Jeu de massacre politique

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Les sondages s’accumulent et racontent tous la même histoire : hormis celles du RN, plus une personnalité apparaît comme « présidentiable », plus elle recule. À gauche comme à droite, le champ politique se vide, pendant que l’extrême droite prospère sur le silence et la confusion des autres.

par Catherine Tricot

La messe est dite : aujourd’hui, deux motions de censure déposées par LFI et le RN vont être débattues et rejetées. Sera-ce une victoire de la raison macronienne ? Non, si l’on en croit le sondage du jour (Odoxa-backbone Le Figaro) : 75% des Français jugent ce budget mauvais. La proportion de désapprobation est tellement massive qu’il est vain d’ergoter sur les sondages et leur marge d’erreur. Les députés qui s’apprêtent à laisser passer ce budget n’ont pas convaincu qu’ils faisaient œuvre utile. Ou, si on leur sait gré de quelque chose, c’est de ne rien faire, de ne pas aggraver les tensions et d’arrêter de nous embêter avec des histoires dont l’intérêt ne nous a pas été révélé.

Je généralise mon propre ras-le-bol ? L’autre sondage (Harris-Interactive), qui porte sur le potentiel électoral d’une cinquantaine de personnalités françaises, est éloquent. Si l’on a un potentiel électoral, c’est-à-dire si l’on apparaît comme faisant partie des « présidentiables », alors on dévisse. À gauche comme à droite. Moins 6 % pour Édouard Philippe, Gabriel Attal, François Hollande, François Ruffin, Clémentine Autain, Mathilde Panot, Fabien Roussel et seulement (lol), moins 5 % pour Raphaël Glucksmann, Xavier Bertrand et Marine Tondelier. Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure et Ségolène Royal restent stables… mais bas : 14% de potentiel électoral. Un jeu de massacre.

Seuls épargnés par la dégelée générale : Bardella (41%) et Marine Le Pen (39%). Comme si l’extrême droite parvenait à structurer une représentation cohérente de son projet, son programme, son action. L’extrême droite se trouve naturellement sous les feux des projecteurs et, pour le moment, elle est parvenue à ne pas être associée à la politique de Trump. Mieux, en se détachant clairement du président américain au sujet du Groenland et de l’annexion de territoires, elle donne le sentiment de mettre la France et le droit au-dessus de toute autre considération. Bravo les artistes !

Le RN a été contraint de prendre position, car la menace était grande de sombrer dans l’opprobre s’il apparaissait lié à Trump. Ainsi, ses dirigeants ont parlé de ce qui nous occupe tous : la possibilité de la guerre, le risque nucléaire, le dérèglement du monde, la fragilité de l’Europe. Qui d’autre en parle ? Emmanuel Macron est totalement erratique ; un jour, il valide le kidnapping de Maduro ; le lendemain, il prétend refuser la brutalité. Le président de la République n’a plus aucune crédibilité, aussi parce qu’il n’a pas de pensée solide (sauf sur les bienfaits de la politique de l’offre). Il n’est pas en mesure de structurer le débat politique et de marquer nos idées. Dominique de Villepin commente très bien. Ses passages télévisés sont attendus et relayés sur les réseaux sociaux. S’il rappelle des principes, il dit peu sur ce qu’il convient de faire. Villepin n’est pas complètement un homme politique en action.

Et les autres ? Tous les autres ? C’est le silence radio. Je ne dis pas qu’ils ne parlent jamais de ce monde qui tremble et nous inquiète. Mais c’est toujours ponctuel, à propos d’un évènement. Qui propose une analyse globale et un chemin ?

Les socialistes doivent se défaire de leur amour atlantiste ; les écologistes, de leur fascination pour une Europe qui tombe ; les communistes ? Je ne sais pas. Les Insoumis ? Jean-Luc Mélenchon n’a pas encore délivré sa pensée. Son débat sur France 2, face au ministre des Affaires étrangères, n’a pas été global et alternatif.

Pour le moment, la classe politique parle du 49-3.

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