Le fascisme est une tempête morale — par Alain Bertho

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Le fascisme n’est pas une opinion mais une dévastation morale et politique qui renverse les valeurs. S’il emporte tout, les urnes ne feront qu’entériner sa victoire.

« Les hommes qui utilisent ces moyens contre d’autres hommes se voient contraints d’anéantir aussi moralement ces autres hommes, leurs victimes et leurs objets. Ils sont forcés de déclarer criminel et inhumain dans son ensemble le camp adverse, d’en faire une non-valeur totale, sous peine d’être eux-mêmes des criminels et des monstres. La logique de la valeur et de la non-valeur déploie sa pleine rigueur destructrice et contraint à des discriminations, à des criminalisations et à des dépréciations toujours nouvelles, toujours plus profondes, jusqu’à l’extermination de tout sujet sans valeur, indigne de vivre. »

Carl Schmitt, Théorie du partisan

La minute de silence de l’Assemblée nationale pour la mort d’un néonazi est une insulte à toutes les victimes de l’extrême droite. Celles tombées en France ces dernières années dans une indifférence gênée. Et toutes les autres depuis des décennies

Pendant plusieurs jours de cette victimisation institutionnelle et quasi unanime, il fut bien difficile de parler librement, voire de penser librement. 

Un seuil sinistre a été franchi. 

Certes, tout le monde voit bien qu’il ne « s’agit pas de condamner la violence en politique mais d’en faire le prétexte à une sorte d’intimidation médiatique et institutionnelle ». Mais chacune et chacun qui trouve un profit à la diabolisation de LFI peut y jouer sa partition. La droite extrême affiche un portrait géant de Quentin Deranque sur l’Hôtel de Région à Lyon et enjoint la mairie à faire de même.  Certain.es rêvent d’interdire LFI. D’autres (censément de gauche) voient un prétexte supplémentaire pour réaffirmer leur rupture… avec une gauche de gauche. Voire ne manquent pas de rappeler leur opposition à la  « brutalité » de LFI…

Certes, quelques sursauts collectifs ont rappelé l’urgence réelle de l’heure. Le 20 février, 180 personnalités derrière Annie Ernaux affirment l’antifascisme comme « devoir du moment ». D’autres, parfois les mêmes, cinq jours plus tard, « réaffirment la nécessité de l’antifascisme aujourd’hui » le 25 février et dénoncent « une fable utile à l’extrême droite » qui « n’est pas un simple emballement » : mais une « méthode », celle de « l’inversion de la réalité » comme « pratique courante des fascismes »

Des responsables politiques, des journalistes qui éventuellement se pensent antifascistes et par ailleurs sincèrement sidéré.es par le déferlement trumpiste de 2025, ont participé sans frémir au succès foudroyant de l’hystérie inquisitoriale. 

La peste gagne et trouble les consciences. Et nous n’en sommes qu’au début. Le fascisme n’est pas un simple danger électoral pour 2027 : Il est une tornade morale et politique immédiate à laquelle il faut faire face sans faillir.

Abolir les conditions politiques de la démocratie

« Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie
mais son évolution par temps de crise »

Citation attribuée à Bertolt Brecht

« Produire du commun dans le lynchage », est une des dimensions principales du fascisme. Pas seulement du fascisme comme régime politique, mais du fascisme comme dynamique collective ici et maintenant, comme « suspension de la politique y compris dans le respect formel du jeu démocratique ». Danièle Bleitrach, sociologue et militante communiste, développant ainsi en 2012 la fameuse phrase de Brecht ajoutait : « Le fascisme commence quand l’on ne pense plus et quand la procédure a pris le pas sur la pensée. » Quand, par exemple, l’injonction à la « condamnation » réduit à néant toute volonté timide de « comprendre ».

Nous avons déjà eu quelques poussées de fièvre. L’hystérisation des débats qui ont suivi en France, le massacre du 7 octobre 2023, a fonctionné selon la même logique. Il y a deux ans, il s’agissait de réduire au silence toute critique du gouvernement fasciste d’Israël jusqu’à nier l’évidence du génocide à Gaza et de retourner contre LFI et les soutiens de la Palestine l’accusation d’antisémitisme. 

