Municipales : l’heure de vérité pour LFI
LFI présente cette année 276 listes qui marquent sa nouvelle volonté de s’ancrer localement. Mais entre divisions à gauche et stratégies divergentes pour le second tour, ces élections diront si la force électorale nationale des insoumis peut se traduire en pouvoir municipal.
Cette année, La France insoumise fête ses 10 ans d’existence et veut franchir un palier dans son implantation locale. Alors qu’elle avait peu investi les élections municipales en 2020, elle en fait désormais un objectif important et présente 276 listes. C’est trois fois plus qu’en 2020.
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Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon entend conforter ses zones de force : les grandes villes universitaires et les banlieues populaires. LFI sera présente dans la totalité des 36 villes de plus de 100 000 et dans plus de la moitié des villes rassemblant entre 50 000 et 100 000 habitants (49 sur les 89). Signe de cet engagement du mouvement : 19 députés LFI sont candidats. En revanche, la présence des insoumis décroît rapidement en dehors des grandes villes : moins du tiers dans les villes de 20 000 à 50 000 (103 sur 344) et moins de 10% dans les villes de 10 à 20 000 habitants (42 sur 543).
Les élections municipales ont été soigneusement préparées avec la publication d’un ouvrage collectif, Pour un nouveau communalisme, Les communes au cœur de la révolution citoyenne qui réaffirme le fait communal contre les politiques de métropolisation et d’intercommunalité. Une « boîte à outils programmatique » a été adoptée ; elle se retrouve pour l’essentiel dans les différentes propositions des listes LFI : cantine bio et « gratuite pour les familles en dessous du seuil de pauvreté », municipalisation de l’eau… La composition des listes a été soignée pour atteindre la parité des têtes de liste au niveau national et pour mettre en avant des personnalités racisées, la « nouvelle France ».
Derrière cette cohérence nationale, les campagnes ont aussi été locales. Leurs résultats seront finement analysés… et des leçons seront tirées. Qu’est-ce qui mobilise et fait gagner LFI ? Le style « rentre dedans » de la campagne parisienne ou marseillaise ? Le ton « ferme mais calme » de la campagne toulousaine ? Ou « le grand n’importe quoi » de La Courneuve ? Ou encore la campagne « trêve de polémiques » à Roubaix ?
C’est d’ailleurs à Roubaix que LFI a les chances de victoire les plus grandes. Dans cette ville qui approche les 100 000 habitants, un récent sondage donne 44% à la liste conduite par David Guiraud au premier tour. LFI pourrait également s’imposer dans quelques villes de banlieue (Villeneuve-d’Ascq, Vaulx-en-Velin, Vénissieux) et surtout en Île-de-France (Argenteuil, Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve, Evry…) transformant sa forte influence nationale en victoires locales.
Qu’est-ce qui mobilise et fait gagner LFI ? Le style « rentre dedans » de la campagne parisienne ou marseillaise ? Le ton « ferme mais calme » de la campagne toulousaine ? Ou « le grand n’importe quoi » de La Courneuve ? Ou encore la campagne « trêve de polémiques » à Roubaix ?
Quand elle n’est pas donnée en tête des gauches – ce qui est le plus fréquent –, l’enjeu est d’ores et déjà celui du second tour. Dans combien de villes LFI rassemblera-t-elle plus de 10% des voix et se trouvera donc en situation de se maintenir ? Dans la grande majorité des communes, le rapprochement des listes de gauche est la condition d’une victoire face à la droite, voire face à l’extrême droite. La tradition depuis 1962 est celle d’une fusion des listes intégrant des éléments de programme et des candidats en position éligible. Mais ça, c’était avant. Avant le délire qui frappe la gauche politique depuis deux ans, redoublé depuis cinq semaines.
Après avoir affirmé qu’il n’y aurait pas d’accord national avec LFI, le PS appelle au désistement de la liste de gauche arrivée en deuxième position. Au nom de la mobilisation des électorats, LFI s’y refuse. Jean-Luc Mélenchon a dit la ligne samedi soir à Marseille ; elle devient celle du mouvement ce lundi dans un communiqué. LFI réclame une « fusion technique » partout où il y a un risque de droite ou d’extrême droite. Cette fusion technique se ferait entre listes de gauche parvenues au-dessus des 10%. Répondant aux appels lancés par le PS aux insoumis « à se désolidariser clairement et pleinement des propos [de Jean-Luc Mélenchon] », le mouvement radical refuse des négociations au cas par cas car « LFI n’est pas une addition de baronnies ». Les insoumis réclament l’intégration d’un nombre de candidats à proportion des résultats du premier tour mais sans participation à la majorité. Autre réponse du berger insoumis à la bergère socialiste qui réclamait une clarification sur la violence en politique. Dans ce même communiqué, ils refusent toute concession au sujet de la mort de Quentin Deranque et réaffirment « la solidarité avec le [au singulier, ndlr] mouvement antifasciste face aux tentatives de criminalisation faisant suite au drame de Lyon ». En revanche, ils en appellent aux têtes de liste communistes, écologistes et citoyennes pour ouvrir dès maintenant des négociations. Donc pas Paris, pas Toulouse, pas Lille et même pas Marseille… mais des discussions sont possibles à Lyon, Nîmes ou Le Havre.
