Bruno Retailleau, l’homme qui attend l’accident
Au Parc floral de Paris samedi, Bruno Retailleau n’a pas vraiment présenté un projet présidentiel. Il a présenté une hypothèse. L’hypothèse selon laquelle le Rassemblement national pourrait échouer parce que Marine Le Pen est empêchée par ses méfaits et Jordan Bardella par sa vacuité. Très hasardeux.
Dans une logorrhée rapide, sans notes, débitée à un rythme qui laissait rarement le temps à la salle d’applaudir, le président des LR a déroulé ce qui constitue désormais l’essentiel de son identité politique. Le slogan d’abord : « La France en ordre ». Puis les marqueurs. Un référendum sur l’immigration, alors même qu’une telle proposition se heurte aujourd’hui au cadre constitutionnel. La dénonciation d’un prétendu conflit entre démocratie et État de droit – tout en assurant, dans le même souffle, qu’il n’est évidemment pas opposé à l’État de droit (on croit rêver). Une promesse de tailler « à la tronçonneuse » dans les normes, reprenant presque l’imagerie popularisée par l’extrême droite ultralibérale de Javier Milei en Argentine. Et une charge contre ces professeurs qui seraient devenus, selon lui, des « militants associatifs » qu’il conviendrait de remettre dans le droit chemin.
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À écouter Bruno Retailleau, une évidence s’impose : il ne cherche plus à distinguer la droite républicaine du Rassemblement national. Il cherche à occuper le même terrain. Mais avec une différence de taille : il prétend pouvoir le faire sans les inconvénients du RN.
C’est là que réside le véritable sens politique de ce meeting. Car Bruno Retailleau a attaqué Gabriel Attal, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon. Mais le Rassemblement national n’a, lui, pas été pris pour cible. Le candidat LR ne construit pas sa candidature contre le RN. Il la construit à côté du RN. Ou plus exactement dans l’attente d’une défaillance du RN.
Depuis plusieurs mois, un scénario circule dans les cercles politiques et médiatiques : Jordan Bardella pourrait ne pas tenir la distance d’une campagne présidentielle. Et cela vaudra si et seulement si Marine Le Pen est condamnée à de l’inéligibilité. Un espace pourrait alors s’ouvrir à droite. Bruno Retailleau croit pouvoir être celui qui l’occupera. Il ne se présente ainsi pas comme une alternative au lepénisme. Il se présente comme son plan B.
Le candidat LR ne construit pas sa candidature contre le RN. Il la construit à côté du RN. Ou plus exactement dans l’attente d’une défaillance du RN. Il ne se présente ainsi pas comme une alternative au lepénisme. Il se présente comme son plan B.
Pourquoi les électeurs choisiraient-ils une copie lorsqu’ils disposent de l’original ? Pourquoi voteraient-ils pour une droite qui reprend les thèmes, les mots et parfois même les références culturelles de l’extrême droite, mais avec moins de cohérence idéologique et moins d’ancrage populaire ? C’est toute l’impasse des Républicains qui s’est donnée à voir samedi.
Pendant des décennies, la droite française occupait une place centrale dans le débat public. Elle tentait d’articuler une vision de l’État, de l’économie, de l’Europe et de la nation. Aujourd’hui, elle semble avoir renoncé à produire son propre récit. Au fond, ce que veut convoquer Bruno Retailleau, c’est la crédibilité et la force du parti de gouvernement. Or, il ne voit pas que c’est précisément là l’un de ses problèmes principaux : il a gouverné. Il est donc comptable du bilan de la politique actuelle et de tous les maux qu’il décrit. Pas le RN… qui peut capter la colère et une certaine énergie protestataire.
Coincée entre le macronisme et l’extrême droite, la droite version LR ne cherche plus à tracer sa route mais à récupérer des électeurs perdus. Le résultat est paradoxal : plus Les Républicains se rapprochent des thèmes du RN, plus ils renforcent l’idée que le RN avait raison avant eux.