Aujourd’hui il s’agit de réduire au silence toute alternative politique de gauche et de retourner contre LFI et tout mouvement antifasciste l’accusation de violence politique. Les nouveaux (Anti)fascistes, titre l’hebdomadaire Marianne le 19 février 2026 avec en Une les portraits de Raphaël Arnault, Rima Hassan et Jean-Luc Mélenchon. Quod erat demonstrandum.

Dans leur pays, les antifascistes ne sont honoré.es que lorsqu’ils ont vaincu : nous ne comprenons vraiment qu’aujourd’hui l’expérience que nos parents ou grands-parents ont transmis à notre génération : dans l’obscurité et l’âpreté du combat qui précède la victoire, le maquisard n’est qu’un terroriste et l’agent de liaison est déporté sur dénonciation familiale. 

Rien à voir nous dira-t-on ! Nous vivons encore en démocratie ! Tout va bien, disait la grenouille, l’eau est encore tiède. Telle est bien là l’erreur terrible d’une partie de la gauche française qui pense pouvoir sortir de la casserole dans une élection présidentielle apaisée. Mais la température monte plus vite que leur irresponsabilité. Car dans la période trouble qui précède l’arrivée formelle au pouvoir d’État, le fascisme fait déjà son œuvre comme une tornade morale qui dévaste  les conditions politiques de la démocratie. Cette tornade entrelace la promotion d’un commun purificateur, de la police publique de la pensée, de la déshumanisation des ennemis politiques et la tentation insidieuse du silence voire de la collaboration.

Faire du commun dans l’abject

« La faiblesse fondamentale de la civilisation
occidentale est l’empathie
 »
Elon Musk dans une interview sur le podcast de Joe Rogan

Il faut croire que nul n’échappe à l’angoisse de l’époque, à l’abolition de l’avenir, à la disparition de la politique comme intelligence politique collective des possibles. L’angoisse historique est le terrain rêvé  des imprécateurs, des purificateurs, des allumeurs de bûchers, des leaders de pogroms. Après la Grande peste noire de 1347, la fin du Moyen Âge a été un moment privilégié pour faire « de l’effroi de l’enfer et du purgatoire l’un des motifs les plus puissants de la prédication aux foules ». La peur trouve son bouc émissaire avec une flambée européenne d’antisémitisme meurtrier

Entre le traumatisme mondial toujours présent du COVID et les effets de plus en plus dévastateurs du dérèglement climatique, nous vivons un moment exceptionnel de paniques croisées et antagoniques. 

La première des paniques est celle des classes dirigeantes qui comprennent que leur survie  passe par l’abandon de toute empathie pour le sort commun de l’humanité. La deuxième est celle des classes moyennes qui tremblent de devoir perdre leur style de vie. La troisième, celle des nations qui pensent non pas survivre seules, mais survivre en écrasant les autres. Reste le sort des classes populaires de plus en plus précarisées qui subissent directement le chaos climatique. Restent les peuples qui subissent ce chaos et les ravages d’un capitalisme colonial.

En matière de panique, le ruissellement fonctionne. Le « chacun pour soi et les plus forts d’abord » des puissants a des effets en chaîne. On trouve toujours moins fort que soi. Préférence nationale, peur du « grand remplacement », racismes, haine des « parasites », tout est bon pour légitimer ce sauve-qui-peut inégalitaire. La peur engendre la haine et des foules populaires partent en 2024 à l’assaut des résidences de migrant.es dans les villes anglaises. Ces sinistres mobilisations gagnent en 2025 l’Irlande, l’Espagne, les Pays- Bas…..

Le fascisme surfe sur ce mouvement de fond, crée du commun dans la destruction de l’autre, rassemble dans l’abjection, pousse au bout la recherche purificatrice d’un Âge d’or de l’ordre blanc patriarcal, quand les indigènes, les femmes, les musulman.es, les homosexuel.les et tant d’autres êtres inférieurs savaient « rester à leur place ».

