Hantavirus : le prochain virus trouvera le même monde

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Le covid devait être un tournant historique. Six ans plus tard, hôpitaux fragilisés, prévention sacrifiée et coopération internationale affaiblie montrent qu’il n’aura été qu’une parenthèse. Une nouvelle pandémie viendra mais nous refusons toujours d’en tirer les conséquences politiques.

Il suffit d’un bateau, un paquebot de croisière parti d’Ushuaia. Quelques touristes fortunés. Un virus rare venu des marges du monde. Trois morts à ce stade. Et soudain reviennent des images que l’on croyait rangées dans les archives traumatiques des années covid : les malades isolés, les frontières qui hésitent, les autorités sanitaires qui rassurent tout en tâtonnant, les chaînes d’information qui spéculent sur une future pandémie mondiale. Cette fois, c’est un hantavirus. Peut-être rien. Peut-être un épisode circonscrit. L’OMS appelle au calme. Tant mieux… mais on a déjà vu ça. Le sujet n’est d’ailleurs pas là, il est plus simple et plus terrible : six ans après le covid, sommes-nous mieux préparés ? Et la réponse est probablement non.


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Pourtant, jamais les rapports, les commissions, les plans stratégiques et les tribunes savantes n’ont été aussi nombreux. Les institutions ont travaillé sur les vulnérabilités sanitaires révélées par la pandémie. Les publications scientifiques ont multiplié les appels à une approche « One Health », c’est-à-dire une compréhension globale liant santé humaine, santé animale et destruction des écosystèmes. Les économistes et les penseurs à l’instar d’Esther Duflo ont plaidé pour des systèmes de protection capables d’anticiper les chocs sanitaires et climatiques plutôt que de les subir dans la panique. Tout le monde semblait avoir compris :

  • qu’une pandémie n’était pas un accident exceptionnel mais un produit de la mondialisation contemporaine ;
  • qu’on ne pouvait pas continuer à détruire les habitats naturels, industrialiser l’élevage, artificialiser les sols et intensifier les échanges mondiaux sans multiplier les risques de zoonoses, c’est-à-dire les transmissions de maladies de l’animal à l’homme ;
  • qu’il fallait des stocks stratégiques, des hôpitaux robustes, des capacités industrielles publiques, de la recherche fondamentale, des coopérations internationales, des services publics solides ;
  • qu’il fallait surtout sortir d’une logique absurde où la santé est pensée comme un coût à réduire plutôt qu’un bien commun à protéger.

Mais qu’a-t-on réellement fait ?

En France, contrairement aux promesses de « monde d’après », rien n’a réellement changé depuis le covid. Le nombre de lits hospitaliers baisse continuellement depuis 2014. Même après la pandémie, même après les applaudissements aux fenêtres, les politiques de flux tendus demeurent la norme. On continue à gérer les crises – sanitaires comme les autres – comme on gère une entreprise de logistique : minimiser les dépenses immédiates et improviser lorsque survient la catastrophe. La pandémie a servi de parenthèse rhétorique, pas de rupture politique.

Le covid avait révélé quelque chose d’essentiel : nos sociétés sont aussi sophistiquées que fragiles. La mondialisation néolibérale produit de l’efficacité apparente mais de l’impuissance structurelle. La panique est mauvaise conseillère. Mais l’amnésie l’est davantage encore.

À l’échelle mondiale, les choses ont parfois empiré. Le nationalisme vaccinal pendant le covid aurait dû provoquer une refonte radicale de la gouvernance sanitaire internationale. Il a surtout consacré la loi du plus fort. Les brevets pharmaceutiques restent protégés avec férocité. Les pays pauvres demeurent dépendants des grandes puissances industrielles. Les investissements massifs promis pour prévenir les futures pandémies se heurtent partout au retour de l’austérité budgétaire. L’OMS est plus faible encore qu’il y a six ans.

Le covid avait pourtant révélé quelque chose d’essentiel : nos sociétés sont aussi sophistiquées que fragiles. La mondialisation néolibérale produit de l’efficacité apparente mais de l’impuissance structurelle. Alors, quand surgit aujourd’hui ce foyer inquiétant de hantavirus transmissible entre humains, les autorités répètent qu’il ne faut pas paniquer. Elles ont raison. La panique est mauvaise conseillère. Mais l’amnésie l’est davantage encore.

Le vrai scandale n’est pas qu’un nouveau virus apparaisse : les scientifiques nous disent depuis des années que cela arrivera régulièrement. Le vrai scandale est qu’après des millions de morts, des confinements mondiaux et une sidération historique, le logiciel politique dominant reste presque intact. Nous continuons à considérer la prévention comme une dépense inutile, les services publics comme des charges, la coopération internationale comme une naïveté et l’écologie comme une contrainte secondaire. Le covid devait être un tournant historique. Il risque de n’avoir été qu’une parenthèse… qui pourrait, qui va, un jour, se rouvrir.

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