant la « voiture vide », je ne vois pas vraiment le rapport avec le texte de Catherine. Elle n’en parle pas et je trouve dommage d’introduire une insinuation personnelle alors que son article donne justement matière à une discussion politique beaucoup plus intéressante.

      Enfin, sur « l’unité », je crois qu’il faut également distinguer rassemblement électoral de gauche et front de classe. Pour nous, l’enjeu n’est pas de réunir indistinctement toutes les forces qui se réclament de la gauche, mais de construire à partir du monde du travail une force capable de conquérir et d’exercer le pouvoir.

      C’est une différence stratégique majeure.

      Fraternellement,

      • lemasseur le 15 septembre 2026 à 18:04

        Je ne pose absolument pas du tout le problème (au sens d’un problème par exemple mathématique) dans les termes qui sont les votre.
        Je suis personnellement beaucoup plus radical que l’est la ligne du PCF telle que vous l’entendez, mais cela n’a strictement aucune importance en l’espèce.

        En effet nous pourrions discourir longuement, intelligemment et très certainement avec profit sur le comment on fait naître une identité de classe de manière à instaurer un rapport de force efficace avec celle qui nous opprime et s’apprête à nous sacrifier au sens propre au nom de la perpétuation de ses profits; Il se pourrait même que nous tombions d’accord.

        Mais nous n’en sommes plus là, au moment où nous parlons. Une bataille ne se mène pas ex-nihilo mais sur un terrain, face à des adversaires dans des conditions données. Plus clairement: Quelle est la situation? Elle est très claire et se résume en peu de mots:
        L’ensemble des appareils politiques de droite, du modem à lr se sont radicalisés à droite, validant de fait et l’imaginaire, les affects, les symboles, les détestations du fascisme pour les faire peu ou prou siennes. L’ensemble de médias sont au mieux neutres, le plus souvent en voie de fascisation. Les milieux économiques et financiers font le choix de la collaboration comme ils en ont l’habitude.

        La gauche dans ces conditions ne peut se permettre de se disperser et comme les appareils sont incapables de faire l’union, c’est donc à l’électorat qu’échoit la tâche en votant utile dès le premier tour pour le candidat le mieux placé. Nous sommes à moins de dix mois de l’échéance, qui sera la conclusion d’une campagne électorale d’une violence dont on peine à imaginer l’intensité tant les enjeux pour le pouvoir oligarchique sont grands.
        Quoique l’on pense de LFI ou de JLM, le vote utile est là, uniquement là. Tout autre choix est suicidaire. Le PCF en présentant un candidat ne ferait que rendre service à la réaction, je déteste l’expression, mais concernant F Roussel elle se trouve parfaitement adaptée: Il s’agirait de celui de l’idiot utile.

        J’ai de par mon histoire personnelle beaucoup de tendresse pour ce qu’a représenté le PCF, ses militant.es, la ferveur, l’espoir sincère, la force de la solidarité, de l’éducation populaire, les « universités en bleu de chauffe », ce genre de chose et mon souhait le plus cher serait que le PCF retrouve la force de proposition qui fut la sienne et dont a perdu la trace à partir des années Hue, pour dégringoler maintenant au niveau d’un Fabien Roussel qui si il est taillé pour le rôle de bon client pour chaine d’info en continue est parfaitement incapable de comprendre la réalité du moment et des enjeux. C’est anecdotique, et tout le monde peut se tromper, mais l’entendre dire que la région de la Palestine était le « berceau de l’Humanité » m’a convaincu de l’inanité du personnage, confondant allègrement naissance de l’espèce humaine et création du monothéisme…

        La dynamique est du coté LFI, tout ce que peut faire le PCF en maintenant sa candidature, c’est freiner cette dynamique et ouvrir la voie à E Philippe.

        • Lafleur le 16 septembre 2026 à 13:15

          Cher Lemasseur,

          Je comprends mieux ton raisonnement, et je pense justement que nous pouvons maintenant déplacer le débat du jugement sur les personnes vers une question plus matérialiste : quelles forces sociales sont à l’œuvre, quels rapports de forces produisent quelles dynamiques, et à qui profite finalement la stratégie que tu proposes ?

          Tu pars d’un constat réel : aujourd’hui, Mélenchon est beaucoup mieux placé que Fabien dans les intentions de vote produits par les médias tenus par les milliardaires qui savent que Mélenchon est un repoussoir.

          Mais, surtout, tu fais ensuite un saut logique : de cette position électorale, poussée par les médias dominants, tu déduis que le « vote utile » serait nécessairement le seul vote rationnel, puis que toute candidature communiste autonome serait « suicidaire » et ferait objectivement le jeu de la réaction.

          C’est précisément ce deuxième mouvement que je conteste.

          Le matérialisme dialectique nous apprend justement à ne pas confondre l’état présent d’un rapport de forces avec la loi de son développement.

          Si un parti communiste ne peut exister politiquement que lorsqu’elle est déjà forte électoralement, alors elle est condamnée à disparaître dès qu’elle connaît une période de faiblesse. Ton analyse est donc idéaliste et conduit à l’opportunisme de droite. Les anciens disaient déjà que le gauchisme (trotskisme, le lambertisme de Mélenchon jeune) est un opportunisme de droite. Et si, chaque fois qu’une autre force est mieux placée, on explique aux communistes qu’il faut se rallier à elle au nom du « vote utile », on transforme une situation de faiblesse en mécanisme permanent de reproduction de cette faiblesse.

          C’est là que ton raisonnement devient contradictoire avec ton propre souhait de voir le PCF « retrouver sa force de proposition ». Jean-Luc Mélenchon a mis un terme au Front de gauche et attaqué violemment Pierre Laurent au PGE pour y placer un de ses proches fin 2013. Il vantait à l’époque la nouvelle gauche non communiste car sociale-démocrate populiste (M6R, puis LFI pour dévitaliser le PG) et Tsipras est mon ami, Podemos etc. Or, les échecs s’enchaînent.

          Mais il faut aller plus loin : le vote utile n’est pas une catégorie neutre.

          Qui définit l’utilité ? À partir de quel critère ? Pour quel objectif ?

          Si l’utilité signifie simplement « être le mieux placé pour accéder au second tour », alors oui, la démonstration est relativement simple : il faut voter pour celui qui est actuellement le mieux placé.

          Mais si l’utilité signifie « construire un rapport de forces capable de transformer les rapports de propriété, de production et de pouvoir », alors le calcul change complètement.

          Et c’est ici que je trouve ton raisonnement insuffisamment matérialiste. L’idéalisme est une manifestation du recul de la conscience de classe. Sa promotion par les sociaux-démocrates populistes engendre de la fausse conscience, dont un discours anti intellectualiste commun au rassemblement national.

          Tu décris très justement un système politique et médiatique qui tend à imposer son propre terrain de jeu. Mais tu en tires la conclusion qu’il faudrait accepter ce terrain comme allant de soi. Ce n’est pas très radical et encore moins révolutionnaire.

          Or le phénomène mérite justement d’être interrogé.

          Le système médiatique n’est pas extérieur aux rapports sociaux. La concentration économique des médias est elle-même un rapport de propriété. Le ministère de la Culture reconnaît d’ailleurs que la concentration peut donner à un nombre restreint d’acteurs une influence disproportionnée sur la formation de l’opinion, et l’Arcom dispose précisément d’un dispositif anti-concentration destiné à préserver le pluralisme.

          Je ne dis donc pas qu’il existe une mystérieuse « main des médias » qui déciderait mécaniquement de tout. Ce serait une lecture complotiste et non matérialiste. Je dis quelque chose de beaucoup plus simple : les médias sont eux-mêmes insérés dans des rapports économiques, et ces rapports contribuent à déterminer quels débats deviennent centraux, quels candidats sont présentés comme crédibles et quel espace est accordé à certaines alternatives.

          Dès lors, lorsqu’un système te dit en permanence : « Il n’y a que deux possibilités, choisissez le mieux placé », il faut aussi se demander si cette injonction ne contribue pas précisément à produire le rapport de forces qu’elle prétend seulement constater.

          C’est là que la position de Jean-Luc Mélenchon lui-même est intéressante.

          Il a construit sa stratégie politique sur le refus du fonctionnement traditionnel de l’union de la gauche et sur l’idée qu’il fallait créer une dynamique propre capable de bouleverser le rapport de forces existant aux européennes de 2009 et 2014, comme aux présidentielles de 2012 et 2017, en lien avec le PCF. Mais, il a toujours cassé les accords et surtout préférer tendre la main aux forces libérales en 2019 (Exit Charlotte Girard, bienvenu à Manon Aubry) ; le plan B est mis en sourdine. Depuis 2022, il prétend qu’il est l’union de la gauche et que le vote utile ripoliné efficace et l’unité de candidature s’imposerait.

          Mais il serait historiquement absurde d’en conclure que cette dynamique était inscrite d’avance dans le rapport de forces. Elle a précisément été construite politiquement. Autrement dit, ce qui est aujourd’hui présenté comme « dynamique » était hier une construction politique qui rompait avec les équilibres existants : la domination sondagière du PS. Rappelons nous 2007, en réaction à 2022, le PS a écrasé Marie-George Buffet et aussi José Bové, sans victoire.

          Pourquoi ce qui a été possible pour LFI devrait-il être déclaré impossible pour une reconstruction communiste ?

          C’est ici que je crois que le déterminisme électoral remplace le matérialisme. Et cette question devient encore plus concrète lorsqu’on parle du programme.

          Prenons l’énergie. LFI maintient une stratégie de sortie du nucléaire, en 2022 tout devait être fermé pour 2030 (sic!), et de passage à 100 % renouvelables. On peut évidemment défendre cette orientation. Mais un communiste doit aussi regarder les conditions matérielles de la production.

          Pourquoi en 2022, le projet du PCF, travaillé avec les travailleurs de l’énergie, n’a pas eu 22%. Il était pourtant le meilleur programme à gauche. Le bilan de ce quinquennat le prouve et l’orientation écologiste ultra de Jean-Luc Mélenchon aurait été un désastre économique et sociale pire que le bilan macroniste.

          En 2025, la France a produit 547,5 TWh d’électricité, dont 521,1 TWh bas-carbone, soit 95,2 % de la production. Le nucléaire en a fourni 373 TWh. Dans le même temps, RTE considère désormais l’électrification comme un levier central de la décarbonation et de la réindustrialisation, et présente explicitement le nucléaire et les renouvelables comme les deux piliers du système électrique français. La question n’est donc pas seulement : « quelle énergie est idéologiquement verte ? » Elle est : quelle combinaison de moyens de production permet de disposer d’une énergie abondante, pilotable, décarbonée, peu dépendante des importations et maîtrisée collectivement, afin de développer les forces productives et de réindustrialiser ?

          C’est une question de classe. Aussi, voter Fabien Roussel est la manifestation de la conscience de classe en 2027. Mélenchon, c’est l’idéalisme abstrait fondé sur les sondages d’une alternative à la droite qui ne s’attaque nullement aux rapports sociaux et donc sera une nouvelle fois mise rapidement en échec.

          Arrêtons de rejouer 1981, 1988, 1997, 2012 etc. N’oublions pas que le PS et les écologistes sont les responsables des paquets de la libéralisation ferroviaire et de l’énergie. Les yeux doux de Sandrine Rousseau à Jean-Luc Mélenchon qui est une europhile béate et une libérale énergétique est plus qu’inquiétant.

          Car si l’on réduit la production industrielle, puis que l’on importe les biens que nous ne produisons plus, on peut éventuellement afficher une baisse des émissions territoriales tout en déplaçant une partie de la production, des émissions et de la dépendance vers l’extérieur.

          Et si l’on remplace une électricité française massivement décarbonée par davantage d’importations de combustibles fossiles lorsque les renouvelables et les capacités pilotables ne suffisent pas, la question des effets réels sur la souveraineté énergétique et sur le coût de production doit être posée.

          Ce n’est pas une accusation d’intention contre LFI. C’est précisément l’inverse : c’est l’exigence matérialiste de regarder les conséquences possibles d’une politique indépendamment de ses intentions déclarées.

          RTE indique d’ailleurs que les combustibles fossiles représentent encore environ 56 % de la consommation d’énergie finale française et que l’industrie reste fortement dépendante des fossiles. Il souligne également que la part de l’industrie manufacturière dans le PIB est passée de 16 % en 2000 à environ 10 % aujourd’hui. Voilà pourquoi je me méfie du raisonnement qui consiste à opposer simplement « LFI dynamique » à « PCF archaïque ».

          La vraie question est : quelle politique développe les forces productives sous contrôle collectif, reconstruit l’industrie, sécurise l’énergie, augmente le pouvoir du travail sur le capital et permet ensuite de transformer les rapports de propriété ?

          Et là, le débat devient beaucoup plus sérieux que « qui sera le mieux placé dans les sondages de septembre 2026 ? ».

          Je ne prétends pas avoir démontré que la stratégie communiste réussira. Je dis seulement qu’il faut démontrer pourquoi elle serait nécessairement vouée à l’échec, plutôt que de prendre son échec comme prémisse.

          Enfin, il y a un dernier paradoxe dans ton argument. Tu souhaites que le PCF retrouve « la force de proposition qui fut la sienne ». Mais pour retrouver cette force, il faut nécessairement recommencer à produire de la politique autonome, à reconstruire une organisation, à reconquérir le monde du travail et à proposer une stratégie qui ne soit pas définie en fonction de la position d’une autre organisation.

          Sinon, le « vote utile » devient une mécanique assez particulière : plus le PCF est faible, plus il doit se ranger derrière celui qui est fort ; et plus il se range derrière celui qui est fort, moins il peut reconstruire les conditions de sa propre force.

          Ce n’est pas une fatalité électorale. C’est une contradiction stratégique. Et c’est précisément cette contradiction que je trouve intéressante à discuter.

          Bien à toi,
          Fraternellement,



  3. lionel Mutzenberg le 14 septembre 2026 à 18:45

    Ben non , un seul candidat pour la rupture, Jean Luc Mélenchon, candidat de LFI et de son programme, L’Avenir En Commun, en pleine remise à niveau pour 2027.
    Le PC, et les Verts, sont plus proches du PS que de la rupture, reste à se mettre d’accord sur le candidat du bloc central afin de faire barrage au RN au second tour!
    Çà fait plus de trente ans que ça marche, alors tant que ça marche, ne pas faire peur à notre bourgeoisie de nos villes, et de nos campagnes.
    Sauf, bien évidemment, si le vent de 2024 continuait de souffler encore plus fortement sur la vraie gauche..de gauche !
    Un vraie programme de gauche qui enquiquine au delà de la gauche, tant la demande de changement est ancrée dans les têtes.
    Pas de lendemain qui chantent, pas de demain on rase gratis, un programme qui répond aux problèmes des français, avec les moyens pour appliquer les solutions.
    L’alternative au néolibéralisme existe, tous les moyens, pas toujours les plus glorieux, pour si opposer, nous en apportent la preuve.
    La bourgeoisie veut que rien ne change, mais la bourgeoisie n’est pas majoritaire, si les classes sans privilèges le veulent, nous gagnerons, mais pas comme en 1981, la rose de François Mitterrand ayant gagné, les pétales se sont éparpillés au gré du vent de nos nouveaux privilégiés, et les marrons se sont retrouvés des millions, ballotés par le suffrage pour le moins pire jusqu’à l’apothéose, le mandat de François Hollande, et de ses godillots superbement chaussés.
    Plus jamais un bulletin de vote pour cette élite de politicards sans consciences.

    • Lafleur le 15 septembre 2026 à 13:56

      Cher Lionel Mutzenberg,

      J’entends ton raisonnement et je partage une partie de ton constat : la bourgeoisie n’est évidemment pas majoritaire dans le pays, et une transformation sociale suppose de mobiliser toutes celles et ceux qui n’ont aucun intérêt à la perpétuation des privilèges du capital. Mais, LFI ne travaille pas sur les conditions subjectives : 62% de rejet.

      Je pense également que tu vas un peu vite en affirmant que Mélenchon serait « le seul candidat pour la rupture ».

      D’abord parce qu’il faut définir ce que l’on entend par rupture. Si elle consiste à rompre avec le néolibéralisme, alors oui, il existe une base commune beaucoup plus large que LFI. Mais si l’on parle de transformation sociale profonde, il faut poser les questions décisives : quels rapports de propriété veut-on transformer ? Quel pouvoir donne-t-on aux travailleurs ? Quelle organisation collective construit-on ? Quelle force sociale est capable d’imposer les décisions face au capital lorsque celui-ci cherchera à les empêcher ?

      Un programme social-démocrate populiste (ou de gauche, à gauche de Michel Rocard), même excellent, ne suffit pas à répondre à ces questions.

      L’expérience de 1981 que tu évoques le montre justement. Le problème n’était pas seulement la couleur de la rose ou la personnalité de François Mitterrand. C’était aussi l’insuffisance du rapport de forces organisé pour permettre aux transformations annoncées de résister à la pression du capital et aux contraintes économiques.

      C’est précisément pourquoi je ne crois pas qu’il faille opposer simplement un Mélenchon « radical » à un PCF prétendument proche du PS. C’est faux. Mélenchon est l’héritier de François Mitterrand et il joue en parole la carte de la première gauche face aux descendants de Rocard directs ou indirects qui sont à la tête du Parti Socialiste. Ce serait oublier ce que porte actuellement Fabien Roussel : nationalisation de Total, nationalisation de grandes banques, pôle public bancaire, pouvoir des travailleurs dans les lieux de décision, augmentation des salaires, services publics, réindustrialisation, planification, et surtout l’idée que l’unité doit se construire dans les luttes et à partir du monde du travail.

      Mais les balayer d’un revers de main en disant « le PC et les Verts sont plus proches du PS que de la rupture » ne constitue pas une démonstration. C’est même un mensonge.

      Et je pense surtout qu’il faut sortir de cette logique où toute la gauche devrait finalement se ranger derrière le candidat que l’on considère comme le plus radical ou celui favorisé par les médias et les sondages de premier tour. Le front de classe n’est pas un cartel électoral de toutes les gauches, et il ne se réduit même pas à choisir le meilleur candidat pour le second tour. Il doit partir des intérêts des producteurs, organiser leur puissance collective et construire une force politique capable de conquérir puis d’exercer le pouvoir.

      Sur ce point, nous avons peut-être une divergence stratégique fondamentale : tu sembles considérer que le programme de LFI permettrait de constituer cette force.

      Pour ma part, je pense que la transformation sociale nécessite aussi une organisation communiste renforcée, implantée dans le monde du travail, capable de transformer les colères en conscience, en organisation, en rapport de forces et finalement en pouvoir. Le PS qui avait remplacé la SFIO, puis la LFI qui tente de remplacer le PS est du déjà vu.

      Quant au « barrage au RN », bien sûr qu’il faut empêcher l’extrême droite de conquérir le pouvoir.

      Mais je ne pense pas que toute la stratégie politique du mouvement ouvrier puisse être réduite à la préparation du second tour de la présidentielle. Si nous voulons réellement changer la société, il faut construire dès maintenant ce qui permettra de ne pas reproduire les désillusions de 1981, de 2012 ou d’autres expériences où l’élection n’a pas suffi à modifier durablement le rapport de forces. Ce n’est pas juste reporter la question sociale principale. Donc oui : la bourgeoisie veut que rien ne change. Elle est conservatrice.

      Mais justement, ne lui facilitons pas la tâche en réduisant la politique à la recherche du « bon candidat » et du « bon bulletin ». La vraie question est : quelle classe s’organise, autour de quel projet, avec quelle force politique et pour exercer quel pouvoir ?

      C’est là, à mon sens, que commence véritablement la rupture.

      Fraternellement,

  4. trintignac le 14 septembre 2026 à 18:59

    Soyons sérieux. Soit Catherine Tricot est amnésique, soit elle enfouit son honnêteté intellectuelle sous le tapis. Le programme des insoumis qui est celui autour duquel l’ensemble de la NUPES (LFI, PS, Les Verts, PCF) s’était réunie est très loin d’être radical. C’est un programme d’esprit social-démocrate, bien éloigné de celui proposé par François Mitterrand et le PS en 1981qui, à l’époque, n’incarnaient pas me semble t’il « l’extrême gauche ». Comment Catherine Tricot peut-elle à ce point faire l’impasse sur de telles évidences ?
    .

    • Lafleur le 16 septembre 2026 à 16:28

      Cher Trintignac,

      Nous sommes d’accord. Jean-Luc Mélenchon est le champion du centre gauche réformisme.

      Le qualifier d’extrême gauche, c’est insulté LO et la CNT en déformant gravement la réalité sociale et polique.

      D’où tout l’intérêt de la candidature de Fabien Roussel avec VIVRE! qui défend une perspective socialiste et des médiations sociales et institutionnelles nouvelles. Les deux pôles principaux de la gauche, réformiste avec Mélenchon et ses amis PS et Ecologistes et révolutionnaire et radical avec Fabien Roussel et ceux qui rejoindront le front de classe 2027.

