Refuser l’impérial chaos
Donald Trump et son allié israélien ont décidé d’embraser le Proche et Moyen-Orient. Une guerre de puissants en dehors de tout droit international. On ne doit pas s’y habituer.
Depuis samedi, Israël et les États-Unis attaquent l’Iran ; depuis 24 heures, le sud du Liban est aussi visé. Pourquoi cette guerre ? Les raisons mises en avant par Donald Trump varient d’heure en heure. Le risque d’un nucléaire militaire est mis en avant. Mais, comme en juin, c’est alors qu’un accord était « à portée de main » – selon le médiateur d’Oman – que le président américain déclenche la guerre. L’existence de missiles balistiques pouvant atteindre les États-Unis est aussi avancée : ce n’est pas plus avéré que les armes de destructions massives en 2003 en Irak. Parfois Donald Trump prétend, par ces bombardements, provoquer la chute d’un régime honni et meurtrier.
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Constatons que le droit international est une nouvelle fois gravement attaqué. L’ONU est contournée et les membres du conseil de sécurité, dont la France, n’ont pas même été informés du déclenchement de cette guerre. Le piétinement des pratiques démocratiques et diplomatiques est une marque de fabrique de cette administration. Pas question de pleurer la disparition de Kadhafi, Ben Laden ou Khamenei, mais le rapt et l’assassinat ne peuvent être légitimés ou acceptés. Le déclenchement de guerre unilatéral reste profondément intolérable.
Ces refus sont justes et raisonnables.
Seul un ordre international qui reconnaît chaque peuple, chaque pays autour des grandes causes communes peut éviter le pire. Cet ordre doit être rétabli, refondé et élargi. Il ne peut reposer sur les visions de Trump, Poutine, Netanyahu, Xi.
On ne peut accepter qu’un ordre impérial s’installe avec de grandes zones d’influences sous le contrôle de puissances : États-Unis, Chine, Russie, Israël. Cela ne peut être qu’un ordre instable, les pays et les peuples sont trop matures désormais pour l’accepter. C’est trop tard. Qui peut croire que les pays du sud qui ont pris conscience de leur force vont s’y plier ? Qui peut penser que l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Iran, l’Argentine, le Niger, etc., vont revenir en position subalterne. Les pays européens aussi doivent refuser ce monde qui se construit et les évacuent de leur destin. Seul un ordre international qui reconnaît chaque peuple, chaque pays autour des grandes causes communes peut éviter le pire. Cet ordre doit être rétabli, refondé et élargi. Il ne peut reposer sur les visions de Trump, Poutine, Netanyahu, Xi. On serait ravis que notre pays, à la suite de l’Espagne et des pays d’Europe du Nord, refuse au nom du droit international la guerre déclenchée contre Téhéran. Ce qu’il n’a pas fait.
Les puissances impériales sont mues par la défense de leurs intérêts et de leur suprématie. Leur face à face serait extrêmement dangereux. Elles ne portent solution à aucun des enjeux critiques pour l’humanité : climat, IA, inégalités et violences, surmilitarisations.
Ces refus sont aussi nécessaires pour les Iraniens. Donald Trump prétend avoir « deux ou trois noms » pour diriger le pays. Un dirigeant ne peut s’imposer par le choix du maître de la Maison Blanche. Cela fait 15 ans que les Iraniens se battent contre ce régime épouvantable qui les tuent. C’est eux qui décideront qui dirigera leur pays. On serait plus inspiré d’aider politiquement et matériellement les forces démocratiques iraniennes : sanctionner le régime, geler les avoirs, accueillir et financer.
Enfin, il faut refuser absolument et fermement l’activisme israélien qui vise à s’imposer comme super-puissance militaire dans la région. Le gouvernement israélien se sait appuyé par les suprématistes de Washington. Se référant à la Bible, l’ambassadeur en Israël Mike Huckabee affirmait vendredi 20 février qu’Israël a des droits sur toutes les terres situées « entre le Nil et l’Euphrate », ajoutant : « Ce serait bien s’il prenait tout ». Le régime d’extrême droite israélienne veut redessiner la carte et soumettre les arabes de l’Égypte à l’Irak, et s’inscrire dans la partition impériale du monde. NON.
