TRIBUNE. L’affaire Bardella confirme l’état de déliquescence de notre démocratie

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De la condamnation de Marine Le Pen aux révélations sur Jordan Bardella, les affaires qui touchent le RN semblent désormais glisser sur le débat public sans provoquer de séisme. Cette banalisation des atteintes à la probité comme des héritages idéologiques de l’extrême droite fragilise la démocratie et ceux qui la protègent. Par l’avocat Vincent Brengarth.

Le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a condamné Marine Le Pen pour des faits de détournement de fonds publics. Tout en relevant que les faits avaient « porté atteinte à la confiance que les citoyens accordent aux élus et aux institutions », la juridiction lui a ouvert la possibilité de se présenter à l’élection présidentielle. Si cette décision s’explique notamment par la liberté des candidatures, elle traduit aussi la nécessité que la responsabilisation vienne non par des juges – dont l’ingérence serait opportunément dénoncée – mais par les citoyens électeurs eux-mêmes. Ces derniers sont d’autant plus en mesure de se responsabiliser que personne ne peut plus prétendre ignorer les faits, en raison d’une société de l’information qui les rend aisément accessibles. Dans un État démocratique stable et fort, une telle décision devrait être par nature disqualifiante. Le seul fait qu’elle puisse ne pas l’être suggère une forme de banalisation des atteintes à la probité. Ces dernières ne sont désormais plus considérées comme faisant, par principe, obstacle au fait de candidater aux plus hautes fonctions de l’État. Un tel constat suggère non seulement une dégradation de l’état de notre démocratie, mais aussi une mise à mal d’un fonds commun que nous devrions partager, au-delà des idéologies des uns et des autres. La démocratie se retrouve fragilisée en même temps qu’une justice dont la décision se révèle en tant qu’information non déterminante.

Les révélations de Mediapart sur des messages empreints d’un antisémitisme notoire de Jordan Bardella, qui s’en défend, auraient également dû entraîner un bouleversement de la campagne présidentielle enclenchée. Notamment parce que ces messages entraînent le rejaillissement ostensible d’un héritage idéologique supposé s’être estompé, voire effacé. Mais aussi parce qu’ils sont susceptibles de provenir d’une personnalité de premier plan du mouvement politique. On aurait pu penser, une fois de plus, que ces révélations entraîneraient des changements majeurs. Là encore, il n’en est rien. La banalisation des idées de l’extrême droite a franchi une étape supplémentaire. On accorde un bénéfice du doute à ces révélations et l’on prétend attendre des preuves pendant que l’extrême droite s’en prend sévèrement à Mediapart. De plus, le soutien apporté, hier, par un ministre israélien entraîne une plus grande confusion sur cette affaire. 

Il est fort probable que d’autres formations politiques auraient subi un contrecoup bien plus brutal à la suite de telles révélations. La capacité du RN à résister montre l’enracinement de ses idées face à une situation que notre démocratie ne semble plus en mesure de gérer. Une telle évolution est d’autant plus préoccupante que la France ne traverse quand même pas un état de crise comparable à ceux qui peuvent favoriser l’arrivée au pouvoir des régimes les plus extrémistes. 

Ces faits pourraient nous déstabiliser de façon irrémédiable et devraient nous inciter à réagir, car tout n’est pas encore perdu. Il est impératif de protéger ceux dont l’indépendance doit être préservée, les magistrats qui instruisent les affaires d’atteintes à la probité, les journalistes dont les investigations sont décisives. En effet, si ces derniers venaient à être menacés en l’absence de réaction collective, il en serait fini de notre démocratie. 

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5 commentaires

  1. lemasseur le 1 octobre 2026 à 13:33

    Je comprends que par soucis de confraternité vous évitiez le sujet, mais si il y a bien un « naufrage » de la démocratie, c’est avant tout celui de la presse qui pendant des années a construit sciemment la fiction d’un RN fréquentable et débarrassé de son adn antisémite (au passage, le racisme décomplexé ne semblait pas à ses yeux- de la presse- un obstacle majeur à son entrée dans l’arc dit républicain qui in fine ressemble de plus en plus à un club de collaborateurs).

    Ce qui s’écroule en ce moment, c’est la fiction de la presse comme contre-pouvoir, remplacée par la réalité où cette presse est un maillon essentiel du pouvoir. Jetez un oeil sur le verbatim que constitue acrimed de toutes les compromissions dédiabolisantes, c’est édifiant.

  2. PRIMEL le 3 octobre 2026 à 23:24

    Malheureusement d’accord avec vous.Disons que 80 pour cent sont dans cette mouvance.J’y. Rajouterai 80p.c. des réseaux « sociaux « 

  3. langelier le 4 octobre 2026 à 10:03

    Qui peut s’étonner de ces révélations ? Tout le monde connait l’ ADN du Front, repeint Rassemblement (pour preuve les innombrables photographies et documents déjà dans le domaine public, republiés à l’occasion de ce de spectaculaire enfoncement de porte ouverte : personne.

    Qui peut s’inquiéter de la collaboration active de la presse, fer de lance du contre pouvoir, avec monsieur zukerberg et logiquement (pourquoi pas, allons y) ses semblables, c’est bien connus eux aussi fers de lances du contre pouvoir et de la démocratie) ? : moi

  4. Michel Davesnes le 6 octobre 2026 à 17:19

    Halte au blanchiment des journalistes qui ont participé activement à la dédiabolisation du FN. Et arrêtez de focaliser sur Bardella. Vous ne pensiez tout de même pas qu’un jeune homme qui rejoint un parti raciste, antisémite, homophobe était un défenseur des droits de l’Homme ? Vous feriez mieux de vous intéresser aux connexions actuelles du FN avec Frédéric Chatillon, l’ancien chef du GUD, antisémite viscéral, proche de Marine Le Pen, à la tête d’une agence de communication qui travaille toujours pour le FN au niveau du Parlement européen.

  5. CARIOU Patrick le 7 octobre 2026 à 13:20

    Je partage l’analyse que le FN/RN ne s’est pas « dédiabolisé » , expression pour comte d’enfants, mais a été « dédiabolisé » par les media et les politiques du centre à l’extême droite tout au long de ces dix ans de macronie.
    Une stratégie au service d’un choix clair . Tout sauf une alternative de gauche. Ils sont en train de gagner. Le Medef a déjà toper.

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