Image1

Les lycéens se mobilisent pour des moyens et des conditions d’étude dignes. Le pouvoir leur répond par une répression stupéfiante. Cette génération qui entre en politique est considérée comme un problème d’ordre public et non comme une force démocratique.

À Lille, des chiens policiers sont envoyés sur des ados. À Sevran, une police à cheval les poursuit dans la rue. Un peu partout en France, depuis lundi, des charges violentes des forces de l’ordre, des clefs de bras et d’étranglement, des gaz lacrymogènes, des grenades de désencerclement et même des tirs de LBD. Ces répressions filmées par des milliers de portables inondent les réseaux sociaux et stupéfient les parents. Elles attisent la mobilisation. Ce jeudi matin, les lycéens de la région parisienne convergent vers Saint-Denis devenu l’épicentre du mouvement : la banlieue enfin au centre.


TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER

👉 C’EST ICI ET C’EST GRATUIT


À cette heure, le bilan est le suivant : 625 interpellations, 119 élèves et employés de l’éducation nationale blessés et trois enquêtes ouvertes par l’IGPN contre des policiers. Mais le ministre de l’intérieur Laurent Nunez se félicite de l’extrême « proportionnalité » des interventions policières – imaginez s’ils ne s’étaient pas retenus ! À cette jeunesse qui réclame égalité, justice et des moyens pour l’école, l’État répond par la répression, avec une intensité insupportable. François Mitterrand avait vu juste : « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort ».

Certes, pas plus que les piquets de grève, bloquer son lycée n’est pas légal. Oui, souvent, des détériorations matérielles sont à déplorer. Oui aussi, des jeunes provoquent la police. Mais cela ne justifie pas le niveau de violence de la réponse de l’État. Heureusement, d’autres agents du même État, notamment des personnels de l’éducation nationale, s’engagent et défendent leurs élèves : ils font barrage de leurs corps par la formation de chaînes humaines et filment avec leurs portables les interventions de la police. Les élus, pratiquement tous insoumis, avec leur écharpe bleu-blanc-rouge en bandoulière, tentent des médiations et font boucliers pour éviter le pire.

Une démocratie ne peut exiger la confiance de ceux qu’elle refuse d’entendre autrement que comme un trouble à faire cesser. Les adolescents n’ont pas à être irréprochables pour que leurs droits soient garantis. Sinon, la première leçon politique donnée à cette génération sera peut-être la plus dangereuse : apprendre à se méfier de la République avant même d’avoir eu le temps d’y croire.

Ces lycéens font leur première expérience politique. Ils n’ont pas encore tous le droit de vote et leur premier geste collectif passe par un blocage, une manifestation, une prise de parole. On peut discuter (avec eux, c’est mieux) leurs méthodes, leurs excès, leurs erreurs. Mais quelle démocratie prétend apprendre la citoyenneté par la force ? On leur répète qu’ils sont l’avenir de la République. Il serait temps de les considérer aussi comme son présent. La façon dont l’État les nomme aussi fait sens : dans la bouche des ministres, ces jeunes ne sont plus des lycéens mais des émeutiers urbains.

Une démocratie ne peut exiger la confiance de ceux qu’elle refuse d’entendre autrement que comme un trouble à faire cesser. Les adolescents n’ont pas à être irréprochables pour que leurs droits soient garantis. Sinon, la première leçon politique donnée à cette génération sera peut-être la plus dangereuse : apprendre à se méfier de la République avant même d’avoir eu le temps d’y croire.

C’est dans ce contexte que le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est à nouveau pris pour cible : sa grande popularité au sein de la jeunesse lui permet de dialoguer avec elle. C’est une force que n’ont pas, loin s’en faut, les ministres de l’éducation ou de l’intérieur, les préfets ou les commissaires de police. C’est ce dialogue que le maire de Saint-Denis recherche et maintient quand il affirme que « la violence peut être légitime, mais c’est mieux de l’éviter ». En n’insultant pas ces jeunes mobilisés, en ne condamnant pas a priori leurs modes d’expression, Bally Bagayoko garde un lien avec eux, continue d’être un trait d’union entre le mouvement et les institutions démocratiques. Allez-y, faites mieux, messieurs les ministres !

Évidemment, LFI n’est pas à l’origine du mouvement social lycéen. Aucun responsable politique ou syndical ne peut générer un tel mouvement, ni même le canaliser ou le manipuler. C’est une idée aussi saugrenue que complotiste. Mais LFI se veut un débouché aux revendications. Ils se mettent au diapason de la colère en les encourageant : vous êtes dans le juste, vos demandes sont légitimes, nous sommes à vos côtés. C’est cela que ne supporte pas Bruno Retailleau qui demande désormais l’interdiction de La France insoumise.

Après 10 ans de pouvoir macroniste, tout le monde, lycéens compris, sait bien qu’il n’y a rien à attendre du gouvernement. Que faire de cette envie de la jeunesse de participer ? D’abord demander aux responsables des forces de l’ordre de calmer la folie violente de la police. Ensuite ne pas voter un budget riquiqui pour les services publics. Gagner, si possible, des moyens supplémentaires pour l’école et les lycées. Et dans quelques mois, la présidentielle peut offrir un débouché.

Partager cet article

Abonnez-vous
à notre NEWSLETTER
quotidienne et gratuite

1 commentaire

  1. Desbois Christian le 1 octobre 2026 à 15:47

    La fin de ce papier est presque bien, « Et dans quelques mois, la présidentielle peut offrir un débouché. » Manque la précision du comment, avec quel programme et avec quel candidat. Nous aurons sans doute la réponse ce soir ? N’est-ce pas « Regards » ?

Laissez un commentaire