      Fraternellement,

  5. Lafleur le 14 septembre 2026 à 20:10

    Chère Catherine,

    Merci pour ton analyse. Fête de l’Huma oblige, Jean-Luc Mélenchon a cherché à occuper un espace symbolique historiquement communiste, tandis que Fabien Roussel a cherché à réaffirmer que cet héritage très juste titre n’appartient pas à LFI issue par le PG et du courant Gauche socialiste du PS et donc de la social-démocratie mitterrandienne.

    La rupture n’est pas un programme en soi. La question marxiste est : rupture avec quoi, au profit de quelle classe, par quelles forces sociales, avec quelle organisation politique et quelle stratégie de conquête du pouvoir ? En cela, seul Fabien Roussel a eu un discours marxiste. Jean-Luc Mélenchon y a fait un énième cours magistral populiste de gauche.

    Catherine tu juxtaposes des propositions de Roussel et Mélenchon comme si elles appartenaient à une même famille politique dont la seule différence serait le positionnement électoral. C’est une erreur d’analyse.

    En effet, Fabien Roussel part du PCF comme organisation politique de la classe travailleuse et cherche à construire autour de lui un front de classe des producteurs : Fabien Roussel est marxiste et s’inscrit dans le léninisme de Gramsci et de Poulantzas. Tu demandais s’il était communiste ? La réponse est oui. Jean-Luc Mélenchon part lui d’un mouvement électoral-populaire beaucoup plus hétérogène et cherche à construire une majorité autour de LFI. Ce ne sont donc pas simplement deux variantes de la rupture.

    Ce sont deux conceptions différentes du sujet politique de la transformation sociale. Fabien est un révolutionnaire communiste du XXIème sicèle, Jean-Luc un social-démocrate de gauche au verbe maximaliste et à la pratique… Il me fait penser de plus en plus à Guy Mollet.

    Tu interprètes la démarche de Fabien Roussel à partir de la position de Jean-Luc Mélenchon. Or, à l’Huma, ce dernier est revenu au conflit Capital-Travail par tactique. Il était sur le sociétal et la polarisation avec le RN. Il reviendra à ces tropismes et ses suiveurs dénonçaient le class first du PCF. Autrement dit, tu considères implicitement, à tort, que LFI constitue déjà le pôle de référence de la gauche dite radicale et que le PCF doit trouver un espace à côté ou à gauche de celui-ci. C’est le biais de nombreux mélenchonistes. En effet, c’est précisément ce que je conteste. La question n’est pas : Comment le PCF peut-il prendre des voix à Mélenchon ? Mais : Quelle force politique est capable d’organiser durablement la classe travailleuse pour conquérir le pouvoir ? Dans cette perspective, la candidature de Fabien Roussel n’est pas une tentative de « doubler LFI ». C’est une tentative de réaffirmer l’autonomie politique du communisme organisé. Et c’est une différence considérable. Et c’est l’inverse de la tactique voulant tuer le PCF de LFI. En effet, Mélenchon ne se contente plus de récupérer certaines références historiques du PCF – le stalien Ambroise Croizat a été fortement mobilisé par l’ancien trotskiste pour qui le PCF de 1945-1947 collaborait avec la bourgeoisie et empêchait la Révolution… : il travaille désormais explicitement les symboles communistes. Le retour de l’Internationale dans son meeting est ici particulièrement révélateur. Il l’avait interdit. Là à la fête de l’Huma, il s’en sert. Jean-Luc Mélenchon est un bon disciple de François Mitterrand sur ce point. Mélenchon comprend qu’il ne peut pas construire sa candidature présidentielle sans travailler l’imaginaire communiste et ouvrier, comme en 2022. Mais cela ne signifie évidemment pas que LFI devient communiste. C’est là qu’il joue au leurre. Et que les opportunistes qui n’aiment pas la démocratie tente de saboter la campagne du PCF. Catherine, tu observes bien le réinvestissement symbolique mais tu ne poses pas suffisamment la question de la base sociale et organisationnelle de ce projet. En cela, cela contribue au mirage que le populiste social-démocrate serait un communiste et donc pourquoi le PCF devrait il avoir un candidat si LFI est déjà communiste ? LFI est social-démocrate.

    Du coup, ton analyse est enfermée dans l’illusion de l’union. LFI doit être honnête et cesser de combattre le PCF. Assumer être réformiste un peu plus fort en gueule et provocateur que les autres et dialoguer avec L’Après, Generation.s, Debout!, la GRS et même le PS que Mélenchon a sauvé en 2022 et renforcé au détriment du PCF en 2024.

    Par ton papier, tu en fais presque naturellement découler l’idée qu’il faudrait rassembler les candidats et les forces de gauche, y compris le PCF. Mais unité de qui ? Une unité électorale abstraite de « la gauche » ? Ou une unité organisée des travailleurs et des couches populaires autour d’un programme de rupture ?

    Parce que si l’on répond simplement comme Jean-Luc Mélenchon : « Il faut gagner, donc il faut se rassembler », on saute une étape fondamentale : pour quoi faire et sous quelle direction politique ? Et LFI ne veut pas sortir de l’ambiguïté qui à la fête de l’Humanité a été cultivée avec l’aide de la direction du journal opposante à Fabien Roussel.

    C’est sans doute là que se situe ton principal angle mort de Catherine : le front de gauche (2027) ne peut pas se résumer à l’addition du PCF, de LFI, des écologistes, des socialistes et de diverses composantes de la gauche. Il doit partir des forces sociales elles-mêmes : travailleurs salariés, ouvriers, employés, techniciens, ingénieurs, agriculteurs, artisans, petits producteurs et, plus largement, des couches populaires qui vivent de leur travail. L’enjeu est de rassembler ces forces autour de leurs intérêts communs face au capital et de leur permettre de devenir une force politique consciente et organisée. Dans cette perspective, le rôle du PCF n’est pas de se fondre dans un agrégat électoral de gauche, mais de contribuer à organiser politiquement un front de classe et à lui donner une perspective de conquête du pouvoir. L’unité ne doit donc pas être pensée comme la simple juxtaposition d’appareils ou de candidatures : elle doit être l’organisation politique d’intérêts de classe convergents. C’est cette distinction qui permet de dépasser l’opposition entre « division » et « rassemblement » et de poser la véritable question : rassembler qui, sur quelle base sociale, autour de quel projet et pour conquérir quel pouvoir ?

    Une autre limite de ton analyse est de mettre en parallèle les propositions de Fabien Roussel et de Jean-Luc Mélenchon sans suffisamment interroger ce qui les distingue sur la question décisive de la production et du pouvoir. Chez Roussel, la « nationalisation-sanction », le grand pôle public bancaire ou encore la parité sociale dans les lieux de décision des entreprises posent directement la question de la propriété, du crédit et du pouvoir économique. Chez Mélenchon, la suppression des aides non conditionnées aux entreprises, la mobilisation de l’épargne ou le gel d’une partie de la dette relèvent davantage d’une logique de redistribution, de financement de la transformation sociale et de planification.

    Les deux démarches peuvent évidemment se recouper, mais elles ne posent pas exactement la même question. La question communiste ne peut pas être seulement : comment mieux répartir les richesses produites ? Elle doit aussi être : qui contrôle la production, qui décide de l’investissement, qui maîtrise le crédit et qui détermine l’affectation de la richesse produite ? Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de corriger les effets du rapport de forces existant, mais de transformer les rapports de propriété et de pouvoir qui le produisent. Fabien est bien communiste. C’est sur ce terrain que peut se construire un véritable « communisme de conquête » : non pas seulement une politique de transformation sociale radicale, mais une stratégie visant à donner aux travailleurs et aux producteurs un pouvoir réel sur l’économie et sur les décisions qui déterminent leur avenir.

    Ton traitement du patriotisme de Fabien Roussel laisse également de côté une question essentielle : pourquoi la question nationale peut-elle aujourd’hui être une question de classe ? Lorsque Fabien Roussel parle de « grande nation », il ne s’agit pas nécessairement de célébrer une identité nationale abstraite ou de reprendre le nationalisme bourgeois à son compte. Au contraire. En communiste, il aborde le sujet à partir du travail et de la production : produire, travailler, maîtriser les moyens de production, réindustrialiser, planifier, reconquérir une souveraineté économique et redonner ainsi du pouvoir à ceux qui créent les richesses pour que nous puissions retrouver des marges d’autonomie réelle. Dans cette perspective, la nation n’est pas une fin en soi ni un principe opposé aux autres peuples ; elle constitue l’espace politique concret dans lequel les travailleurs peuvent reconquérir des leviers de décision face à un capital largement mondialisé. Le patriotisme revendiqué par Fabien Roussel mérite donc d’être analysé à partir de son contenu de classe plutôt que ramené aux seuls « jours heureux » ou à une nostalgie de la grandeur nationale. La question est alors de savoir si la nation est mise au service du capital et de la concurrence entre peuples, ou si elle devient un cadre de reconquête populaire de la production, des services publics, de la souveraineté économique et, finalement, du pouvoir sur les choix qui déterminent la vie collective. C’est cette seconde perspective qui peut donner au patriotisme une dimension véritablement populaire et communiste.

    En cela Jean-Luc Mélenchon a singé être communiste. Fabien Roussel lui s’inscrit dans la continuité réelle de Pierre Sémard, d’Ambroise Croizat et de Jacques Duclos.

    Catherine, tu sous-estimes également une question qui devrait pourtant être centrale dans une analyse se réclamant de la gauche sociale : quelle est la base sociale réelle du projet porté par Jean-Luc Mélenchon et par LFI ? Parler des « attentes profondes » du peuple ne suffit pas : encore faut-il identifier les classes et les fractions de classe qui portent ces attentes, leurs intérêts propres, leur rapport au travail, leurs formes d’organisation et leur capacité à devenir une force politique durable. La notion de « peuple », si elle n’est pas articulée à une analyse de classe, risque de réunir sous une même catégorie des réalités sociales très différentes : travailleurs ouvriers et employés, salariés précarisés, catégories intermédiaires, indépendants, petits producteurs ou encore fractions fortement politisées des classes moyennes. Il faut donc distinguer une coalition électorale interclassiste d’un véritable front de classe structuré autour du travail et de la production. C’est une différence essentielle : une majorité électorale peut additionner des intérêts sociaux différents, tandis qu’une force de classe doit être capable d’organiser politiquement des intérêts communs face au capital. À défaut de cette analyse, l’appel au « peuple » peut donner l’illusion d’une homogénéité sociale qui n’existe pas et laisser dans l’ombre la question décisive de savoir quelle classe est appelée à devenir le sujet politique de la transformation. C’est pour cela que je dialogue fraternellement avec les sociaux-démocrates, dont les mélenchonistes : nous n’avons pas la même base sociale ; et certains comme Robert Injey ou d’autres ouvertement passés dans le camp des classes intermédiaires alliées à la bourgeoisie qui veut maintenir coûte que coûte le système social-libéral et l’Union européenne, en usurpant le beau nom de camarade et de communiste; Parti qu’ils ont déjà quitté socialement en fuyant l’histoire comme l’a bien analysé Losurdo.

    C’est finalement le paradoxe de ton article. Tu identifies correctement deux candidatures présidentielles concurrentes, deux discours de rupture et l’absence d’un rassemblement de la gauche au cœur de leurs interventions, mais tu sembles en déduire que le problème principal serait simplement leur incapacité à se rassembler alors que « 2027, il faut gagner ». Or c’est précisément la question qu’il faudrait approfondir : pourquoi deux forces qui parlent de rupture ne parviennent-elles pas à constituer une même force politique ?

    Est-ce seulement une affaire de candidatures, d’égos ou d’appareils ? Ou ces divergences expriment-elles des différences plus profondes de stratégie, de base sociale, d’organisation et de conception du pouvoir ? C’est cette seconde hypothèse qu’il faut prendre au sérieux. Elles sont évidentes quand on lit les échanges avec Toto et Lionel.

    Car l’enjeu n’est pas de savoir comment additionner mécaniquement les forces de la gauche existante, mais comment construire une force capable d’organiser durablement le monde du travail et de conquérir le pouvoir économique et politique. De ce point de vue, l’unité ne peut être un préalable abstrait à la victoire : elle doit être le résultat d’une convergence organisée autour d’intérêts de classe, d’un projet de transformation des rapports de propriété et de pouvoir et d’une stratégie de conquête. C’est précisément pourquoi le PCF ne devrait pas chercher à devenir une composante supplémentaire d’un rassemblement électoral de gauche, mais à reconstruire sa capacité à organiser le front de classe des producteurs et à proposer, à partir de cette force sociale, une véritable perspective de conquête. Et pour cela il doit concrètement retrouver des cellules d’entreprises.

    Catherine, je pense que tu raisonnes encore largement avec la catégorie politique de « la gauche », là où il me semble qu’il faudrait repartir des classes sociales, des organisations qui les structurent et des rapports de pouvoir qu’elles affrontent. C’est pourquoi ton « bonne chance » final est assez révélateur : tu vois surtout deux candidatures concurrentes qui auraient intérêt à se rassembler, alors que la question essentielle devrait être de savoir quelle force sociale peut devenir une force politique organisée et capable de conquérir le pouvoir. la situation italien, l’expérience grecque ou encore les derniers résultats en Allemagne prouvent que les signifiants vides implosent. Et oui, la sociale-démocratie est toujours là avec LFI et oui ce parti qui se prétend un mouvement a une base sociale particulière qui n’est pas et ne peut pas être celle d’un parti communiste. À mes yeux, c’est précisément là que Fabien Roussel peut avoir une carte à jouer. Il ne s’agit surtout pas pour le PCF de chercher à devenir une sorte de « Mélenchon communiste », ni simplement de « doubler Mélenchon par la gauche », mais de reconstruire le PCF comme instrument politique autonome du monde du travail, capable d’organiser un front de classe et, à partir de cette force sociale, de proposer ensuite une véritable unité sur une base de classe. C’est une perspective beaucoup plus ambitieuse que la simple addition des forces électorales de la gauche : il ne s’agit pas seulement de rassembler pour gagner une élection, mais de construire la force sociale et politique qui permettra de transformer réellement les rapports de pouvoir. Encore faut il que LFI ne serve pas d’idiot utile à la bourgeoisie et que les médias de gauche ou progressiste analysent et ne caricaturent pas Fabien Roussel.

    L’Histoire vous regarde !

    Fraternellement,

    • Toto le 15 septembre 2026 à 19:47

      Mon cher Lafleur

      Comment comptez-vous, vous y prendre afin que Mélenchon n’empêche pas Roussel d’accéder au 2 tour ?
      Encore merci de vos interventions, vous me rappelez ma jeunesse : le PC d’avant avril 1981 !!!
      Fraternellement

      • Lafleur le 16 septembre 2026 à 15:16

        Cher Toto,

        Le problème est simple. Des électeurs communisants ont l’injonction de voter pour un social-démocrate populiste formaté par l’OCI lambertiste et par le PS de l’ère du mitterrandisme. Il veut donc réduire à 0% le PCF. Le tuer. Mais, le communisme, à savoir le marxisme-léninisme, n’est pas une personne morale : c’est un idéal. Ceux qui ont tué Ernesto Che Guevarra n’ont pas tué le communisme. Et le processus socialiste résiste encore à Cuba et il se développe ailleurs par la conscience de classe.

        Réduire le PCF à 0% ne permettra pas à Jean-Luc Mélenchon d’être élu président de la Vème République.

        A ce stade, LO et le PCF sont les deux seules forces politiques qui proposent par des médiations différentes d’aller vers le socialisme. Ce n’est pas le cas de la FI. Jean-Luc a souvent dit en 2012 et 2017 qu’il était plus modéré que le PCF. Cela n’a pas changé. Cela s’est accentué sur le rapport à l’UE et surtout la politique énergétique.

        Mais, ta question est intéressante et donc j’y réponds. Tu dis : comment faire pour que Mélenchon n’empêche pas Roussel d’accéder au second tour ? Traitons ce sujet. Ma réponse pourrait être assez simple et donc courte : en faisant de la politique.

        Pour gagner la présidentielle, contrairement à l’idée jospiniste présidentialiste et des droites (UDF et RPR créant l’UMP) avec le changement du calendrier et le passage du septennat au quinquennat, il ne suffit pas d’arriver en tête et d’être en duel face au RN. Nous devons avoir au moins 50,01% des exprimés au second tour.

        En 2022, par exemple, 12 824 169 d’électeurs inscrits se sont abstenus, soit 26,31% du corps électoral. Et sauf la pensée magique que Mélenchon en interdisant à Fabien d’être présent, aidé par des bureaucrates opportunistes et encore mutants, il ne sera pas président par l’absence du PCF ou de LO. Il ne sera pas au second tour s’il n’a pas le vote de son Pôle : si Tondelier qui a la même politique énergétique est présente et si le candidat investi par le PS le prive de voix réformistes. Ne pas oublier qu’en 2022, le vote PS est parti en quasi totalité à Jean-Luc Mélenchon : Hidalgo avec 616 478 voix a privé Mélenchon de deuxième tour avec ses 1,26% des inscrits (1,75 % des exprimés) et bien évidemment Yannick Jadot avec ses 1 627 853 voix et donc 3,34% des inscrits au premier tour de 2022 (4,63% des exprimés).

        Notons déjà que LFI, Jean-Luc Mélenchon, bénéficiera du soutien du NPA-A. Là encore, la position du PCF et de ce parti, le NPA-A, sont incompatibles sur l’Union européenne et sur l’internationalisme : le NPA-A critique Cuba et le Venezuela et soutient l’OTAN et l’impérialisme de l’UE en Ukraine. Mais, Jean-Luc Mélenchon présentera Olivier Besancenot et Philippe Poutou aux législatives de 2027. Il devrait donc avoir le soutien de ces anti-campistes virulents (268 904 voix en 2022).

        Je ne suis pas sûr que Jean-Luc Mélenchon dégonflera un social-démocrate de droite en 2027 en proclamant racler les fonds de tiroir du PCF. Ne sommes nous pas la mort et le néant ? C’est contradictoire. Jean-Luc Mélenchon, comme à la fête de l’Huma, fait du folklorisme. Mais il sait qu’il a basculé au centre et son avenir est là-bas.

        Parce que sinon, ton raisonnement est parfaitement circulaire : Mélenchon est devant Fabien, donc Fabien ne peut pas le dépasser ; puisqu’il ne peut pas le dépasser, il doit se rallier à Mélenchon ; et puisque tout le monde se rallie à Mélenchon, il reste devant. Ton projet est conservateur politiquement, voire réactionnaire.

        On passe du PS hégémonique de 1981 à 2014 à une nouvelle hégémonie sociale-démocrate ayant la forme de mouvement : LFI. Ta proposition est : belotte avec Mitterrand, rebelotte avec Jospin et Hollande et désormais dix de der avec Mélenchon. « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Avec ton raisonnement, nous n’avons pas le cul sorti des ronces. Et nous offrons un boulevard au processus de fascisation du capital en désarmant le prolétariat face à notre bourgeoisie.

        Mélenchon vendu par les sondages, ce n’est pas une loi électorale. C’est précisément un rapport de forces politique, donc quelque chose qui peut être transformé.

        C’est d’ailleurs assez curieux de voir certains défenseurs du vote utile oublier ce que Mélenchon a lui-même fait. En 2012, il dénonçait le RN comme diable de confort du système pour que le candidat libéral (aujourd’hui Edouard Philippe) et le candidat social-démocrate (aujourd’hui Mélenchon) bénéficie de l’épouvantail. Cette stratégie depuis 2002 et renforcé depuis deux présidentielles est une fuite en avant mortifère. A gauche, nous ne pensons pas tous la même chose. En 2022, sa stratégie a déjà consisté à construire une dynamique de vote utile, à attirer progressivement une partie des électeurs de gauche des autres candidatures et à transformer sa position dans les sondages en anticipation autoréalisatrice. La presse de l’époque décrivait explicitement cette stratégie d’aspiration des électorats concurrents. Autrement dit : Mélenchon n’est pas arrivé devant les autres parce qu’il était naturellement destiné à l’être. Il a construit politiquement une dynamique qui l’a placé devant eux. Après et depuis, il pense que son mouvement est le seul à gauche et donc il favorise ses proches et affidés et élimine quelques anciens partisans.

        Et surtout, il faut poser une question préalable : pourquoi faudrait-il faire de « dépasser Mélenchon » l’objectif premier d’une candidature communiste ?