La mort du dictateur iranien, responsable de dizaines de milliers de morts et d’une répression implacable contre ses oppositions est une bonne chose. Pour autant, sa disparition et celle d’autres responsables d’un régime religieux sans partage, par des attaques conjointes américaines et israéliennes ne respectant en rien, les droits internationaux peut être lourde de conséquences sur les relations internationales. Les réactions Iraniennes de nature militaire ne se sont pas fait attendre et l’escalade militaire pourrait embraser la région et au -delà. Le droit d’ingérence pour installer un autre régime, invoqué, ici ou là, pour justifier l’intervention américano-israélienne est une impasse politique qui pourrait se retourner facilement contre ceux qui l’utilisent. La Chine a réagi en condamnant les attaques et en appelant au respect du droit des Nations Unies. Et comme toujours, les populations civiles et innocentes de tous les belligérants seront les principales victimes de cette nouvelle guerre. Il appartient aux responsables politiques de France, d’Europe et de l’ONU de prendre toute leur responsabilité pour exiger le respect du droit international et pour imposer sans délai un cessez le feu.
Ce que fait l’entité sioniste depuis 1948, bafouer les résolutions de l’ONU à l’échelle d’un pays La Palestine dans l’impunité totale face à ses multiples génocides contre ce peuple, pour l’élargir aux pays voisins notamment le Liban & la Syrie, a encouragé Trump à remettre en selle la Doctrine Monroe en ciblant le Venezuela & Cuba dans l » indifférence des Européens qui ne se soucient que du sort de l ‘Ukraine ,avant de voir naitre « une doctrine Trump » couvrant le Moyen-Orient après l’hégémonie sur l’ouest-Atlantique ,d’abord en se divisant l’enclave de Gaza avec les sionistes avec la bénédiction de ses protégés du golfe, ensuite en impliquant les derniers, dans l’agression du pays voisin moyennant l’activation des 18 bases militaires dont i il dispose, pour espionner les moyens de défense iraniens entrainant une riposte inévitable et justifiée contre les radars implantées dans ces bases
Dans l’article, l’opposition “peuples” contre “puissances impériales” est posée comme une ligne morale…
Tout le monde s’accorde sur le fait que le cadre onusien repose sur des principes universalistes : égalité souveraine des États, interdiction du recours unilatéral à la force, règlement collectif des différends. Ces règles visent à limiter la loi du plus fort dans les relations internationales en tentant une transposition des règles démocratiques à un cadre Transnational… Vue son efficacité, la question se pose de savoir quelle vision réelle de la démocratie elle sert !
Si l’on regarde les États-Unis, ils montrent qu’une démocratie procédurielle (élections, alternance, séparation des pouvoirs) peut tout à fait maintenir une logique impériale stable, quel que soit le parti au pouvoir (democrate ou republicain). La majorité valide quoiqu’il arrive la logique de domination au delà des frontières. C’est la confirmation que la démocratie interne ne protège pas mécaniquement les peuples extérieurs.
De son côté, Israël montre qu’une démocratie peut garantir le vote et la représentation de ses citoyens tout en poursuivant une politique de colonisation dans les territoires occupés (avec un droit militaire et non civile appliqué aux populations des territoires occupés) et en inscrivant constitutionnellement une définition ethnonationale de l’État. L’égalité électorale existe, mais la souveraineté n’est pas pensée comme indifférente à l’appartenance ethnique… La procédure fonctionne, la hiérarchie demeure.
Donc le débat ouvert par l’article ne porte pas uniquement sur l’impérialisme en soi, n’en déplaise à Madame Tricot, mais sur le contenu du mot “démocratie”…
Pour ma part, si chacun peut avoir la sienne, je propose une vision claire: une démocratie qui se réduit à la règle majoritaire peut parfaitement cohabiter avec la domination. Elle valide un rapport de force, à l’extérieur comme à l’intérieur. La démocratie que je défends est substantielle : elle protège les minorités, limite la puissance, refuse la hiérarchie des vies et inscrit l’égalité comme contrainte réelle. A mon sens, c’est la seule qui garantie un même traitement equitable pour TOUS!
En France, cette conception n’est pas majoritaire dans le champ politique. Les forces centristes et sociales-démocrates restent attachées à une lecture essentiellement procédurielle. La seule formation qui articule explicitement une critique de l’impérialisme, défense des droits des minorités et limitation du pouvoir des possédants est La France Insoumise.
La question posée par l’article n’est donc pas simplement celle de l’impérialisme. Elle est plus profonde : Quelle vision de la démocratie peut servir à garantir une émancipation partagée des individus et des peuples plutôt que d’organiser la domination?