Annuler les élections à mi-mandat : Trump ne « blague » jamais
Le président américain ne cesse de chercher des voies pour tordre la démocratie, voire l’empêcher. Chacune de ses déclarations doit être prise avec le plus grand sérieux.
En novembre 2026, les Américains devraient retourner aux urnes pour les « midterms », les élections de mi-mandat qui renouvellent la Chambre des représentants (et un tiers du Sénat). Ça, c’est pour la théorie. Car Donald Trump vient d’avoir une idée : « Quand on y pense, il ne devrait même pas y avoir d’élections ». Évidemment, quand on connaît le rapport du président au droit de son pays et qu’on balance de telles déclarations, c’est accueilli avec effroi.
Immédiatement, la Maison Blanche a fourni une explication de texte : « Le président ne faisait que plaisanter. Il disait ‘Nous faisons un excellent travail, nous faisons tout ce que le peuple américain attend de nous, nous devrions peut-être simplement continuer sur notre lancée.’ » Une simple blague donc. Mouais. Comme si c’était dans le style Donald Trump de faire des blagues.
Au contraire, la démocratie est un sujet très sérieux pour le locataire (bientôt propriétaire ?) de la Maison Blanche. Lors de sa campagne, déjà, il promettait « Je ne serai pas un dictateur, sauf le premier jour », et à ses électeurs que, s’il était élu, les Américains n’auraient « plus à [se] soucier de voter ». Là encore, l’explication était la même : Donald Trump va faire tellement bien le taf qu’il n’y aura plus de problème à régler, donc plus besoin d’élections pour arbitrer…
À peine élu, Donald Trump envisageait d’outrepasser la Constitution pour briguer un troisième mandat. Et cette fois, il ne « blaguait pas » ! Tant et si bien que même les constitutionnalistes les plus sérieux se sont penchés sur la question, certains ne voyant dans les textes de loi rien qui empêcherait un tel coup de force. Comme s’il avait besoin de l’aval de quelques experts… Donald Trump n’a-t-il pas dit que « seuls le président ou le procureur général peuvent définir ou interpréter ce qu’est la loi » ou encore, citant Napoléon, que « celui qui sauve sa patrie ne viole aucune loi » ?
Cela fait un an que Donald Trump s’affirme au-dessus des lois, internationales comme nationales. Alors qui peut croire qu’il fait de l’humour à propos des élections ? Est-ce une « blague » lorsqu’il entend également « éliminer » le vote par correspondance au motif qu’il serait « corrompu » et, « tant qu’on y est », le vote électronique ? On rappelle qu’il n’a pas reconnu sa défaite de 2020, dénonçant les « fraudes » dues à ces moyens de vote… Une élection qui s’était d’ailleurs achevé par une tentative de coup d’État. Depuis, le président use de son pouvoir de grâce pour faire libérer les assaillants du Capitole.
Donald Trump est loin d’être à cours de « blagues » : redécoupage des circonscriptions, recensement pour évincer les immigrés, évictions dans l’administration (on pense notamment aux services en charge de surveiller l’action de la Maison Blanche et les processus démocratiques). Donald Trump réussira-t-il, cette fois, son coup d’État ? La question se pose chaque jour un peu plus.