        L’objectif n’est pas de gagner une course entre deux appareils. L’objectif est de reconstruire une force politique correspondant à une classe sociale, à ses intérêts, à ses aspirations et à une perspective de transformation des rapports sociaux. Si cette force devient suffisamment importante pour porter Fabien au second tour, tant mieux. Si elle ne l’est pas, nous pourrons discuter de l’échec de cette stratégie. Mais décréter dès maintenant que son résultat sera nécessairement insuffisant pour justifier son existence revient à confondre le résultat que l’on veut expliquer avec la cause que l’on prétend démontrer.

        Et c’est justement là que je trouve le « vote utile » assez peu dialectique. Il transforme une photographie en destin. C’est une vision idéaliste et pour tout dire : droitière.

        En 2022, la dynamique Mélenchon a été réelle. Mais elle a aussi été le produit d’un déplacement massif des électeurs dans les dernières semaines. Les sondages ont d’ailleurs sous-estimé son résultat final, qui a bénéficié d’un report de voix tardif lié au vote utile. Donc pourquoi prendre aujourd’hui les intentions de vote comme une photographie immuable du mois de septembre et demander aux communistes d’en tirer dès maintenant une conclusion définitive pour avril ?

        D’autant que le « vote utile » a une conséquence politique que l’on oublie souvent : il ne se contente pas de mesurer les rapports de forces, il contribue à les produire.

        Plus on répète « il n’y a qu’un vote utile », plus on fragilise les autres candidatures ; plus on fragilise les autres candidatures, plus celui qui est devant apparaît comme le seul vote possible ; et plus il apparaît comme le seul vote possible, plus le vote utile se renforce. C’est un mécanisme auto-entretenu.

        Et je ne crois pas qu’il faille attribuer cela à un complot. C’est beaucoup plus simple : les médias, les sondages, les appareils politiques et les électeurs réagissent les uns aux autres et contribuent ensemble à fabriquer ce que l’on appelle ensuite une « dynamique ».

        La question est donc précisément de savoir s’il faut subir ce mécanisme ou chercher à le transformer. Quant à ta référence au PCF d’avant avril 1981, elle me fait sourire, parce qu’elle renvoie justement à un Parti qui ne commençait pas chaque réflexion stratégique par : « Qui est le mieux placé dans les sondages ? »

        Il avait une organisation, une implantation dans le monde du travail, une presse, des intellectuels, des élus, des militants, des syndicats, une conception du pouvoir et surtout une stratégie politique autonome. Et c’est malheureusement là que des électeurs du PCF pour la victoire de la gauche ont opté pour le vote PS au 1er tour.

        Un bilan de ce choix de la droite qui passerait sur un vrai vote de conviction et d’idéal doit avoir lieu. Aujourd’hui, le problème est de savoir comment reconstruire une telle capacité politique, pas comment expliquer aux communistes qu’ils doivent définitivement renoncer à en avoir une. Et il y a un autre élément qui me paraît essentiel. Si l’on accepte que la politique consiste simplement à choisir, parmi les candidatures existantes, celle qui est la mieux placée pour battre la droite, alors on abandonne progressivement la question essentielle : qui transforme le rapport de forces social lui-même ? Car une candidature n’est pas seulement un bulletin de vote. Elle peut être un instrument d’organisation, de clarification politique, de mobilisation, de reconquête du monde du travail et de construction d’un rapport de forces qui dépasse l’élection. Donc je ne prétends pas savoir aujourd’hui que Fabien sera au second tour. Je dis quelque chose de beaucoup moins spectaculaire : si nous voulons qu’il puisse y être, il faut construire les conditions politiques qui peuvent le rendre possible. De même si nous voulons un camp progressiste supérieur à 50% des voix.

        Et cela commence précisément par refuser de considérer comme acquis que le vote utile nous interdit de le faire.

        Fraternellement.

      • lionel Mutzenberg le 18 septembre 2026 à 09:45

        Nous sommes d’accord, mais le PC que nous avons fait vivre n’est plus; le nouveau PC a fait battre la gauche en 2022, donné la première place à Marine Le Pen, le grand danger de l’extrême droite, a participé à la NUPES, et au NFP par intérêts de parti, et récidive pour 2027.
        Enfin, le PC, là j’abuse, il semblerait que le PC soit divisé sur la candidature de Fabien Roussel.
        Ils sont communistes, et doivent le rester; mais, si il rate leur rendez vous avec l’histoire qui s’écrit aujourd’hui, ils sont politiquement morts.
        Nous avons déjà raté le rendez vous avec les gilets jaunes, qui exprimaient uns colère partagée par les classes populaire et moyennes.
        Il semblerait que la leçon a été retenue, sauf chez l’élite des marxistes-léninistes de la place du Colonel Fabien, quand d’autres plus léninistes ont parfaitemnt compris le sens de l’histoire.
        Pour gagner il faut être au second tour, et pour être au second tour il faut un cœur de projet commun à tous, et ce cœur de projet existe, c’est l’idéal de la gauche qui nous a fait voter depuis des décennies pour notre idéal, pas pour les personnes qui ne représentaient pas notre préférence, mais le moins pire….pensions nous.
        En 2027 nous aurons un candidat, un programme, une formation politique, qui n’a jamais changé d’avis sur l’essentiel, malgré toutes les saloperies déversées contre eux depuis plus de dix ans.
        Ces trente dernières années nous ont appris beaucoup, le capitalisme est incapable de donner un emploi à tous, de verser des salaires décents, de protéger les plus faibles de garantir une certaine forme d’égalité aux moyens de nos services publics, de s’opposer aux faiseurs de guerres, cette arme redoutable au service de la bourgeoisie.
        Il ni avait pas d’alternative, et bien si, il existe une alternative ! et nous voyons les forces hostiles à cette alternative qui devra remette en cause leurs privilèges par tous les moyens, jusqu’aux moins honorables, comme notre histoire nous l’enseigne.
        Le ciel s’assombrit dans tous les domaines de notre vie de tous les jours, nous l’avons tous compris, et si nous ratons 2027, nous finirons par regretter le macronisme, qui a pourtant détruit le modèle sociale que le monde entier nous enviait… sauf les parasites, bien évidemment.
        C’est pour ces raisons que je voterais Mélenchon en 2027..ou avant, sinon, rien.

        • Lafleur le 23 septembre 2026 à 13:48

          Cher Lionel Mutzenber, Cher insoumis,

          Je partage avec toi une conviction essentielle : le capitalisme ne répond pas aux besoins populaires et l’extrême droite constitue un danger majeur. Mais je pense qu’il faut justement se méfier des raccourcis historiques lorsque nous voulons tirer les leçons des trente dernières années.

          Tu écris que le « nouveau PC » aurait « fait battre la gauche en 2022 » et « donné la première place à Marine Le Pen ». Mais, tu n’interroges pas du tout : la proposition de Mélenchon premier ministre et les candidatures uniques, sous injonction de LFI, au titre de la NUPES lors des législatives de 2022.

          A titre personnel, que la 87-02 ait été donné par Mélenchon au PS au détriment du PCF ne passe pas. Je suis content pour les victoires LFI dans la 87-03 et la 87-01 : les communistes ont joué le jeu. Et la 87-01 a été un conflit interne à LFI, parachutage de Léaumont face à Maudet jugé collaborateur de Ruffin. La tambouille et les mesures vexatoires n’ont pas aidé et ont permis au PS de renaître et puis ensuite pour son aile droite d’affaiblir Olivier Faure. Il est vrai que ce dernier n’est pas si éloigné de LFI et donc pousser le PS dans les bras de Raphaël Glucksmann est utile pour convaincre les électeurs roses pour LFI.

          Mais surtout les résultats officiels de la présidentielle racontent bien une histoire un peu différente : au premier tour de 2022, Marine Le Pen est arrivée deuxième avec 23,15 %, Jean-Luc Mélenchon troisième avec 21,95 %, et Fabien Roussel a obtenu 2,28 %. Sans revenir sur le ouin-ouin déjà de Jospin de 2002 et du vote PS comme seul vote utile ; mais attribuer au seul PCF le résultat de Marine Le Pen est une simplification difficilement tenable.

          La présidentiel de 2007 a démontré que Ségolène Royale a aspiré le vote pour Marie-George Buffet et pour José Bové. En 2008, le PS avec l’UMP ont ratifié le traité rejeté par les français en 2005. Le vote utile de barrage à l’extrême droite pour la candidature la mieux placée dans les sondages fut une défaite.

          Et surtout, il faut regarder ce qui s’est passé ensuite.

          Le PCF a participé à la NUPES en 2022, puis au Nouveau Front populaire en 2024. On peut critiquer ces choix — et je pense qu’il faut effectivement tirer les leçons de ces expériences — mais il est difficile d’y voir simplement une recherche d’« intérêts de parti », vu la haine de LFI. En 2024, le PCF a explicitement appelé à construire le NFP pour empêcher une majorité du RN et a ensuite reconnu que le rassemblement avait permis de déjouer ce scénario.

          La vraie question n’est donc peut-être pas : « rassemblement ou candidature communiste ? » Elle est : quel rassemblement, sur quel contenu, avec quelle stratégie de classe et avec quelle capacité d’action populaire ?

          C’est là que je trouve ton raisonnement sur le « cœur de projet commun » trop abstrait.

          Il existe bien un socle commun à gauche sur beaucoup de revendications sociales. Mais cela ne suffit pas à construire une majorité populaire durable. Il faut encore déterminer quelle politique industrielle, quelle politique énergétique, quelle conception de la propriété, quelle politique internationale, quelle place pour le travail et la production, quelle stratégie face au capital et quelle organisation démocratique du peuple.

          Sinon, le « projet commun » risque de devenir simplement la recherche du plus petit dénominateur commun permettant de gagner une élection.

          Et je ne crois pas non plus que la leçon de 2022 puisse être résumée par : « pour gagner, il faut être au second tour ». C’est une évidence arithmétique, pas encore une stratégie politique. La question communiste est justement de savoir comment construire les conditions sociales, politiques et organisationnelles qui permettent à un projet de transformation de devenir majoritaire.

          Sur ce point, la candidature de Fabien Roussel n’est d’ailleurs pas le résultat d’une décision d’une « élite des marxistes-léninistes de la place du Colonel Fabien ». Les communistes ont été appelés à voter du 3 au 6 septembre : 24 112 ont participé et 17 267 ont voté pour sa candidature, soit 72,06 % des suffrages exprimés. Le PCF propose donc officiellement Roussel comme candidat en 2027. Vous avez le droit de proposer Mélenchon, pour vos idées.

          Cela ne signifie évidemment pas que tous les communistes pensent exactement la même chose. Mais parler d’une candidature imposée par une « élite » alors qu’elle vient de faire l’objet d’un vote national des adhérents mérite au minimum d’être nuancé. La candidature de Mélenchon a bien clivé votre mouvement : Ruffin n’a pas compris que le drapeau n’était pas tombé, idem pour Clémentine Autain et le faîtes mieux ! était une injonction aux militants.

          Des démocrates comme Henrik Davi ou Alexis Corbières ont été éliminés alors qu’ils sont sincèrement pour une 6ème République et féministe/anti sexiste etc… comme de nombreux autres avant eux : il faut suivre la ligne de l’élite de Mélenchon. De Marc Dolez, en passant par François Coq etc. Longue liste.

          Quant à ton affirmation selon laquelle certains auraient « parfaitement compris le sens de l’histoire », je serais beaucoup plus prudent. L’histoire ne fournit jamais à l’avance le nom de celui qui aurait compris son sens. Le matérialisme historique consiste précisément à analyser les contradictions réelles, les rapports de forces et les conditions matérielles de l’action, pas à transformer une préférence électorale en téléologie historique.

          Et il y a ici un paradoxe intéressant dans ton propre commentaire : tu reproches au PCF d’avoir participé au NUPES et au NFP, tout en affirmant qu’en 2027 il faudrait un « cœur de projet commun à tous ». Mais la question est justement de savoir si ce cœur doit être défini à partir d’un accord entre appareils politiques ou à partir des besoins et des luttes du monde du travail.

          C’est là que je crois que la démarche actuelle de Fabien Roussel mérite d’être discutée sérieusement. Le PCF ne dit pas : « nous sommes les seuls communistes et les autres ont tort ». Il propose une candidature autonome et annonce vouloir construire son projet avec les travailleurs et la population. PCF

          Et cela rejoint d’ailleurs ton propre constat sur les Gilets jaunes.

          Si nous avons effectivement raté quelque chose dans ce mouvement, la réponse ne peut pas être simplement de chercher après coup quel candidat aurait dû recueillir leur colère. Il faut comprendre pourquoi une partie des classes populaires et moyennes s’est trouvée disponible pour une contestation du système sans déboucher sur une perspective de transformation sociale portée par le mouvement ouvrier. C’est là que la question de classe revient au centre.

          Les salaires, l’emploi, l’industrie, l’énergie, les services publics, le logement, le crédit, la fiscalité, la paix : ce ne sont pas des thèmes secondaires destinés à habiller une stratégie électorale. Ce sont les lieux concrets où se forme ou ne se forme pas une conscience politique populaire.

          Et c’est pourquoi je ne réduirais pas non plus le débat de 2027 à « Roussel ou Mélenchon ». Les insoumis de Regards vous focalisez dessus et je suis prêt au débat. En effet, il faut regarder ce que chacun propose, mais surtout ce que ces propositions font aux rapports de forces sociaux et politiques.

          Tu dis que Mélenchon est « celui qui n’a jamais changé d’avis sur l’essentiel ». Maastricht en 1992 et désormais l’absence de Plan B depuis 2019… Je n’évoque pas la laïcité etc.

          Mais, c’est ton appréciation et je la respecte. J’ai cependant le droit d’avoir une opinion différente au vu des faits et des déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Mais cela ne dispense pas d’examiner les évolutions, les contradictions et les résultats des stratégies mises en œuvre depuis quinze ans.

          Pour ma part, je préfère poser une autre question : comment reconstruire une force populaire durable qui ne soit ni condamnée à suivre une candidature déjà constituée, ni enfermée dans la seule survie électorale d’un parti ? C’est peut-être cela, finalement, le véritable rendez-vous avec l’histoire.

          Et si nous voulons réellement tirer les leçons de 2022, de la NUPES, du NFP et des Gilets jaunes, nous devons accepter de discuter de tout cela sans transformer nos choix respectifs en vérité historique définitive.



  6. Dominique Barberet le 14 septembre 2026 à 21:20

    « Je vous propose de faire la révolution, maintenant, dans la rue avant les urnes, parce que c’est maintenant que l’on souffre et c’est maintenant que l’on doit agir. » Fabien Roussel
    « Ne croyez pas que vous êtes accablés par autre chose que par un rapport de force. Et vous allez l’inverser par un bulletin de vote autant que par l’action. »
    Jean-Luc Mélenchon
    En réalité, ils disent le contraire.
    Choisissons.

    • Lafleur le 15 septembre 2026 à 14:07

      Cher Dominique Barberet,

      Effectivement, ils ne disent pas tout à fait la même chose. Jean-Luc Mélenchon gauchisse mais reste un réformiste formé au PS. Le problème de la formulation de Mélenchon est lorsqu’il affirme que le rapport de force sera inversé « par un bulletin de vote autant que par l’action », il donne au bulletin une place déterminante dans la construction du rapport de force. Or un bulletin ne constitue pas à lui seul un rapport de force de classe. Il exprime un rapport politique qui doit avoir été construit auparavant et qui doit continuer à exister après l’élection. Et nous avons vu que l’Union Populaire a fait pschitt, la NUPES aussi, le NFP encore… Il a malmené avant le Front de gauche, créé le M6R puis la LFI (mais en fait il a dévitalisé le PG, soit la forme parti qui était pour lui une contraindre démocratique trop forte : il veut des petites mains et des supporteurs ; former juste des élus pour appuyer sa ligne politique aveuglement) au profit d’un mouvement gazeux recevant par le haut et de manière verticale en fonction de sa ligne tactique du moment.

      Fabien Roussel est un démocrate. Il allie souveraineté nationale et souveraineté populaire. Il appelle à une mobilisation sociale et à la conscience de classe le prolétariat.

  7. Toto le 14 septembre 2026 à 21:39

     » Les deux candidats ont déployé leur projet dans lequel le rassemblement politique n’avait pas – euphémisme – la première place. »

    J’ai un scoop pour Regards !!
    Un candidat rassemble derrière lui, des écologistes, des communiste, des socialistes, des insoumis.
    Un indice pour Regards, ce n’est pas Roussel…..

    • Lafleur le 15 septembre 2026 à 14:22

      Cher Toto,

      Le scoop est amusant, mais il me semble qu’il confond deux choses : rassembler des électeurs, des militants ou des organisations autour d’un candidat, et faire du rassemblement politique le cœur d’une stratégie. Hollande était appelé monsieur petite blague. Je pense que tu as tes chances pour la primaire de l’humouriste social-démocrate 2026.

      Que des écologistes, des socialistes, des communistes ou des insoumis puissent soutenir Jean-Luc Mélenchon, personne ne le découvre aujourd’hui. La question posée par Catherine est plutôt de savoir quelle place le rassemblement occupe dans le projet politique présenté et quelle forme de rassemblement est recherchée.

      Pour les communistes, ils sont en dehors du PCF. Le mandat militant par le CN, le Congrès, la Conférence nationale et le vote des adhérents, conformément aux statuts, signifie que les communistes membres du PCF doivent loyalement mettre en oeuvre les décisions adoptées après débat ; sauf à trahir son parti pour une autre organisation.

      La NUPES, que tu sembles évoquer, était d’ailleurs un accord électoral entre organisations aux orientations différentes. Elle n’a pas constitué une force politique durable ni réglé la question stratégique du rassemblement populaire. Idem pour le NFP.

      Et c’est ici que le débat devient intéressant : rassembler des appareils, des élus et des sensibilités de gauche par opportunisme électoraliste autour d’une candidature est une chose ; construire durablement un rassemblement populaire à partir du monde du travail, des luttes et des intérêts communs des classes sans privilèges en est une autre.

      Pour ma part, je ne confonds pas « unité de la gauche » et « front de classe ». Le premier peut produire un accord électoral ; le second doit construire un rapport de forces capable de conquérir et d’exercer le pouvoir. Si des socialistes et des écologistes pro UE, pro Israel et pro OTAN soutiennent Jean-Luc Mélenchon : cela devrait interroger.

      La confusion des différentes tendances derrière Jean-Luc Mélenchon devrait aussi interpeller sur la politique énergétique proposée et il y aura des déçus d’autant que Jean-Luc Mélenchon considérera que son résultat lui appartient et est une approbation de son projet personnel et désignera des Play mobiles affidés et familiers pour les législatives.

      Donc oui, Mélenchon rassemble des gens se revendiquant de diverses sensibilités. Cela montre une certaine confusion. Mais, LFI parti unique doit faire rêver. Cela ne suffit pas à démontrer que le rassemblement politique constitue la première place de son projet — encore moins qu’il existe aujourd’hui une stratégie commune de transformation sociale.

      Le vrai scoop serait plutôt de nous expliquer : rassemblés pour quoi, sur quelle base sociale, avec quelle organisation et pour exercer quel pouvoir ?

      Et là il est en retrait avec Fabien Roussel.

      Fraternellement,

      • Toto le 16 septembre 2026 à 11:37

        « : rassembler des appareils,  » Ben non ça ne marche pas !!
        Donc on fait l’unité à la base et non la soupe aux logos…

        Quelles bases sociales ?
        La mienne, car j’étais métallo !!!

        • Lafleur le 16 septembre 2026 à 15:53

          Cher Toto,

          Justement : « l’unité à la base » plutôt que la soupe aux logos, je suis parfaitement d’accord. C’est bien pour cela que je préfère discuter avec toi des bases sociales réelles plutôt que d’additionner des sigles. Et le fait que tu aies été métallo rend cette discussion d’autant plus intéressante.

          Fabien défend un front de classe des producteurs et n’est pas interclassiste comme Mélenchon en ambitionnant par réformisme une meilleure répartition des revenus existants ; comme les sociaux-libéraux rêvant eux au ruissellement des cadeaux fiscaux aux bourgeois ou le RN proposant de gérer la pénurie par la préférence nationale. Tous ceux là ne veulent pas du socialisme que Fabien Roussel propose par VIVRE ! et avec le communisme de conquête.

          Mais être métallo ne détermine pas mécaniquement une conscience politique. Bien entendu. C’est aussi le débat avec Lionel Mutzenberg par exemple. On peut appartenir objectivement à la classe ouvrière et défendre des orientations très différentes, y compris des orientations populistes ou réformistes. C’est précisément toute la question de la conscience de classe : elle ne découle pas automatiquement de la position occupée dans la production.

          Prenons la sidérurgie, parce que c’est concret.

