Police : banalement facho et présumée innocente
À Carcassonne, six heures d’enregistrement révèlent les propos racistes, misogynes, complotistes et putschistes de policiers municipaux, dont le chef est aussi membre du RN et du service d’ordre de Jordan Bardella. Que se passe-t-il lorsque ceux qui les prononcent portent des armes et ont pour mission la sûreté publique ?
Il faudrait pouvoir dire qu’il ne s’agit que de propos racistes tenus par quelques policiers municipaux, de paroles honteuses captées par une caméra restée allumée par inadvertance. Ce serait trop simple. Car ce que montre l’enregistrement de six heures révélé par Midi Libre, ce n’est pas seulement la vulgarité ou le racisme de quatre ou cinq agents d’une brigade municipale de Carcassonne : c’est le monde mental de l’extrême droite où l’étranger est un « bougnoule », le migrant un « Kirikou » qu’on écrase avec sa voiture, la gauche une bande de « gauchiasses », les femmes des « connasses », où les théories complotistes circulent comme des évidences et où l’idée d’un coup d’État est accueillie avec enthousiasme. Le plus inquiétant n’est peut-être même pas ce qu’ils disent mais la facilité avec laquelle ils le disent, entre deux interventions, dans une voiture de police, en connivence, comme si tout allait de soi.
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Le racisme apparaît d’abord comme une langue ordinaire, presque banalisée entre collègues : « Ils roulent vite, ces bougnoules, hein ? Hier, ils étaient sur un chameau, aujourd’hui une voiture… » ; « J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan… » ; ou encore, à propos d’un passant : « C’est un bougnoule qui pue le kebab ».
La séquence qui suit un appel signalant qu’une voiture a peut-être percuté un passant donne à cette parole raciste une dimension particulièrement glaçante. « J’espère que c’est pas un gamin », dit d’abord le policier. Puis : « c’est peut-être un migrant, un petit Kirikou ». Il poursuit : « Kirikou dans la savane, il est percuté, il est venu en France, il est percuté par un véhicule ». Et lorsqu’il est confirmé qu’une personne a bien été percutée : « Imagine, il vient en France, il se fait buter par une voiture communiste ».
La même mécanique se retrouve lorsqu’ils évoquent la guerre d’Algérie. À propos des violences commises pendant la colonisation, l’un des policiers lance : « Et alors ? On a niqué des bougnoules, on a niqué des bougnoules ! Et eux, combien de soldats ils ont niqué ? […] Après, où commence la torture ? » La discussion se poursuit sur les peuples africains, réduits à des « singes ». « Gauche de merde, ça, c’est des LFIstes, ils veulent qu’on donne tout aux bougnoules, nos maisons, nos filles. » Puis vient l’opposition entre « la petite Française qui bosse pour gagner ses trois sous » et « trois bicots » qui auraient touché « 1000 balles à la CAF ».
Après avoir écouté ce tombereau d’immondices, d’hommes entre eux, dont le chef – le plus bavard – est un notable du RN, membre bénévole du service d’ordre de Jordan Bardella, on ne peut que se demander : c’est ça qui nous attend si Marine Le Pen devient présidente ?
Une vision tout aussi brutale des rapports entre les hommes et les femmes. « Le père, c’est le père à la base, hein, c’est lui qui bande et qui a les muscles. Cro-Magnon, ça marchait comme ça », explique l’un des policiers. Puis, à propos des femmes : « Les connasses à l’époque dans les grottes, si elles étaient pas avec leur mec, elles se faisaient buter à l’extérieur ». À ce masculinisme s’ajoute la théorie complotiste et transphobe visant Brigitte Macron : « Quand tu as un président qui prend une bite dans le cul par son transgenre et qu’on essaie de cacher ça au monde entier… »
Et il y a la politique, ou plutôt son envers autoritaire. « On est devenus chrétiens sous Clovis, on va devenir musulmans sous Macron », lance le policier, avant que la conversation ne bascule vers le fantasme d’un renversement du régime : « Il nous manque un général à grosse paire de couilles, un p’tit coup d’État, une petite dictature en France, ça ferait pas de mal ». Un autre ajoute : « Il faut que les Russes viennent ici ».
Après avoir écouté ce tombereau d’immondices, d’hommes entre eux, dont le chef – le plus bavard – est un notable du RN, membre bénévole du service d’ordre de Jordan Bardella, on ne peut que se demander : c’est ça qui nous attend si Marine Le Pen devient présidente ? Vertige – même si l’on sait. Bien sûr que l’on sait.
Mais on se dit aussi : c’est ça que se racontent les policiers quand ils sont entre eux. C’est donc ce genre de pensées, aussi atroces qu’élaborées, qui les motivent quand ils s’adonnent aux violences policières que l’on voit trop souvent ? Et dire que ces policiers municipaux ont été embauchés par l’ancienne municipalité de Carcassonne qui n’était pas encore RN. Ce n’est donc pas une exception liée aux seules municipalités d’extrême droite. Le problème est plus grave et plus systémique. Et une loi, votée en première lecture à l’Assemblée nationale, pourrait leur donner une présomption de légitime défense, un permis de tuer. Glaçant.
Je ne parle pas pour vous, mais il est certain que lorsque la presse cherche l’antisémitisme là où il n’est pas, cela permet au racisme en général de prospérer à son aise ailleurs.
L’extrême droite et une bonne partie de la droite est raciste, antisémite et homophobe, quelle nouvelle!
Le Printemps républicain, qui est certainement l’héritage le plus funeste que nous a légué Hollande a travaillé la société depuis de longues années pour sous couvert de défense de la laïcité répandre son discours raciste et islamophobe. Plus que le groupe Bolloré, c’est cette secte de fanatiques, passionnément racistes qui a permis la dédiabolisation de la parole xénophobe dans la sphère publique, dans la presse et la société.
La police aux ordres du pouvoir politique, et économique, doit être dénoncée avec force.
La police républicaine, qui veille sur notre sécurité, doit être remerciée, métier difficile en cette époque du néolibéralisme qui multiplie les difficultés pour vivre décemment.
Pas plus compliqué que çà !
L’extrême droite, ici et ailleurs, hier et aujourd’hui, restera toujours l’extrème droite.
Si le Midi Libre n’avait pas publié la vidéo, tout aurait été enterré, alors que le parquet avait connaissance de cette vidéo depuis janvier sans avoir rien fait. Non seulement la police est gangrénée par l’extrême droite (cf les intentions de vote des policiers étudiées par le cevipof) mais le Ministère Public n’a agi que lorsqu’il y a eu des vagues médiatiques.
De plus en plus, les journalistes sont notre dernier contre-pouvoir contre l’arbitraire.
L’affaire de Carcassonne est extrêmement grave.
Des propos racistes, sexistes ou putschistes tenus par des agents dépositaires de l’autorité publique doivent être sanctionnés sans ambiguïté. Les communistes et donc le pcf ont toujours combattu l’extrême droite, y compris lorsqu’elle cherche à pénétrer les institutions de la République.
Mais la conclusion de l’article me paraît discutable. À partir de comportements inacceptables de quelques policiers municipaux, peut-on conclure que « la police » serait par nature « banalement facho » ? Une telle généralisation ne permet ni de comprendre les contradictions réelles de cette institution ni d’agir pour la transformer.
Anthony Caillé, de la CGT-Intérieur, syndicat de lutte de classe et antifasciste au sein de la police, rappelle que la sécurité est un service public et pas seulement pour la classe bourgeoise et que les dérives doivent être combattues par le recrutement, la formation, les droits syndicaux, le contrôle et une police nationale de proximité au service de tous. C’est aussi l’orientation réaffirmée par le PCF : la sécurité publique est un droit populaire, indissociable des libertés publiques, de la justice sociale et des services publics.