En ce sens le fascisme est moins un projet politique qu’une pratique immédiate et violente de dévalorisation absolue de ses ennemis, « déclarant criminel et inhumain dans son ensemble le camp adverse », en faisant « une non-valeur totale. (…) jusqu’à l’extermination de tout sujet sans valeur, indigne de vivre » (Carl Schmitt).

Substituer la guerre à la politique

« La distinction spécifique du politique, à laquelle
peuvent se ramener les actes et les mobiles politiques,
c’est la discrimination de l’ami et de l’ennemi.
 »
Carl Schmitt, La notion de politique

Le fascisme substitue la guerre à la politique. L’ennemi doit être anéanti. La force se substitue au droit. Dans les relations internationales, dans les relations sociales, dans les relations politiques, dans les relations personnelles. 

On enlève, on emprisonne et on juge un chef d’État pour mettre la main sur le pétrole du pays  comme on brûle le domicile du maire de Saint-Brévin-les-Pins  en 2023 pour empêcher un centre d’accueil pour demandeurs d’asile. 

On massacre un peuple quand on est à la tête d’une des plus puissantes armées du monde comme, en février 2025, on poignarde un syndicaliste lors de l’attaque contre l’association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie. 

Tout est une question d’échelle, de degré, d’opportunité. La logique de déshumanisation de l’ennemi est la même. L’impunité aussi.

Cette stratégie de terreur rend un peu dérisoires les condamnations abstraites de la « violence politique » renvoyant dos à dos fascistes et antifascistes  comme le fait l’éditorial du Monde du 17 février qui conclut : « Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence. »

Oui nous sommes confronté.es à une stratégie de la violence de la part des ennemi.es de la démocratie, de la liberté, de l’humanité. Mais cette stratégie n’est pas abstraite. Elle n’est pas qu’un concept journalistique ou philosophique. Elle est palpable, physique, dangereuse, parfois mortelle. Elle surgit sans crier gare comme le 31 mai 2025 au bar le Prolé d’Alès, en pleine feria, où des militants communistes sont sauvagement agressés par trois membres du « Bloc montpelliérain ».

Face à cette violence-là, il n’y a pas d’autres choix que de se protéger. Avec les risques que cela comporte. Car le danger physique n’est pas le seul face à la logique de guerre. Comme disait Kafka : « un des moyens de séduction du mal les plus efficaces est la provocation au combat » (Les aphorismes de Zürau). Face à un tel ennemi déclaré, la tentation est toujours présente de déshumaniser à son tour l’adversaire. Telle était la bascule possible affrontée par les protagonistes de la pièce de Tiago Rodriguez en 2020, « Catarina et la beauté de tuer des fascistes ».

Cette déshumanisation est toujours une victoire du fascisme. 

Collectivement la Jeune garde n’y a jamais cédé. Mais chacune et chacun peut y être confronté dans la violence extrême de certaines situations. Il est alors crucial de distinguer la responsabilité individuelle et la responsabilité collective. Cette dernière, quelle que soit la victime, quel que soit celui qui a porté le coup, est toujours du côté de celles et ceux qui ont fait de la destruction de l’ennemi politique le cœur de leur stratégie.

Faire dire plus que faire taire

« Le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire,
c’est d’obliger à dire
 » 
Roland Barthes, Leçon inaugurale au Collège de France de 1977

Pourquoi cette évidence est-elle si difficile à dire ? Pourquoi faut-il que tout commentaire, toute réaction, voire toute déclaration antifasciste doive être accompagnée durant plusieurs jours par une formule condamnant le geste meurtrier, s’horrifiant de la violence, dépolitisant la victime dans un contexte sur-politisé. Même l’appel (bienvenu)  du 20 février qui « affirme l’antifascisme comme devoir du moment » doit en passer par là et déclarer : « La mort violente d’un jeune de 23 ans est toujours inacceptable, et nous sommes horrifiés par elle. » 

Comprenons-nous bien : la question n’est pas de savoir si on est ou non horrifié, sidéré par la mort d’un jeune. La question n’est pas de le dire ou non. La question qui se pose ici est : pourquoi se sent-on obligé.es de le dire ? Comme s’il fallait par avance réfuter des accusations. Comme si tout un chacun.e désirant dire quelque chose sur la gravité de la situation d’un point de vue politique et démocratique était présumé.e coupable, présumé.e complice.