          En juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté en deuxième lecture la nationalisation d’ArcelorMittal France, dans le cadre d’une proposition portée dans la niche du groupe GDR, donc par le PCF : https://liberte-actus.fr/politique/vie-parlementaire/article/les-communistes-font-voter-la-nationalisation-d-arcelormittal-a-l-assemblee

          Communistes et insoumis ont donc effectivement convergé sur la nationalisation. Mais nationaliser ne suffit pas à définir une politique industrielle. L’Institut La Boétie, le think-tank présidé par Jean-Luc Mélenchon himself avec Clémence Guetté, propose de gouverner l’énergie « par les besoins » et assume une forte sobriété. Sa note prévoit, dans le scénario étudié, une baisse de 47 % de la consommation énergétique industrielle entre 2014 et 2050 et une baisse de 45 % de la demande d’acier liée aux transports. Elle envisage bien une sidérurgie décarbonée par l’hydrogène et les fours électriques :
          https://liberte-actus.fr/politique/vie-politique/article/nationaliser-pour-mieux-liquider-le-projet-insoumis-pour-la-siderurgie

          En effet, pour LFI, la sobriété doit être collective, planifiée et structurelle. En matière de sidérurgie, le projet défendu par Jean-Luc Mélenchon doit réduire l’empreinte carbone en baissant globalement (ou par optimisation) la consommation de matières premières lourdes en France. Plutôt que de subir une diminution de la production provoquée par des fermetures d’usines privées (comme à Fos-sur-Mer ou Dunkerque), l’Institut prône une réduction choisie et organisée via le recyclage de l’acier (boucles d’économie circulaire) et l’usage d’énergies décarbonées (comme l’hydrogène vert) gérées par un pôle public de la sidérurgie. Le recyclage ne peut pas remplacer tous les usages et l’hydrogène vert n’est pas opérationnel avant 2035. Réduire la production d’acier revient à affaiblir la France, car un pays sans acier neuf ne peut plus construire ses propres infrastructures et devient dépendant de l’étranger et d’un acier polluant.
          https://institutlaboetie.fr/note-sobriete-energetique-2/

          Le PCF pose une autre question que LFI : si nous voulons réindustrialiser, construire des logements, développer le ferroviaire et le fret, électrifier les transports et produire les équipements nécessaires à la transition écologique, quelle quantité d’acier faut-il produire et quelles capacités industrielles voulons-nous conserver et développer ? C’est là que la nationalisation d’ArcelorMittal prend tout son sens : nationaliser pour maintenir et transformer un outil industriel, développer la filière et répondre aux besoins du pays, ou nationaliser principalement pour accompagner une réduction importante des besoins matériels n’aboutit pas nécessairement au même projet industriel. Pour le ferroviaire, nous ne pouvons pas compter que sur de l’acier recyclé.

          En effet, si le réseau ferroviaire français actuel peut couvrir 80 % de ses besoins de renouvellement grâce à l’acier recyclé, il est impossible de construire de nouvelles lignes de trains uniquement de cette manière sans priver d’autres secteurs (comme le bâtiment ou l’automobile) de leur propre gisement de ferraille. Le projet de LFI pour 2027-2032 est donc une impasse. De même, les rails pour les TGV (Très Haute Vitesse) subissent des forces de frottement et des pressions extrêmes. Pour ces lignes spécifiques, les ingénieurs exigent parfois un acier d’une pureté métallurgique absolue, difficile à garantir si la ferraille de récupération de départ contient des micro-impuretés (comme des traces de cuivre ou de nickel). C’est pourquoi un apport en acier « primaire » (neuf, issu du minerai de fer) reste parfois nécessaire pour ajuster la formule chimique exacte des lignes à grande. Ce débat PCF/LFI n’est pas anecdotique.

          Evidemment, la petite bourgeoisie écologiste qui ne s’intéresse pas à la production votera Mélenchon par morale recycliste et nous rendra dépendant de Mittal ou d’un autre oligarque car nous aurons toujours besoin encore de produire de l’acier neuf sur notre territoire pour répondre aux besoins sociaux.

          Fabien ou Mélenchon n’est donc pas un choix abstrait. C’est bien un choix de classe. Un choix matériellement conscient pour que le PCF redevienne une force politique décisive du débat public en France et ne soit pas remplacé par un ersatz bobo tribunicien au verbe d’une gauche réduite au culturalisme.

          Et oui le fret est un autre excellent exemple : une note de l’Institut La Boétie (LFI) constate elle-même que la part du fret ferroviaire est passée de 20 % à 10 % entre 2006 et 2019. La question communiste est alors de reconstruire cette capacité, avec les infrastructures, les matériels roulants et l’acier nécessaires.

          Donc oui : unité à la base. Mais justement, allons à la base réelle : quels besoins, quelle industrie, quels emplois, quelle énergie, quelle propriété et quel pouvoir pour les travailleurs ? Être métallo est une expérience de classe précieuse ; ce n’est pas une réponse automatique à ces questions. C’est précisément pour cela qu’il faut confronter les projets plutôt que supposer que l’appartenance sociale produit mécaniquement le bon choix politique.



    • jojo le 15 septembre 2026 à 18:32

      J’ai un scoop pour Toto !!
      JLM au 2nd tour, c’est la garantie de la victoire pour MLP. C’est même la seule configuration où elle est absolument certaine de l’emporter.
      Il ne rassemble quasiment rien au delà de ses électeurs du 1er tour. Mauvais candidat donc. Très mauvais. Le pire en fait.
      Vous avez le droit d’aimer ce personnage que pratiquement tous les autres détestent. Peut-être qu’à la 5ème ou 6ème défaite d’affilée vous comprendrez l’adage « On attrape pas les mouches avec du vinaigre ».

      • lionel Mutzenberg le 18 septembre 2026 à 09:55

        Pourquoi prenez vous vos compatriotes pour des imbéciles,vous pensez réellement qu’ils ne connaissent pas l’histoire de l’extème droite, ici et ailleurs, hier et aujourd’hui ?
        Vous pensez que personne ne sait ce qui se passe dans les communes qui ont voté RN ?
        Vous croyez que nous ne savons pas que Madame Méloni, en Italie, élue contre l’immigration qu’elle disait faire reculer, a accordé des visa de travail pour 450 000 travailleurs immigrés, puis encore 250 000, réclamé par le patronat italien ?
        Ces affairse à Carcassonne, c’est ça notre avenir ?

        • Lafleur le 6 octobre 2026 à 03:42

          Cher Lionel Mutzenberg,

          Pour éviter le RN, il faut un autre candidat de gauche au deuxième tour.

          Mélenchon exaspère au PCF et au PS. Il a purgé le PG puis LFI – il a beaucoup de personnes déçues et qui le voient comme il est : un opportuniste autoritaire.

          Vous devriez voter pour vos idées et désormais celles du Pôle socialiste : croisez bien les doigts pour que Segolene Royal soit désignée ou préparez vous à voter à droite contre le RN ; vu que vous menez campagne contre nous, les communistes !

          Lula a détruit le PCB. Votre rêve ! Honte à vous.



  8. Michel Davesnes le 14 septembre 2026 à 22:08

    La rupture avec le « communiste » préféré de la droite, de l’extrême droite et des médias dominants ? C’est pas sérieux, Mme Tricot.
    https://frustrationmagazine.fr/roussel/

    Au passage, à gauche, les seuls qui ont condamné la censure d’Adèle Haenel sur la télévision publique, c’est Mélenchon, Faure et Tondelier. Pas un mot de Roussel.

    • Lafleur le 15 septembre 2026 à 15:34

      Cher Michel Davesnes,

      Après le renouvèlement du CEN le 21 août 2026, Ian Brossat, porte-parole du PCF – et directeur de campagne de Fabien Roussel, s’est officiellement et publiquement indigné du retrait de l’émission impliquant Adèle Haenel par France Télévisions. Il a fermement dénoncé la suppression de la séquence et apporté son soutien public à la comédienne.

      Vos attaques répétées contre le PCF sont déplorables et puériles.

      Pourquoi Frustration est si critique envers Fabien Roussel ? Leur anticapitalisme de classe intermédiaire est une conception de la transformation sociale me paraît profondément différente de celle du communisme. Ils privilégient l’autonomie des luttes, la démocratie directe et la réappropriation du quotidien, tout en dénonçant de l’État et les partis. Le marxisme-léninisme pose une autre question : la lutte des classes se déroule aussi autour de l’État, parce que celui-ci concentre et organise les rapports de pouvoir de la société de classes. Il ne suffit donc pas de transformer les rapports sociaux « par en bas » ; il faut aussi conquérir le pouvoir politique pour arracher à la bourgeoisie les moyens de décider. Fabien Roussel, lorsqu’il parle de travail, de production, de souveraineté, de nation ou de sécurité, Frustration, revue gauchiste de la gauche culturelle, y voit le risque d’une hiérarchie entre « travailleurs » et « assistés ». Nous pouvons au contraire y voir une tentative de reconquête politique des classes laborieuses, y compris de celles que la gauche a abandonnées et que le RN cherche aujourd’hui à capter. Votre critique de Roussel à partir de ceux qui l’apprécient à droite me paraît donc insuffisante. Pour un marxiste, dont vous n’êtes pas vu votre lecture de Frustration, qui est anti léniniste bien évidemment mais surtout anti marxiste, cultivant une forme anarchoide branchée ; ce ne sont pas les compliments reçus qui déterminent le caractère de classe d’une politique, mais les intérêts qu’elle défend, les forces qu’elle organise et le pouvoir qu’elle cherche à conquérir.

      C’est finalement notre divergence essentielle : Frustration est anticapitaliste ; le PCF est pour le socialisme. Le communisme va plus loin que Frustration et pose la question de la conquête du pouvoir par les classes laborieuses. L’unité dans les luttes est nécessaire, mais elle ne peut remplacer la construction d’une force politique communiste autonome.

      La rupture avec le « communiste » préféré de la droite, de l’extrême droite et des médias dominants ? Franchement, ce n’est pas très sérieux, Monsieur Michel Davesnes. Il faudrait d’abord revenir à la démonstration de Frustration que vous semblez reprendre : l’article de Nicolas Framont date du 14 février 2022. Il repose largement sur une compilation de personnalités de droite ou d’éditorialistes ayant dit du bien de Fabien Roussel, puis transforme cette bienveillance médiatique en preuve d’une supposée convergence de classe. Mais depuis quand le fait qu’un adversaire politique apprécie certaines prises de position d’un communiste démontre-t-il que celui-ci défend les intérêts de cet adversaire ?

      C’est un raisonnement circulaire : Fabien Roussel est apprécié par certains représentants de la bourgeoisie, donc il serait bourgeois-compatible ; et puisqu’il serait bourgeois-compatible, l’intérêt que lui portent ces mêmes personnes devient à son tour la preuve de sa bourgeoisie-compatibilité. Jean-Luc Mélenchon a aussi eu des compliments de Dassault, du président du MEDEF, de la ministre macroniste Barbut etc. Cela ne signifie pas qu’il soit de droite ou plus à droite que le Parti Socialiste par exemple.

      Une analyse marxiste devrait faire autre chose : regarder les intérêts sociaux défendus, les rapports au capital et au travail, les propositions économiques, les nationalisations, les salaires, les services publics, la propriété, la production et surtout la capacité à organiser politiquement les travailleurs. On peut parfaitement critiquer Fabien Roussel sans reprendre les catégories de Frustration comme des vérités révélées. D’ailleurs, le plus curieux est que cette critique reproche à Fabien Roussel de parler de préoccupations populaires comme le travail, la sécurité, l’alimentation ou l’immigration parce que la droite en parle aussi. Mais si les communistes abandonnent aux forces de droite toutes les questions qui préoccupent réellement une partie des travailleurs, il ne faut pas s’étonner que la droite et l’extrême droite les récupèrent. La question n’est donc pas de savoir qui applaudit Fabien Roussel dans les médias. La question est de savoir quelle classe il entend organiser, autour de quel programme et avec quelle stratégie de conquête.

      Et surtout, en 2026, reprendre mécaniquement un réquisitoire écrit en 2022 sans examiner ce qui a changé depuis me paraît assez peu compatible avec une analyse matérialiste.

      On peut être en désaccord avec Fabien Roussel car vous refusez le socialisme et notre plan climat ou encore notre soutien constant à l’OLP ou encore sur la laïcité. Mais passer de « des gens de droite disent du bien de lui » à « il est le communiste préféré de la bourgeoisie » n’est pas une démonstration de lutte des classes. C’est un slogan.

      • Michel Davesnes le 18 septembre 2026 à 12:47

        Cher Lafleur,
        Vous êtes un rigolo dans votre genre pour mettre sur le même plan des déclarations de personnalités de droite (très peu) qui ont reconnu honnêtement que Mélenchon a quelques qualités, notamment oratoires et les louanges quasi unanimes dans les rangs de la droite et des médias dominants à propos DES PRISES DE POSITION du viandard Roussel, bien plus populiste que Mélenchon quand il s’agit de flatter les bas instincts supposés (j’ai bien dit supposés) du peuple. Des positions iconoclastes à gauche qui ont peu à voir avec la lutte des classes.

        • Lafleur le 8 octobre 2026 à 13:35

          Cher Michel Davesnes,

          Vous qualifiez Fabien Roussel de « populiste » et affirmez que certaines de ses prises de position auraient « peu à voir avec la lutte des classes ». Très bien : lesquelles précisément ? Et en quoi s’éloignent-elles de la lutte des classes ?

          Jean-Luc Mélenchon est un social-démocrate populiste. Chantal Mouffe, philosophe belge, a largement inspiré la stratégie politique de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise (LFI) à travers sa théorie du populisme de gauche. Jean-Luc Mélenchon et son mouvement ont adopté cette rhétorique en délaissant en partie le strict vocabulaire marxiste traditionnel (qui oppose capitalistes et prolétaires) au profit d’un clivage populiste opposant le peuple à l’oligarchie. La stratégie électorale de Mélenchon et de LFI (notamment lors des campagnes présidentielles et de l’Union Populaire) cherche à articuler de multiples revendications sociales, écologiques et démocratiques sous une même bannière hégémonique, fidèle aux thèses de Mouffe. Pour Chantal Mouffe (influencée par Ernesto Laclau), le « peuple » n’est pas une donnée sociologique ou empirique naturelle, mais une construction politique et discursive. Mouffe soutient que la social-démocratie classique et le « consensus » centriste ont abandonné les classes populaires, créant un vide démocratique que la social-démocratie populiste doit combler en repolitisant le conflit. La politique repose sur l’antagonisme. Le populisme de gauche consiste à unifier des demandes diverses et hétérogènes en traçant une frontière politique. Dans ce cas, le populisme attaque tous ceux qui sont proches pour les délégitimiser.

          Pour nous, la lutte des classes demeure le moteur de l’histoire. Car si l’on regarde ce qu’il défend aujourd’hui, on trouve difficilement un abandon de cette question : salaires, blocage des prix, nationalisations, rapport de force avec le capital, conscience de classe et volonté de rassembler le monde du travail. Dans une tribune publiée en avril, il écrivait lui-même que l’objectif était de « construire un large rapport de force unissant le monde du travail face au capital ». Vous pouvez évidemment considérer que cette stratégie est mauvaise, insuffisante ou dépassée, que nous sommes archaïque et vous des modernes qui êtes leurs meilleurs en tout point et sur tout. Mais cela demande alors une démonstration politique, pas seulement le qualificatif que Fabien = populiste.

          Mais, si votre populisme est haineux à l’égard des communistes et que vous êtes des démagogues prétendant défendre le peuple citoyen ; Dire que Roussel serait populiste matérialise votre morgue contre le prolétariat.

          Quant aux « louanges quasi unanimes de la droite et des médias dominants », je ne vois pas en quoi cela constituerait un argument.

          Une idée ne devient ni juste ni fausse selon que Le Figaro, Libération, Le Monde ou une personnalité de droite l’approuve ou la critique. Sinon nous abandonnerions précisément l’analyse politique au commentaire médiatique.

          Et je serais également prudent avec l’expression « bas instincts supposés du peuple ». C’est là que nous risquons de nous éloigner de ceux que nous prétendons vouloir convaincre. Lorsqu’une partie des classes populaires exprime une colère sur le travail, les salaires, l’immigration, l’insécurité ou les services publics, notre responsabilité n’est pas de qualifier ses préoccupations de « bas instincts », mais de comprendre ce qui les produit et de proposer une réponse de classe. C’est d’ailleurs toute la difficulté actuelle : le RN réussit à transformer certaines colères sociales en une opposition nationale et identitaire. La question pour les communistes est donc de savoir comment reconquérir ces colères sans abandonner notre conception de la lutte des classes.

          Vous évoquez enfin les « prises de position » de Fabien Roussel. Je suis tout à fait disposé à les examiner une par une.

          Mais faisons-le sérieusement : vous citez une position, j’examine son contenu, sa cohérence avec une stratégie de classe et ses conséquences politiques. Ce sera beaucoup plus intéressant que de nous renvoyer des procès en populisme.

          Vous devriez prendre du recul avec le culte de la personnalité autour de Jean-Luc Mélenchon.

          Et je vous rassure : je ne considère pas que toute critique de Mélenchon soit nécessairement juste, pas plus que toute critique de Roussel serait nécessairement fausse. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir quelle stratégie permet aujourd’hui au monde du travail de redevenir une force politique consciente et organisée. C’est à cette question-là que je crois qu’il faut revenir pour élever le niveau même si vous aimez professer la haine pour le PCF.



    • Lafleur le 15 septembre 2026 à 17:26

      [Michel Davesnes le 11 septembre 2026 à 11:37
      Vous ne vous êtes jamais posé cette question : pourquoi Fabien Roussel est l’homme « de gauche » préféré de la droite, de l’extrême droite et des éditocraties des médias dominants ?
      https://frustrationmagazine.fr/roussel/%5D

      Cher Michel Davesnes,

      Frustration est une publication gauchiste et viscéralement anticommuniste. Ils bouffent du PCF matin, midi et soir. Ils veulent la disparition du PCF comme parti de classe, du prolétariat. Cette publication gauchiste est une caricature de la petite-bourgeoisie. Je vous invite à relire Lénine : Le gauchisme, maladie infantile du communisme. L’action de Lénine, Staline et Dimitrov nous a évité dans les années 20 et 30 de telles dérives assez puériles pour l’unité d’action.

      Frustration raisonne à partir de la lutte contre les dominations et par réduction sociologique ; le marxisme-léninisme raisonne à partir de la lutte des classes et de la conquête du pouvoir. Les deux peuvent se rencontrer sur l’analyse du capitalisme, mais divergent fortement sur la stratégie et sur la place de l’État.

      C’est aussi pourquoi leur argument « Roussel est apprécié par la droite » ne suffit absolument pas. Ils ont droit, car ils sont gauchistes, d’entretenir l’autophobie et préférer interpréter le monde et pas le transformer. Pour un communiste, ce n’est pas la sociologie des compliments reçus qui détermine le caractère de classe d’une politique : ce sont les rapports sociaux qu’elle cherche à transformer, les forces qu’elle organise et la propriété et le pouvoir qu’elle remet en cause. Frustration d’ailleurs prétend, ce qui est ironique, dépasser le clivage gauche/droite au nom de leur vision de la lutte sociologique des classes, mais lorsqu’il s’agit de Roussel, il lui reproche de pouvoir parler à des électeurs qui ne se reconnaissent plus dans leur petite gauche culturelle.

      Sur le fond, je t’invite à visionner le débat Roussel/Lisnard car Fabien Roussel défend la ligne face au patronat :
      https://www.youtube.com/watch?v=V2uK_oC-7Dg

      Toutefois, tu poses une question intéressante méritant une réponse. Mais tu lui donnes une réponse un peu trop simple : « Roussel plaît à la droite, donc Roussel serait de droite ». Or, notre classe doit élever son niveau de conscience et ne pas radoter les mots d’ordres de communicants petits-bourgeois.

      C’est précisément là que l’analyse de classe devrait nous conduire plus loin.

      Oui, Roussel a été présenté comme le « communiste préféré de la droite ». Copé, Darmanin ou Bruno Le Maire ont effectivement exprimé de la sympathie pour lui. Mais regardons plutôt ce qu’il défend. À la REF du MEDEF, il a débattu avec David Lisnard : désindustrialisation, planification, conditionnement des aides publiques, investissement, rôle de l’État, nationalisations, protection sociale. Lisnard défendait une logique libérale ; Roussel défendait la maîtrise publique de l’appareil productif. Et oui, la droite est bien obligé de concéder que Roussel défend le travail et donc des rapports sociaux différents. Les sociaux-démocrates, qui n’ont pas réussi à faire adopter la taxe zucman, ne s’attaquent pas au capitalisme. Ils ne parlent que de ruissèlement des profits.

      C’est donc une contradiction intéressante : pourquoi certains électeurs de droite peuvent-ils se reconnaître dans certaines propositions de Roussel ? Parce que la défense de la production française, du travail, de l’industrie, de la souveraineté populaire ou de la sécurité ne sont pas des thèmes « de droite ». Ce sont des questions de rapports sociaux que le communisme doit précisément investir. Une partie de la bourgeoisie nationale peut même partager certains objectifs de réindustrialisation ou de souveraineté sans partager le projet de transformation socialiste. Cela ne fait pas de Roussel un candidat bourgeois.