Les premières victimes des trafics, des violences et de l’abandon des quartiers populaires sont souvent les travailleurs eux-mêmes. La gauche aurait tort de laisser cette question à la droite et à l’extrême droite. Notre tâche comme communiste n’est ni de nier les abus, ni de sanctuariser les institutions existantes, mais de construire une sécurité républicaine, démocratique et populaire, sous contrôle de la justice et des citoyens.
Le combat contre les idées d’extrême droite dans la police est indispensable. Mais il ne dispense pas de répondre à une question concrète : quelle sécurité, pour qui, avec quels moyens et sous quel contrôle démocratique ? C’est sur ce terrain que les communistes peuvent être utiles au débat.
Ah, Les communistes et la police : la Tchéka, le Guépéou, le NKVD, le KGB, tout cela au titre d’un bilan globalement positif.
Cher Renaud Bernard,
Ton inculture m’étonne toujours. Encore bravo pour ton magnifique commentaire !
Les communistes…
La police nationale = tchéka etc.
Le bilan globalement positif, probablement, de la disparition de l’URSS le 26 décembre 1991.
Plus sérieusement, c’est précisément parce qu’on veut parler sérieusement de la police qu’il faut éviter les amalgames historiques. La Tchéka, le Guépéou, le NKVD et le KGB ne sont pas des synonymes de « police » : ce sont des organismes successifs de sécurité d’État et de police politique soviétiques, avec des fonctions, des périodes et des cadres institutionnels différents. La Tchéka est créée en décembre 1917 pour combattre la contre-révolution et le sabotage ; elle devient ensuite le GPU, puis le NKVD, puis le KGB. L’Okhrana, elle, était la police politique de l’Empire tsariste. Elle avait pour mission de traquer les révolutionnaires, de surveiller la population et d’infiltrer les groupes d’opposition à l’aide d’un vaste réseau d’espions et d’informateurs. Tu as probablement ainsi appris un nouveau nom : l’Okhrana. Bravo !
Donc, si ton raisonnement simpliste est : les communistes ont connu la Tchéka, donc ils sont historiquement incapables de penser une police démocratique, il faut alors appliquer le même procédé à tout le monde : l’Okhrana, la police de Vichy, les polices coloniales des régimes parlementaires dont le Royaume Uni avec ses camps de concentration, les services de renseignement contemporains comme la CIA, dont le bilan est époustouflant. Je te conseille deux livres pour t’instruire un peu :
-Histoire de la CIA par John Prados, écrit par l’un des plus grands historiens américains spécialistes du renseignement (chercheur aux National Security Archive), ce livre s’appuie sur une masse considérable de documents officiels déclassifiés. Il décortique de manière extrêmement factuelle les opérations clandestines, la guerre contre le terrorisme, les réussites et les dérives bureaucratiques ainsi que les violences de l’agence depuis sa création.
-Des cendres en héritage : L’histoire de la CIA par Tim Weiner : Lauréat du prix Pulitzer, Tim Weiner a passé plus de vingt ans à éplucher 50 000 documents d’archives et à mener des centaines d’entretiens. C’est l’ouvrage de référence pour comprendre la réalité du terrain loin des mythes hollywoodiens. L’auteur y dresse un bilan critique sans concession des échecs stratégiques et des actions politiques menées par l’agence à travers le monde.
Mais cela ne nous apprend absolument rien sur ce que doit être une police aujourd’hui.
Surtout, tu passes à côté du problème que nous posons. Nous, le PCF, ne défendons pas « la police » comme une institution sanctuarisée. Nous posons une question de classe et de démocratie : qui exerce la fonction de sécurité, pour quels objectifs, avec quels droits, quels contrôles et quelles garanties ?
Et c’est justement là que l’existence de syndicalistes comme Anthony Caillé et de la CGT-Intérieur est politiquement intéressante. Et c’est tout notre débat réel avec LFI, sur la doctrine d’emploi de la police et son rôle. On peut parfaitement combattre les violences, le racisme, les comportements sexistes ou les dérives d’extrême droite dans la police tout en défendant les conditions de travail des policiers, leurs droits syndicaux et une conception de la sécurité comme service public. La CGT mène d’ailleurs depuis longtemps des combats contre les violences policières et les discriminations, tout en inscrivant son action dans la défense des travailleurs.
Votre commentaire est donc digne des commentaires des insoumis fanatiques. Ce n’est pas un compliment. Je le précise pour votre bonne compréhension.
Notre analyse au PCF est de ne pas transformer une institution en bloc homogène et ne pas transformer ses personnels en catégorie politique uniforme. Il existe dans la police des contradictions de classe, des contradictions professionnelles, syndicales et idéologiques. Il y a des policiers qui peuvent être sensibles à l’extrême droite, et il y a aussi des policiers syndiqués qui la combattent. Faire disparaître cette contradiction derrière « Tchéka-Guépéou-NKVD-KGB » n’est pas une analyse : c’est un raccourci polémique. Et là vous ne valez pas mieux que les insoumis qui disent par procès d’intention : « Roussel a soutenu les flics racistes et séditieux par sa présence. » Et surtout, cela évite soigneusement la question que posait le commentaire initial : si les communistes abandonnent la question de la sécurité populaire, qui la laisse-t-on traiter ?
Le PCF combat simultanément les violences et les discriminations commises par des agents de l’État, les politiques sécuritaires qui frappent prioritairement les classes populaires, et les conditions de travail qui touchent les policiers eux-mêmes. Sinon, on ne transforme rien : on se contente de commenter la police depuis l’extérieur.
Bonne journée à vous malgré tout,
@Lafleur. Mauvaise pioche : je connaissais l’Okhrana avant de vous lire. Méfiez-vous de l’illusion expertale, qui fait voir en tout contradicteur un Untermensch dont l’opinion, s’il en a une, repose sur la bêtise, l’inculture ou un déficit de sens moral. Ne recourez à ce genre d’hypothèses que s’il y a des signes d’appel. Autrement, c’est tirer à cinq au baccara.
Le caractère nécessairement répressif des régimes socialistes vous a échappé. Si le PCF le condamnait il aurait dû le faire quand il était temps. Ce n’est pas ce qu’on a entendu de lui. Maintenant c’est trop tard. Ne comparez pas la Tchéka à la CIA, plutôt à la Gestapo.
[Renaud Bernard le 16 septembre 2026 à 23:00
@Lafleur. Mauvaise pioche : je connaissais l’Okhrana avant de vous lire. Méfiez-vous de l’illusion expertale, qui fait voir en tout contradicteur un Untermensch dont l’opinion, s’il en a une, repose sur la bêtise, l’inculture ou un déficit de sens moral. Ne recourez à ce genre d’hypothèses que s’il y a des signes d’appel. Autrement, c’est tirer à cinq au baccara.
Le caractère nécessairement répressif des régimes socialistes vous a échappé. Si le PCF le condamnait il aurait dû le faire quand il était temps. Ce n’est pas ce qu’on a entendu de lui. Maintenant c’est trop tard. Ne comparez pas la Tchéka à la CIA, plutôt à la Gestapo.]
Comme communiste, vos amis nous ont placés dans la catégorie des Untermenschen. N’inversez donc pas les rôles après avoir assimilé les Russes et les Coréens à des sous-hommes incapables de comprendre la démocratie libérale — capitaliste — de votre régime parlementaire.
Mais vous n’avez vraiment pas beaucoup d’humour; seulement de la morgue. Cela suinte le mépris de classe. Prenez vos gouttes, svp !
Vous déplacez le sujet. Vous n’avez pas répondu sur la police nationale en France au XXIème siècle. Et vous avez aussi marqué un beau but contre votre propre camp avec votre point Godwin : « Tchéka = Gestapo ». Vous êtes un champion ! Mais, votre argument d’autorité historique ne remplace pas l’analyse.