Mais coupable de quoi ? Coupable de ne pas adhérer au narratif victimaire de l’extrême droite. Et nous voilà obligé.es de compter les morts dans un comparatif macabre. Comme si la mort de Quentin Deranque n’était pas elle-même le résultat de l’engrenage de violence initié par des groupes fascistes.

Il ne s’agit de jeter la pierre à personne. Nous subissons toutes et tous cette pression sur notre propre parole, voire sur notre propre pensée. Il est juste temps que nous en prenions collectivement la mesure. 

Nous nous sommes trop habitué.es à ces journalistes enjoignant des élu.es ou des responsables de « condamner » tel acte ou telle organisation, d’utiliser les mots qu’ils leur imposent et aucun autre, de réagir à des énoncés hors contexte, de transformer les interviews en interrogatoires de police.

L’imprécation se substitue à la pensée. Et la pensée est persécutée en tant que telle. L’administration Trump s’est attelée à la destruction de ses lieux universitaires, de ses bases de données, à l’interdiction des mots mêmes. On entend bien en France l’impatience de celles et ceux qui ne rêvent que de l’imiter puisque finalement « expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » comme l’a si bien dit Manuel Valls.

Voici plusieurs années que le débat public se mue en dispositif de contrôle du narratif dominant, de ses mots, de ses énoncés. Voici plusieurs années que nous sommes enjoint.es à dire plus encore qu’à nous taire.

Du conformisme électoral à la déroute morale

« À la fin, nous ne nous souviendrons pas
des paroles de nos ennemis,
mais du silence de nos amis
»
Martin Luther King, sermon de 1968

Si une part de ce dispositif est contrôlé par l’empire Bolloré, pour le reste, il semble fonctionner en auto-allumage sous la pression d’un conformisme politique et médiatique de plus en plus lourd.

Certes, le rapport de force politique et institutionnel est ce qu’il est. L’extrême droite a été banalisée. Une droite sans projet républicain est en plein dérapage. L’extrême centre est de plus en plus extrême et le pouvoir macronien  multiplie les signes d’allégeance idéologique. Nous savons tout cela.

Mais nous n’en tirons pas toutes et tous les mêmes leçons. Je ne peux m’empêcher de penser ces derniers jours à mon professeur d’Histoire de terminale, George Lefranc, normalien, historien reconnu, militant socialiste dès le lycée, animateur de la tendance « Révolution constructive » au sein de la SFIO dans les années 1930, syndicaliste CGT, pacifiste. Devant le désastre de 1939-1940, devant la défaite de ses espérances, il soutient l’entrée de René Belin (CGT) ministre de la Production industrielle et du Travail au gouvernement de Pétain et choisit de soutenir Vichy.

Une partie de la gauche a aujourd’hui les yeux rivés sur la présidentielle comme on regarde un radeau après le naufrage du social-libéralisme. En pensant peut-être que céder aux éléments de langage voire partager des anathèmes est une bonne stratégie électorale et permettra de gagner leur radeau sans trop d’encombres. Mais pas d’éviter leur naufrage ni d’éviter de saborder ce qui reste d’espérance et de résistance dans ce pays.

On ne combat pas le fascisme qui monte en collaborant à l’hallali politique contre LFI, la Jeune Garde et tout avenir de justice et de solidarité. Le conformisme politique et idéologique est une pente tragique, une déroute assurée. 

On ne combat pas le fascisme en alimentant la tempête morale et politique qui fait sa force.

On n’arrêtera pas le fascisme sur un malentendu. 

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8 commentaires

  1. JULIEN le 27 février 2026 à 15:47

    Merci, merci pour cette analyse. Danielle JULIEN

  2. Lemarchal le 27 février 2026 à 16:18

    Bravo ! Je souscris à 100 % !

