« Comme à Gaza », Israël est chez lui au Liban
Le gouvernement de l’État hébreux assurait ne pas vouloir envahir le Liban. Puis il a défini une « zone tampon » et envoyé des troupes. Puis il a élargi cette zone et planté son drapeau sur ses conquêtes. Les stratégies du chaos de Netanyahou commencent à s’écarter de celles de Trump qui cherche une sortie du bourbier iranien.
Ce week-end, l’armée israélienne a hissé le drapeau sur la forteresse de Beaufort, au sud du Liban. De cela elle s’enorgueillit : cela faisait 25 ans qu’Israël n’était pas allé aussi loin dans les terres libanaises. Benjamin Netanyahou qualifie cette prise de guerre de « tournant décisif et d’étape spectaculaire dans la politique que nous menons. […] Nous prenons l’initiative, nous agissons sur tous les fronts : en Syrie, à Gaza, au Liban ».
TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER
Cet événement est un exemple de communication israélienne. Ce site historique se situe juste au nord du fleuve Litani – la dernière fois qu’Israël l’a occupé, en 1982, son armée a fini par envahir Beyrouth. En mars 2026, alors que les hostilités s’intensifient entre Israël et le Hezbollah, Benjamin Netanyahou avait défini une « zone tampon », étendue de la frontière jusqu’à ce fleuve. Concrètement, cela signifie que le premier ministre israélien ne veut plus voir âme qui vive dans ces 600 km², soit 6% du territoire libanais. À cette époque, il n’est pas officiellement question d’envahir le Liban. Le porte-parole international de l’armée israélienne, Nadav Shoshani, parle alors d’opérations « limitée et ciblée ».
Tout « dérape » rapidement. Dès mars, le ministre israélien de la défense, Israël Katz, ordonne de détruire « les infrastructures de la terreur dans les villages près de la frontière, comme nous l’avons fait avec le Hamas à Gaza ». Comme à Gaza, cela signifie qu’Israël détruit tout : habitations, terres agricoles, patrimoine culturel, etc., sans le moindre souci du droit international et des vies humaines par milliers.
Benjamin Netanyahou confirme il y a quelques jours que l’armée israélienne a franchi le fleuve Litani pour « fortifier la bande de sécurité ». Instaurer une zone tampon, tout détruire, puis la dépasser… et en créer une nouvelle : le fleuve Zahrani, plus au nord, fait désormais office de limite du no man’s land. Quant au reste du Liban, s’il n’est pas encore envahi, il est bombardé jusqu’à Beyrouth.
Depuis le 7 octobre 2023, Israël a annexé 1000 km² de territoire au Liban, à Gaza et en Syrie. Depuis mars, plus de 3000 Libanais ont été tués et plus d’un million de personnes ont dû fuir leur domicile.
Depuis le 7 octobre 2023, Israël a annexé 1000 km² de territoire au Liban, à Gaza et en Syrie, lit-on dans L’Orient-Le Jour. Depuis mars, plus de 3000 Libanais ont été tués et plus d’un million de personnes ont dû fuir leur domicile. Chiites pour la grande majorité, le gouvernement israélien avertit : ils ne pourront rentrer chez eux tant que le Hezbollah existe. Or comme le rappelle Walid Joumblatt, chef historique de la communauté druze libanaise et ancien dirigeant du Parti socialiste progressiste : « Le Hezbollah, ce sont des Libanais, ils ne vont pas quitter le pays en s’embarquant sur des bateaux ! […] Il n’y a qu’une seule force armée au Liban, c’est le Hezbollah. »
Que fait la France qui a des liens historiques avec le Liban ? Le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot a demandé « une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies car, tout en reconnaissant le droit d’Israël, comme celui de tous les pays, à l’autodéfense… rien ne peut justifier la poursuite des opérations militaires israéliennes au Liban et son occupation toujours plus profonde du territoire libanais ». Ces circonvolutions resteront dans les annales de la couardise.
Pourquoi cette guerre ? La première raison est qu’Israël cherche l’expansion territoriale. Ses dirigeants, premier ministre inclus, ravivent régulièrement l’idée du « Grand Israël ». La seconde est que le gouvernement israélien ne tient que par sa domination militaire dans la région. L’instabilité est son assurance-vie. Et puis il y a l’affaire iranienne. L’Iran conditionne son accord de paix à un cessez-le-feu au Liban. Donald Trump, qui cherche une issue au bourbier dans lequel il s’est lui-même enfoncé, commence à prendre ombrage de la stratégie israélienne. Un appel téléphonique a opportunément fuité entre les deux dirigeants : « Tu es complètement fou. Tu serais en prison sans moi. Je t’ai sauvé les fesses. Tout le monde te hait maintenant. Tout le monde déteste Israël. » Après cette engueulade, Donald Trump a assuré qu’« il n’y aura pas de troupes à Beyrouth et toutes les troupes qui étaient en route pour Beyrouth ont déjà fait demi-tour ». Que la violence américaine l’emporte sur la diplomatie (notamment française) en dit long sur l’état du monde.