Vous affirmez que « le caractère nécessairement répressif des régimes socialistes » m’aurait échappé. Mais le mot important est précisément « nécessairement ». Vous passez de l’existence historiquement attestée de formes de répression dans des États se réclamant du socialisme à l’affirmation que cette répression serait une propriété nécessaire du socialisme. C’est un raisonnement essentialiste, pas une démonstration historique.
Une analyse matérialiste demande plutôt : dans quelles conditions sociales, économiques, militaires et politiques ces appareils coercitifs apparaissent-ils ? La Tchéka naît dans le contexte extrêmement particulier de la révolution, de la guerre civile, des interventions étrangères et de la lutte pour la survie du pouvoir soviétique. On peut discuter — et il faut discuter — de ses pratiques et de leurs conséquences sans transformer leur existence en preuve métaphysique que « socialisme = répression ». Et votre comparaison provocatrice avec la Gestapo ne règle rien. Bien au contraire.
Michael Parenti, politologue étasunien, a précisément consacré Blackshirts and Reds (le mythe des jumeaux totalitaires en français) à la critique de cette lecture qui transforme le fascisme et le communisme en prétendus « jumeaux » en faisant abstraction des rapports sociaux, des classes et des contextes historiques. Je vous encourage à le lire, vous qui semblez si sûr de votre supériorité morale et intellectuelle face à un pauvre moudjik comme moi.
La Tchéka est créée en décembre 1917, dans le contexte de la révolution, de la guerre civile et des interventions étrangères. La Gestapo est, elle, créée en 1933 comme police politique de l’État nazi et s’inscrit dans l’appareil de terreur du IIIe Reich, notamment dans la persécution raciale et la déportation des Juifs. Elle participe à la répression de l’opposition et de la résistance, notamment en France, où Klaus Barbie fut l’un des responsables de la répression nazie.
Cela signifie simplement qu’une police politique n’est pas automatiquement une Gestapo. La Tchéka n’est pas la Gestapo, pas plus que l’Okhrana ne l’était. Sinon, il suffirait de constater l’existence d’une institution répressive pour abolir toute analyse historique de ses fonctions, de son contexte et de ses objectifs.
Enfin, vous écrivez : « le PCF aurait dû condamner quand il était temps ». Très bien. À quelle date ? Sur quel texte ? Quelle direction ? Quelle position précise ? Et dans quel contexte historique ? Parce qu’à l’époque où certains anticommunistes préféraient effectivement Hitler au Front populaire, les communistes français n’étaient pas précisément ceux qui se situaient du côté de la réaction. Et je ne vous évoque pas l’Indonésie, le Chili, l’Irak, la Grèce , etc. etc.
Pour vous faire un teasing sur la CIA :
«4. Opérations secrètes : agir dans l’ombre pour influencer l’ équilibre des pouvoirs
Au-delà des conflits armés ouverts et du soutien officiel à certains alliés, les États-Unis ont développé depuis 1945 un vaste appareil d’interventions clandestines s’appuyant principalement sur la CIA, les forces spéciales, les opérations de renseignement, les campagnes d’influence, les assassinats ciblés et, plus récemment, les cyberattaques. Durant la Guerre froide, ces opérations étaient guidées par un objectif central : empêcher la propagation de l’influence soviétique et préserver les intérêts américains sans provoquer de confrontation militaire directe entre les grandes puissances.
Opérations secrètes des agences de renseignement américaines en Europe occidentale (1945-1950)
Les premières grandes opérations secrètes américaines après la Seconde Guerre mondiale se concentrèrent sur l’Europe occidentale. Washington considérait les partis communistes, qui exerçaient une influence considérable en Italie, en France et en Grèce, comme une menace stratégique majeure dans le contexte naissant de la Guerre froide.
Europe occidentale : France, Italie et Grèce (1945-1950)
Au-delà des conflits armés ouverts et du soutien officiel à certains alliés, les États-Unis ont développé, depuis 1945, un vaste appareil d’interventions clandestines s’appuyant principalement sur la CIA, les forces spéciales, les opérations de renseignement, les campagnes d’influence, les assassinats ciblés et, plus récemment, les cyberattaques. Durant la Guerre froide, ces opérations étaient guidées par un objectif central : empêcher la propagation de l’influence soviétique et préserver les intérêts américains sans provoquer de confrontation militaire directe entre les grandes puissances.
Les premières opérations clandestines d’envergure menées par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale visaient directement l’Europe occidentale. Washington considérait les partis communistes, qui exerçaient une influence considérable en Italie, en France et en Grèce, comme une menace stratégique majeure dans le contexte naissant de la Guerre froide.
France
Pour contenir l’influence communiste au sein du mouvement syndical français, les États-Unis intervinrent dès 1945-1946, notamment par l’intermédiaire d’Irving Brown, représentant européen de la Fédération américaine du travail (AFL). Brown apporta un soutien financier aux syndicalistes anticommunistes regroupés autour de Léon Jouhaux et de la Force Ouvrière, afin de les inciter à rompre avec la CGT, alors sous influence communiste. Cette intervention s’intensifia en 1947, lorsque la crise politique et sociale en France, les importantes grèves de novembre-décembre et le différend relatif au plan Marshall provoquèrent la scission. Le 19 décembre 1947, Jouhaux et plusieurs dirigeants non communistes quittèrent la CGT ; la nouvelle organisation, la CGT-Force Ouvrière, fut officiellement fondée lors de son congrès des 12 et 13 avril 1948.
Italie
En Italie, le Parti communiste italien (PCI) devint, après 1945, l’un des plus importants partis communistes d’Europe occidentale. Les États-Unis intervinrent politiquement et financièrement pour empêcher une victoire électorale communiste. En particulier, la CIA soutint les forces anticommunistes lors des élections de 1948 : financement clandestin de partis et d’organisations favorables à la démocratie chrétienne, campagnes de propagande et mobilisation de réseaux politiques et religieux. La victoire de la démocratie chrétienne, menée par Alcide De Gasperi, constitua un succès majeur pour Washington.
L’Italie devint par la suite un pilier de la stratégie américaine en Europe occidentale et un membre fondateur de l’OTAN.
Grèce : guerre civile et intervention américaine
En Grèce, la guerre civile (1946-1949) fut l’un des premiers conflits majeurs de la Guerre froide. Elle opposa le gouvernement monarchiste, soutenu par les puissances occidentales, aux forces communistes, principalement organisées autour de l’Armée démocratique de Grèce (ADG). Après le retrait britannique, les États-Unis prirent le relais avec la doctrine Truman, annoncée en mars 1947. Washington apporta une aide militaire, économique et logistique massive au gouvernement grec afin d’empêcher une victoire communiste. Le coût humain de la guerre civile fut extrêmement élevé. Les estimations varient selon les sources, mais il est généralement admis que le conflit fit entre 80 000 et 100 000 morts ; des dizaines de milliers de combattants tués dans les deux camps ; entre 20 000 et 40 000 civils tués ou victimes de représailles ; et plus de 700 000 personnes déplacées ou affectées par les combats. La défaite des guérilleros communistes en 1949 consolida l’intégration de la Grèce au sein du bloc occidental. Le pays a rejoint l’OTAN en 1952.
Ces trois exemples montrent que les interventions secrètes américaines n’ont pas commencé dans les pays du Sud : elles ont d’abord été menées en Europe après la guerre afin de consolider un ordre politique favorable aux États-Unis.