  3. Bernard Marx le 27 février 2026 à 17:49

    Cher Alain Bertho,
    Le classement de Carl Schmitt au même niveau de lucidité que Berthold Brecht ou que Roland Barthes, sans rappeler qui il fut me pose problème. Mais surtout, je n’ai pas trouvé dans ton texte une contribution sur ce que devrait être ici et maintenant, une politique antifasciste qui empêcherait sa résistible ascension. C’est pourtant cela qui est urgent. Je ne crois pas que rejeter toute collaboration à l’hallali contre LFI et la Jeune Garde suffise à cette peine. Leur politique n’est pas la bonne. Je pense même qu’ils ont une bonne part de responsabilité dans la destruction du Nouveau Front Populaire après les élections législatives de 2024 et dans toutes ses conséquences. Le moins qu’on puisse dire est qu’ils se sont peu souciés de le faire vivre « en bas » et de maintenir les socialistes dans cette alliance. Impossible dans ces conditions de faire bloc comme le réclame « la tribune de 180 personnalités derrière Annie Ernaux ». Car ça continue encore et encore. Faire bloc avec LFI, et donc avec Jean Luc Mélenchon, et donc avec ce qu’il dit de l’Epstiinisation d’Epstein ? Pour s’opposer au fascisme ? C’est une très mauvaise blague. Et c’est un désastre.
    Amicalement

  4. Lucien Matron le 27 février 2026 à 17:51

    Excellent article d’Alain Bertho. Nous, viscéralement attaché au projet émancipateur de l’humaniité, nous ferons tout pour que le fascisme et le néo-nazisme que soutiennent le Rassemblement National, les Zemmouristes, les Ciottistes et leurs alliés n’arrivent pas au pouvoir. Nous le ferons avec force et conviction, par la démocratie c’est à dire par les urnes. Nous ferons tout pour que les forces progressistes et antifascistes se rassemblent partout où c’est possible, à commencer dans les élections municipales.
    Mais, nous devons être clairs entre nous, si les forces qui soutiennent le fascisme et le néo-nazisme arrivaient au pouvoir en 2027, il nous faudrait entrer en résistance populaire par tous les moyens possibles : mobilisations, manifestations, grèves…sans aucune faiblesse comme le font tous les peuples à un moment de leur histoire.

  5. Jean-Yves Bouron le 1 mars 2026 à 00:24

    « Pourquoi cette évidence est-elle si difficile à dire ? Pourquoi faut-il que tout commentaire, toute réaction, voire toute déclaration antifasciste doive être accompagnée durant plusieurs jours par une formule condamnant le geste meurtrier, s’horrifiant de la violence, dépolitisant la victime dans un contexte sur-politisé. Même l’appel (bienvenu) du 20 février qui « affirme l’antifascisme comme devoir du moment » doit en passer par là et déclarer : « La mort violente d’un jeune de 23 ans est toujours inacceptable, et nous sommes horrifiés par elle. »

    Comprenons-nous bien : la question n’est pas de savoir si on est ou non horrifié, sidéré par la mort d’un jeune. La question n’est pas de le dire ou non.  »

    Ces affirmations et questions me laissent pantois !
    On peut ne pas être dupe du système médiatique, de l’exploitation politicienne et des arrière-pensées de la droite, l’extrême droite et leurs affidés médiatiques. Et, tout en n’ignorant rien de ce qu’était ce jeune homme, condamner fermement son meurtre. Quelque en soi l’auteur !

    « On n’arrêtera pas le fascisme sur un malentendu. »
    Ben justement, Que JLM arrête d’en créer à longueur de temps. Il sait très bien que la moindre « maladresse » (euphémisme) sera retenue contre lui par les 90 % des médias détenus par quelques milliardaires.

    Il n’est pas idiot, il est cultivé, il sait être brillant comme il l’a été lors de la commission de l’AN sur l’islamisme initiée par Ciotti et Vauquiez.
    Alors oui, je ne comprends pas certaine de ses attitudes et réflexions. Connaissant le contexte dans lequel il parle, elles nuisent, qu’il le veuille ou non aux causes qu’il prétend défendre et affaiblissent une union souhaitable et urgente des forces populaires, syndicales, associatives et politiques de notre pays !

