LA LETTRE DE REGARDS #4

hanounabarthes

Les stars de la TNT dynamitent l’Assemblée

Depuis plusieurs semaines, défilent devant les députés réunis en commission d’enquête les patrons de médias audiovisuels, plus ou moins accompagnés par certains de leurs présentateurs et autres journalistes stars. Entre l’extrême droite et les représentants de l’émission Quotidien, comme entre les cadors des télés Bolloré (Vincent compris) et la gauche, les torchons brûlent.

Les arguments des uns vont s’échouer sur les saillies des autres, le ton monte souvent et l’agressivité est souvent palpable. Mais à quoi bon ? On a surtout l’impression d’un énième spectacle de joute oratoire un peu vain, retransmis en direct et abondamment commenté sur les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux, chacun ayant préalablement choisi son camp… Même si bien entendu, certaines piques font mouche !

L’objectif des députés, notamment de gauche, est de montrer leurs muscles, c’est-à-dire qu’en tant que parlementaires, faire valoir leur pouvoir de contrôle des autorisations de services de télévision. Dans les faits, cela ressemble davantage à une tentative de mener la bataille culturelle contre des responsables médiatiques dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et face à des gens auxquels on n’a pas l’habitude de les voir se confronter (c’est-à-dire les présentateurs et les milliardaires-propriétaires). Le résultat risque de ne pas être à la hauteur des espérances : Bolloré se balade et raconte ses salades, les députés sont à l’offensive mais leur seul outil semble être leur verbe… ce qui pèse hélas peu face à l’argent et a la possession de canaux TNT.

De son côté, l’Arcom, l’autorité de régulation des télécoms, navigue à vue, entre la nécessité d’éviter un procès en censure, tout en garantissant le respect des chartes et des contrats passés avec les éditeurs de contenus. Leur dernière trouvaille pour tenter de faire respecter la pluralité politique sur des chaînes dont c’est pourtant l’obligation : ne plus uniquement décompter le temps de parole des invités encartés mais établir des règles par thèmes, par personnalités (y compris experts et journalistes), par plateaux… Bref, cela risque d’être un sac de nœuds impossible à gérer.

Au fond, c’est peut-être Xavier Niel, le PDG de Free, un temps tenté par l’expérience télévisuelle, qui résume le mieux la situation : alors que beaucoup de canaux TNT seront remis en concurrence en 2025, il prédit que « toutes les chaînes seront renouvelées telles quelles ». Les voies pour contrecarrer l’extrême-droitisation de la télévision semblent, pour l’instant encore, impénétrables.

Pablo Pillaud-Vivien

INDISCRET DU JOUR

Un joint pour le gouvernement

Anti-social, anti-écolo, anti-libertés publiques… Ça commence à faire beaucoup pour la Macronie. Après l’inscription de l’IVG dans la Constitution et la loi sur la fin de vie, le gouvernement chercherait un nouveau « marqueur » qui ne les fasse pas pencher toujours plus à droite. Certains pensent donc… à la légalisation du cannabis. Chiche ? En attendant que ce jour advienne, on se remémore avec délectation les récentes déclarations de messieurs Dupont-Moretti et Darmanin : « Le pétard du samedi soir a le goût du sang séché sur les trottoirs » ; « C’est celui qui fume son joint et qui prend son rail de coke, parfois dans les beaux quartiers, qui fait naître ces règlements de compte ».

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