Netanyahou et la vérité alternative

bibi lci

Jeudi soir, Benjamin Netanyahou a donné un entretien à la chaine LCI. Cette invitation au cœur de la guerre à Gaza et des attaques contre des camps de réfugiés du Premier ministre israélien a suscité émotion, condamnations et manifestations.

Conduit par le journaliste Darius Rochebin, cet entretien du chef du gouvernement de droite et d’extrême droite a révélé sa culture du mensonge abominable. Ainsi, Netanyahou a prétendu mener une guerre précautionneuse à l’égard des civils et affirmé que pas plus d’un civil pour un militant du Hamas a été tué. Son cynisme était estomaquant lorsqu’il assura livrer l’équivalent de 3200 calories par Palestinien quand 2200 suffirait. Contre les manifestations dans son pays, il a asséné que sa justice était « la plus indépendante de toute la galaxie » (sic) et que toutes les erreurs de guerre faisaient l’objet d’enquête et de sanctions le cas échéant. Dans la foulée, il affirma que la Cour pénale internationale était destinée aux États sans système judiciaire solide. Israël n’est donc pas, par principe, concerné. Et lui par la même occasion. Bref, Netanyahou nous a parlé d’un autre monde, celui de la vérité alternative.

Interrogé sur les issues de cette guerre, il a récusé par principe la création d’un État palestinien et assuré que les installations en Cisjordanie n’étaient pas des colonies et qu’elles occupaient tout au plus 3 % du territoire de Jordanie. Destiné au public français et, à travers LCI au monde occidental, il s’est présenté comme le rempart contre le terrorisme. Faisant un parallèle avec l’Ukraine, il s’est dit être aux avant-postes du combat pour la sécurité et la démocratie : « Notre combat c’est votre combat ».

C’était l’un de ses plus gros mensonges. La politique d’Israël est fondée, depuis longtemps, sur l’illusion que circonscrire les Palestiniens et les Arabes est la clé de leur sécurité. L’histoire jusqu’au 7 octobre montre qu’il n’en est rien. Cette politique nourrit les réactions violentes, légitimes ou non. Et cela engendre une insécurité considérable pour le monde entier. 

Cette prestation, découpée en petites séquences et diffusée sur les réseaux sociaux, alimente la propagande de son État. Il s’agit bien d’une offensive pour tenter de contrer le mouvement de condamnation qui s’installe, pour peser sur le gouvernement français et le contraindre à ne pas franchir le pas de la reconnaissance de l’État palestinien.

La France n’a sûrement pas été choisie par hasard pour cette offensive idéologique. On sait qu’ici les tensions politiques sont vives sur le sujet, des deux côtés. L’opinion publique occidentale hésite ; elle est proche de basculer et la demande de sanctions contre l’État israélien, l’embargo sur les armes devient un enjeu tangible, en Europe et aux États-Unis ou Joe Biden joue son élection. Israël n’est plus hors du regard, lucide et critique. Il lui est demandé de respecter le droit international.

L’offensive de Benjamin Netanyahou avait un objectif idéologique, celui d’inscrire la guerre de Gaza dans le continuum des guerres, de destruction des régulations internationales initiées après le 11 septembre 2001. Il a présenté ce combat non comme un affrontement de territoire et de souveraineté mais comme une nouvelle guerre de religion, celle du bien contre le mal. L’Iran a été longuement décrit comme le cœur du réacteur qui va nous détruire. Benjamin Netanyahou a illustré l’enjeu de la désignation du Hamas comme terroriste : justifier toutes les exactions et abominations contre les populations. Ce discours espère une écoute bienveillante dans un pays toujours meurtri par le souvenir des attentats de 2015 et où l’extrême droite est si haute.

Benjamin Netanyahou est le chef de guerre d’un État et celui d’un camp du nationalisme, du suprématisme, du fascisme. La France, où l’extrême droite espère des scores mirifiques, devient un enjeu dans cet affrontement planétaire. Elle devient le maillon faible à faire sauter.

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6 commentaires

  1. Frédéric Normand le 31 mai 2024 à 22:59

    Ce qui est excessif est insignifiant. Se tromper sur le sens des mots n’arrange rien. Benyamin Netanyahou a beaucoup de défauts, il s’est laissé piéger par le Hamas, sa stratégie tient pour négligeable le coût humain de toute guerre, fût-il exorbitant, pour autant il n’est pas un fasciste. Le fascisme suppose un régime de parti unique. Il n’entre pas dans les buts du Likoud, son parti, d’en établir un en Israël. Les régimes de parti unique sont de ceux qu’il combat. C’est sa méthode qui est condamnable.

