Président au Smic, et après ? — par François Ruffin
Dans ce texte pour Regards, François Ruffin revient sur le sens profond de sa proposition de président au Smic. Mardi, dans notre newsletter, nous avions interrogé cette idée. Le candidat à la présidentielle l’écrit ici : il entend en faire plus qu’un symbole, il veut porter une grande loi de séparation de l’État et de l’Argent.
Président au Smic ? « Quelle démagogie ! », « Comment peut-on proposer ça ! », « C’est n’importe quoi ! » Je les entends se succéder sur les plateaux. La mesure est donc critiquée par des gens qui, eux, gagnent cinq à dix fois le Smic, bien plus qu’un soignant, qu’un enseignant… Est-ce qu’après le chef de l’État, on n’essaierait pas de remettre à plat également ça ? La hiérarchie des salaires ? Eh bien si : « Les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l’utilité commune », énonce la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
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Mais surtout : bien sûr que la mesure est symbolique, du clinquant fait pour clignoter, du miel pour attirer les mouches des médias. Et derrière, il y a quoi ? « La France dégringole dans l’indice de la corruption », en recul de cinq places, bien en dessous de la moyenne des pays démocratiques, selon Transparency international. « Le constat est sans appel : la France risque de perdre le contrôle de la corruption. » Et l’ONG d’ajouter : « La lutte contre la corruption et pour la probité a été singulièrement absente de la dernière campagne législative et du débat public ». Veut-on qu’elle soit absente, également, de la prochaine campagne présidentielle ? Une corruption non d’individus, mais du système, une corruption qui, au sommet, appartient tellement au paysage qu’on ne l’aperçoit plus ? Moi, pas. Il nous faut une nouvelle abolition des privilèges. Une grande loi de séparation de l’État et de l’Argent.
Et oui : l’exemple doit commencer par soi-même.
D’abord, on va le dire : c’est quoi, le salaire d’un président de la République ? C’est son argent de poche. À l’Élysée, il ne paie pas de loyer, pas de chauffage. Ça m’étonnerait qu’on lui présente une note à la fin du dîner. Et pour les déplacements, en convoi, il ne sort pas sa carte bleue pour faire le plein chez Leclerc. Donc, aujourd’hui, c’est juste pour s’acheter les lunettes de Top Gun. Alors, ses 16 000€ par mois, il en fait quoi ? C’est sans souci que, comme extra, un Smic me suffira ! Et comme de Gaulle, je paierai mes factures d’électricité. Et comme sa femme Yvonne, j’achèterai ma vaisselle au supermarché. Et comment dépenser, comme le couple Macron, 62 000€ par an en coiffure et maquillage ? Je ne sais même pas. Nous ferons 20 millions d’euros d’économies sur le budget de l’Élysée, l’équivalent de 400 postes d’infirmières.
C’est symbolique, c’est vrai, mais l’exemple doit venir d’en haut, et ruisseler. Ruisseler sur les ministères. Ruisseler sur les parlementaires. Ruisseler sur les hauts fonctionnaires. Ruisseler, surtout, sur les milliardaires. Nous ouvrirons notre mandat par des états généraux de la fiscalité, avec des sièges pour les artisans, les retraités, les salariés… et aussi une place pour Bernard Arnault !
Idem pour les anciens présidents : fini les avantages à vie, majordomes, cuisiniers, chauffeurs, appartements de fonction, etc. Ne sera gardée que la protection policière, si nécessaire. Pas un euro pour Emmanuel Macron à sa sortie : il a assez ruiné le pays comme ça !
C’est symbolique, c’est vrai, mais l’exemple doit venir d’en haut, et ruisseler. Ruisseler sur les ministères : dans leurs cabinets, les salaires dépassent les 10 000€ et ils ont augmenté de 7% en un an, rien à voir avec l’inflation ! Ruisseler sur les parlementaires : en un mandat au Palais du Luxembourg, les sénateurs ouvrent autant de droits à la retraite qu’un travailleur du bâtiment durant toute sa carrière. Ruisseler sur les hauts fonctionnaires : sous Macron, leurs primes ont flambé, dans la plus grande opacité. Ruisseler, surtout, sur les milliardaires : comment accepter qu’ils paient moins d’impôts que leur secrétaire ? Qu’avec leurs holdings et sociétés-écrans, ils échappent à l’impôt sur le revenu ? Et les multinationales, à l’impôt sur les sociétés grâce aux prix de transfert ? Et que contre ces fraudes géantes, l’État laisse faire ?
Nous ouvrirons notre mandat par des états généraux de la fiscalité, avec des sièges pour les artisans, les retraités, les salariés… et aussi une place pour Bernard Arnault !
Corruption généralisée
Mais le souci ne s’arrête pas là : l’Argent a envahi l’État, a pris les pouvoirs.
