Macron veut invisibiliser la contestation 

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En repoussant les manifestations aux marges de Paris, le gouvernement entend tenir les contestataires à distance des commerces et des lieux de pouvoir : vaine tentative de rendre la contestation invisible et d’affaiblir encore la démocratie vivante.

En 2008, tout juste élu président de la République, Nicolas Sarkozy disait : « Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». Il se réjouissait des effets de la limitation du droit de grève dans les transports publics lui permettant d’échapper à la pression politique. Pas d’impact visible, pas de pression, pas de réponse.


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En 2026, c’est une autre variante qui se met en place pour limiter l’impact politique des contestations. Jusqu’en 1885, les rassemblements de rue étaient strictement interdits. Les enterrements étaient alors parfois détournés de leur seul sens funéraire pour que la foule puisse faire entendre sa voix. Depuis 1958, le droit de manifester est inscrit dans notre constitution. Mais depuis plus de dix ans, le droit de manifester est malmené à coups de violences policières, d’arrestations arbitraires et d’interdictions.

Ce gouvernement crépusculaire entend franchir un pas de plus en interdisant les cortèges dans les centres-villes. Au nom de la protection des commerces, il entend reporter les manifestations aux limites de la ville. Les nuisances que peuvent occasionner les cortèges ne sont pas imaginaires. Mais les deux derniers samedis de mobilisation ont montré qu’elles étaient loin d’être une fatalité : dans les rues empruntées par les cortèges déclarés, il n’y a pas eu de casse. Les commerces et les cafés étaient même ouverts. Alors pourquoi la protection de l’activité commerciale justifierait-elle de priver les citoyens des lieux où leur parole collective peut être entendue ? Cette mesure d’apparence technique est en vérité lourde de sens. Elle renoue avec la domination du centre sur la banlieue dans laquelle on déverse encore trop souvent les indésirables de la ville : cimetières, hospices, traitement des eaux et des déchets, pauvres et étrangers… On y reflue donc aussi les protestataires.

Il s’agit de couper la protestation du cœur symbolique du pouvoir, de la dévitaliser, d’étouffer cette expression démocratique. Pouvoir se faire entendre collectivement en marchant nombreux, en scandant ensemble, en se comptant, est une des formes de la démocratie vivante.

On peut se moquer et rire de la ringardise de ce pouvoir tellement dépassé qu’il ne sait pas voir que la banlieue est devenue la plus peuplée, la plus diverse en origines de ses habitants comme en architecture. Elle est le lieu de tant d’inventions : en musique, en vidéo, en langage, en lien social… Elle est notre modernité. Il y a des raisons hautes d’investir politiquement ces périphéries pour qu’ils cessent d’être de relégation. Les manifestations en banlieue ne sont pas de seconde zone.

Mais ce n’est pas le sens de la mesure gouvernementale. Il s’agit de couper la protestation du cœur symbolique du pouvoir, de la dévitaliser, d’étouffer cette expression démocratique. Pouvoir se faire entendre collectivement en marchant nombreux, en scandant ensemble, en se comptant, est une des formes de la démocratie vivante. Ces mots criés ou chantés en commun ne s’adressent pas au ciel et aux oiseaux. Ils sont destinés au pouvoir et à la collectivité : ils sont prononcés non dans une enceinte étanche mais là où se trouvent les dirigeants et là où le peuple est représenté : dans les centres-villes.

La place singulière des centres-villes se vérifie dans toutes les consultations locales comme dans la tristesse de les voir péricliter dans les villes moyennes. Dans notre pays de longue histoire urbaine, ils sont nécessaires à la constitution du collectif. Celui-ci se construit avec des symboles immatériels, des devises, des drapeaux, des élus qui l’incarnent. Mais la collectivité a aussi besoin de lieux qui la matérialisent et la disent parce qu’ils l’inscrivent dans l’histoire longue. Il est impensable, en particulier, que le centre de Paris ne puisse plus être le lieu des manifestations. Puisque l’histoire est convoquée, chacun se souvient que le peuple de Paris est parti chercher à Versailles le roi et la reine pour les ramener au cœur du cœur, dans le palais du Louvre. Comme Emmanuel Macron ne part pas, il veut que nous nous en allions. Mais même si Macron ne le veut pas, on sera là !

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