Audiovisuel public : qui raconte le pays ? 

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Le rapport de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public illustre une dérive bien connue : réduire le service public à une querelle sur sa neutralité politique et le prétendre obèse financièrement. Ici se joue une part du récit collectif de notre démocratie.

Ce lundi 27 avril, les députés membres de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public ont bien adopté le rapport du député UDR Charles Alloncle, grâce à l’abstention des macronistes. La gauche a voté contre un texte jugé truffé d’approximations, de contre-vérités et de fausses informations. Le service public de l’audiovisuel méritait un temps de travail des députés et ces auditions. Il mérite qu’on parle du fond : pourquoi une démocratie a besoin d’un audiovisuel public fort.


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Rappelons un fait : l’audiovisuel public français coûte moins cher que celui de plusieurs de nos voisins européens. En 2025, sa dotation publique représente environ 4 milliards d’euros, soit 130 à 150 euros par foyer et par an. Au Royaume-Uni, la licence de la BBC atteint l’équivalent de 200 euros. En Allemagne, la contribution audiovisuelle dépasse 220 euros par foyer. Présenter France Télévisions, Radio France, Arte, France Médias Monde ou l’INA comme un luxe extravagant relève du slogan.

L’une des principales questions soulevées par la commission d’enquête portait sur les flux financiers : comment sont utilisés ces 4 milliards ? France Télévisions est-il vraiment ce « système mafieux » peuplé de « gens qui s’en mettent plein les poches », pour reprendre les outrances de la galaxie Bolloré ? La sous-traitance croissante à de grands groupes de production interroge. Elle appauvrit les savoir-faire internes et fait disparaître des métiers et des technicités précieuses. Oui aussi, la starification de certains animateurs, qui pousse les employeurs publics à s’aligner sur les logiques salariales du privé, déséquilibre l’ensemble. Et derrière, un service public sous pression, des rédactions en tension, des budgets contraints, des suppressions de postes, des émissions pourtant essentielles qui disparaissent et des professionnels sommés de faire davantage avec moins.

La commission conduite par le député d’extrême droite s’est focalisée sur une obsession : les journalistes du service public sont-ils vraiment « neutres » ? Comprendre ici : luttent-ils contre l’extrême droite ? Sont-ils « de gauche » ? Pour les auditeurs attentifs… la réponse serait pour le moins nuancée. Il n’y a aucun journaliste proche des insoumis ou du RN parmi ceux qui font des chroniques et des éditos politiques. On peut, sans se tromper, dire qu’ils font partie du « cercle de la raison », bien répartis entre gauche et droite. C’est cette exigence de représentation de la plus grande diversité des opinions qui conduit France Info à élargir ses invités en plateaux. Est-ce suffisant ?

La commission conduite par le député d’extrême droite s’est focalisée sur une obsession : les journalistes du service public sont-ils vraiment « neutres » ? Comprendre ici : luttent-ils contre l’extrême droite ?

Et surtout, qui peut penser que l’audiovisuel public se réduit aux discours politiques ? Sa mission d’information est de rendre compte de la société par l’enquête, par le reportage, par le documentaire. Elle doit aussi raconter, former, divertir par la fiction, par la création culturelle, par la diffusion de spectacles vivants, par les émissions jeunesse, par la retransmission de grandes compétitions sportives accessibles à tous. Il s’agit de faire exister un espace commun qui ne soit pas gouverné par la rentabilité. France Télévisions et Radio France sont une part essentielle de cette fabrique.

Qui raconte le pays ? Qui décide de ce qui mérite d’être vu, entendu, discuté ? Qui façonne notre manière de comprendre le monde ? L’audiovisuel public constitue l’un des rares lieux capables de rivaliser avec des empires médiatiques privés et concentrés. Entre un média financé collectivement et un média dépendant des intérêts d’un grand groupe industriel ou financier, la gauche doit savoir, sans hésiter, de quel côté se tenir. Défendre l’audiovisuel public, ce n’est pas défendre l’État, c’est défendre un espace où l’information et la culture peuvent encore échapper, au moins partiellement, à la loi du marché.

À quelques exceptions près, la défense de l’audiovisuel public n’est pourtant pas le grand combat de la gauche. Trop souvent, elle a laissé prospérer l’idée qu’il s’agissait d’une forteresse corporatiste ou d’un vieux réflexe étatiste. Elle a parfois accompagné les logiques de rationalisation, les fusions et les restrictions budgétaires plutôt que d’inventer un projet ambitieux. C’est une erreur politique majeure. L’audiovisuel public n’est pas une institution figée ; il est la possibilité d’un imaginaire commun, d’une information indépendante des puissances d’argent, d’une culture accessible à tous. On ne peut pas abandonner ce front sans abandonner une part essentielle du projet démocratique.

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1 commentaire

  1. Marc le 28 avril 2026 à 14:47

    Tu sais que t’es chou en marcel, Pablo !

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