      Enfin, comme pendant la résistance, les intérêts d’une fraction de la bourgeoisie nationale peuvent ponctuellement rencontrer ceux du mouvement ouvrier sur la souveraineté, la production ou l’indépendance nationale, sans que cela abolisse la contradiction Capital-Travail. C’est beaucoup plus proche de la tradition thorezienne que de l’idée d’une frontière étanche entre « peuple de gauche » et « droite » défendu par les réductionnistes sociologiques sectaires.

      Car a priori, comme Ruffin a été réélu député en 2024 par la droite ; Mélenchon face au RN aura besoin des sociaux libéraux et de la droite républicaine si les différents partis de gauche demeurent à un étiage cumulé de 30%. Et oui Fabien Roussel est plus rassembleur en cas de rassemblement populaire.

      Et inversement, pourquoi Mélenchon peut-il recevoir des marques de considération de certains représentants du patronat ? Geoffroy Roux de Bézieux disait en 2022 qu’il le considérait « prêt à gouverner ». Mélenchon avait aussi revendiqué une relation cordiale avec Serge Dassault, tout en affirmant son opposition politique. Là encore, il faut regarder les intérêts et les rapports de forces plutôt que distribuer des certificats de gauche ou de droite.

      Le plus intéressant est donc de regarder qui Fabien Roussel cherche à reconquérir : les salariés, les ouvriers, les employés, les abstentionnistes, ceux qui ont perdu confiance dans la gauche ou parfois voté RN. Lui-même place explicitement le monde du travail au centre de sa stratégie. C’est une stratégie de reconquête de classe, pas une stratégie de répartition des électorats « sociétaux ». Evidemment, Frustration par esprit boutiquier le nie et l’invisibilise.

      Et Roussel parle aussi à une autre partie de la gauche. Henri Peña-Ruiz, qui avait soutenu Mélenchon en 2017, s’est ensuite rapproché du PCF et a soutenu Ian Brossat puis Roussel, notamment autour de la question de la laïcité. Ce sujet et sa cohérence par rapport à Charlie Hebdo et Charb dépasse la gauche.

      Alors oui, certains électeurs de droite peuvent apprécier Roussel. Et certains électeurs de gauche aussi. Ce n’est pas le critère pour déterminer son orientation de classe. Le critère, c’est ce qu’il propose de faire du pouvoir, de la production, du travail et de la propriété. Fabien Roussel est bien plus à gauche que LFI.

      Et si des camarades veulent maintenant expliquer que les communistes qui voteront Roussel en 2027 sont des « droitards », il faudra surtout leur demander pourquoi ils veulent insulter leur propre électorat plutôt que de chercher à le reconquérir. À force de réduire le débat aux marqueurs sociétaux et de rendre invisibles les rapports de classe, on finit effectivement par laisser le terrain social au RN. Et les dynamiques de second tour des gauches s’affaiblissent. C’est faire une primaire à ciel ouvert et dénier à celui qui est plus à gauche de l’être en le caricaturant en droitard allié objectif de l’extrême droite. Un comble !

      Mais Audiard disait… les c… ça ose tout !

      Je préfère donc un communiste qui parle aux ouvriers, aux employés, aux abstentionnistes et même à certains électeurs de droite sur la base de leurs intérêts matériels, plutôt qu’une gauche qui se félicite d’être reconnue comme telle tout en abandonnant progressivement le terrain du travail. Fabien Roussel n’a pas besoin de devenir moins communiste pour gagner des voix. Il doit au contraire devenir suffisamment communiste pour convaincre ceux que le mouvement ouvrier a cessé de convaincre. C’est le sens des 38ème, 39ème et 40ème Congrès : d’avoir comme projet le socialisme, la souveraineté et le travail pour VIVRE!

      Et si on veut discuter sérieusement de la sociologie de l’électorat de Fabien Roussel, allons y, regardons les sondages plutôt que les étiquettes plaqué par Frustration qui fait son sale travail gauchiste par anticommunisme primaire.

      Tu affirmes, en renvoyant à Frustration, qu’il serait « l’homme de gauche préféré de la droite ».

      Mais que disent les enquêtes sur ceux qui votent réellement pour lui ? L’enquête Ipsos réalisée lors des législatives de 2024 montre que parmi les électeurs qui avaient voté Fabien Roussel en 2022, 66 % votaient pour le NFP en 2024, contre 7 % pour le bloc présidentiel, 9 % pour LR/DVD et seulement 6 % pour le RN. Donc non : son électorat n’est pas un électorat de droite. Il est majoritairement ancré à gauche. Et il ne le réduit pas. Il peut même élargir ce vote.

      Ce qui distingue Roussel, c’est plutôt qu’il cherche à reconquérir des catégories populaires que la gauche a progressivement perdues : salariés, ouvriers, employés, abstentionnistes, habitants des territoires populaires. Et c’est précisément parce qu’il parle de travail, de production, d’industrie, de salaires, de services publics et de souveraineté qu’il peut aussi rencontrer certains électeurs qui ne se reconnaissent plus dans la gauche telle qu’elle s’est construite depuis des années. Mais c’est justement cela que nous devrions faire : reconquérir, pas sélectionner notre électorat en fonction de son étiquette supposée « correcte » par des sociologues dandys prétendument insoumis mais incarnant parfaitement la sociologie bobo de la petite-bourgeoisie bohème et branchée.

      Une personnalité de droite peut apprécier Roussel sur une proposition particulière ? Très bien. Cela ne transforme pas pour autant son programme en programme de droite. De même, le fait que certains représentants du patronat puissent apprécier Mélenchon sur certains aspects ne suffit évidemment pas à faire de Mélenchon un candidat du MEDEF. La question marxiste n’est donc pas : « qui apprécie Roussel ? » Elle est : quel projet porte-t-il, quels intérêts sociaux défend-il et quelle classe cherche-t-il à remettre au centre du pouvoir ? Et sur ce terrain, le discours de Fabien Roussel sur le travail, la production, l’industrie et la souveraineté populaire est précisément ce qui peut permettre au communisme de reconquérir les classes populaires.

      Alors cessons de traiter de « droitards » les communistes qui veulent voter communiste.

      Les sondages montrent qu’ils ne constituent pas un électorat de droite. Ils constituent précisément une partie de cet électorat populaire que nous devrions chercher à reconquérir. Celui qui lit les programmes et ne suit pas les injonctions des sondages diffusés par la médiacratie. Ceux qui ont une conscience de classe. Ceux qui ne sont pas dans le réductionnisme permanent mais veulent l’unité de classe pour le socialisme. Le véritable problème serait plutôt de savoir pourquoi certains veulent que ces électeurs renoncent à leur propre candidat au profit d’une candidature qu’ils jugent eux-mêmes plus à gauche.

      Et donc oui, Fabien Roussel peut être apprécié par certains électeurs de droite ; Et alors ? Son électorat effectif est très majoritairement de gauche, et son discours vise précisément à reconstruire une base populaire de classe. Si des électeurs ayant voté pour la droite peuvent être sensibles à la défense du travail, de la production ou des services publics, pourquoi la gauche communiste devrait-elle abandonner ces terrains ? Car cela ne plaît pas au gauchisme culturel ? Or, c’est justement parler aux classes laborieuses le mécanisme de reconquête que Roussel revendique. Le Monde relevait d’ailleurs en 2024 qu’à Saint-Amand-les-Eaux, face à un territoire où Bardella/RN avait atteint 51,5 %, Fabien Roussel a explicitement demandé aux militants communistes de ne pas commencer par le « barrage à l’extrême droite », mais d’écouter les électeurs parler de retraites, de factures et de pouvoir d’achat, puis de leur présenter le programme communiste. Evidemment, ce n’est pas dû populisme de la gauche culturelle qui sait tout et méprise les prolétaires : Roussel = Doriot, Roussel = saucisse pinard, Roussel = Dubosc, Roussel n’est pas un camarade pour l’UCL etc. Fabien Roussel une vraie stratégie de classe : partir de la contradiction matérielle pour reconquérir politiquement ceux qui ont quitté le vote communiste, plutôt que leur expliquer qu’ils sont devenus de mauvais électeurs.

      Enfin, je pense sincèrement que la droite, l’extrême droite et les éditocraties des médias dominants vous remercient de lutter contre le PCF. Je pense aussi sincèrement que votre réformisme gauchiste à la sauce Frustration est leur meilleur assurance vie pour que rien ne change dans les rapports de production.

      Ils polarisent, y’a qu’à regarder CNews ou à lire le JDD, pour bien comprendre que LFI est devenu leur diable de confort, comme avant le FN pour François Mitterrand en divisant la droite, comme perspective de continuité du système et par vos outrances engendrer des gauches irréconciliables.

      Pour vous le PS est de droite et le PCF, qui est à votre gauche, est d’extrême droite. Les éditocraties des médias dominants se marrent vu la zizanie puérile que vous entretenez, en sachant que LFI a un discours et aura comme avant lui le PS une pratique. Nous devons sortir de la domination sociale-démocrate de 1981-2014 qui a succédé à la domination par le PCF de 1945 à 1978. Or, depuis 2017, LFI n’est qu’une continuité réformiste gauchiste comme l’était le PS.

      En l’espèce, seul Fabien Roussel vu les conditions objectives défend un programme VIVRE! pour influencer les conditions subjectives et aller vers la paix et des jours heureux. Il mériterait un minimum de respect car il n’essentialise pas les électeurs. Arrêtez de caricaturer et débattez les roses sur le programme !

      A bon entendeur, et vive le socialisme !

  9. trintignac le 16 septembre 2026 à 09:26

    Camarade Lafleur, j’ai bien peur que votre longue analyse départageant les personnalités et les fondements idéologiques de JL Mélenchon et F Roussel soit le fruit de vos profonds phantasmes. Vous nous dressez un portrait idéal de la posture programmatique de F Roussel et du PCF comme elle devrait être dans votre pensée dogmatique. Le PCF et F Roussel ont abandonné depuis belle lurette le chemin « révolutionnaire ».
    « il ne s’agit pas seulement de rassembler pour gagner une élection, mais de construire la force sociale et politique qui permettra de transformer réellement les rapports de pouvoir. Encore faut il que LFI ne serve pas d’idiot utile à la bourgeoisie et que les médias de gauche ou progressiste analysent et ne caricaturent pas Fabien Roussel ». Vous considérez donc que le PCF peut encore incarner cette force sociale tant attendue par le peuple de gauche. Désolé de ne pas être assez lucide pour adhérer à votre expertise, mais selon moi c’est plutôt F Roussel qui jouera le rôle de l’idiot utile de la bourgeoisie durant cette campagne s’il maintient sa candidature. Vous exposez les vieux poncifs qui raisonnaient dans les meetings de Jacques Duclos. F Roussel n’est pas J Duclos. Est-il d’ailleurs vraiment communiste ? C’est un autre débat. Vous prétendez qu’au lieu de « rassembler il faut construire une force sociale capable de transformer les rapports au pouvoir ». Pour ma part, ma patience a atteint ses limites, à 7 mois des élections présidentielles, avec en point de mire l’accession de l’extrême droite au pouvoir…

    • Lafleur le 16 septembre 2026 à 16:43

      Camarade Trintignac,

      Justement le désaccord mérite mieux que les procès d’intention. Dire que l’analyse de la candidature de Fabien relève du « fantasme » ou du « portrait idéal » ne répond pas à la question de fond : quelles propositions, quelle organisation, quelle stratégie de rassemblement et surtout quelle force sociale voulons-nous construire ?

      Personne ne prétend que Fabien Roussel est Jacques Duclos, mort en 1975, ni que le PCF d’aujourd’hui est celui des années 1950. L’histoire ne se répète pas. Mais l’inverse n’est pas plus sérieux : décréter que le PCF aurait abandonné « depuis belle lurette » toute perspective révolutionnaire ne dispense pas d’examiner ce qu’il propose réellement aujourd’hui. Le projet du PCF ne se réduit ni à un mot d’ordre électoral ni à la seule radicalité du discours, comme celui de la LFI créée fin 2016 pour les campagnes présidentielles de Mélenchon : il suppose de s’attaquer aux rapports de propriété, au pouvoir du capital, à la maîtrise de l’investissement, à la production, au crédit et aux institutions.

      Quant à « l’idiot utile de la bourgeoisie », c’est une accusation lourde.

      Il faudrait démontrer concrètement en quoi une candidature sert objectivement les intérêts du capital, plutôt que de considérer son existence comme une preuve suffisante. Faire passer Mélenchon pour un rouge alors qu’il est un rose et que son réformisme social-démocrate est une impasse permet à la bourgeoisie d’être sur de conserver le pouvoir encore pendant 5 ans et beaucoup pensent que Mélenchon est le nouveau diable de confort de la bourgeoisie avec raison. On pourrait d’ailleurs retourner la question : une stratégie qui conduit à demander périodiquement aux communistes de se fondre derrière une autre force politique construit-elle réellement une force sociale autonome, durable et organisée ?

      Enfin, la crainte de voir l’extrême droite accéder au pouvoir est parfaitement légitime.

      Mais elle ne règle pas à elle seule la question stratégique. La présidentielle ne peut pas être pensée indépendamment des législatives, du mouvement social, de l’organisation populaire et du rapport de forces à construire après l’élection. C’est précisément parce que l’enjeu est sérieux qu’il faut éviter de confondre urgence électorale et solution politique.

      Et sur un point, je vous rejoins volontiers : il faut juger Fabien et le PCF sur leurs actes, leurs propositions et leur capacité réelle à organiser les travailleurs, pas sur une image idéalisée. Mais cette même exigence doit s’appliquer à Mélenchon et à LFI.

      Enfin, votre patience me fait sourire. A 7 mois, vous n’arrivez pas à prendre conscience de la logique perverse des candidatures uniques de la NUPES et du NFP. Vous n’arrivez pas à comprendre que Jean-Luc Mélenchon, contre les couches laborieuses, propose un front commun aux sociaux-libéraux pour le 2ème tour en jouant sur le diable de confort. Mélenchon a supprimé l’accès à sa note de blog du 14 décembre 2010, preuve d’un certain cynisme. Je ne peux donc plus te mettre le lien. Mais, il l’a dit et l’INA existe :
      https://www.youtube.com/watch?v=0Ukb9MTRMzA

      Qui joue à outrance si ce n’est M. Mélenchon depuis sa candidature à Hénin-Beaumont aux législatives de 2012 la polarisation et la montée du RN pour discipliner les votes ? Si vous êtes une tête dure, réveillez vous ! Son programme réformiste, même victorieux électoralement, ne changera rien et bien au contraire. Ce sera une nouvelle désillusion.

      Enfin, Duclos n’appréciait pas les pablistes et les lambertistes… Il n’aurait pas joué l’idiot utile de ces groupuscules comme le POI ou le NPA-A en soutenant un social-démocrate. A bonne entendeur, salut !

  10. Berthelot Jacques le 16 septembre 2026 à 12:17

    L’objectif de Fabien Roussel c’est d’empêcher JLM d’être au second tour.
    Il pourra ainsi appeler à « faire barrage » en votant par exemple pour E Philippe.
    Pour la retraite à 67 ans , contre la taxation des grosses fortunes , contre les migrants.
    Chapeau l’artiste , un choix « révolutionnaire »
    On en reparlera.

    • Lafleur le 16 septembre 2026 à 17:52

      Cher Jacques Berthelot,

      Fabien est pour la retraite à 60 ans et 37,5 annuités (150 trimestres). Contrairement à Jean-Luc Mélenchon pour la retraite à 60 ans et 40 annuités (160 trimestre). la société française vise pour les formations générales, techniques et professionnelles le niveau licence, voire le niveau master : Fabien rend lui donc effective la retraite à 60 ans.

      Cela devient effectivement assez obsessionnel chez vous : à vous lire, toute candidature qui ne se range pas derrière Jean-Luc Mélenchon aurait nécessairement pour objectif de le faire perdre, puis de faire élire Édouard Philippe. C’est assez puérile. Il faudrait tout de même démontrer cette intention plutôt que de la poser comme une évidence.

      Et surtout, votre raisonnement repose sur une drôle de conception de la politique : comme si l’électorat populaire constituait un gâteau limité à 25 % de parts de marché que LFI et quelques autres devraient se disputer. Justement, le problème est peut-être là. Pour nous, la politique ne consiste pas à gérer un marché électoral existant, mais à chercher à élargir la force sociale et politique du monde du travail. Manifestement Mélenchon ne peut, à partir de la gauche culturelle, que jouer le boa constrictor et tout étouffer à gauche.

      Quant aux retraites, à la fiscalité ou à l’immigration, débattons donc des propositions concrètes de Fabien et de LFI, plutôt que d’en fabriquer les conséquences à l’avance. Et si vous voulez démontrer que Fabien prépare l’élection de Philippe, il faudra autre chose qu’une prédiction.

      En effet, Fabien, dans son discours à la Fête de l’Humanité, a déclaré sans ambiguïté : « Oui, nous rétablirons l’impôt de solidarité sur la fortune. » Il a aussi ajouté qu’il veut faire cotiser les revenus financiers et les dividendes pour financer la Sécurité sociale et les retraites, ainsi que taxer les héritages les plus riches et préserver les héritages populaires.

      Il est donc aux antipodes d’Edouard Philippe : Fabien a eu une position fiscale annoncée à l’Huma très claire : rétablissement de l’ISF, taxation des revenus financiers et dividendes, taxation des plus gros héritages et lutte contre l’évasion fiscale. Désolé, mais il a été plus clair que le professeur Mélenchon qui engueulait Lagarde et la BCE.

      De plus, Fabien, dans son discours de l’Huma 2026 de candidature pour VIVRE!, a dit explicitement : « Ce n’est pas à cause des étrangers et des immigrés que les usines […] sont menacées. » Et il désigne au contraire le capital, les actionnaires et les délocalisations comme responsables de ces situations. Il dénonce également le fait de faire de « l’étranger le bouc émissaire de tous nos problèmes ». Tout bulletin pour Fabien est donc un bulletin contre le pacte raciste dénoncé par la gauche culturelle qui devrait lui lâcher les basques. Il n’a pas les mains baladeuses auprès de jeunes femmes d’origine magrébines et il assume ses enfants métisses et son beau-fils mahorais comme son propre fils.

      D’ailleurs si Sophia Chikirou pouvait faire moins de crise de jalousie… et les militants de la FI la huer pour avoir dit : Fabien Roussel = Doriot! Et Jean-Luc : OK. Ce serait bien.

      Son discours de 2025 était déjà très explicite alors que des gauchistes scandait Fabien Roussel n’est pas un camarade ! : il opposait déjà le retour de l’ISF et les hausses de salaires au discours du RN faisant de « l’étranger » le bouc émissaire, et appelait à combattre l’extrême droite.

      À la Fête de l’Huma 2026, Fabien ne s’est pas contenté de mesures fiscales. Il a également annoncé :
      -rétablissement de l’ISF ;
      -cotisations sur les revenus financiers et les dividendes ;
      -taxation des gros héritages ;
      -nationalisation bancaire ;
      -création d’un grand pôle public bancaire ;
      -financement public à taux bonifiés, voire nuls ou négatifs, selon des critères sociaux et écologiques ;
      -représentation accrue des ouvriers et employés au Parlement ;
      -50 % de représentants des salariés dans les conseils d’administration, à égalité avec les actionnaires ;
      -nationalisation-sanction de Total.

      Et surtout, il formule explicitement le conflit en termes de « travail contre le capital », de classe des travailleurs contre les détenteurs de capitaux.

      Contrairement à Mélenchon qui s’est embourbé et a bien sur fait la leçon à la terre entière sur sa proposition naïve sur l’effacement de 18% de la dette de l’Etat, pour la part détenue par la BCE via la Banque de France (indépendante faut il lui rappeler, lui qui a défendu avec verve et pugnacité le traité de Maastricht), dont le total avoisine 118% du PIB ; Fabien a déjà proposé concrètement la nationalisation de plusieurs banques, si le PCF assurait la direction du pays et pas un parti réformiste social-démocrate, particulièrement les nationalisations de la BNP Paribas et de la Société Générale et la constitution d’un pôle bancaire public afin de reprendre la capacité de financement de notre économie.

      Enfin, comme vous m’exaspérez dans votre gauchisme infantile pro Mélenchon, vous devriez savoir que Jean-Luc Mélenchon est plus à droite que le PCF. Les députés de Polynésie l’ont bien compris rejoignant le groupe GDR en pas celui de la LFI. Tout le monde un peu conscient sait que le PCF travail avec le PPP et le Maki et a un partenariat avec l’OLP.