Cette corruption, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, Alexis Kohler, les 26 ministres d’Emmanuel Macron mêlés, à des titres divers, dans les affaires, etc., eux n’en sont que la partie visible, émergée.
Cette corruption est généralisée au sommet, elle appartient tellement au paysage qu’on ne l’aperçoit plus. Pourquoi, comment nos fleurons industriels, Péchiney, Arcelor, Alcatel, Alstom sont passés à l’étranger ? Parce que, dans l’élite, des cabinets conseils en tous genres, des banques d’affaires, des avocats ont intérêt à ces ventes à la découpe du patrimoine national. Parce que les dirigeants se voient offrir des stock-options et des parachutes dorés.
Un symbole, parmi mille : le Dolder a tenu sa réunion à l’Élysée. C’est-à-dire le lobby qui rassemble les plus grandes entreprises pharmaceutiques mondiales a tenu son salon, oui, à la présidence de la République ! Et depuis huit années, la Macronie se confond avec Sanofi : malgré le scandale de la Dépakine, la pollution autour de leurs sites, la destruction de la recherche et des usines, le président du labo, Serge Weinberg, a reçu la légion d’honneur des mains du chef de l’État. Sa place était devant les magistrats. Depuis huit années, et bien plus en vérité, l’intérêt national, l’intérêt général se confond avec l’intérêt des multinationales.
Autre cas : Le Monde publie, à sa Une, une enquête sur les OpenLux. Plus de cent milliards d’euros cachés dans les comptes au Luxembourg, 4% du PIB, avec 37 des plus grandes familles françaises dedans, Hermès, Mulliez, etc. Comment réagit le ministre de l’économie, Bruno Le Maire à l’époque ? Il ne réagit pas. Il laisse faire. La marque, là encore, d’une complicité.
Et pour faire court, je n’évoque pas Bernard Arnault, comment il achète la police, la justice, qui ment, espionne, fraude… et obtient une place à l’Académie des Sciences morales !
Je ne m’attarde pas sur Emmanuel Macron, qui incarne bien sûr cette corruption ordinaire : pantouflage et rétro-pantouflage, entre Bercy et une banque d’affaire.
Et je laisse de côté les médias, puisqu’il est naturel, désormais, qu’ils soient partagés entre des oligarques.
La corruption, c’est l’acceptation d’un Argent qui détruit tout : les fauves du Capital dévorent l’industrie, la planète, la démocratie et les politiques, qui devraient nous protéger, eux laissent faire. Le Capital s’auto-dévore, même : la semaine dernière, les entreprises du CAC 40 ont battu leur « record » de rachats d’actions, 35 milliards d’euros. 35 milliards d’euros, qui ne seront ni versés aux salariés, ni investis pour des projets, mais détruits, détruits pour satisfaire les actionnaires. A-t-on entendu un ministre s’offusquer ? Rien. Pas un mot. Et pas davantage parmi nos éditorialistes !
Voilà à quoi un président au Smic viendra s’attaquer.
Pas tout seul, avec des milliers de gens, d’agents, qui à l’inverse de nos dirigeants, n’aspirent qu’à une chose : servir, servir l’État, servir la France et les Français. Et non se servir.
Voilà ce que nous ferons : une grande loi de séparation de l’État et de l’Argent.
« Nous avons dû lutter contre les vieux ennemis », énonçait le président Franklin Roosevelt en 1936, au Madison Square Garden de New York : le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse, l’antagonisme de classe, l’esprit de clan, le profiteur de guerre. Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice à leurs affaires privées.« Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. »
90 ans plus tard, nous devons à notre tour mener ce combat, démanteler l’Argent organisé. C’est le combat éternel de David, des milliers de David, contre le Goliath financier.
Bravo, courage.
Au risque de me faire traiter de « woke », de « complotiste », ou de tout autre qualificatif inventé par ceux que François Ruffin dénonce, je ne peux que me prononcer 100% en phase avec lui. Il est primordial que les projecteurs éclairent ces zones d’ombres de plus en plus sombres et opaques. Un grand merci à François et à Regards d’oser mettre ce point sur la table. Bravo.
Anti-système? Présenté les choses ainsi, on y va. Il faut une justice fiscale, une sobriété mais avec réalisme en tenant compte de la psychologie de l’homme.
Merci à Ruffin et merci à Regards. Voilà qui donne un sens à toutes les luttes présentes et à venir pour le peuple de France. Il manque la géopolitique mais je pense que cela va venir.
A.S
Voilà qui est bien clair et que j’approuve. Il y a de plus en plus de misère en France quand quelques uns l’affament sans vergogne. Bernard Arnault venant « chouiner » sur les plateaux de télé, c’est pitoyable…
On a vraiment besoin de rejouer cette nuit du 4 août 1789 où l’assemblée nationale constituante vota l’abolition des privilèges!