5. La CIA et les opérations visant à provoquer un changement politique
À partir des années 1950, la CIA est devenue un instrument majeur de la politique étrangère américaine. Ses opérations comprenaient le renseignement, la propagande, le financement de partis et d’organisations politiques, le soutien à des groupes armés, des opérations de déstabilisation et l’appui à des coups d’État. Les exemples de l’Iran (1953), du Guatemala (1954), de l’Indonésie (1965) et du Chili (1973) illustrent cet aspect. Les révélations de la commission Church au Sénat américain dans les années 1970 ont mis au jour plusieurs programmes clandestins, notamment des complots d’assassinat visant certains dirigeants étrangers.
Parmi les opérations majeures de la CIA, l’invasion de la baie des Cochons à Cuba (1961) est particulièrement remarquable.
À Cuba, après la victoire de la révolution menée par Fidel Castro en janvier 1959, Washington s’attela rapidement à renverser le nouveau régime. La CIA organisa et finança l’entraînement de plusieurs centaines d’exilés cubains, regroupés au sein de la Brigade 2506, en vue d’une invasion de l’île. Le 17 avril 1961, sous la présidence de John F. Kennedy, environ 1 400 hommes débarquèrent dans la baie des Cochons, au sud de Cuba. L’opération bénéficia d’un soutien logistique et aérien américain, mais Kennedy refusa finalement d’engager directement les forces armées américaines. L’invasion fut écrasée en moins de trois jours par les forces cubaines : environ 1 200 membres de la Brigade 2506 furent capturés et plus d’une centaine tués. Cet échec n’entraîna pas l’abandon de la politique de changement de régime : au contraire, Washington intensifia ses opérations clandestines contre Cuba, notamment l’opération Mongoose à partir de novembre 1961, qui combinait sabotage, infiltration, propagande et plans visant à éliminer Fidel Castro. En 2026, Washington avait considérablement intensifié ses mesures contre Cuba afin de mettre fin à la souveraineté de l’île et de la rétablir de fait dans un statut néocolonial.»
Source : https://histoireetsociete.com/les-principales-guerres-des-usa
Vous êtes un adversaire politique du socialisme : c’est votre droit. Mais votre hostilité politique ne constitue pas une démonstration historique et ne dispense pas davantage de connaître les positions réelles du PCF.
Bien à vous,
@lafleur. Mes amis ? Quels amis ? Mes seuls amis sont les démocrates, défenseurs de l’État de droit et des libertés publiques. Ils n’ont jamais ravalé personne au rang d’Untermensch, ils n’ont jamais animalisé personne contrairement à Vychinski dans ses réquisitoires. Le bon communiste est un bon tchékiste, affirmait Lénine, votre maître à penser.
Vous êtes un historien à éclipses et à tiroirs. Vous éludez dans votre panorama l’histoire de l’URSS. Pourquoi donc, alors qu’elle fut un acteur majeur de la période que vous examinez ? Je vous invite à vous y reporter et à la soumettre à la même exigence, pour deux raisons : votre parti a été créé en 1920 pour défendre son régime et l’importer en France. Et tout parti, disposant de la personnalité juridique, est responsable de ce qu’il fait et dit, cela depuis sa fondation. Mais vous pouvez trouver que ces raisons sont mauvaises, tandis que moi je les trouve bonnes, que l’on soit communiste ou anticommuniste.
Peu importe. Ne changez pas votre posture. Continuez.
@Renaud Bernard
[Mes seuls amis sont les démocrates, défenseurs de l’État de droit et des libertés publiques.]
Très bien. Mais cela ne constitue pas encore une démonstration historique. Que vous vous définissiez comme démocrate et défenseur de l’État et des libertés publiques de droit ne dispense pas d’établir précisément les faits que vous imputez à Lénine, à l’URSS ou au PCF.
D’ailleurs qui est un démocrate ? Qui est un défenseur de l’Etat de droit ? Vous dites des choses abstraites.
Par exemple, le PCF a voté contre les accords de Munich. Le PCF a soutenu le peuple vietnamien bombardé par le démocrate Lyndon B Johnson. Pouvez vous élaborer ? En effet, au parlement canadien, des parlementaires ont applaudi un démocrate et défenseur de l’Etat de droit : Yaroslav Hunka.
Zelinsky par exemple interdit plusieurs partis politiques, dont certains avaient une représentation parlementaire à la Rada, et des églises : il n’est pas prêt comme démocrate défendant nos valeurs morales à affronter des élections pluralistes.
Votre vision est manichéenne. Les bons, les méchants. Je ne dis pas que les bourgeois sont moralement méchants ; comme vous pour les marxistes-léninistes. La bourgeoisie défend des intérêts de classe et ceci dans le cadre d’un mode de production et d’échange : le capitalisme. Face à la bourgeoisie comprador et donc dans le cadre d’une contradiction antagonique : l’impérialisme unipolaire de l’Occident global ; nous pouvons comme marxistes-léninistes participer à des fronts avec la bourgeoisie nationale.
[Le bon communiste est un bon tchékiste, affirmait Lénine, votre maître à penser.]
La formule est régulièrement attribuée à Lénine, mais encore faudrait-il en donner la référence précise et le contexte.
Surtout, vous mélangez trois niveaux historiques : Lénine et la période révolutionnaire, la Tchéka des années 1917-1922 et Vychinski, procureur des procès de Moscou. On peut parfaitement étudier leur continuité comme leurs ruptures, mais pas les confondre.
Et oui, l’histoire de l’URSS doit être examinée. Je ne cherche nullement à l’éluder. Je ne suis pas simpliste ou manichéen. Mais l’exigence historique vaut aussi pour votre propre raisonnement.
Dans le contexte de l’époque, qu’auriez vous fait autrement que Lénine ? Il est toujours plus facile de commenter a posteriori que d’agir. Mais, je pense que vous auriez été plutôt un saboteur anti léniniste. D’ailleurs, comme bon démocrate, vous devez être fier de l’écroulement de l’économie française en cours et du processus de fascisation anti communiste.
Je suis gentil. Je vous recontextualise car vous avez des affirmations souvent péremptoire et hors contexte, purement moralisantes. Car le bilan des démocrates des Etats-Unis d’Amérique à cette période ou du régime parlementaire britannique n’était pas fameux. Il en est de même pour les démocrates français : girondins ou orléanistes.
Cette phrase est tirée du discours de clôture de Lénine lors du IXe Congrès du Parti communiste (bolchévique) de Russie, prononcé le 3 avril 1920. Elle dit : « On a parlé fort à propos de la Tchéka. Si votre myopie vous empêche de démasquer certains leaders des coopératives, mettez-y un communiste pour qu’il désigne la contre-révolution, et si c’est un bon communiste – car le bon communiste est aussi un bon tchékiste – placé dans une association de consommation, il devra nous amener au moins deux coopérateurs contre-révolutionnaires. » Au moment où il prononce ces mots, Lénine s’adresse aux délégués du parti au sujet de l’infiltration des réseaux économiques dans les coopératives de consommation par des éléments contre-révolutionnaires. Les coopératives sont le seul et unique moyen de distribuer la nourriture et les biens de première nécessité à près de 75 % de la population. Celui qui contrôle les coopératives contrôle la survie alimentaire du pays. En ce début avril, la Pologne appuie les courants contre-révolutionnaires, soit fait de l’ingérence, pour préparer son offensive. En effet, si la guerre larvée dure depuis 1919, c’est la Pologne qui déclenche la guerre ouverte et totale au printemps 1920. Craignant un retour en force des Soviétiques après leurs victoires face aux Blancs, Piłsudski signe une alliance avec les nationalistes ukrainiens et lance la grande offensive de Kiev le 25 avril 1920. Les troupes polonaises s’emparent de la capitale ukrainienne en mai, provoquant la contre-offensive massive de l’Armée rouge qui manquera de faire tomber. Les historiens ont documenté que de nombreux directeurs de coopératives d’État revendaient secrètement des tonnes de farine ou de sucre saisis par l’État à des réseaux de contrebandiers (les meshotchniki ou « hommes aux sacs ») au lieu de les distribuer via les tickets de rationnement officiels. Et sur 1920, il a été formellement reproché aux opposants contre-révolutionnaires (des SR de droite) d’avoir utilisé les fonds et les imprimeries des coopératives agricoles et de consommation pour financer des cellules armées et organiser des grèves de la faim dans les usines. Je ne pense pas qu’une démocratie (bourgeoise) accepte cela. Soyez un peu honnête. Le procès de Moscou du 8 juin au 7 juillet 1922 devant la Cour suprême du Comité exécutif central pan-russe de la RSFSR ont été publics, comme ceux de 1936-1938, et donc transparents. Ils ont mis « publiquement à nu » les « activités contre-révolutionnaires » de dirigeants socialistes-révolutionnaires de droite, dont Avram Gots et Ievgueni Timofeïev. Les accusations ou charges : ralentir la distribution de pain, cacher des stocks de vêtements destinés à l’Armée rouge en pleine guerre, ou falsifier la comptabilité pour prouver que le système bolchevique était incapable de nourrir le peuple. Malgré le soutien apporté aux accusés par des dirigeants de la Deuxième Internationale (socialiste, SFIO en France par exemple), la cour prononce des condamnations à mort pour douze de ces dirigeants, dont huit membres du comité central du parti. Ces peines sont par la suite commuées en emprisonnement suivi d’exil. En effet, la décision de commuer ces peines de mort a été prise par le Comité exécutif central panrusse présidé par Mikhail Kalinine, sous l’impulsion directe du Politburo dirigé par Vladimir Lénine.
