La banalité du petit écran

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J’étais à la télé pour parler du RN. Chronique d’un moment banal où l’idéologie du parti d’extrême droite ne fait plus partie du débat. Quand la responsabilité des journalistes est interrogée.

Ce n’était pas un moment plus tendu qu’un autre. J’étais invitée sur un plateau TV pour parler de la charte que le RN met en place pour apporter son soutien aux candidats aux élections municipales. Dans la discussion, je souligne que le RN est le seul parti à devoir explorer en profondeur les écrits des candidats qu’il soutient parce que ce parti est structurellement pourvoyeur de militants racistes, antisémites et abrite des nostalgiques du IIIème Reich. On se souvient des vidéos révélés en juin 2024 ou l’on voyait des tatouages de croix celtiques, des bras tendus en salut nazi.

Présente sur le plateau, la rédactrice en chef de Valeurs actuelles contre-attaque et met en cause La France insoumise. Elle nomme Raphaël Arnaud, le député d’Avignon, ancien porte-parole du mouvement antifa Jeune garde. Elle insiste « Il est fiché S ». Je précise que de très nombreux militants de gauche sont « fichés S » : cela signifie que la police les a fichés, ce n’est nullement une preuve de « terrorisme ». Je ne savais pas, mais peut-être le savait-elle, que le mensuel d’extrême droite Frontières a mis en Une le même Raphaël Arnaud brandissant… un mégaphone. Le titre : « Antifa. La nouvelle menace terroriste ».

Pourquoi revenir sur ce moment si banal ? Je constate que, dans le flot quotidien des débats, combattre les idées de l’extrême droite ne fait plus partie du cahier des charges que les journalistes se donnent à eux-mêmes.

Revenons au plateau. Un autre éditorialiste invité, que j’apprécie bien souvent, prend alors la parole pour « rétablir la balance » : « Il y a des brebis galeuses dans tous les partis ». Ainsi un propos politique sur le fond idéologique du RN, ses militants et candidats est désamorcé, ramené à une évidence : bien sûr que sur un million de candidats aux élections municipales, il y a des délinquants, des fraudeurs, des sales types et sales typesses. Occulté que c’est au RN – et au RN seulement – que le sujet est structurel car lié à son histoire et sa pensée. La mise à égalité du RN et de LFI opérée par la rédactrice en chef de Valeurs actuelles n’a pas fait l’objet d’autres commentaires.

Pourquoi revenir sur ce moment si banal ? Je constate que, dans le flot quotidien des débats, combattre les idées de l’extrême droite ne fait plus partie du cahier des charges que les journalistes se donnent à eux-mêmes.

Je suis certaine que l’éditorialiste invité n’a pas de sympathie pour le RN. Mais sur les plateaux, on s’habitue et on débat de l’extrême droite et du RN comme des entomologistes discutent des différentes sortes de guêpes ou de mouches. En distance, avec détachement. Irresponsables au sens propre : qui n’a pas de responsabilité. Et parmi les banalités qui ne se discutent pas, le trait d’égalité entre LFI et RN, quand ce n’est pire. Eugène Ionesco a écrit une pièce définitive sur la victoire des idées vert-brun… par contamination, par séduction, par absence de vigilance : Rhinocéros.

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3 commentaires

  1. Renaud Bernard le 2 décembre 2025 à 15:41

    Les militants fichés S évoqués dans l’article appartiennent à l’extrême-gauche.

  2. Limousin le 2 décembre 2025 à 15:50

    Bonjour, Catherine Tricot sur le plateau télé et moi sur un plateau repas, un moment j’ai failli m’étouffer. Vous savez bien comme quand quelque chose d’étrange, de malsain, de dérangeant vous cloue une boule dans la gorge. Tout le monde semblait à l’aise dans ses baskets. Un parti fasciste et raciste, mais bon l’un ne va pas sans l’autre, s’invite à toutes les tables et chacun critique ou complimente à loisir le contenu de l’assiette. Je sais la difficulté et le mal-être qu’a ressenti Catherine lorsqu’il s’est agi de placer un bémol ou de lever un pouce parmi ceux qui savent. Alors je suis heureux de lire cette lettre de mise au point ou plutôt ce cri d’alarme. Je pensais que Catherine s’était noyée.

  3. Michel Davesnes le 4 décembre 2025 à 21:57

    Qu’allez-vous faire dans cette galère ? Pourquoi éprouvez-vous le besoin d’aller servir d’alibi de gauche dans les médias les plus crapoteux. Est-ce que c’est pour les sous, comme le confie benoîtement Pablo Pillaud-Vivien qui, pendant quelque temps, avait son rond de serviette à BFM ? Pablo ajoute dans cet article d’ Arrêt sur images qu’il aime bien BFM. Nous n’avons pas les mêmes valeurs.
    https://www.arretsurimages.net/articles/sur-bfmtv-la-presse-de-droite-domine-lantenne

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