Les socialistes paieront le prix fort de cette montée en intransigeance de toute part. De nombreuses villes de gauche pourraient tomber à droite. Et Marseille à l’extrême droite. S’en suivrait un déchirement plus grand entre forces de gauche, chacunes voulant reporter sur l’autre la responsabilité de ces bérézina locales.
Mais on sait que l’impact politique ne sera pas que local. Il sera national alors que s’ouvre l’année présidentielle et législative. Quelles seront les conséquences de ces choix politiques délétères ? Déplorables pour les habitants de ces villes. Mais politiquement, qu’en tireront les électeurs de gauche ? Il leur reste à imposer un retour à la raison de ces deux partis. Le combat contre l’accession du RN au pouvoir le vaut bien, non ?
En lisant l’article, j’ai l’impression qu’on reste dans une lecture assez classique : implantation partisane, rapport de force à gauche, capacité pour LFI à transformer un score national en mairies. C’est évidemment une partie de l’histoire mais si on regarde le communalisme tel qu’il est formulé par LFI, il y a peut-être aussi une autre couche du sujet à examiner…
Depuis vingt ans, une grande partie du pouvoir local s’est déplacée vers les intercommunalités : transports, aménagement, développement économique… Si la commune reste l’espace démocratique visible, beaucoup de décisions structurantes se jouent désormais à cette échelle.
Dans ce cadre, la conquête des grandes villes prend un sens particulier pour LFI: ce sont souvent elles qui structurent l’équilibre politique des intercommunalités et peuvent orienter les formes de coopération territoriale!
La question devient alors intéressante : est-ce que ce municipalisme « LFIste » peut servir à expérimenter d’autres modes de coopération entre territoires très inégaux ? Des villes pivots capables d’impulser certaines orientations VS des petites communes souvent plus contraintes budgétairement mais qui peuvent peser dans des logiques d’alliance… bref, le communalisme « France Insoumise » peut il transformer un espace pour que la règle majoritaire brute ne suffise plus à organiser la décision?
Si c’est le cas, l’intercommunalité pourrait devenir autre chose qu’un simple outil technocratique : un lieu où se construit une solidarité territoriale capable de résister, au moins partiellement, aux logiques de concurrence et d’attractivité propres au modèle économique dominant…
La vraie question n’est donc peut-être pas seulement de savoir si LFI gagnera des mairies, mais si ce municipalisme « insoumis » qui n’evoque qu’à la marge l’intercommunalité, sera capable, dans ces configurations institutionnelles, de changer réellement la vie des gens! Pour ma part, j’aimerai bien voir ça…
Une majorité de Français souhaitent un vrai changement de cap politique. Macron et ses amis vont terminer leur mandat avec une impopularité record. Les Français sentent également que la droite et l’extrême droite feraient pire encore, même si un grand nombre d’entre eux ont confié leur colère au RN. La victoire nationale des forces de gauche ne peut s’acquérir que par leur rassemblement et leur volonté commune de gagner. Les élections municipales montrent ici ou là, que des chemins existent pour faire en sorte que les forces de gauche ne soient pas irréconciliables. S’enfermes dans les invectives et la division serait une lourde erreur politique. Reprendre la parole, ensemble, serait un signal politique fort pour soulever un espoir de changement. Il appartient, au monde syndical, au monde associatif progressiste, et à la population d’intervenir, localement et nationalement, auprès des responsables politiques des forces de gauche pour concrétiser cet espoir.
L’union avec les socialistes, c’est placer R. Glucksmann en pôle position en 2027 pour mener une politique pro OTAN, pro UE, pro ISRAEL et envoyer les jeunes français en Ukraine face aux Russes, au Liban contre les Iraniens et en Asie contre la Chine. Evidemment, ce ne seront pas les enfants de R. Glucksmann – Salamé, ni des grands bourgeois de Place Publique ou du Parti Socialiste, aucune chance de voir un fils Glucksmann, Hollande, Valls, Hidalgo, Borne ou Moscovici (le papa à 60 ans!) dans une tranchée ukrainienne ou dans les déserts du Moyen Orient.
Cette union est une forme modernisée pour prolonger la gauchiasse au pouvoir en France!
Très peu pour moi, d’abord la Paix, la Justice et le Progrès social.
Merci , très juste votre commentaire .
hélas face à la propagande BFM CNEWS et hélas le service public France inter et France Info nous ne sommes pas grand chose.
Dans ce même communiqué, ils refusent toute concession au sujet de la mort de Quentin Deranque et réaffirment « la solidarité avec le [au singulier, ndlr] mouvement antifasciste face aux tentatives de criminalisation faisant suite au drame de Lyon ».
C’est le minimum et les socialistes devraient avoir honte de leur comportement sur cette question comme sur celle de Gaza.