Enfin, Broussilov est un noble et un général de l’ancienne armée impériale. Pourtant, face à la guerre civile et à l’intervention étrangère, il choisit de rester en Russie et de coopérer avec le pouvoir soviétique. Il ne devient pas pour autant un bolchevik convaincu. Ses mémoires montrent au contraire une relation très ambivalente avec le pouvoir soviétique. Mais son raisonnement de 1920 est clair : il oppose la défense de la Russie et de son peuple à ce qu’il considère comme les « sentiments égoïstes de lutte de classes » qui pourraient pousser les anciens officiers à rejoindre les forces antibolcheviques. Et c’est justement ce qui est intéressant du point de vue matérialiste : la position sociale fournit une détermination, pas un comportement automatique. Une fraction d’une classe ou d’une couche sociale peut, dans certaines circonstances historiques, faire des choix politiques qui ne correspondent pas mécaniquement à ses intérêts immédiats de groupe. Il devient notamment président de la Conférence spéciale auprès du commandant en chef de l’Armée rouge. Le passage décisif se trouve dans l’appel « À tous les anciens officiers, où qu’ils se trouvent », publié en mai 1920 et rédigé par Broussilov. Il écrit : « …que nous n’ayons pas, par suite de sentiments égoïstes de lutte de classes, utilisé nos connaissances et notre expérience militaires, oublié notre peuple russe et sacrifié notre mère-patrie, la Russie. » Il y a un autre texte particulièrement intéressant, dans lequel Broussilov explique directement son attitude envers le pouvoir soviétique : « Je me soumets à la volonté du peuple — il a le droit d’avoir le gouvernement qu’il désire. Je peux ne pas être d’accord avec certaines dispositions, avec la tactique du pouvoir soviétique, mais, reconnaissant sa base saine, je mets volontiers mes forces au service de ma patrie que j’aime ardemment. »
[Votre parti a été créé en 1920 pour défendre son régime et l’importer en France.]
En 1920, le futur PCF naît effectivement de la majorité du congrès de Tours qui choisit l’adhésion à l’Internationale communiste. Le PCF lui-même reconnaît aujourd’hui que cette fondation s’inscrit dans le contexte de la Révolution d’Octobre et de l’adhésion à l’Internationale communiste.
Mais dire qu’il a été « créé pour importer le régime soviétique en France » transforme une orientation internationale réelle en une intention unique qui demande, elle aussi, à être démontrée. L’histoire du PCF est celle d’un parti qui a effectivement entretenu un rapport politique très étroit avec l’URSS, mais aussi celle d’une organisation dont les orientations, les pratiques, les conflits internes et les transformations ont évolué pendant plus d’un siècle.
Pour être précis, Marcel Cachin rapporte directement ce que Lénine lui a dit lors de leur rencontre du 19 juin puis de leur entretien du 28 juillet 1920. Lénine ne demande effectivement pas aux Français de « faire la révolution tout de suite » Et il poursuit en expliquant que le problème ne se pose pas ainsi pour les Français, les Italiens ou les indépendants allemands. Ce qu’il demande, selon Marcel Cachin, c’est de préparer les conditions (subjectives) d’une lutte sérieuse et efficace contre le régime impérialiste.
Lénine défend bien l’utilisation du parlementarisme comme moyen de lutte, lors de ses échanges avec les délégués français, et c’est justement un point central de La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), publiée par Lénine en 1920. Il y critique ceux qui veulent boycotter systématiquement les parlements bourgeois. Son raisonnement est : il faut utiliser toutes les possibilités de lutte politique disponibles, y compris les institutions parlementaires, sans pour autant considérer le parlementarisme comme une fin en soi. Lénine n’opposait donc pas participation parlementaire et stratégie révolutionnaire ; il considérait le parlement comme un terrain de lutte parmi d’autres, subordonné à une stratégie de transformation révolutionnaire. Dans son entretien avec Cachin, Lénine insiste précisément sur les traditions révolutionnaires françaises. Cachin rapporte qu’il définit les communistes comme des : « jacobins liés au prolétariat » en faisant référence à Buenarroti et qu’il considère les méthodes de l’Internationale communiste comme susceptibles d’avoir un avenir en France parce qu’elles s’inscrivent, selon lui, dans une tradition révolutionnaire française. Il ne s’agit pas simplement d’exporter mécaniquement le modèle bolchévique russe en France. Lénine ne dit pas à Cachin : importez le régime soviétique. Il dit en substance : construisez en France un parti révolutionnaire organisé, capable de préparer les conditions de la lutte. Et le marxisme-léninisme n’est pas un dogme. Votre conception de la démocratie peut-être. C’est une dialectique matérialiste : un processus. Lénine ne dit pas à Cachin : importez le régime soviétique. Il dit en substance : construisez en France un parti révolutionnaire organisé, capable de préparer les conditions de la lutte. Votre raisonnement Cher Renaud Bernard, écrase précisément les médiations historiques qu’un historien démocrate et objectif devrait restituer. Lire Marc Ferro vous ferait peut-être du bien. Je vous rassure : il n’est pas communiste. Et vous me semblez vivre dans un environnement du communisme trotskisant digne des néo conservateurs. En effet, on peut parfaitement reconnaître le lien politique originel avec la Révolution russe sans transformer ce lien en identité permanente et immuable entre le PCF et l’État soviétique. Et surtout, le témoignage de Cachin permet de t’opposer quelque chose de très concret : Lénine ne présente pas en 1920 la tâche française comme une insurrection immédiate ni comme la simple reproduction institutionnelle du modèle soviétique. Il parle de préparation, d’organisation, de formation, de lutte politique et de conditions nationales.
Lénine cherche à construire une Internationale révolutionnaire, mais il raisonne aussi en fonction des caractéristiques nationales, de l’histoire politique et des traditions propres aux différents mouvements ouvriers.
Le PS-SFIC puis le PCF n’est pas un parti monolithique. Il est composé de deux courants historiques : le syndicalisme révolutionnaire (d’où la CGTU devient communiste en 1925) et du parlementarisme agrarien (démocrates socialistes hérités de la Montagne ou autrement dit les robespierristes et ceux qui s’en rappelleront : Babeuf, Buonarroti etc.).