      Nous avons encore eu des preuves que LFI est social chauvine et pro colonisation. En effet, vous devez suivre l’actualité. la position prise par Jean-Luc Mélenchon en octobre 2023 sur le Sahara occidental. C’est conforme à l’axe Rabat-Washington-Tel Aviv. Ce n’est pas une reconstruction a posteriori. Dès le 7 octobre 2023, l’Association des Amis de la RASD dénonçait publiquement ses déclarations, estimant qu’elles rompaient avec la tradition anticoloniale de la gauche française et avec la défense de l’autodétermination du peuple sahraoui. Mélenchon a clairement demandé que le changement du rapport de forces international et le plan d’autonomie marocain soient pris en considération, balayant par conséquent l’ONU et tout le processus qui implique que les sahraouis occidentaux puissent librement se prononcer sur leur avenir institutionnel. Mais il y a surtout les propres déclarations de Mélenchon. Lors de son séjour au Maroc, il disait constater la « ferveur marocaine » autour de la marocanité du Sahara et s’y sentir attaché. Il ajoutait que le Maroc avait mis sur la table des « propositions intéressantes », en référence au plan d’autonomie de 2007, qui « doivent être considérées ». Surtout, il expliquait que les positions prises par les États-Unis, Israël et l’Espagne avaient « modifié le regard que le monde porte » sur la question, et souhaitait que la France en tienne compte. Le réalisme impérialiste sortait de sa bouche. Si le renforcement de l’axe Maroc–Israël–États-Unis autour de l’armement, des drones, de Dakhla et des infrastructures stratégiques constitue aujourd’hui une recomposition géopolitique majeure, alors il faut aussi regarder autrement ce qui s’est joué en 2023. Car une question demeure : le changement du rapport de forces entre Rabat, Washington, Tel-Aviv et Madrid peut-il à lui seul modifier la question du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui ? Une conception internationaliste et anticoloniale devrait distinguer deux choses : reconnaître les réalités géopolitiques nouvelles, et considérer que ces réalités peuvent déterminer à la place d’un peuple son propre avenir. Le vrai débat est donc que nous disent la militarisation du Maroc, le développement stratégique de Dakhla et l’alliance avec Israël et les États-Unis sur la question du Sahara occidental ? Et, corrélativement, comment une gauche qui se réclame de l’anticolonialisme doit-elle articuler rapport de forces international et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? Il faut donc lire les positions des populations concernées et ne pas écouter Cnews faisant la promotion de LFI aux gauchistes etc. L’association lui reprochait notamment de soutenir la position marocaine et de chercher à limiter, au sein de la NUPES, les expressions de soutien à la lutte sahraouie. Ce sont évidemment les appréciations de l’AARASD : https://www.spsrasd.info/fr/depeche/laarasd-denonce-les-declarations-de-jean-luc-melenchon-en-faveur-de-loccupation-marocaine

      Et évidemment, le PCF lui est internationaliste et anti colonialiste : https://www.spsrasd.info/fr/2026/07/05/16537.html

      La position impérialiste et chauvine de Mélenchon est publique et documentée même par Révolution Permanente, pour vous dire :
      https://www.revolutionpermanente.fr/La-France-insoumise-est-elle-vraiment-un-frein-a-la-militarisation

      Enfin, à titre d’exemple, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise défendent le maintien de la souveraineté française sur les Îles Éparses, s’opposant ainsi aux revendications de restitution de Madagascar. Le programme de LFI prévoit explicitement de réaffirmer la souveraineté de la France sur ces îlots de l’océan Indien. Cette position s’inscrit dans une vision de puissance maritime et de présence française dans les zones stratégiques, malgré les désaccords diplomatiques avec l’État malgache. Aucune volonté d’aller vers la décolonisation et une coopération multipolaire contrairement au PCF et donc à Fabien. En effet, le PCF rappelle que l’État français a conservé ces îles (Europa, Juan de Nova, Bassas da India, les Glorieuses et Tromelin) juste avant l’indépendance de Madagascar en 1960, bafouant les aspirations légitimes du pays. Le parti soutient les revendications de rétrocession de Madagascar et plaide pour le respect du droit international et de la décolonisation dans l’océan Indien.
      https://liberte-actus.fr/politique/vie-politique/article/iles-eparses-melenchon-contre-madagascar

      Le bulletin de vote en 2027 ayant le nom de Fabien Roussel est donc un bulletin POUR le socialisme à la française donc POUR VIVRE !

      Il ne retire rien à ceux qui sont pro OTAN comme le NPA-A qui soutient Mélenchon ou pro UE comme Sandrine Rousseau etc. etc.

      Les mélenchonistes de La France Insoumise : « Vous vaincrez [peut-être Fabien Roussel et le PCF en 2027], mais vous ne convaincrez pas » par votre électoralisme : Mélenchon ou la mort ! ; souvenez vous de la guerre d’Espagne et des paroles du philosophe et écrivain espagnol Miguel de Unamuno le 12 octobre 1936 à l’université de Salamanque. VIVRE !

  11. lionel Mutzenberg le 18 septembre 2026 à 15:11

    Fabien Roussel n’est plus crédible.
    Rien a attendre de ce communisme qui plait à nos droites, ces droites qui misent sur Roussel pour faire échouer la gauche en 2027, comme il l’a fait en 2022.
    Pas certain d’ailleurs que tous les communistes aient apprécié ces années Macron et godillots, et encore moins l’abandon, par le PS, et sa courroie de transmission la CFDT, de l’abrogation de la loi Macron/Medef sur la retraite, dans le silence assourdissant de notre révolutionnaire.

    • Lafleur le 23 septembre 2026 à 13:57

      Cher Lionel Mutzenberg,

      Sur le premier point, il faudrait tout de même distinguer l’existence éventuelle de soutiens ou de commentaires favorables venus de la droite et la conclusion politique que tu en tires. Que certains secteurs de la droite puissent souhaiter une candidature communiste autonome ne démontre pas que cette candidature serait conçue pour servir leurs intérêts.

      Il faudrait établir un lien politique concret, et non le déduire de l’effet électoral supposé de la candidature.

      Au 2ème tour, l’équipe de Jean-Luc Mélenchon prépare une opposition face au pacte raciste du RN en appelant les modernes et libéraux à voter pour lui car même avec le PCF à 0%, tous les sondages, que tu apprécies tant, donnent Jean-Luc Mélenchon derrière Marine Le Pen qui cristallise pour l’instant un vote anti-système populaire.

      Sur le second point, le « silence assourdissant » sur les retraites ne correspond pas vraiment aux faits. Le PCF et Fabien Roussel ont combattu la réforme Macron-Borne, participé à la mobilisation sociale et défendu son abrogation. Roussel a notamment déclaré en 2023 vouloir abroger la réforme portant l’âge légal à 64 ans.

      Et c’est finalement là que ton commentaire me semble poser problème : tu passes d’une critique politique — parfaitement légitime — à une explication par l’intention supposée. « Les droites misent sur Roussel », donc Fabien Roussel ferait objectivement leur jeu ; « silence sur les retraites », donc il aurait abandonné le combat. Dans les deux cas, il faut démontrer le mécanisme politique au lieu de le présupposer. Or, aujourd’hui, la bourgeoisie mise sur Mélenchon/Le Pen. Les deux donnent ouvertement des gages chaque jour.

      Pour l’Ukraine, c’est parlant. Benjamin Duhamel a attaqué Fabien Roussel. Lui a coupé la parole. A fait un édito et pas des questions et a utilisé des propos rapportés par LFI de Fabien Roussel contre Pouyanné. Jean-Luc Mélenchon est dans le front commun avec Gabriel Attal et soutient les livraisons d’armes et les sanctions. Comme le RN, bien sûr !

      Le débat mérite mieux que cela : quelles orientations ont réellement été prises, quels résultats ont-elles produits, quelles contradictions ont-elles révélées et quelle stratégie permet de reconstruire une force populaire capable d’agir durablement ?

      C’est sur ces faits et ces contradictions qu’il faut discuter, pas sur les intentions que l’on prête aux uns et aux autres.

  12. bdpif le chien le 18 septembre 2026 à 18:08

    Trop de propos et ecrits qui font reflechir et font mal a la tete:

    Il n’y a qu’une seule gauche, la vrai, en 2027 on vote tous melenchon, la Gauche qui en a dans le pantalon!

    • Lafleur le 21 septembre 2026 à 18:37

      « Il n’y a qu’une seule gauche » et « en 2027 on vote tous Mélenchon » : ce sont des slogans, pas une analyse.

      La vraie question est simple : qui possède, qui décide et qui contrôle la production, le crédit et les richesses ?

      Fabien Roussel pose explicitement la question de la réappropriation de l’outil de production, de la nationalisation et du pouvoir des salariés dans l’entreprise. On peut discuter ses propositions, mais il faut les discuter sur le fond.

      L’unité électorale ne suffit pas à constituer une rupture avec le capitalisme.

      Donc moins de « la vraie gauche », plus de débat sur la propriété, le pouvoir économique et le rapport de forces.

      Et « la gauche qui en a dans le pantalon » ne remplace toujours pas un programme. 😉

  13. CARIOU Patrick le 21 septembre 2026 à 13:54

    Soyons simples, ou simplement démocratiques, allons directement aux électeurs. Nos « dirigeants » ne sont que ce que nous en faisons.

  14. Berthelot Jacques le 23 septembre 2026 à 12:00

    je pense que nous serons tous d’accord : l’élection présidentielle est stupide : à l’issue du premier tour il ne reste que deux candidate ou candidat.
    Donc la question simple est : peut on prendre le risque d’un deuxième tour le Pen -Philippe ?
    Au PS et au PC on semble avoir fait ce choix , on y pense que finalement le projet de LFI ne vaut pas mieux que celui de Philippe.
    Qu’en penser ? Sinon être consterné et le mot est faible.
    Certains diront que je dis n’importe quoi , on en reparlera hélas à l’issue du 1er tour.

    • Lafleur le 24 septembre 2026 à 18:41

      Cher Jacques Berthelot,

      Votre commentaire illustre justement un problème qui me paraît assez préoccupant : à force de regarder les sondages, on finit par prendre leurs scénarios pour la réalité politique elle-même.

      « Peut-on prendre le risque d’un second tour Le Pen-Philippe ? » Bien sûr que la question peut être posée. Mais qui nous dit aujourd’hui que ce sera le second tour ? Les sondages testent des hypothèses dans des configurations données ; ils ne sont ni une élection anticipée ni une procédure de désignation des candidats.

      Sinon, à quoi bon faire campagne ?

      Autant demander directement aux instituts de sondage de composer le bulletin de vote !

      C’est d’ailleurs assez paradoxal de trouver « stupide » une élection au suffrage universel tout en raisonnant ensuite exclusivement à partir des résultats hypothétiques de sondages. On finit par remplacer le suffrage universel par une sorte de suffrage préalable des sondeurs : celui qui est donné à 15 % devrait se retirer, celui qui est à 5 % devrait se ranger, et les électeurs n’auraient plus qu’à ratifier le scénario statistiquement jugé souhaitable. C’est le maintien d’un duopole malsain et cela n’augure rien de bon car au second tour, il faut dépasser les 50% des exprimés. Chomsky avait formulé une critique intéressante de cette logique : lorsque les responsables politiques utilisent les sondages pour savoir non pas ce qu’ils pensent mais ce qu’ils doivent dire pour être élus, le citoyen n’est plus vraiment invité à choisir entre des projets. Il est invité à valider une offre politique préalablement calibrée. Pour lui, une démocratie réelle ne consiste pas seulement à choisir entre deux options fabriquées d’avance, mais à participer à la formation de ces options.

      Et Jean-Luc Mélenchon lui-même, en 2022, avait une formule assez claire à propos de la Primaire populaire : le problème n’était pas l’union mais la mobilisation.

      On peut naturellement discuter sa stratégie et considérer qu’elle a eu des conséquences discutables. Mais cela ne signifie pas que le remède consiste à transformer les sondages en comité de désignation.

      Quant à « PS et PC », je crois qu’il faut quand même éviter de leur faire dire ce qu’ils ne disent pas. On peut discuter leurs choix, leurs lignes et leurs rapports à LFI sans décréter que leur stratégie consiste à considérer que « le projet de LFI ne vaut pas mieux que celui de Philippe ». Mais, oui, Mélenchon aurait dû rallier à lui tous les soc-dem, dont le PS !

      Et puis il y a une dernière petite difficulté dans ton raisonnement : si Glucksmann ou Faure devait être choisi à gauche, faudrait-il alors voter pour celui qui serait le mieux placé dans les sondages ? Et si, demain, les sondages plaçaient Philippe devant lui, faudrait-il voter Philippe pour éviter Le Pen ? Et si un autre candidat remontait encore ?

      À ce compte-là, on ne choisit plus une orientation politique : on suit le curseur des instituts jusqu’au dimanche du scrutin. Rire.

      Je préfère pour ma part une conception un peu moins confortable : les candidats présentent une ligne, les citoyens en débattent, font campagne, se mobilisent et votent. Et ensuite, le résultat s’impose à tous.

      Sinon, effectivement, on peut supprimer l’élection et demander directement à Ipsos de nous envoyer le prochain Président.

      • carlos_H le 1 octobre 2026 à 11:24

        Tu écris que les candidats doivent présenter une ligne, que les citoyens en débattent, font campagne et se mobilisent. Très bien. Alors parlons de la ligne — et cessons de faire comme si le grand sujet était de savoir qui prendra les voix de qui.

        Pour ma part, je peux retourner la candidature du PCF dans tous les sens : si des gens ne veulent absolument pas voter LFI, son absence ne les transformera pas en électeurs de Mélenchon. Beaucoup iront à la pêche le jour du scrutin. Voilà pourquoi cette bataille du « vote utile » me semble tourner en rond : on disserte sur des électeurs déjà convaincus, pendant que ceux qui ont renoncé à voter restent au bord de la route.

        On a tous nos raisons et dire que « nous sommes TOUS de gauche », qui plus est de « rupture », ne suffira pas à nous unir sur une stratégie commune… pour prendre un exemple volontairement provocateur, je ne défend pas « La gauche du travail » face à « la gauche des allocs », ni le « bon vin, [la] bonne viande, [le] bon fromage », contrairement à « Mélenchon, [qui] lui, mange du soja », parce que jouer sur ces clivages laisse à la droite choisir le terrain sur lequel on la combat… Mais on a le droit de penser comme Fabien Roussel que c’est ça qu’il faut faire…

        Et puisqu’on parle de ligne, parlons aussi d’écologie. Que signifie une rupture si l’on mise sur le nucléaire et la réindustrialisation sans poser franchement la question de la sobriété ? Le nucléaire, c’est du temps, des capitaux, des infrastructures lourdes, des compétences et des institutions solides. Pour les pays qui ne disposent pas déjà de tout cela, la coopération risque vite de devenir une dépendance envers ceux qui les possèdent… Ca ne me semble pas très cohérent avec une ambition réellement internationaliste censée être égalitaire par nature!

        Évidemment, les renouvelables ne poussent pas toutes seules au milieu des champs : elles aussi dépendent de matériaux et de chaînes industrielles… mais leur déploiement progressif et décentralisé ouvre davantage de possibilités de coopération et de maîtrise locale qui favorisent intrinsèquement une relation plus équitable. Dans un monde où l’énergie et les matériaux se raréfient, produire toujours plus ne peut pas tenir lieu de projet écologique.

        Et sur les institutions, c’est aussi là que l’écart se creuse. Roussel veut certes mettre fin au présidentialisme et rendre du poids au Parlement… c’est pas rien… mais rééquilibrer les pouvoirs dans la République existante, ce n’est pas la même que de confier au peuple le pouvoir d’écrire une nouvelle Constitution ! Avec la Constituante, on s’approche davantage de l’auto-organisation : des citoyens ne sont pas seulement invités à choisir qui gouvernera selon les règles déjà écrites, mais pourront participer à les écrire… Même si les modalités ne sont pas encore fixées, c’est toujours mieux qu’un pouvoir qui reste encore « confisqué » ! C’est aussi pour ça que, sur ce point, LFI me parle davantage : je préfère qu’on remette les règles du jeu sur la table plutôt que de se contenter d’en redistribuer les cartes !

        Pour ma part, ma voix ira à la candidature qui défend franchement une rupture écosocialiste et la sobriété, sans faux-semblant : celle de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise. Pas par calcul de « vote utile », mais parce que c’est le projet qui me paraît répondre à l’urgence…
        Votez bien pour qui vous voudrez puisque chacun est censé le faire en conscience! Le vrai « gros » dossier est celui de l’abstention et de la lutte contre la résignation et le désespoir qu’elle suppose.

        • Lafleur le 1 octobre 2026 à 21:22

          Cher Carlos H, Cher social-démocrate insoumis,

          J’entends bien que vous voterez pour votre candidat Mélenchon du pôle réformiste.

          Ton message est intéressant parce qu’il pose la question de la « ligne », et c’est justement sur ce terrain qu’il faut aller beaucoup plus loin que le mot « écosocialisme ».

          Car quel socialisme proposes-tu concrètement ?

          Où sont les transformations des rapports de propriété, du pouvoir économique, du rôle du capital, de la maîtrise collective de l’investissement et de la production ?

          Une Constituante peut modifier les règles institutionnelles, mais elle ne supprime pas par elle-même le rapport capital/travail.

          De même, la sobriété, les renouvelables ou la participation citoyenne ne deviennent pas spontanément socialistes. LFI ne défend pas le socialisme. L’eco socialiste Henrik Davi a été dégagé aux legislatives de 2024 et un candidat insoumis fut présenté face à ce sortant méritant et éco socialiste convaincu.

          Mais pour les récentes sénatoriales, LFI par ecosociaisle peut-être a fait élire un sénateur RN plutôt qu’une sénatrice PCF.

          C’est là que je trouve le projet de Fabien Roussel et le travail du PCF beaucoup plus matérialistes. Empreinte 2050 de la commission écologie à un plan :

          https://www.pcf.fr/plan_climat_du_pcf

          Il ne dit pas simplement « produire plus ». Il part d’un problème concret : nous avons désindustrialisé la France et une part considérable de notre empreinte carbone est désormais importée. La réponse est donc de relocaliser, transformer les modes de production, sortir des fossiles, développer les transports collectifs et le rail, rénover les logements, transformer l’industrie et reprendre la maîtrise publique des secteurs stratégiques. Le plan climat articule précisément climat, industrie, emploi, formation, recherche, services publics et financement. Ce n’est pas un slogan.

          Tu peux lire la page 46 et suivants sur le sujet :

          https://assets.nationbuilder.com/pcf/pages/42499/attachments/original/1784128307/document_1095_CommunisteS_40e_Congre%CC%80s.pdf?1784128307=

          Et sur le nucléaire, je trouve ton raisonnement particulièrement problématique. Dire que le nucléaire demande des capitaux, des compétences et des infrastructures n’est pas un argument contre le nucléaire : c’est précisément la question du développement des forces productives et de leur maîtrise sociale !

          Le communisme n’a jamais consisté à considérer les infrastructures lourdes comme suspectes parce qu’elles sont lourdes. La question est dans un processus socialiste : qui les possède, qui les planifie, pour quels besoins et sous quel contrôle ?

          Une France qui veut décarboner l’acier, les transports, le logement, l’hydrogène, les réseaux et l’industrie aura besoin de beaucoup d’électricité décarbonée. Le PCF propose donc un mix nucléaire-renouvelables et le doublement de la production électrique d’ici 2050. Ce n’est pas une négation de la sobriété : c’est une sobriété choisie, associée à une transformation de la production, plutôt qu’une pénurie érigée en politique écologique. Tu peux cher Carlos consulter aussi le site de la commission écologie :

          https://ecologie.pcf.fr/

          Le PCF a bien lui mis le socialisme à l’ordre du jour. LFI est sur une position sociale-democrate classique tout à fait compatible avec les écologistes de Marine Tondelier.

          Il y a d’ailleurs une contradiction dans ton internationalisme : tu présentes les renouvelables décentralisées comme intrinsèquement plus égalitaires, alors qu’elles nécessitent elles aussi des métaux, des chaînes industrielles, des réseaux, des capacités de production et des infrastructures considérables. Le problème n’est donc pas « nucléaire ou renouvelables » comme opposition morale. Le problème est celui de la maîtrise sociale des ressources, de l’industrie et de l’énergie.

          Et c’est précisément ici que la notion de « communisme de conquête » me paraît plus pertinente que l’étiquette « écosocialiste ». Il ne s’agit pas seulement de redistribuer les cartes institutionnelles, mais de conquérir progressivement des pouvoirs sur la production, la finance, l’énergie, l’industrie et les services publics. Il faut donc transformer les rapports sociaux qui déterminent ce que nous produisons, comment nous le produisons et pour quels besoins.

