Qui peut se payer le luxe d’une guerre des gauches ?

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Le 11 octobre prochain, une partie de la gauche organisera une primaire en vue d’une candidature commune à l’élection présidentielle de 2027. Un test décisif : savoir si l’unité relève du fantasme ou d’une réalité politique.

par Catherine Tricot

Réunis ce samedi à Tours autour de Lucie Castets, Clémentine Autain, Olivier Faure, François Ruffin et Marine Tondelier ont annoncé l’organisation d’une primaire des gauches et des écologistes le 11 octobre prochain. Les communistes manquaient à l’appel. Objectif revendiqué : jusqu’à deux millions de votants pour départager les prétendants à la présidentielle, à condition qu’ils aient préalablement réuni les 500 parrainages d’élus nécessaires. Le scrutin ne devrait pas reprendre les règles de la présidentielle (uninominal à deux tours), les promoteurs de l’initiative cherchant un mode de désignation qui n’exacerbe pas inutilement les divergences.

Tous ont insisté sur la nécessité impérieuse pour la gauche d’être présente au second tour et de gagner contre le RN. Personne à gauche ne le conteste. En revanche, les deux « candidats » les plus hauts dans les sondages (entre 11 et 14%), Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, ont d’ores et déjà déclaré ne pas vouloir participer à ce processus qui leur paraît un artifice devant l’ampleur des désaccords. Dès lors, la proposition des « unionistes » a-t-elle du sens ?

De deux choses l’une : soit la gauche est réellement polarisée et les électeurs de gauche se retrouvent dans deux offres nettement différenciées, l’une portée par LFI et l’autre par les amis politiques de Raphaël Glucksmann. Dans ce cas, les électeurs seront satisfaits de cette clarification et la proposition des « unionistes » fera un flop. Soit c’est plus compliqué que cela. Car, d’une part, les électeurs du NFP disent à chaque sondage qu’ils veulent une gauche unie et, d’autre part, ils ne se reconnaissent pas dans cette polarisation simplificatrice. Et si la primaire devait rassembler jusqu’à deux millions de votants comme l’espèrent ses promoteurs, cela signifierait précisément que l’aspiration à l’unité est plus forte que les logiques de camp. Dernier exemple en date : 66% des électeurs socialistes pensent que le budget que les députés socialistes viennent de laisser passer est mauvais. Ils le pensent comme 73% des Français et comme les autres électeurs de gauche. Ils divergent probablement sur le vote de la censure. Mais cela vaut-il déclaration de guerre, d’un camp à l’autre ?

Quatre arguments contre la déclaration de guerre :

  1. D’abord reconnaître la diversité de la gauche. Les socialistes sont socialistes ? Il ne faut pas le redécouvrir et s’en émouvoir tous les quatre matins. Il y a moins de quatre ans, Jean-Luc Mélenchon voulait des candidatures uniques à chaque élection, un groupe unique au parlement… ce qui conduisait au final au parti unique de la gauche. Et aujourd’hui, rien ne serait possible ni avec les ex-insoumis, ni avec les socialistes ? La France insoumise ne peut pas être aussi erratique. Hier la fusion, aujourd’hui la division.
  2. Ensuite, reconnaître que provoquer une dissolution express n’est pas une solution évidente. La confusion politique qui résulte du vote des députés socialistes est très regrettable. Mais nier la réalité du problème politique d’une élection en trente jours, présidentielle ou législative, n’est pas réaliste. 
  3. Ensuite encore, reconnaître que les divergences au sein de la gauche s’ancrent dans des cultures profondes (pour aller vite : réforme ou révolution) mais que tout le monde a besoin de remettre à jour ses visions et analyses. Absolutiser les bisbilles politiques actuelles confine au ridicule. 
  4. Last but not least, qui peut croire que la gauche peut accéder au second tour et gagner une majorité sur la base de propositions clivantes, qui exacerbent les désaccords ? Jean-Luc Mélenchon et François Hollande nous jouent un très vilain tour. Leur responsabilité, c’est de participer à l’unité de la gauche. C’est la seule solution pour rassembler la gauche et le pays.

Faure, Autain, Tondelier, Ruffin vont-ils réussir leur pari ? Au moins, ils auront essayé une voie de sortie par le haut. La suite ne dépend pas que d’eux.

Catherine Tricot

🔴 INTERDICTION DU JOUR

Plus de réseaux sociaux pour les jeunes, ok, mais quoi à la place ?