Vous voyez le PCF comme un parti blanquiste. Ce n’est pas le cas. C’est d’ailleurs une des raisons ou sur ce site j’ai des dialogues de sourds avec quelques insoumis notoires.
[Tout parti, disposant de la personnalité juridique, est responsable de ce qu’il fait et dit, cela depuis sa fondation.]
Oui. Et votre parti ? Vous n’avez pas répondu sur ce point précis ?
Mais, il faut distinguer, pour tout parti, la responsabilité juridique, la responsabilité politique et la responsabilité historique. La personnalité juridique d’un parti ne permet évidemment pas de rendre mécaniquement ses militants de 2026 responsables de tout ce qu’a fait une organisation fondée en 1920… enfin avant car la majorité du PS-SFIO est devenu le PS-SFIC, puis le PC-SFIC et depuis 1943 le PCF avant la disparition de la IIIème Internationale le Komintern étant remplacé par le Kominform qui a disparu en 1956.
La SFIO a tenu son tout premier congrès du 23 au 25 avril 1905 à Paris, dans la salle du Globe (boulevard de Strasbourg). Et avant, le Parti ouvrier français (POF) qui a été officiellement créé en novembre 1879 lors du congrès de Marseille (appelé le Congrès ouvrier socialiste de France). À sa fondation, l’organisation s’appelait initialement le Parti ouvrier (ou Fédération du parti des travailleurs socialistes de France), avant de prendre définitivement le nom de Parti ouvrier français (POF) en 1893. Pourquoi le POF ? Car Karl Marx et de Friedrich Engels ont joué un rôle central et déterminant dans la rédaction du programme du POF en 1880 qui est le parti marxiste social-démocrate en France.
J’attire votre attention que le marxisme lie bien social (faire société) et démocratie et le socialisme est un processus nourrit des expériences historiques d’où le matérialisme historique afin de passer du Capital (capitalisme) au Communisme qui est un autre mode de production et d’échange. Et ce passage n’est pas aidée par les tenants du capitalisme. L’abolition du servage ou avant de l’esclavage comme mode de production en cours en Europe occidental n’a pas aussi été facilité par les classes dominantes et dirigeantes.
En revanche, oui, une organisation politique peut parfaitement assumer son histoire, y compris ses erreurs, ses compromissions et ses responsabilités. Je suis critique du révisionnisme khrouchtchévien par exemple ou du maoïsme. C’est précisément pour cela qu’il faut l’étudier sérieusement plutôt que la transformer en acte d’accusation global. Je suis aussi très critique sur la période de mutation à partir de 1994 du PCF et critique de la période post-mutation qui en terme de Congrès s’est achevée en 2018. Mais, j’apprécie évidemment les marxistes-léninistes occidentaux : Gramsci, Poulantzas, Luckas, etc. Ma vision du marxisme-léninisme est aux antipodes de celles des courants trotskistes.
Et c’est là que je trouve votre dernier paragraphe révélateur : vous me reprochez de ne pas appliquer « la même exigence » à l’URSS. Je suis parfaitement disposé à le faire. Mais la même exigence doit alors porter sur les faits, les périodes, les acteurs, les rapports de forces et les responsabilités concrètes, et non sur une histoire téléologique où 1920 suffirait à expliquer tout le siècle communiste (en réalité socialiste). Et ce siècle ne faut pas un échec même si l’URSS a connu une défaite. Nous sommes dans un processus d’apprentissage, comme l’a bien analysé Domenico Losurdo.
Dans son rapport du 2 août 1935, Dimitrov, secrétaire de l’international communiste, a répondu directement à l’objection selon laquelle les communistes seraient indifférents aux libertés démocratiques. Il affirme : « Nous défendons […] chaque pouce des libertés démocratiques bourgeoises que le fascisme et la réaction bourgeoise attaquent. » Et il précise que les communistes continueront à les défendre parce que les intérêts de la lutte de classe du prolétariat l’exigent. Il donne même des exemples très concrets : droit de grève, statut légal des syndicats, droit de réunion, liberté de la presse et extension du suffrage. Il rappelle que ces droits ont été conquis par les luttes ouvrières et révolutionnaires. En d’autres termes, rassurez vous, Cher Renaud Bernard, Dimitrov ne nie pas la valeur des libertés publiques sous prétexte qu’elles sont inscrites dans une démocratie bourgeoise. Il explique au contraire que leur défense concrète fait partie de la lutte de classe contre la réaction et le fascisme. Dimitrov ne dit absolument pas : « Les communistes deviennent des défenseurs abstraits de la démocratie libérale. » Il dit quelque chose de beaucoup plus dialectique : les communistes se réclament de la démocratie soviétique, qu’ils considèrent comme une forme supérieure de démocratie, mais dans les pays capitalistes ils défendent les libertés démocratiques existantes contre leur suppression par le fascisme et la réaction. Les communistes ne proposent pas, dans le cadre de la lutte antifasciste immédiate, de constituer un front commun ayant pour objet de proclamer la dictature du prolétariat. Et c’est là que Gramsci prolonge utilement, tout comme Poulantzas ou encore Luckas, le léninisme (non révisionniste) avec : l’hégémonie et l’Etat.
Vous dites : « Continuez. » Je continuerai donc, mais avec une méthode simple : ni amnésie sur l’histoire soviétique, ni procès rétrospectif qui dispense d’analyser cette histoire dans sa complexité.
Comprenez bien que je regrette que vous présentiez comme allant de soi l’opposition entre communisme (marxisme-léninisme) et défense des libertés publiques. C’est historiquement beaucoup plus compliqué. Domenico Losurdo, dans Rivoluzione d’Ottobre e democrazia, écrit : « Le processus de démocratisation commencé avec la Révolution d’Octobre est encore loin d’être achevé. » Il ne s’agit évidemment pas pour lui de nier les contradictions, les répressions ou les atteintes aux libertés commises dans l’histoire soviétique sous Khrouchtchev. Il s’agit de rappeler que l’histoire de la démocratie ne se réduit pas à celle des institutions libérales occidentales. Losurdo insiste notamment sur le rôle de la Révolution d’Octobre dans le processus mondial de décolonisation et d’émancipation, ainsi que sur la contradiction entre les libertés proclamées du « monde libre » et la situation des peuples colonisés et des populations d’origine coloniale, notamment les Noirs aux États-Unis. La question historique n’est donc pas : « URSS ou démocratie ? » Elle est de savoir comment penser ensemble les contradictions de l’expérience soviétique, la lutte antifasciste, la décolonisation, les droits civils et l’élargissement historique de la démocratie. C’est précisément ce que votre lecture binaire, que je regrette bien sincèrement, ne permet pas de faire.
Des gaullistes authentiques savaient le faire. Je pense particulièrement au poète Vercors. Avec la contre-révolution actuelle, le manichéisme l’emporte. C’est bien dommage.
@Lafleur. Continuez disais-je, cet encouragement était une forme de conclusion. Je me défierais de tomber en dialoguant avec vous dans une régression à l’infini. Il me suffit de constater que dans notre pays la parole est libre, ce qui n’a jamais caractérisé aucun régime socialiste, et de vous inviter à le constater vous-même.
Mais vous vous entêtez dans des erreurs de fond, sans qu’il soit possible, apparemment, de vous ramener à la raison. Par exemple ce blocage qui vous empêche de comprendre qu’en politique il n’y a pas d’expérience. Je vous l’ai déjà dit. Parleriez-vous d’expérience nazie ? Diriez-vous qu’en 1945 l’expérience nazie a échoué ? Non bien sûr vous ne le diriez pas, personne ne dirait une telle sottise. Cela vaut pour tous les régimes.
