L’intelligence artificielle, le photojournalisme et nous

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Pour illustrer des articles du site de Regards, nous avons généré des images avec le programme d’intelligence artificielle Midjourney. Ce qui n’a pas manqué de susciter de vives réactions.

Vendredi 30 mars, pour illustrer un article sur la violence en politique, nous avons choisi d’utiliser une image que notre directeur artistique, Sébastien Bergerat, a généré par l’intermédiaire d’un outil récemment mis à la disposition du grand public qui mobilise de l’intelligence artificielle pour produire des images, pouvant sembler « plus vraies que nature » : Midjourney.

Des photojournalistes se sont interrogés, voire se sont offusqués, vindicatifs, y voyant un péril pour leur métier. Ils ont bien sûr raison. La profession de photojournaliste est aujourd’hui particulièrement précaire. Elle est d’autant plus vulnérable que la santé économique des médias est aujourd’hui très fragile. Dans les économies de moyens, ils sont souvent parmi les premières victimes.

Regards est confronté à ce problème de financement de la presse, singulièrement de la presse indépendante. Regards a été un des premiers titres du photojournalisme, publiant parmi les plus grands noms de la photographie. Cette sensibilité aiguë aux enjeux de la photographie et du photojournalisme n’a pas résolu notre équation financière. C’est pourquoi nous avons fait le choix, pour notre site internet (en libre accès, il nous coûte et ne nous rapporte pas d’argent), d’utiliser des photographies et des images libres de droit, que nous essayons de choisir avec discernement.

Cette réalité économique ne nous exonère pas de réfléchir au choix particulier d’une image générée par IA.

Comme tous, nous sommes violemment et rapidement mis devant cette nouvelle réalité. Notre réflexion est ouverte, non achevée. Mais nous savons qu’aujourd’hui, sans images ni photographies, le journalisme n’existerait pas. Quand on retrouve les journaux du début du XXème siècle, ils nous apparaissent si lointains tant les photos, les blancs, les relances, les couleurs font défauts à nos yeux de lecteurs saturés d’images.

Autre évidence : la photographie ne dit pas la vérité. Elle dit le regard d’un photographe. Le cadre, le moment, les intensités sont affaires de choix non objectifs.

Pourtant, nous mesurons les dangers d’une confusion entre les faits et les vérités alternatives. Par leur puissance de vérité, les images de l’IA vont venir, à leur tour, y participer assurément. Il est probable que l’intelligence artificielle ne va pas reculer et qu’il faut donc la dompter. La dompter en n’en faisant pas un deus ex machina.

Pour cela, nous assumons explicitement l’origine de nos images, en indiquant en légende le nom du concepteur et l’outil utilisé[[Nous ne réclamons aucun droit sur nos images conçues via IA. Elles sont, dès leur publication, versées au domaine public.]]. Nous pensons que l’intelligence artificielle est un outil que l’on a les moyens de mettre à profit de la création. Avons-nous tort ? Mais cette polémique ne nous laisse pas indifférents. Aussi, nous n’utiliserons plus l’IA pour remplacer de vraies photographies, pour reproduire du réel réaliste.

Bien entendu, il est fort à parier que les mécanismes capitalistes à l’œuvre dans certaines entreprises – de presse, mais pas seulement – aboutiront à liquider la rémunération des illustrateurs et des photojournalistes. Des journalistes aussi. Il est donc d’une urgence absolue, au nom de la démocratie notamment, de trouver les voies et moyens pour rester maîtres des outils qui se développent au service de l’intelligence, de la créativité, du savoir et non de l’affreuse banalité et de la désinformation.

 

La rédaction

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