Emmanuel Macron a annoncé ce samedi vouloir faire entrer en vigueur dès la rentrée prochaine l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Le diagnostic est juste : il y a un problème massif avec les réseaux sociaux, dont les logiques prédatrices abîment la santé mentale des enfants, nourrissent le harcèlement et capturent l’attention dès le plus jeune âge. Mais la logique de prohibition, si elle peut avoir un impact électoralement, n’a jamais totalement fait ses preuves. De plus, cette réponse par l’interdiction ouvre mille questions laissées sans réponse, à commencer par celle de la sociabilité enfantine. À force de transformer les écoles en bunkers sécuritaires, d’interdire le jeu libre et de vider la rue au nom de la peur, on assèche tous les espaces collectifs réels et l’on s’étonne ensuite que les enfants se réfugient dans le numérique. Réguler les plateformes est nécessaire ; refuser de penser le monde social que l’on impose aux enfants relève d’un aveuglement politique.

P.P.-V.

ON VOUS RECOMMANDE…

Que répondre à votre tonton gênant qui affirme qu’il y a trop d’immigrés et que la « submersion migratoire » chère à François Bayrou est un fait ? Rendez-vous sur le site Desinfox-Migrations pour avoir accès aux données pour déconstruire les clichés sur l’immigration. Et pour remettre les chiffres dans les bonnes échelles de valeur. Exemples : les Français pensent qu’il y a 18% d’étrangers en France alors qu’il y en a 8% ; de même, il y a 11% d’étrangers en Europe, dont la moitié issue de l’immigration intra-européenne ; enfin, à l’échelle planétaire l’immigration est très stable, avec 2% de migrants en 1914 contre 3,6% aujourd’hui.

C’EST CADEAU 🎁🎁🎁

Sur un bâtiment de la ICE, la police anti-immigrés de Donald Trump, cette projection faite par des manifestants. Poésie dramatique.

https://twitter.com/allenanalysis/status/2015412723165593990

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3 commentaires

  1. Berthelot Jacques le 26 janvier 2026 à 11:41

    cette primaire à gauche c’est assez consternant : il n’est pas du tout question d’un projet de gauche de rupture que toutes et tous les candidats s’engageraient à défendre . Il n’y en a pas , pour elles et eux ce n’est pas le sujet.
    Elles et ils vont se présenter avec leurs projets personnels bricolés , pour se singulariser. « Mon projet » comme dit C Autain.
    Une compétition à la con , comme le grand prix d’Amérique
    On voit mal une ou un représentant du PS porter un projet de gauche.
    Le PS en ne censurant pas Lecornu cautionne la politique sociale et économique de son gouvernement , si un de ses représentants l’emporte , quelle belle gauche !
    Et puis après l’élection , des perdants s’empresseront de trahir le vainqueur.

  2. Mano le 26 janvier 2026 à 11:45

    Youppie !!!

    Sur la même photo, à Tours, celles et ceux qui votent la censure et ceux qui sauvent Macron : peut-on rêver plus UNITAIRE ? !

    A droite : l’inénarrable Faure (désavoué aussitôt par Vallaud, Delga, Hollande, Kanner…).

    Au centre gauche : Tondelier et les député-es de son groupe à l’Assemblée Nationale ( Autain, Ruffin, Lucas,Corbiéres…)

    Que d’énergie perdue pour une fin prévisible : Hollande/ Jadot / Glucksmann face à Mélenchon.

    Et alors ceux et celles qui ont quitté LFI et les écolos de gauche devront choisir.

    Remarque : Cette démarche quand même une « supportrice », la porte parole de Lecornu : . «Je vois une partie de la gauche qui se parle. […] Je ne suis pas de gauche donc ça ne me concerne pas directement, mais enfin, ils font cet effort-là de se mettre autour de la table» !

  3. Carlos le 26 janvier 2026 à 13:11

    Glucksman à gauche ?? vous êtes devenu fous à Regards ?? C’est un vrai macron bis ce mec…..et puis quand je vois la photo dont la moitié de traitres, et puis Ruffin sur lequel j’avais fondé quelques espoirs et qui a parfaitement compris comment rester dans la vague en reniant ses principes ??
    C’est le genre de compétition ou Melenchon gagne à tout les coups si on respecte la façon de faire, à savoir un nombre important de votants et de toute façon comme les perdants ne respecteront pas la règle du jeu, ça change quoi ?.
    Franchement, reprenez vous à Regards, SVP !!!

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