    • Florent le 4 juin 2024 à 07:59

      Netanyahu ne s’est pas fait piéger par le Hamas. Comme l’ont rappelé le quotidien israélien Haaretz et le site +972, sa politique a été de toujours renforcer bien avant le 7 octobre 2023 le Hamas pour saborder l’Autorité palestinienne et éviter la création d’une structure viable en Palestine (Gaza et Cisjordanie) qui conduirait à la création d’un état palestinien. Quant à son positionnement idéologique, il reprend tous les codes, linguistiques notamment, des régimes totalitaires qu’a connu le XXème siècle et rien ne dit qu’il combat les régimes de parti unique. Là aussi, au contraire, il semble plutôt y adhérer si on considère sa tentative de modifier les pouvoir de la Cour suprême en l’affaiblissement, et sa censure de la presse.

      • Frédéric Normand le 4 juin 2024 à 15:22

        Le Hamas est un mouvement révolutionnaire d’extrême-gauche, terroriste, qui subordonne toute action à son seul but : la destruction d’Israël en tant qu’Etat et son remplacement par la Palestine dans les limites de l’ancien mandat britannique. Il ne cherche pas de solution négociée, ne connaît que les rapports de force et se rit des pertes humaines pour peu qu’elles lui apportent un bénéfice politique sans obérer sa force militaire. Que sont pour lui quelques dizaines de milliers de morts civils, en regard de la population totale palestinienne, s’il peut retourner l’opinion mondiale en sa faveur ? Un avantage diplomatique. C’est ce qui arrive.

        L’intransigeance de Netanyahou sert la logique révolutionnaire du Hamas. Elle contamine les pays démocratiques. Par exemple elle a trouvé un écho favorable en France dans les rangs de l’extrême-gauche. La réticence de LFI à ne pas condamner le Hamas est à elle seule significative du bénéfice politique qu’il a retiré de son attaque du 7 octobre.

        C’était un piège. Netanyahou a toujours voulu jouer au plus fin avec le Hamas, jouant cette carte empoisonnée pour délégitimer a priori toute négociation en vue de mettre en œuvre une solution à deux Etats. Mais qui est le plus fin ? Que sera le dernier à être le plus fin ? Celui qui n’a cure de l’opinion publique, ou celui qui doit en tenir compte, dans son propre pays comme sur la scène internationale, où ses alliés sont des pays démocratiques.

        La politique de Netanyahou est détestable et dangereuse à terme, elle est aussi criminelle que celle du Hamas, dans une autre logique. Opter pour la sécurité contre la paix est à l’évidence un non-sens : c’est confondre les causes et les effets. Mais rapprocher le gouvernement israélien des régimes totalitaires du siècle dernier est insensé : Netanyahou n’est ni un nazi, ni un fasciste, ni un communiste. Il n’a rien à voir avec ces régimes et devra faire face bientôt à des élections législatives, prévues le 27 octobre : si son parti ne parvient pas à réunir une majorité autour de lui à la Knesset, il se retirera du pouvoir. Le Hamas n’a pas ce genre de souci.

        • bob le 18 juin 2024 à 08:41

          le fascisme peut prendre differentes fornes

          hamas d extreme gauche ???!

          faut il repondre aux ânes?



    • bob le 18 juin 2024 à 08:39

      le fascisme peut prendre differentes fornes

  2. Lucien Matron le 3 juin 2024 à 19:15

    Le gouvernement de Netanyahou n’a absolument rien de démocrate : c’est une coalition nationaliste, raciste, et suprémaciste qui pratique une politique d’apartheid à l’égard des palestiniens tous considérés comme des terroristes. Ces arguments sont exactement les mêmes que ceux qu’utilisaient le gouvernement raciste d’Afrique du Sud contre l’ANC de Mandela. La comparaison des déclarations est étonnante. En définitive, le gouvernement israélien, dont la force armée est sans commune mesure avec celle du Hamas, peut gagner militairement, mais il est en train de perdre la bataille de l’opinion mondiale, c’est juste une question de temps. Il est urgent que la France prenne totalement ses responsabilités pour ouvrir les voies de la Paix : condamnation des crimes de guerre, respect des résolutions de l’ONU, décolonisation.

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