          Je te rejoins donc sur un point : il faut parler de la ligne et pas seulement du « vote utile ». Mais si nous voulons vraiment parler de ligne, il faut comparer les projets sur leur matérialité : propriété, pouvoir, production, énergie, industrie, planification et démocratie. Et là, je ne vois pas dans la proposition que tu qualifies d’« écosocialiste » ce qui permettrait réellement de passer de la régulation écologique du capitalisme à sa transformation socialiste.

          Avec les alliances Verts et PS, cela a été essayé à plusieurs reprises sans succès. Pourquoi ?

          Quel est le bilan de Dominique Voynet et de la gauche plurielle ? Qu’en tires tu comme
          conclusion pour une vraie rupture et sortir notre pays de l’ornière et concrètement ?

          Comment faire ?

          La question n’est finalement pas : « produire toujours plus ou consommer toujours moins ». C’est : produire quoi, pour quels besoins, avec quelles forces productives, sous quel contrôle de classe et dans quel rapport social. C’est précisément ce déplacement qui permet de sortir du faux choix entre productivisme capitaliste et décroissance.

          De bonnes lectures et de bonnes réflexions sur les vrais enjeux de 2027.

          Bien fraternellement,



        • carlos_H le 5 octobre 2026 à 19:49

          @Lafleur.

          Mes réponses derriere les « => »

          Cher Carlos H, Cher social-démocrate insoumis,
          J’entends bien que vous voterez pour votre candidat Mélenchon du pôle réformiste.
          Ton message est intéressant parce qu’il pose la question de la « ligne », et c’est justement sur ce terrain qu’il faut aller beaucoup plus loin que le mot « écosocialisme ».
          Car quel socialisme proposes-tu concrètement ?
          Où sont les transformations des rapports de propriété, du pouvoir économique, du rôle du capital, de la maîtrise collective de l’investissement et de la production ?
          ‘=> Marquer une limite, serait ce avec la règle verte, à la toute puissance de la propriété privée dans notre constitution est déjà en soi une remise en cause de la maximisation du profit comme règle absolue… ‘

          Une Constituante peut modifier les règles institutionnelles, mais elle ne supprime pas par elle-même le rapport capital/travail.
          ‘=> Non effectivement… elle ne le supprime que si la volonté commune reconnait le socialisme comme nécessaire à l’intérêt général! Il y a un certain avantage en termes de stabilité à ce qu’une règle soit débattue entre tous!’

          De même, la sobriété, les renouvelables ou la participation citoyenne ne deviennent pas spontanément socialistes.
          ‘=> Non effectivement, elles ne deviennent pas « socialistes » spontanément… il faut que la Sobriété soit pensée de manière collective, planifiée et sociale (règle verte), que les énergies renouvelables sortent de la logique de marché (si, si, c’est au programme) et que la participation citoyenne valide et pilote la « Bifurcation »!’

          LFI ne défend pas le socialisme. L’eco socialiste Henrik Davi a été dégagé aux legislatives de 2024 et un candidat insoumis fut présenté face à ce sortant méritant et éco socialiste convaincu.
          Mais pour les récentes sénatoriales, LFI par ecosociaisle peut-être a fait élire un sénateur RN plutôt qu’une sénatrice PCF.
          ‘=> C’est très savoureux de lire un communiste qui s’exprime sur la cuisine des partis…’

          C’est là que je trouve le projet de Fabien Roussel et le travail du PCF beaucoup plus matérialistes. Empreinte 2050 de la commission écologie à un plan :
          https://www.pcf.fr/plan_climat_du_pcf
          Il ne dit pas simplement « produire plus ».
          ‘=> Mais il le dit quand même…’

          Il part d’un problème concret : nous avons désindustrialisé la France et une part considérable de notre empreinte carbone est désormais importée. La réponse est donc de relocaliser, transformer les modes de production, sortir des fossiles, développer les transports collectifs et le rail, rénover les logements, transformer l’industrie et reprendre la maîtrise publique des secteurs stratégiques. Le plan climat articule précisément climat, industrie, emploi, formation, recherche, services publics et financement. Ce n’est pas un slogan.
          Tu peux lire la page 46 et suivants sur le sujet :
          https://assets.nationbuilder.com/pcf/pages/42499/attachments/original/1784128307/document_1095_CommunisteS_40e_Congre%CC%80s.pdf?1784128307=
          Et sur le nucléaire, je trouve ton raisonnement particulièrement problématique. Dire que le nucléaire demande des capitaux, des compétences et des infrastructures n’est pas un argument contre le nucléaire : c’est précisément la question du développement des forces productives et de leur maîtrise sociale !
          ‘=> Ben voyons… je ne comprends même pas comment ce piège productiviste vous échappe : la technique n’est pas neutre, et le nucléaire porte en lui les rapports de pouvoir impérialistes, autoritaires et centralisateurs du capitalisme d’État. On ne peut pas construire une société d’émancipation sur une infrastructure qui exige structurellement le secret d’État, une caste de technocrates et la militarisation de sa sécurité!!!! Je préfère que la sobriété et l’efficacité redéfinissent la force productive non plus par la quantité d’énergie produite pour le profit, mais par la baisse planifiée de nos besoins et l’élimination du gaspillage… Que les énergies renouvelables permettent de relocaliser, de décentraliser et de socialiser la production au niveau des territoires et des citoyens! La véritable « maîtrise sociale » ne consiste pas à nationaliser le gigantisme capitaliste, mais à le démanteler pour rendre au peuple le contrôle direct et démocratique de son énergie!!!!’

          Le communisme n’a jamais consisté à considérer les infrastructures lourdes comme suspectes parce qu’elles sont lourdes. La question est dans un processus socialiste : qui les possède, qui les planifie, pour quels besoins et sous quel contrôle ?
          Une France qui veut décarboner l’acier, les transports, le logement, l’hydrogène, les réseaux et l’industrie aura besoin de beaucoup d’électricité décarbonée. Le PCF propose donc un mix nucléaire-renouvelables et le doublement de la production électrique d’ici 2050. Ce n’est pas une négation de la sobriété : c’est une sobriété choisie, associée à une transformation de la production, plutôt qu’une pénurie érigée en politique écologique. Tu peux cher Carlos consulter aussi le site de la commission écologie :
          https://ecologie.pcf.fr/
          ‘=> Vous avez l’art du sophisme… Et par la même vous excellez dans le non-sens écologique: la vraie sobriété implique de restructurer nos besoins à la baisse… pas de décupler nos capacités de production y compris d’électricité!!!! A mon tour de vous rappeler une fois de plus que nationaliser une infrastructure lourde, ne la fera pas devenir magiquement démocratique! Mais j’ai bien compris que l’antagonisme ne vous faisait pas peur… Parce que faire un mix idéal à partir de l’inertie du nucléaire et de la flexibilité des renouvelables, c’est parier que maintenir deux systèmes qui sont techniquement antagonistes ne nous prive pas de ressources strictement nécessaire pour une transition énergétique immédiate face à l’urgence de la situation! Je n’adhère pas à ce pari en effet…’

          Le PCF a bien lui mis le socialisme à l’ordre du jour. LFI est sur une position sociale-democrate classique tout à fait compatible avec les écologistes de Marine Tondelier.
          ‘=> Savoureux… La social-démocratie ne planifie rien, LFI si! Et c’est peut être pour cela qu’une partie de l’écologie politique (derrière Marine Tondelier et à son corps défendant) s’est radicalisée en comprenant que l’écologie est structurellement anticapitaliste: La convergence se fait sur une écologie de rupture, de justice sociale et de souveraineté populaire…’

          Il y a d’ailleurs une contradiction dans ton internationalisme : tu présentes les renouvelables décentralisées comme intrinsèquement plus égalitaires, alors qu’elles nécessitent elles aussi des métaux, des chaînes industrielles, des réseaux, des capacités de production et des infrastructures considérables. Le problème n’est donc pas « nucléaire ou renouvelables » comme opposition morale. Le problème est celui de la maîtrise sociale des ressources, de l’industrie et de l’énergie.
          ‘=> Ton internationalisme a bon dos quand il sert à justifier le néocolonialisme de l’uranium au Niger pour éclairer nos salons!!! Je te l’ai déjà dit : prétendre que la technologie est neutre et qu’il suffit d’une « maîtrise sociale » abstraite pour rendre le nucléaire vert et démocratique est une imposture théorique! Oui, les renouvelables demandent des métaux et c’est précisément pour cela que la règle verte est importante: l’épuisement des ressources autant que la préservation de la souveraineté impose le triptyque sobriété-efficacité-recyclage. Le PCF, lui, ne se cache pas de vouloir décupler les capacités de l’outil de production… Ta « maîtrise sociale » n’est qu’un slogan pour repeindre en rouge le pillage de la planète et la fuite en avant productiviste du siècle dernier! Déso, mais le capitalisme d’État n’a jamais fait le socialisme…’

          Et c’est précisément ici que la notion de « communisme de conquête » me paraît plus pertinente que l’étiquette « écosocialiste ». Il ne s’agit pas seulement de redistribuer les cartes institutionnelles, mais de conquérir progressivement des pouvoirs sur la production, la finance, l’énergie, l’industrie et les services publics. Il faut donc transformer les rapports sociaux qui déterminent ce que nous produisons, comment nous le produisons et pour quels besoins.
          ‘=> C’est fascinant de voir avec quelle souplesse rhétorique tu arrives à théoriser un impérialisme décomplexé en l’appelant « communisme de conquête ». C’est le retour du colonialisme civilisateur, mais cette fois au nom des forces productives ? Dis les choses clairement : ta « conquête », c’est la nécessité structurelle pour ton modèle de sécuriser militairement et économiquement l’accès aux ressources du Sud global! Tu appelles ça « transformer les rapports sociaux », mais pour les peuples qui subissent l’extractivisme à l’autre bout de la chaîne, ça s’appelle juste du néocolonialisme. Ta « conquête » n’a de communiste que le nom. Elle refuse de s’attaquer au cœur du problème : le dogme de la croissance infinie. L’écosocialisme, lui, ne cherche pas à piller le monde pour maintenir notre confort occidental via une technocratie d’État. Il pose la Règle Verte et la sobriété planifiée pour rompre précisément avec cette logique de prédation internationale. Le communisme, c’est l’émancipation des peuples, pas la recolonisation du monde pour alimenter le compteur Geiger d’une puissance industrielle!’

          Je te rejoins donc sur un point : il faut parler de la ligne et pas seulement du « vote utile ». Mais si nous voulons vraiment parler de ligne, il faut comparer les projets sur leur matérialité : propriété, pouvoir, production, énergie, industrie, planification et démocratie. Et là, je ne vois pas dans la proposition que tu qualifies d’« écosocialiste » ce qui permettrait réellement de passer de la régulation écologique du capitalisme à sa transformation socialiste.
          Avec les alliances Verts et PS, cela a été essayé à plusieurs reprises sans succès. Pourquoi ?
          Quel est le bilan de Dominique Voynet et de la gauche plurielle ? Qu’en tires tu comme
          conclusion pour une vraie rupture et sortir notre pays de l’ornière et concrètement ?
          Comment faire ?
          ‘=> C’est l’hôpital qui se moque de la charité. Tu me parles de Dominique Voynet et de l’échec de la Gauche Plurielle ? Mais rappelle-moi : qui gérait les ministères avec elle à l’époque ? Le PCF ! Ton parti était au gouvernement Jospin, le cul entre deux chaises, à valider les pires reculades sociales et l’ouverture des marchés à la concurrence. Venant d’un parti dont le secrétaire national passe sa vie à quémander des alliances et à négocier ses circonscriptions au téléphone avec le PS, la leçon de pureté révolutionnaire est savoureuse. ‘

          La question n’est finalement pas : « produire toujours plus ou consommer toujours moins ». C’est : produire quoi, pour quels besoins, avec quelles forces productives, sous quel contrôle de classe et dans quel rapport social. C’est précisément ce déplacement qui permet de sortir du faux choix entre productivisme capitaliste et décroissance.
          ‘=>En fait, ta formule est l’aveu final : tu viens tout simplement d’effacer le « éco » de l’écosocialisme pour revenir au bon vieux productivisme soviétique du XXe siècle! Peu importent les destructions écologiques, tant que c’est un « contrôle de classe » qui pilote les machines. Et on plonge allègrement dans la fiction théorique totale qui nie les lois de la physique… Penser qu’on peut s’abstraire de la question de la quantité (« produire toujours plus ou consommer toujours moins ») sous prétexte qu’on a changé les « rapports sociaux », c’est du déni climatique!
          Le cœur de l’écosocialisme, c’est justement de comprendre que la nature n’est pas un stock infini dans lequel une république socialiste pourrait puiser à volonté. La Règle Verte (ne pas prélever plus que ce que la Terre peut régénérer) n’est pas une « régulation du capitalisme » : c’est une contrainte matérielle absolue qui s’impose à n’importe quel système économique.’

          De bonnes lectures et de bonnes réflexions sur les vrais enjeux de 2027.
          Bien fraternellement,



  15. lionel Mutzenberg le 30 septembre 2026 à 09:36

    Ne nous prend pas pour des imbéciles, les sondages ne veulent rien dire, leurs utilités est de tenter de manipuler l’opinion, sinon les payeurs de sondages ne les paieraient pas !
    Ne pas prendre pour argent content ce qu’ils veulent nous faire avaler, en baisse, ou en hausse, le vrai sondage ce sera au mois d’avril 2027, la gauche au second tour ne dépend que de nos votes, et nous auront besoin de tous les votes.
    Un seul candidat peut battre les droites : Jean Luc Mélenchon, que ça plaise ou non à celles et ceux qui ont raté leur rendez vous avec le peuple qui veut que ça change.
    Pas assez à gauche le programme L’avenir En Commun, qui est en état de remise à jour pour 2027, de LFI ?
    Assez de gauche pour réunir tout ce que notre pays compte de réacs, en défense de leurs petits privilèges, aux plus énorme de nos milliardaires et millionnaires.
    En 1981 le programme de la gauche était bien plus à gauche, reste qu’après des années de souverainisme socialiste, celui qui nous est proposé est bien plus de gauche, que leur gestion du capitalisme, et le spectacle donné depuis des mois par la fausse gauche, qui se dispute pour les places, et les postes, ce qui remet à sa place la vraie gauche qui démontre que, sans rupture, il ni aura aucun changement !
    L’alternative est là, à nous de la faire appliquer.
    Bon, je sais, à bientôt 81 ans, j’ai compris que l’on pouvait très bien vivre dans l’opposition, enfin, pour une élite, les autres n’auront qu’à aller manifester en mettant des casques, Macron ayant ouvert la route aux moyens de contraindre les gens de rester chez eux.
    Les violences contre les manifestants ont changé de nature sous François Hollande, le socialisme aussi, le pauvre Faure ne s’en remettra jamais, il faut reconnaître qu’il y a mis du sien !
    Mais ce ne sont pas les élites des partis qui font l’élection, ce sont les électrices et les électeurs, et c’est à elles, et à eux qu’il faut s’adresser: On change, ou on continue le désastre de ces dix dernières années ?
    La rue gronde, toutes les catégorie de ce monde qui vit de son salaire, quand ils en ont un, revendiquent des améliorations, des conditions de vie digne dans la 7è puissance économique du monde, qui ne sait plus comment redistribuer selon les besoins, pour faire participer selon ses moyens.
    C’est tout c…., et vraiment trop simple, pour nos bacs plus dix ?

    • Lafleur le 1 octobre 2026 à 19:20

      Cher Lionel Mutzenberg,

      Merci d’accepter comme social-démocrate insoumis de 81 ans de parler avec un communiste.

      Il y a quand même une contradiction dans ton raisonnement : vous expliquez que les sondages « ne veulent rien dire » parce qu’ils chercheraient à manipuler l’opinion, puis vous affirmez que « le seul candidat » capable de battre les droites serait Mélenchon. Sur quelle base ? Si les sondages ne permettent aucune conclusion, ils ne peuvent pas davantage servir à établir cette certitude.

      Les enquêtes actuelles sont des photographies du rapport de forces à un instant donné, avec leurs marges d’erreur et leurs hypothèses. Certaines placent effectivement Mélenchon très haut, mais cela ne permet pas de transformer une mesure présente en prédiction pour avril 2027.

      Et je trouve surtout intéressant que vous opposez « la vraie gauche » aux autres candidats sans vraiment discuter des projets. LFI elle-même est en train d’actualiser L’Avenir en commun pour 2027 : le programme annoncé comprend notamment planification écologique par la sobriété, investissement productif, transformation sociale et nouvelle République. Très bien : discutons donc de ces propositions concrètement.

      Mais alors faisons la même chose avec le PCF et Fabien Roussel. Pourquoi faudrait-il considérer par principe que présenter une candidature communiste autonome serait une candidature « de division », tandis que la candidature Mélenchon serait naturellement celle du rassemblement ?

      C’est là que je ne vous suis pas. Le peuple n’est pas seulement un réservoir de voix qu’il faudrait additionner derrière celui qui est le mieux placé dans un sondage. Il est aussi composé de travailleurs qui ont besoin de comprendre quel projet de société leur est proposé.

      Et justement, si nous voulons rompre avec le capitalisme, il faut discuter du contenu de cette rupture : propriété et pouvoir dans l’entreprise, industrie, énergie, planification, services publics, rôle du travail, institutions, politique internationale, rapport à l’Union européenne et capacité réelle de l’État à imposer ces transformations au capital.

      Mitterrand n’a pas tenu son programme car il avait une majorité parlementaire absolue avec le PS. Il avait réduit l’influence du PCF à l’assemblée nationale. Il pouvait écouter Attali et Delors. Mélenchon a toujours fait en sorte que le PCF ne puisse pas avoir de groupe et réduire son influence parlementaire et son autonomie.

      Je demande qu’on compare réellement les projets communistes et insoumis, leurs conceptions de la transformation sociale et les forces sociales qu’ils cherchent à organiser. Tu as le droit d’être un réformiste mais vous jouez, sauf à unir tous les sociaux-démocrates, les idiots utiles des droites : l’assurance tout risque pour que le système perdure et vous n’assumez pas votre centrisme.

      L’enjeu pour vous est que le Pôle socialiste ne désigne pas un social-liberal et qu’il y ait retrait des candidatures de ce pôle et des écologistes.

      Débattons mais arrêtez de vouloir nous attacher à votre char social-démocrate par populisme confus.

      Après, chacun fera son choix. Mais décider aujourd’hui que « le seul candidat » est Mélenchon, alors que vous venez vous-même de dire que les sondages ne permettent pas de savoir ce qui arrivera en avril 2027, c’est transformer une photographie électorale en vérité politique.

      Bien à vous,

  16. Lafleur le 7 octobre 2026 à 17:29

    Cher Carlos-H,

    Je trouve notre échange intéressant parce qu’il fait finalement apparaître le vrai désaccord : tu raisonnes principalement à partir d’une critique des techniques et des quantités produites ; je raisonne d’abord à partir des rapports sociaux qui déterminent ce que nous produisons, comment nous le produisons et pour quels besoins.

    Et c’est précisément là que je trouve ton raisonnement insuffisamment dialectique. Je comprends que tu préfères Jean-Luc Mélenchon. Son discours dogmatique et simpliste est anti dialectique. Il sort des slogans radicool. Il est l’image du diable idéal pour Renaud Bernard et ses préjugés.

    Mais, pourquoi je suis communiste et pas social-démocrate insoumis ? Car une éolienne capitaliste n’est pas socialiste parce qu’elle est décentralisée, pas plus qu’une centrale nucléaire socialisée n’est capitaliste parce qu’elle est centralisée. La question communiste n’est pas de moraliser les outils : c’est de transformer les rapports sociaux qui déterminent leur usage. Ton raisonnement social-démocrate s’entend et c’est pour cela que je vous abjure de vous entendre avec Marine Tondelier car vous dites la même chose.

    Tu sembles attribuer aux techniques des propriétés sociales intrinsèques : le nucléaire serait nécessairement centralisateur, technocratique et autoritaire (les ravages de l’autophobie instillé par le gauchisme trotskisant dans toute sa splendeur et récupérable par le libéralisme capitaliste) ; les renouvelables seraient, elles, naturellement décentralisées, démocratiques et émancipatrices. Mais une éolienne détenue par un fonds d’investissement n’est pas plus socialiste parce qu’elle est éolienne. À l’inverse, une infrastructure nucléaire publique, planifiée démocratiquement et placée sous le contrôle des travailleurs et de la collectivité n’est pas « capitaliste d’État » par nature.

    La question matérialiste n’est donc pas de savoir si une technologie nous plaît ou nous déplaît moralement. C’est de savoir dans quels rapports sociaux elle est produite et utilisée.

