Mondial de football, miroir du monde
Les quarts de finale de la coupe du monde commencent ce jeudi soir avec le match France-Maroc. L’importance du Mondial ne cesse de croître, pas seulement pour la qualité footballistique des matchs.
C’est l’événement majeur de ce sport, la compétition la plus suivie dans le monde, tous les quatre ans : la coupe du monde de football. Un moment hors du temps, où même celles et ceux qui se fichent éperdument du foot deviennent, l’espace d’un mois, des supporters passionnés. Cette édition-ci, plus encore que les précédentes, tend un miroir d’un monde en ébullition.
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Ébullition au sens propre : à l’heure des canicules, le football s’adapte en instaurant des « pauses fraîcheurs ». Elles sont décriées, tant pour l’aspect sportif – elles cassent le rythme – que pour l’aspect financier – ces pauses sont l’occasion de pages de pub à la télé. Leur intérêt est d’autant plus questionnable qu’il y a des pauses fraîcheurs même dans des stades climatisés…
Mais s’il n’était question que de cela, le monde se porterait assez bien. Car ce Mondial est aussi celui des affrontements, au rang desquels le racisme a tenu le haut du pavé. Aussi a-t-on été témoin de ce que l’Amérique de Trump fait au quotidien : contrôler ses frontières à l’abus – nous vous en parlions dans le détail ici. Arbitres, joueurs, staffs techniques, supporters… le message était clair : les pays d’Afrique et d’Orient ne sont pas les bienvenus.
L’Argentine est souvent pointée du doigt. Les chants et les déclarations racistes (repris par certains joueurs) sont légion. Comble : lorsqu’un montage audio attribue à un commentateur argentin des propos racistes, son démenti ne pèse rien : les racistes le relaient. L’Argentine offre un terrain fertile à l’extrême droite : nation d’immigration européenne, population autochtone massacrée et gouvernement dirigé par Javier Milei. En contrepoint, on présente parfois la vertueuse Espagne… où, pourtant, les sorties racistes des supporters ne sont pas moins courantes.
La France est une cible privilégiée des racistes. Pour l’extrême droite mondiale, son équipe ne montre pas un visage qui correspond au pays. Les xénophobes de tous les pays – Français compris – s’attendent à voir des blancs sur le terrain. Or cette équipe représente l’histoire de notre immigration.
La France est une cible privilégiée des racistes. Pour l’extrême droite mondiale, son équipe ne montre pas un visage qui correspond au pays. Pour le dire autrement, les xénophobes de tous les pays – Français compris – s’attendent à voir des blancs sur le terrain. Or cette équipe représente l’histoire de notre immigration et des espoirs d’une jeunesse populaire. Face à ceux qui pensent qu’il y a « trop de noirs et d’arabes » en équipe de France, la vérité, c’est qu’il y a des Français partout. Parmi les 1248 joueurs participant à la compétition, 99 sont nés en France, ce qui fait de l’hexagone le premier vivier de talents footballistiques. Ces joueurs portent le maillot de l’Algérie, d’Haïti, du Congo ou encore celui du Sénégal. Inversement, seuls trois joueurs des Bleus ne sont pas nés en France : Michael Olise est né en Angleterre, Brice Samba au Congo et Marcus Thuram en Italie. Le problème n’est pas l’origine ou la naissance de tout ce beau monde. Le problème, c’est le racisme qu’ils subissent dès qu’ils font le choix d’un drapeau plutôt que d’un autre.
Lors de cette coupe, Kylian Mbappé a affirmé son opposition à l’extrême droite française. Par la suite, victime d’injures racistes de la part d’une sénatrice et d’une ancienne star du Paraguay, le capitaine des Bleus a commis une réponse parfaite : « Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà oublié le parcours et l’effort historique que vos joueurs ont réalisés durant cette coupe ». Il a reçu le soutien de toute la classe politique, même du gouvernement et du RN. On ne peut que leur conseiller de faire preuve de la même hypocrisie aux autres rendez-vous antiracistes, plutôt que de chercher à faire interdire les marches et rassemblements.
L’arbitrage a été également au cœur de nombreuses polémiques – vive le football ! –, au point que chaque match devient une preuve d’un complot. Le plus répandu concerne l’équipe d’Argentine – encore elle ! L’Albiceleste aurait un parcours trop facile, la Fifa magouillerait pour donner la coupe à son capitaine Léo Messi, les matchs sont volés, etc. Même le maire de New York, Zohran Mamdani, lâche des petites blagues à ce sujet. On nous cache quelque chose. À l’ère de la post-vérité et des « faits alternatifs », sur les réseaux sociaux et dans les émissions sportives, les débats sur fond de théories du complot vont bon train.
Il faut dire que la Fifa n’est pas d’une innocence immaculée. Après avoir inventé un « prix de la paix » offert à Donald Trump, elle cède à sa demande d’annulation du carton rouge indiscutable donné au meilleur buteur américain. Quand Donald Trump pèse sur la compétition, il déstabilise les règles communes aux puissants et aux faibles. Comme partout, il détruit la possibilité de vivre ensemble.
Conflits entre nations, sociétés au racisme débridé, corruption et complotisme de toute part… Le football n’est pas un simple sport, c’est un jeu d’influence et de puissance.