  6. Jean-Yves Bouron le 1 mars 2026 à 00:33

    Petite clarification : « Une union souhaitable et urgente des forces populaires, syndicales, associatives et politiques PROGRESSISTES ET DE GAUCHE de notre pays ! »

  7. carlos_H le 2 mars 2026 à 12:21

    Je vous suis sur un point central : la démocratie, ça vit du conflit. Sans pluralisme, sans affrontement clair entre visions du monde, il n’y a plus que de la gestion. Et vous avez raison de dire que la guerre d’excommunication permanente abîme ce cadre mais… pour que ce cadre conflictuel puisse tenir, il doit reposer sur des garanties non négociables!

    Si chacun semble avoir sa définition de la démocratie, il me semble qu’une seule est réellement recevable puisque profitant en réalité à TOUS: celle qui ne réduit pas la règle du jeu à 51 % faisant ce qu’ils veulent, mais qui reconnaît la légitimité d’une majorité sous contrainte des droits fondamentaux, protégeant les minorités comme ceux qui n’en sont pas, avec des contre-pouvoirs réels.

    C’est pour ça que je ne réduis pas la question du fascisme, et plus largement des courants “fascisants” (comme le RN peut l’être), à une indignation morale. Quand j’affirme qu’il est anti-démocratique, je parle d’architecture institutionnelle : hiérarchiser le corps politique, relativiser les droits fondamentaux, banaliser l’affaiblissement des contre-pouvoirs, ce n’est pas un simple désaccord programmatique… Ça touche aux conditions mêmes du pluralisme!

    J’apprécie que vous mettiez en garde contre l’inflation morale. Je partage ça. À force de tout qualifier, on finit par ne plus rien distinguer. Pour étant, précisément : si on ne distingue plus ce qui menace structurellement les digues démocratiques, alors la tempête devient indistincte!

    Et oui, je parle de digues, parce que je vois aujourd’hui une pression réelle sur les garanties de la démocratie : concentration médiatique, fragilisation de certaines autorités indépendantes, banalisation de discours qui relativisent l’égalité de statut… La démocratie tolère ses adversaires, y compris ceux qui la contestent. C’est même sa force. Mais elle ne peut rester démocratique que si ses garde-fous tiennent!

    Renforcer ces digues ne signifie pas figer les équilibres actuels car aujourd’hui, le danger réside aussi dans la concentration de certains contre-pouvoirs entre quelques mains : à ce moment-là, ils cessent d’être des protections communes! Empêcher cette concentration, c’est redistribuer le pouvoir, pas l’affaiblir. À ce titre, le projet de rupture porté par la France Insoumise, en voie de disqualification du fait de la diabolisation de cette formation politique aujourd’hui, y compris par une certaine “gauche », m’apparaît comme l’un des plus cohérents sur le plan institutionnel, notamment avec la constituante.

    Je tiens aussi à saluer votre texte comme n’ayant rien d’un repli « centriste ». Il ne joue pas la carte des “noisettes” en agitant la peur pour justifier un rassemblement fondé sur une modération défensive qui, en réalité, neutralise toute aspiration au changement en maintenant un statu quo délétère.

    Lorsque je vous lis, j’en retiens, peut-être à tort, une question exigeante : comment maintenir une conflictualité démocratique sans basculer dans la purification morale ?
    Et à mon sens, la réponse tient en une ligne claire : pluralisme oui, conflit oui, mais sous blindage ferme des droits fondamentaux! Sinon, la tempête que vous décrivez risque de devenir érosion durable… une lente bascule vers autre chose. Et c’est là que la vigilance doit porter, surtout à l’heure où certains évoquent l’idée d’interdire la FI, seule force de gauche radicale en mesure, aujourd’hui, de prétendre à la victoire présidentielle.

  8. Pierre Rousset le 2 mars 2026 à 12:29

    Je suis évidemment d’accord pour faire front contre le fascisme et l’inversion des valeurs, mais pas du tout sur l’affirmation selon laquelle on ne doit de ce fait pas revenir sur la mort de Quentin D. qui n’aurait pas dû être. Cette mort nous interpelle et nous devons y réfléchir et en tirer des leçons. Nous le devons pour nous-même, par pour se « dédouaner ».

    Je m’en explique ici :

    https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78189

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