    Même chose pour la « sobriété ». Évidemment qu’il faut supprimer le gaspillage, transformer les consommations et produire prioritairement pour les besoins sociaux. Mais réduire la question écologique à « produire moins » est aussi insuffisant que de dire « produire plus ». Que fait-on alors de la rénovation massive des logements, de la décarbonation de l’acier, de la chimie, des transports collectifs, du rail, des hôpitaux, des écoles, de l’électrification industrielle ou encore de la relocalisation de productions aujourd’hui importées ?

    Il faudra parfois produire moins. Il faudra parfois produire davantage. Et surtout, il faudra produire autrement.

    C’est justement ce que signifie raisonner dialectiquement : dépasser l’opposition abstraite entre « croissance » et « décroissance » pour poser la question des besoins sociaux, de la valeur d’usage, des ressources disponibles, des forces productives et des rapports de propriété. C’est notre projet. Celui des communistes. Nous divergeons donc avec vous.

    Ce n’est pas un petit sujet. Et c’est pour cela qu’il est affligeant de lire l’insoumis Lucien Mutzenberg (81 ans) nous dire après Millerand, Mollet, Mitterand… pas de salut autre que Mélenchon, le social-démocrate populiste, et que Fabien Roussel qui est lui communiste se serait éloigné de la gauche et y reviendrait. Notre projet est de classe et écologique.

    Vous incarnez la social-démocratie populiste. Un segment des classes intermédiaires qui jusqu’à présents ont été les alliés fidèles de la bourgeoisie pour détruire les services publics. Promouvoir le libéralisme libertaire. Promouvoir la moraline a dit Michel Clouscard.

    Tu affirmes que le développement des capacités électriques serait nécessairement une fuite en avant productiviste. Non, c’est répondre aux besoins sociaux existants et qui sont insatisfaits et qui sont et seront croissants particulièrement si nous voulons réindustrialiser et avoir une empreinte carbone vertueuse et pas importer de la pollution.

    Mais si une partie de cette électricité supplémentaire sert à remplacer du charbon, du gaz et du pétrole, à électrifier les transports collectifs, à décarboner l’industrie ou à remplacer des importations carbonées, alors l’augmentation quantitative d’une capacité de production peut participer à une transformation qualitative du système productif.

    C’est précisément le genre de contradiction que le matérialisme dialectique invite à regarder en face.

    Et sur le nucléaire, ton argument sur le Niger ne règle rien.

    La France déjà se prive d’exploiter chez elle. Mais, il faut évidemment combattre toute relation impérialiste ou néocoloniale et assurer la souveraineté des peuples producteurs. Cela ne démontre absolument pas que le nucléaire est, par nature, impérialiste. Le pétrole, le gaz, les métaux nécessaires aux batteries, aux panneaux photovoltaïques, aux réseaux électriques ou aux éoliennes peuvent eux aussi être pris dans des rapports impérialistes. On ne sort pas de l’impérialisme en changeant simplement de technologie.

    Et un panneau photovoltaïque GaAs soit gallium d’arséniure n’est pas un cadeau pour la Nature. C’est un composé chimique semi-conducteur principalement utilisé dans la microélectronique et les panneaux solaires photovoltaïques. En raison de sa composition (contenant de l’arsenic), il présente des risques importants pour la santé humaine (cancérogène avéré du poumon par inhalation ; toxicité respiratoire : provoque des inflammations chroniques et des lésions pulmonaires sévères ; il altère le système reproducteur masculin ; danger aigu : au contact de l’humidité ou des acides, il libère de l’arsine, un gaz hautement toxique et mortel) et l’environnement (écotoxicité aiguë et chronique : pollution marine : considéré comme un polluant maritime persistant en cas de rejet ; ne se dégrade pas facilement dans le sol et peut contaminer durablement les écosystèmes et les nappes phréatiques en cas de mauvaise gestion des déchets électroniques et de défaut de fabrication ou de vétusté des panneaux photovoltaïques).

    De même, affirmer que les renouvelables permettraient mécaniquement de « socialiser » l’énergie est une illusion si l’on ne transforme pas les rapports de propriété. Le capital peut parfaitement financiariser, concentrer et rentabiliser une production énergétique décentralisée : avec des risques sur la production et l’entretien des installations.

    Tu m’opposes enfin le « capitalisme d’État ». Mais justement : le projet communiste que je défends ne consiste pas à nationaliser indistinctement tout ce qui existe. Il consiste à transformer les rapports de propriété et de pouvoir, à développer les forces productives en fonction des besoins sociaux et à soumettre les grands choix économiques à une maîtrise collective et démocratique. Ton influence est gauchiste. Le capitalisme d’Etat est un mot inventé par Bakounine et propagé ensuite par Pannekoek. Nous revenons en arrière par l’autophobie anticapitaliste incapable de penser le socialisme révolutionnaire démocratique. C’est le mythe de gagner une bataille sans discipline militaire.

    Notre position issue du marxisme-léninisme, du Congrès de Tours, et de l’histoire du mouvement communiste français est autre. Nous prônons le dépérissement progressif plutôt que l’abolition : On peut s’accorde avec Bakounine sur le but final (une société sans État ni classes). Cependant, Lénine a bien martelé que l’État ne s’abolit pas, il dépérit. C’est un processus. L’État disparaîtra de lui-même uniquement lorsque la résistance des capitalistes aura été définitivement brisée et que les forces productives permettront de satisfaire les besoins de chacun. Lénine accuse également Pannekoek et les conseillistes de souffrir d’un manque de maturité politique, comme les positions petites bourgeoises gauchistes de LFI aujourd’hui. Il leur reproche de faire passer des principes abstraits avant la réalité matérielle. Refuser par principe le compromis, la centralisation ou l’utilisation d’outils de gestion bourgeois (comme le recours à des ingénieurs tsaristes ou l’instauration d’un « capitalisme d’État » transitoire) condamne la révolution à l’échec économique.

    C’est aussi pour cela l’expression « communisme de conquête et prendre le parti du travail » pour VIVRE ! est plus féconde que l’écosocialisme posant concrètement la question du pouvoir : conquérir la maîtrise de la finance, de l’énergie, de l’industrie, des transports, des ressources et des services publics pour modifier les rapports sociaux qui déterminent la production.

    Quant à ton procès en « productivisme soviétique », il est un peu rapide. En effet, Marx et Lénine n’ont jamais défendu une production abstraite de marchandises pour produire toujours davantage. Il posait la question du développement des forces productives dans leur rapport aux besoins humains et aux rapports sociaux. Et il ne faut pas oublier que l’une des contradictions fondamentales du capitalisme est précisément de développer les forces productives tout en les soumettant à la logique de l’accumulation du capital.

    La question communiste est donc de savoir comment libérer ces forces productives de cette logique et les orienter vers les besoins humains et les limites matérielles de la planète.

    Bref, je ne crois pas que nous soyons en désaccord sur la nécessité de sortir du capitalisme, de réduire le gaspillage, de préserver les ressources et de démocratiser les choix énergétiques. Notre désaccord porte sur le chemin.

    Tu fais de certaines technologies des rapports sociaux en soi. Je considère, avec le matérialisme dialectique, qu’il faut partir des rapports sociaux pour déterminer l’usage que nous faisons des forces productives.

    Et c’est précisément pourquoi je refuse le faux choix entre « productivisme capitaliste » et « décroissance (capitaliste ou anticapitaliste) ».

    Le communisme n’a pas pour horizon de produire toujours plus. Il a pour ambition de produire ce qui est nécessaire, avec les forces productives les plus efficaces et les plus maîtrisées collectivement, et de supprimer ce qui ne répond qu’à la logique du profit.

    C’est là, à mon sens, que se trouve le véritable débat entre communistes et écosocialistes.

    • carlos_H le 8 octobre 2026 à 20:21

      Ah, la dialectique ! Tu commences par dire que le vrai désaccord apparaît, puis tu m’expliques que mon discours est « dogmatique et simpliste », que je suis « l’image du diable », victime d’« autophobie », de « gauchisme trotskisant » et de « positions petites-bourgeoises »… C’est beaucoup d’étiquettes pour peu d’arguments!

      En plus, tu continues de me prêter une thèse que je n’ai pas défendue : je n’ai jamais dit qu’une éolienne serait socialiste par nature, ni que les renouvelables se socialiseraient toutes seules. Je dis que les choix techniques ne sont pas indifférents : ils organisent des besoins, des infrastructures, des chaînes d’approvisionnement et des formes de pouvoir différentes. Alors si la propriété publique est nécessaire à tes yeux (et j’ajouterai qu’aux miens elle l’est aussi, ne t’en déplaise!) ; elle ne répond pas, à elle seule, à la question de ce qu’on produit, en quelle quantité, avec quelles ressources et sous quel contrôle démocratique.

      Sur ce point, le plan du PCF est assez explicite : il prévoit bien de faire tourner à plein les machines… Tu peux défendre ce choix au nom de l’électrification et de la décarbonation. Mais appeler cela « sobriété choisie » ne dispense pas d’expliquer comment cette hausse s’articule avec la transformation des besoins, les limites matérielles et les impacts de toute la chaîne. « Produire plus d’électricité pour remplacer les fossiles » peut être une partie de la réponse ; ce n’est pas, en soit, une politique de sobriété.

      Et ton détour par le gallium-arséniure est de trop… Mais bon, tu déroules toute une liste de dangers en parlant du « panneau photovoltaïque GaAs », comme si c’était le panneau ordinaire. Or, les cellules au gallium-arséniure sont coûteuses, restent cantonnées à des usages de niche, principalement aérospatiaux ; C’est le silicium qui domine le photovoltaïque… Après je comprends ton choix du « spectaculaire » pour renforcer tes arguments. Mais dis toi bien que je viens de me faire violence en rentrant dans ce genre de détails car en réalité, les EnRs ne se bornent ni au photovoltaïque, ni à une série de risques intrinsèquement de la même échelle que le nucléaire et je trouve complètement con de remplacer un débat férocement politique, par un débat d’experts en métaux critiques ou en risques chimiques… Parce que parler des caractéristiques d’un système socio-technologique n’implique pas un doctorat en physique nucléaire mais une vision de la société et des interactions entre les peuples!

      Passons plutôt de la géologie, avec l’uranium, à la manière dont s’organise ses flux : tu écris que la France « se prive d’[en]exploiter chez elle ». C’est vrai, les mines françaises ont cessé leur activité en 2001 ; aujourd’hui, tout l’uranium naturel est importé. Les données ministérielles indiquent que le Niger représentait 13 % de la valeur des importations françaises d’uranium en 2023. Cela ne suffit pas à démontrer, à lui seul, que le nucléaire serait impérialiste par nature mais cela rend assez léger le geste consistant à ranger le problème en disant qu’il faut « assurer la souveraineté des peuples producteurs ». Comment ? Et, compte tenus des enjeux pour la France, avec quels rapports de force, quels contrats, quels contrôles et quelles garanties pour les populations ?

      Bref, je te répète que nationaliser une infrastructure ne la rend pas magiquement démocratique… pas plus qu’une technologie renouvelable ne l’est automatiquement. Par contre, il convient d’identifier préalablement à leur exploitation, à minima, ce qu’elles portent de manière inhérente et je maintiens donc tout ce que j’ai pu rappeler sur le nucléaire… puisqu’au final il ne s’agit bien là que d’un rappel! Je ne t’ai en effet rien appris puisqu’est déjà documenté à quel point son développement est lié à la domination impérialiste de quelques grandes puissances!

      Je ne nie ni les besoins d’électricité ni la nécessité de décarboner l’industrie. Je conteste la formule magique qui invoque la dialectique pour dépasser l’opposition entre croissance et décroissance parce qu’en réalité, la « Nouvelle Croissance » du programme du PCF, c’est juste une manière de rebaptiser la croissance à moindre frais. Pourquoi refuser ainsi la décroissance mon bon ami, qui n’est pas la récession (mais faut il le préciser?), alors que c’est la manière la plus écosocialiste qui soit de transformer l’outil de production?

      Ma position, elle, tient en quelques mots : sobriété planifiée, efficacité, règle verte, énergies sorties de la toute puissance des marchés, maîtrise citoyenne et décroissance plutôt que logique d’accumulation. Il s’agit bien de décider collectivement ce qu’il faut réduire, à l’aune de l’intérêt général, ce qu’il faut développer et dans quelles limites (c’est bien loin de la consommation de masse qui rime avec frustration de masse). Tu appelles ça organiser la « pénurie » ; moi, j’appelle ça poser la question écologique avant que les contraintes matérielles ne la tranchent à notre place!

      Tu peux me traiter de social-démocrate populiste ou de gauchiste et soutenir que le programme porté par LFI serait semblable à celui des écologistes de Marine Tondelier… Ben si tu veux soutenir cette comparaison, compare donc les programmes sur la propriété, la planification, les rapports de pouvoir et les limites écologiques; Sinon tu continueras à coller des étiquettes en guise de démonstration… Occupe toi plutot de répondre à la question suivante: Que devient l’impérative transformation politique et philosophique de notre rapport à la nature dans la fuite en avant productiviste du PCF fusse-t’elle sous propriété publique ?

      • Lafleur le 9 octobre 2026 à 14:15

        Cher Carlos H,

        Notre désaccord est plus profond que tu ne le présentes. Il ne porte pas seulement sur le nucléaire, les renouvelables ou la propriété publique. Il porte sur la stratégie de transformation de la société, sur les forces sociales capables de la conduire et sur les conséquences concrètes des choix écologiques pour les classes laborieuses.

        Tu affirmes qu’il faut choisir collectivement ce qui doit décroître et ce qui doit se développer. Très bien. Mais qui décide, à partir de quels rapports de force, et avec quelles conséquences pour les travailleurs ? C’est là que commence véritablement la politique.

        Votre projet sera la misère pour les classes laborieuses. Ce sera la richesse pour le CAC 40.

        Je crains que ton approche de la décroissance, malgré ses bonnes intentions charitables, ne laisse dans l’ombre la question centrale du capitalisme : la propriété des moyens de production, le pouvoir du capital sur l’investissement, la division internationale du travail et la capacité des travailleurs à maîtriser leur avenir.

        On peut parfaitement défendre la sobriété, la lutte contre le gaspillage et la réduction des productions inutiles sans faire de la décroissance le principe organisateur de toute la société. Car une société qui réduit sa capacité industrielle, sa production énergétique et ses moyens de production ne sort pas automatiquement du capitalisme. Elle peut aussi devenir plus dépendante des importations, déplacer ses émissions à l’étranger et fragiliser davantage les salariés.

        Et qui paie alors le prix de cette contraction ?

        Le cadre supérieur qui peut choisir un logement bien situé, acheter des produits plus chers et compenser certaines contraintes par son revenu ? Ou l’ouvrier dont l’emploi dépend d’une usine, le salarié qui subit les horaires et les transports, le ménage populaire qui n’a pas les moyens de financer individuellement la transition écologique ? Voilà pourquoi je me méfie d’une écologie qui, au nom de la transformation des modes de vie, risque de faire porter aux classes populaires le coût de contraintes qu’elles n’ont ni décidées ni les moyens d’absorber. Ce n’est pas une question de morale individuelle : c’est une question de rapports de classe.

        L’expérience politique française devrait d’ailleurs nous inciter à la vigilance.

        La fermeture de Superphénix a été décidée en 1997 par le gouvernement de Lionel Jospin, dans le cadre de ses engagements politiques et de l’accord entre le PS et les Verts. Cette décision s’inscrivait dans un contexte particulier, et le bilan technique et financier du réacteur était contesté. Mais elle illustre bien un désaccord stratégique durable : faut-il abandonner des capacités industrielles et technologiques au nom d’une orientation écologique, ou transformer leur usage, leur gouvernance et leurs finalités ? La question des emplois, des compétences et de l’avenir industriel ne peut jamais être évacuée.

        Tu ne réponds pas sur l’intermittence et le coût des réseaux qu’il faut augmenter pour absorber les variations d’un scénario sans nucléaire. Le monde à la mode allemande qui exploite et qui pollue hors de ses frontières puis fait la morale petite bourgeoise écolo socialiste aux tiers monde, c’est bon pour le climat ?

        Je ne dis pas que toute critique de l’industrie est petite-bourgeoise, ni que toute décroissance conduirait nécessairement à l’austérité. Je dis qu’une écologie politique doit être jugée sur ses conséquences de classe, et non seulement sur ses intentions. Et vous représentez les classes intermédiaires, la petite bourgeoisie actuelle.

        Oui, vous n’avons pas les mêmes programmes sur la propriété (vous êtes plus proche de Chatelain, Tondelier et Rousseau, non ?), la planfification (idem) et sur les rapports de pouvoir (Mélenchon a suffisamment prouvé qu’entre ses discours et la réalité…. Quatennens, Chikirou, etc.) et les limites écologiques… Dans un monde qui se tourne désormais vers le nucléaire pour répondre aux enjeux du climat et du développement des forces productives; que cela soit maintenant en Afrique et en Asie.

        Mélenchon élu, pas de 6ème République. Pas plus qu’à l’époque de Mitterrand le droit de vote des immigrés aux élections locales. On connaît vos chansons.

        La lutte contre le réchauffement climatique exige de réduire massivement les émissions.

        Mais elle exige aussi de réindustrialiser, de décarboner la production, de développer les transports collectifs, de rénover les logements, de maîtriser l’énergie et de reconstruire des filières stratégiques. La stratégie nationale bas-carbone elle-même articule décarbonation et réindustrialisation, en soulignant notamment le rôle de l’électrification des usages industriels. La question n’est donc pas de produire toujours plus, mais de disposer des moyens matériels nécessaires pour transformer effectivement notre économie. C’est pourquoi je défends une autre perspective : non pas la croissance pour la croissance, mais la maîtrise collective du développement économique. Faire décroître les productions inutiles et destructrices ; développer celles qui répondent aux besoins humains ; planifier les investissements ; garantir les droits des salariés ; sortir les choix énergétiques et industriels de la seule logique du profit.

        La propriété publique ne suffit évidemment pas.

        Elle doit s’accompagner du pouvoir des travailleurs, du contrôle citoyen, de la planification démocratique et d’objectifs écologiques contraignants. Mais sans capacités productives, sans énergie décarbonée disponible et sans maîtrise industrielle, comment organiser cette transformation à grande échelle ?

        Le risque de ton approche est de faire de la réduction de la production une réponse écologique en elle-même, alors que la question décisive est celle de la transformation des rapports sociaux qui déterminent ce que nous produisons et pourquoi. C’est en cela que je vois une limite possible de cet écosocialisme : il peut contester les excès du capitalisme sans aller suffisamment loin dans la reconquête du pouvoir économique et industriel par les travailleurs et la collectivité.

        L’écologie communiste ne consiste ni à sanctifier la croissance ni à moraliser la consommation. Elle consiste à arracher au capital le pouvoir de décider de la production, pour mettre les sciences, les techniques, l’industrie et l’énergie au service des besoins humains, dans le respect des limites écologiques.

        C’est sur cette stratégie de classe, et sur ses conséquences concrètes pour les travailleurs, que j’aimerais que nous débattions.

  17. carlos_H le 10 octobre 2026 à 10:42

    Camarade Lafleur… encore une fois, annoncer que « la misère » attend les classes laborieuses au bout du programme de LFI ne le démontre pas, mon bon monsieur!

    Surtout que tu proposes toi-même de faire décroître les productions inutiles… selon quels critères, décidés par qui ?… et de développer celles qui répondent aux besoins, tout en planifiant et en protégeant les salariés. En somme, tu reprends plusieurs leviers de la décroissance, puis tu fais la pirouette en refusant le mot. Bien mal t’en a pris!

    Tu me demandes « qui décide ? ». Nous avons vu que ton texte ne le précise guère. Les décisions du politburo ? Pour ma part, je réponds sans détour : les travailleurs et les citoyens, par une planification écologique et démocratique. Les moyens et les garanties? ça reste à discuter…

    Je t’ai déjà dit ce que je pensais des débats d’experts… mais puisqu’il faut aller sur l’intermittence, RTE a étudié un scénario électrique 100 % renouvelable, avec des conditions techniques strictes et des coûts qui varient selon les hypothèses. NégaWatt a aussi proposé une trajectoire énergétique reposant sur 100 % d’énergies renouvelables. Cela pose des questions sérieuses mais ça ne prouve ni que le scénario est impossible, ni que le nucléaire règle tout.

    Et Superphénix, ce cheveu que tu laisses allègrement tombé sur la soupe ? Le gouvernement a décidé son abandon en 1997 alors que le réacteur était déjà à l’arrêt, après l’annulation de son autorisation de fonctionnement. Cet épisode ne démontre pas que la décroissance condamnerait les travailleurs à la misère.

    Au fond, tu proposes de faire baisser certaines productions et d’en développer d’autres. Moi, j’ajoute qu’il faut le faire dans les limites de la planète et sous contrôle démocratique. Le désaccord est là!!! L’Allemagne, Mitterrand, Quatennens, Mélenchon… joli inventaire mais ça ne répond toujours pas à la question camarade!

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