Je ne poursuis pas le but de vous démontrer la supériorité du principe juridique qui ne crée pas d’exclusivité dans le régime de propriété, sauf à répondre des abus, devant celui qui impose cette exclusivité et l’attribue à l’Etat, seule personne habilitée à posséder. Au demeurant, que cette dernière conception soit aujourd’hui abandonnée par tous les gouvernements, même les gouvernements communistes, ne constitue pas une preuve. Cela ne constitue pas non plus la preuve du contraire : le schéma politique que vous projetez n’existe pas, n’a jamais existé.
Je ne me réclame d’aucun parti. Je suis un citoyen à qui il arrive de dire ce qu’il pense. Vous me reprochez d’être manichéen, de voir le monde divisé en bons et en méchants. C’est plutôt vous qui êtes dans la binarité démonstrative et accusatoire, vous qui parlez de saboteurs, d’éléments contre-révolutionnaires. Les hommes ne sont pas des éléments dès lors qu’ils sont anticommunistes. Ils restent des hommes. Vous n’admettez pas le simple fait qu’on s’oppose à vous. De nous deux qui est manichéen ? À mes yeux tous les Français sont de bons Français, sans égard pour leurs opinions, mêmes celles qui avoisinent les limites de leur champ possible. Un Français partisan du PCF est un bon Français. Un Français partisan du RN est aussi un bon Français. Cela c’est ma conception. Est-ce la vôtre ?
Bonjour Renaud Bernard, Cher citoyen d’aucun parti,
Un bon français… que dire ? Pour vous donc des bons et des méchants. Qui sont les méchants ?
Nous avons surtout un désaccord de méthode.
Vous écrivez : « dans notre pays la parole est libre ». Oui, les libertés d’expression et d’opinion sont des libertés fondamentales auxquelles je suis attaché. Mais votre formulation présente comme une évidence intemporelle ce qui est en réalité une construction historique et juridique.
La Déclaration de 1789 elle-même ne dit pas que la liberté de parole est absolue. Son article 11 proclame la libre communication des pensées et des opinions, tout en précisant que chacun doit répondre de l’abus de cette liberté « dans les cas déterminés par la loi ». Son article 10 encadre également la manifestation des opinions par l’ordre public établi par la loi. Et la loi de 1881 n’est pas davantage un principe de liberté sans limites : elle organise juridiquement la liberté de publication tout en définissant des délits de presse, notamment la diffamation, l’injure et certaines provocations.
Cela ne signifie évidemment pas que « la France n’est pas une démocratie » ou que nos libertés publiques seraient fictives. Ce serait absurde. Cela signifie simplement qu’une analyse historique sérieuse ne peut pas opposer abstraitement « démocratie (pour vous capitalisme) = liberté » et « socialisme = absence de liberté ». Le capitalisme est une forme sociale, un mode de production et d’échange, comme le socialisme, phase de transition vers le communisme.
Il faut regarder les institutions, le droit, les périodes historiques, les rapports de forces et les pratiques concrètes. Vous me reprochez de raisonner en termes historiques : c’est pourtant ce qu’il faut faire. Les libertés bourgeoises elles-mêmes sont le produit de luttes historiques et ont connu des restrictions considérables selon les périodes. Une démocratie parlementaire peut proclamer des libertés et, dans certaines circonstances, les restreindre fortement.
Et il existe un autre angle mort dans votre démonstration : la violence politique exercée contre les communistes et les mouvements révolutionnaires par des régimes anticommunistes soutenus par des puissances occidentales. Prenons un seul exemple, suffisamment documenté pour éviter toute polémique inutile : l’Indonésie de 1965-1966. L’armée et ses auxiliaires y ont massacré au moins 500 000 personnes, principalement des membres ou sympathisants supposés du Parti communiste indonésien, avec des estimations pouvant atteindre un million. Les archives américaines déclassifiées montrent que les États-Unis étaient informés des massacres et qu’ils ont notamment apporté un soutien matériel et informationnel à l’armée indonésienne.
Aux États-Unis, le Smith Act de 1940 a permis notamment la poursuite de responsables communistes au titre de leur organisation et de leur propagande ; la période du maccarthysme a ensuite produit une répression politique et professionnelle considérable contre les communistes et leurs sympathisants.
En France même, la République parlementaire a connu des restrictions massives de libertés en période de guerre ou de crise, notamment pendant la Première Guerre mondiale et la guerre d’Algérie. Vous oubliez par exemple le jeune mathématicien Maurice Audin etc. etc.
Je ne vous dis pas cela pour établir une comptabilité macabre. Ce serait une méthode intellectuellement médiocre que je laisse aux anti communistes primaires. Je vous demande simplement ceci : si l’existence de violences et de répressions suffit à invalider un système politique, pourquoi appliqueriez-vous ce raisonnement à certains régimes et pas à d’autres, dont ceux relevant de la démocratie libérale parlementaire, y compris sur la liberté d’expression ?
C’est précisément là que le matérialisme historique se distingue d’un raisonnement abstrait sur les « bons » et les « mauvais » régimes. Il cherche à comprendre les rapports sociaux, les classes, les institutions, les intérêts matériels et les circonstances historiques qui produisent les décisions politiques.
Et sur votre expression « bons Français », je ne vois pas en quoi cela règlerait le débat. Les marconistes ne sont pas mauvais. Ils défendent avec l’extrême centre leurs intérêts sociaux : alliance de classe appelé par Jérôme de Sainte Marie (sociologue intéressant indépendamment d’être au RN), le bloc élitaire. Comme communiste, nous parlerions plutôt de bloc bourgeois. Après, il pense que le RN est le bloc populaire. Nous divergeons, bien évidemment. Le RN est une formation de la domination de la bourgeoisie. Il est classé à droite de l’échiquier politique. Son président travaille à l’union des droites avec l’UDR etc. Mais, effectivement, nous admettons, nous que le RN a réussi quelque chose aujourd’hui que la gauche et le mouvement communiste ont longtemps abandonné, d’où mon débat avec l’insoumis Lucien Mutzenberg : transformer une partie du mécontentement populaire en force politique. Mais il ne faut pas confondre cette réussite électorale avec la constitution d’une classe populaire ou bloc populaire consciente d’elle-même et de ses intérêts historiques.
Pour ma part, je n’ai jamais soutenu qu’il existait de « bons Français » communistes et de « mauvais Français » anticommunistes. Vous êtes dans la morale abstraite. Un communiste, un socialiste, un gaulliste, un libéral ou un électeur du RN sont tous des citoyens français et disposent des mêmes droits civiques.
Mais être citoyen français n’impose à personne de considérer toutes les opinions comme également fondées.
Vous avez le droit d’être anticommuniste ; j’ai le droit de considérer votre argumentation historiquement insuffisante. Nous pouvons nous opposer politiquement sans nous dénier mutuellement notre humanité ou notre citoyenneté.
Vous dites que « le schéma politique que je projette n’existe pas, n’a jamais existé ». Mais c’est précisément pourquoi je parle de construction politique et de conquête : je ne prétends pas qu’une société communiste idéale ait déjà existé quelque part dans l’histoire. URSS = Union des républiques SOCIALISTES soviétiques. Le socialisme est un processus matériel dialectique. La RPC parle depuis 1976 de stade primaire du socialisme. La résolution de 2024 sur l’approfondissement des réformes parle toujours de « socialisme à la chinoise » et fixe notamment comme objectif, à l’horizon 2035, l’achèvement d’une économie de marché socialiste de haut niveau et la modernisation socialiste. Cuba se revendique aussi au stade primaire du socialisme : Son problème historique est différent : petite économie insulaire, blocus américain, dépendance historique aux importations, faiblesse des forces productives et très fortes contraintes extérieures. Depuis plusieurs années, Cuba a donc introduit davantage de mécanismes marchands et de formes de propriété privée ou coopérative, sans présenter officiellement cela comme une sortie du socialisme. Les réformes économiques se poursuivent encore en 2026.