Ta prose, mon très cher François Ruffin, est celle d’une dame patronnesse qui organise des goûters et des kermesses. Merci mon très cher François de nous seriner que tu es modeste et génial mais penses-tu vraiment que l’élection présidentielle soit un concours de vertu ? Un jour, peut-être, comprendras-tu que lorsqu’on on est de gauche on propose des objectifs concrets qui nécessitent des mesures concrètes et non pas un reportage, avec des effets de réel (tellement prévisibles), sur le monde tel qu’il est.
Merci pour cette prise de position saine et courageuse; j’espère qu’on parlera enfin de la remise en cause de l’échelle des salaires, travail pédagogique et de longue haleine s’il en est, et souvent absent des campagnes.
Oui, certes c’est du Grand Ruffin. Quid de notre industrie, de notre agriculture, de notre fragilité face aux impérialismes … De ce monde réduit devenu minuscule avec les percées de l’informatique, les possibilités d’espionner tout un chacun, d’assassiner un dirigeant gênant insoumis. Vois-tu François il te reste encore quelques lignes à écrire pour nous convaincre, bien que tu sois sur la bonne voie.
Oui, oui, ça fait rêver. Mais le pouvoir de l’argent est immense et les multinationales et autres financiers mettront tout en œuvre pour empêcher ce changement radical.
Merci François ! Tu nous boustes et nous donnes de l’espoir pour les temps futurs. Merci pour ta sensibilité d’écorché vif qui se met au service du peuple.
François Ruffin est devenu l’incarnation de l’intelligence poétique en politique : il sait exposer avec immense talent littéraire les enjeux majeurs de notre temps. Nous sommes fiers d’être les contemporains de cet individu capital qui est en passe de sauver la démocratie.
Avec Clémentine Autain, Marine Tondelier et François Ruffin donne du panache à la gauche française car ils se battent avec conviction pour des idéaux. Ce sont nos trois mousquetaires des temps modernes et ils sont déjà entrés dans l’Histoire.
Ruffin, Autain et Tondelier devront unir leurs forces après la primaire pour que l’espérance qu’ils portent brillamment perdure dans le cœur des gens.
Est-ce que Regards peut nous éclairer sur la participation de Marine Tondelier à un dîner d’extrême droite ?
Sûrement pas. Reporterre, ce nid de gauchistes, a déjà fait le boulot :
https://reporterre.net/Marine-Tondelier-a-un-diner-catholique-lie-a-l-extreme-droite-la-gene-persiste-chez-Les-Ecologistes
Ruffin, un destin… Cet homme est la Providence de la gauche, un jour il sera sanctifié.
La candidature de François Ruffin est un coup de tonnerre. Il va transcender le pays et nous faire connaître la prospérité. D’avance merci François !
Le symbole est beau.
Mais on ne concrétise rien en ignorant la réalité. Et la réalité c’est que l’argent est le carburant de l’action.
Un exemple: nous avons besoin des meilleurs talents, et d’une forte exigence, pour donner l’excellence nécessaire à l’Administration et aux services Publics pour construire la réalité d’un État efficace. Nous ne les aurons pas s’ils ne peuvent être rémunérés que comme des « déclassés ». L’idéalisme ne suffit pas !
Un autre exemple: la qualité de l’action se mesure notamment dans la qualité de l’usage des ressources qu’elle consomme, et ces ressources se traduisent, d’une façon ou d’une autre, par des quantités d’argent.
Et aussi, soyons lucides: la prospérité est une nécessité incontournable pour une société harmonieuse.
Donc, je dirais plutôt « maîtrisons l’argent » que « méprisons l’argent ».
François Ruffin qui « débat » avec François-Xavier Bellamy qui a parrainé Zemmour lors de la présidentielle de 2022 (https://www.lemonde.fr/livres/video/2026/02/01/esperer-malgre-tout-suivez-le-grand-debat-conclusif-avec-francois-xavier-bellamy-aurelie-filippetti-et-francois-ruffin-en-direct-du-37-forum-philo-le-monde-le-mans_6664987_3260.html), Marine Tondelier qui participe à un repas de l’extrême-droite catholique (https://reporterre.net/Marine-Tondelier-a-un-diner-catholique-lie-a-l-extreme-droite-la-gene-persiste-chez-Les-Ecologistes). On sent que ces deux-là sont très ancrés à gauche…
le débat de dimanche 1er février : https://www.youtube.com/watch?v=BgijUrNmJKw
François Ruffin a raison de s’engager dans la primaire des Verts. Il permet aux écologistes d’avoir un début d’implantation du côté d’Amiens et c’est important.