Police : banalement facho et présumée innocente
À Carcassonne, six heures d’enregistrement révèlent les propos racistes, misogynes, complotistes et putschistes de policiers municipaux, dont le chef est aussi membre du RN et du service d’ordre de Jordan Bardella. Que se passe-t-il lorsque ceux qui les prononcent portent des armes et ont pour mission la sûreté publique ?
Il faudrait pouvoir dire qu’il ne s’agit que de propos racistes tenus par quelques policiers municipaux, de paroles honteuses captées par une caméra restée allumée par inadvertance. Ce serait trop simple. Car ce que montre l’enregistrement de six heures révélé par Midi Libre, ce n’est pas seulement la vulgarité ou le racisme de quatre ou cinq agents d’une brigade municipale de Carcassonne : c’est le monde mental de l’extrême droite où l’étranger est un « bougnoule », le migrant un « Kirikou » qu’on écrase avec sa voiture, la gauche une bande de « gauchiasses », les femmes des « connasses », où les théories complotistes circulent comme des évidences et où l’idée d’un coup d’État est accueillie avec enthousiasme. Le plus inquiétant n’est peut-être même pas ce qu’ils disent mais la facilité avec laquelle ils le disent, entre deux interventions, dans une voiture de police, en connivence, comme si tout allait de soi.
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Le racisme apparaît d’abord comme une langue ordinaire, presque banalisée entre collègues : « Ils roulent vite, ces bougnoules, hein ? Hier, ils étaient sur un chameau, aujourd’hui une voiture… » ; « J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan… » ; ou encore, à propos d’un passant : « C’est un bougnoule qui pue le kebab ».
La séquence qui suit un appel signalant qu’une voiture a peut-être percuté un passant donne à cette parole raciste une dimension particulièrement glaçante. « J’espère que c’est pas un gamin », dit d’abord le policier. Puis : « c’est peut-être un migrant, un petit Kirikou ». Il poursuit : « Kirikou dans la savane, il est percuté, il est venu en France, il est percuté par un véhicule ». Et lorsqu’il est confirmé qu’une personne a bien été percutée : « Imagine, il vient en France, il se fait buter par une voiture communiste ».
La même mécanique se retrouve lorsqu’ils évoquent la guerre d’Algérie. À propos des violences commises pendant la colonisation, l’un des policiers lance : « Et alors ? On a niqué des bougnoules, on a niqué des bougnoules ! Et eux, combien de soldats ils ont niqué ? […] Après, où commence la torture ? » La discussion se poursuit sur les peuples africains, réduits à des « singes ». « Gauche de merde, ça, c’est des LFIstes, ils veulent qu’on donne tout aux bougnoules, nos maisons, nos filles. » Puis vient l’opposition entre « la petite Française qui bosse pour gagner ses trois sous » et « trois bicots » qui auraient touché « 1000 balles à la CAF ».
Après avoir écouté ce tombereau d’immondices, d’hommes entre eux, dont le chef – le plus bavard – est un notable du RN, membre bénévole du service d’ordre de Jordan Bardella, on ne peut que se demander : c’est ça qui nous attend si Marine Le Pen devient présidente ?
Une vision tout aussi brutale des rapports entre les hommes et les femmes. « Le père, c’est le père à la base, hein, c’est lui qui bande et qui a les muscles. Cro-Magnon, ça marchait comme ça », explique l’un des policiers. Puis, à propos des femmes : « Les connasses à l’époque dans les grottes, si elles étaient pas avec leur mec, elles se faisaient buter à l’extérieur ». À ce masculinisme s’ajoute la théorie complotiste et transphobe visant Brigitte Macron : « Quand tu as un président qui prend une bite dans le cul par son transgenre et qu’on essaie de cacher ça au monde entier… »
Et il y a la politique, ou plutôt son envers autoritaire. « On est devenus chrétiens sous Clovis, on va devenir musulmans sous Macron », lance le policier, avant que la conversation ne bascule vers le fantasme d’un renversement du régime : « Il nous manque un général à grosse paire de couilles, un p’tit coup d’État, une petite dictature en France, ça ferait pas de mal ». Un autre ajoute : « Il faut que les Russes viennent ici ».
Après avoir écouté ce tombereau d’immondices, d’hommes entre eux, dont le chef – le plus bavard – est un notable du RN, membre bénévole du service d’ordre de Jordan Bardella, on ne peut que se demander : c’est ça qui nous attend si Marine Le Pen devient présidente ? Vertige – même si l’on sait. Bien sûr que l’on sait.
Mais on se dit aussi : c’est ça que se racontent les policiers quand ils sont entre eux. C’est donc ce genre de pensées, aussi atroces qu’élaborées, qui les motivent quand ils s’adonnent aux violences policières que l’on voit trop souvent ? Et dire que ces policiers municipaux ont été embauchés par l’ancienne municipalité de Carcassonne qui n’était pas encore RN. Ce n’est donc pas une exception liée aux seules municipalités d’extrême droite. Le problème est plus grave et plus systémique. Et une loi, votée en première lecture à l’Assemblée nationale, pourrait leur donner une présomption de légitime défense, un permis de tuer. Glaçant.