Le socialisme n’est pas une ontologie politique, désolé de me répéter : c’est un processus historique de transformation des rapports sociaux de production et de pouvoir. Et cela implique une conséquence importante : un pays ne devient pas « socialiste » une fois pour toutes ou ne peut plus l’être ou ne le sera pas etc. Il peut avancer, connaître des contradictions, des compromis, des reculs ou des réorientations. Domenico Losurdo parle ainsi de phases d’apprentissage.
Enfin, la Constitution de 2015 définit le Népal comme une république démocratique fédérale orientée vers le socialisme, mobilisant simultanément les secteurs public, privé et coopératif. Les partis communistes népalais ont choisi une stratégie de transformation par la démocratie multipartite et les institutions républicaines, avec une économie mixte et préservant dans certains secteurs la place du marché pour garantir le libre choix de besoins personnels ne répondant pas à des besoins sociaux. Le CPN-UML défend dans ce cas une combinaison de politiques étatiques et orientées vers le marché.
Le matérialisme historique consiste justement à ne pas prendre les sociétés existantes comme des modèles éternels. Il consiste à partir du réel, à en comprendre les contradictions et à chercher les conditions matérielles permettant de le transformer.
Vous voulez démontrer que le communisme est impossible à partir des expériences historiques qui s’en sont réclamées.
Moi, je considère que ces expériences doivent être étudiées, critiquées, comprises dans leurs conditions historiques et, lorsqu’elles ont produit des impasses ou des crimes, clairement assumées comme telles. Mais cela ne dispense pas davantage d’étudier les violences produites par les régimes capitalistes, coloniaux et donc ouvertement anticommunistes. La guerre civile en Grèce après 1945 n’est pas le meilleur bilan du parlementarisme libéral britannique.
Sinon, ce n’est plus de l’histoire comparée et une compréhension effective des faits passés : c’est une démonstration à sens unique et des slogans.
Et finalement, c’est peut-être là notre véritable désaccord : vous partez d’un principe juridique et politique pour juger l’histoire ; je pars de l’histoire, des rapports sociaux et de leurs contradictions pour comprendre les principes et les institutions.
@Lafleur. C’est le capitalisme qui n’est pas un régime et le socialisme qui en est un. Je n’ai jamais dit que démocratie = capitalisme = liberté et que socialisme = absence de liberté. Je dis que la logique du parlementarisme n’est pas la logique du socialisme et que les deux sont incompatibles. Mais chacun est libre de préférer l’une ou l’autre, de le dire et d’agir pour la faire triompher. On a cette liberté dans la démocratie, on ne l’a pas dans le socialisme. Ouvrez l’histoire des régimes socialistes et donnez-moi un contre-exemple.
Que dis-je c’est déjà fait, vous l’avez ouverte puisque vous vous appuyez sur elle pour construire la part politique de votre personnalité. Elle devrait vous accabler. Mais que ferait le croyant d’une religion à qui on apporterait la preuve absolue, la preuve historique, que sa théologie est une chimère et sa pastorale une route semée de cadavres ? Il continuerait à croire, parce que cesser de le faire procéderait du reniement de soi. Continuez.
Cher Renaud Bernard, Cher « citoyen sans parti »,
Votre raisonnement repose sur une confusion théorique fondamentale : vous assimilez le socialisme à une forme de régime politique et le parlementarisme à une garantie de liberté. Or, le capitalisme et le socialisme renvoient d’abord à des rapports de production et à des formes de propriété ; le parlementarisme relève de l’organisation politique. Les rapports entre ces dimensions doivent être analysés historiquement, et non déclarés incompatibles par définition.
Jaurès, dès 1893, défendait précisément l’articulation entre République politique et République sociale : le suffrage universel permet aux travailleurs de changer leurs représentants, mais ne leur donne pas, à lui seul, la maîtrise de l’économie. Il ne proposait pas d’abandonner les libertés démocratiques, mais de leur donner un contenu social effectif. Thorez, dans un autre contexte historique et selon une autre stratégie, a lui aussi inscrit le combat communiste dans la conquête de droits démocratiques et sociaux. L’histoire du mouvement ouvrier ne se réduit donc pas à votre opposition binaire. L’orientation du PCF adoptée en 2026 ne remet pas en cause le fonctionnement parlementaire bien au contraire.
Votre argument selon lequel il suffirait d’ouvrir les livres d’histoire pour constater l’incompatibilité entre socialisme et liberté ne démontre rien de tel. Vous professez une loi universelle que vous posez sans la démontrer. Je vous ai parlé du Kerala et du Bengale occidental ainsi que du Népal ; et d’autres exemples dont la RPC qui dispose d’un parlement.
Et le parlementarisme, parlons-en concrètement ! La France parlementaire n’a pas empêché la répression sanglante de la manifestation pacifique des Algériens du 17 octobre 1961 à Paris. Les faits sont documentés par l’INA. Une Constitution, des élections et un Parlement ne constituent donc pas, à eux seuls, une protection absolue contre l’arbitraire. Il faut aussi des droits effectifs, des garanties juridiques, des contre-pouvoirs et la capacité des travailleurs à s’organiser.
Actuellement, Amesty international fait le constat de la violation de droits constitutionnels et d’une disproportion et donc de l’illégalité d’actes par des forces de l’ordre qui jettent le discrédit sur l’institution par des violations de libertés.
La question n’est donc pas de choisir abstraitement entre parlementarisme et socialisme. Elle est de savoir comment transformer les rapports de propriété et le pouvoir économique tout en garantissant la souveraineté populaire, le pluralisme, les libertés d’expression, de réunion, de manifestation et d’organisation syndicale.
Pourquoi ces libertés devraient-elles devenir incompatibles avec le socialisme ?
Enfin, comparer votre contradicteur à un croyant incapable de renoncer à sa religion ne réfute aucun de ses arguments. C’est lui prêter une incapacité à penser plutôt que discuter ses thèses. Le matérialisme historique exige précisément d’examiner les faits, les contradictions et les conditions concrètes de chaque expérience.
Vous réclamez un contre-exemple historique absolu, comme si l’existence d’une expérience suffisait à régler définitivement la question. Mais votre propre raisonnement est irréfutable seulement parce que vous avez décidé d’avance que toute expérience socialiste invalide le socialisme, tandis que les défaillances du parlementarisme n’invalideraient jamais celui-ci.
La démocratie ne se réduit pas au bulletin de vote ; la liberté ne se réduit pas au droit de choisir périodiquement ses gouvernants ; et l’émancipation politique reste incomplète tant que les travailleurs demeurent privés de pouvoir sur les conditions matérielles de leur existence. C’est cette contradiction que le mouvement ouvrier cherche historiquement à dépasser, non en renonçant aux libertés, mais en donnant à leur exercice un fondement matériel et social.
Vous confondez finalement le marxisme avec un dogme, alors qu’il repose précisément sur une démarche inverse : le matérialisme historique et la dialectique matérialiste. Il ne s’agit ni de sanctifier les expériences socialistes ni de les condamner en bloc, mais d’en étudier concrètement les conditions historiques, les rapports de classe, les contradictions, les institutions et les résultats. Une expérience historique n’est pas une preuve théologique : elle est un objet d’analyse. La critique des erreurs et des impasses est indispensable à toute démarche scientifique. Refuser cette méthode au nom d’une condamnation générale du socialisme, c’est substituer à l’analyse dialectique une conception figée de l’histoire. Et me comparer à un croyant incapable de renoncer à sa foi ne répond à aucun de mes arguments : cela évite juste de les discuter.
Salutations citoyennes
Continuez.