8 mai, ce que nous devrions commémorer

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Victoire contre le nazisme, découverte de l’Holocauste, renforcement du droit international… Le 8 mai est une date politique universelle dont le sens reste à défendre.

Cette victoire du 8 mai 1945 contre un régime d’extermination ne doit pas être oubliée quand l’imbécile antisémitisme ressurgit à la faveur d’une confusion affreuse entre l’oppression coloniale d’un État, l’État israélien, et un peuple, le peuple juif. La lutte des Palestiniens est politique : elle vise leur droit à un État sûr. Ce droit doit prévaloir. Ce combat ne peut être sali. L’antisémitisme ne devait pas revenir. Il doit repartir, se réenfouir dans les interdits les plus absolus.

Il faut aussi se souvenir que le nazisme défendait une « race supérieure », alors que l’eugénisme refait surface, par exemple aux États-Unis. La nomination au ministère de la Santé de Kennedy Junior est cohérente avec le suprématisme, et son refus de la vaccination est lié à l’idéologie de « la race blanche menacée », qui devrait être fortifiée par l’élimination des faibles.

Cette victoire contre le nazisme résonne lorsque la menace nationaliste se fait pressante. L’installation de régimes militaristes dans les pays les plus puissants constitue un danger immense. Le Japon se réarme ; l’Inde et Israël possèdent la bombe atomique. La Russie se réfère à son passé impérial éternisé. Les États-Unis disposent désormais d’un « ministère de la Guerre » et concentrent la moitié des dépenses mondiales d’armement. Des pays faibles voient dans la détention de l’arme ultime un moyen d’assurer leur indépendance. Cela nous conduit au désastre. Sans un droit international qui s’impose, chacun ne croit qu’en sa propre force, et celle des faibles n’est pas moins dangereuse que celle des forts.

L’ONU, créée en 1945, est notre bien le plus précieux. Elle a beaucoup changé, doit encore se moderniser et en finir avec le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité, qui la paralyse. Mais l’ONU porte la promesse d’une égalité entre les États, d’un progrès passant par le développement humain, et d’une place nouvelle pour les sociétés. Cet héritage radical est le fruit d’une longue histoire visant à domestiquer la guerre et la violence ; il ne peut être abandonné.

Il y a 81 ans s’ouvrait une nouvelle ère pour l’humanité. Elle était charpentée par l’idée que, si l’on veut la paix, il faut la préparer. C’est-à-dire, comme le dirait Bertrand Badie, non pas simplement maintenir l’ordre, mais réunir les conditions d’une vie digne. L’idée de paix s’est perdue avec la guerre froide, où les équilibres de la terreur ont assimilé la paix à la non-guerre. Après la défaite des pays socialistes, la toute-puissance américaine s’est imposée. Depuis quelques années, cet « équilibre instable » ne tient plus. Désormais, tout le monde prépare la guerre. Infamie : c’est la veille du 8 mai que l’Assemblée nationale a encore une fois augmenté de 36 milliards le budget de l’armée.

Si l’on veut la paix, il faut se battre pour la justice et la dignité.

Bon 8 mai à tous.

La rose et le réséda
Louis Aragon (extrait)
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du cœur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat

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