Brebis galeuse en chef : Bardella l’antisémite

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Les propos antisémites de Jordan Bardella lorsqu’il était jeune adhérent du FN ne racontent pas seulement le passé du président actuel du RN. Ils racontent surtout comment l’extrême droite a appris à rendre son idéologie présentable sans en changer.

« Les banques sont toutes détenues par des juifs » ; « Le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler » : exhumée par Mediapart – dont il faut une fois encore saluer le travail d’enquête –, la littérature de Jordan Bardella, alors jeune adhérent de 18 ans au Front national, est d’un antisémitisme crasse. Aucune stupéfaction ou surprise à la lecture de cette prose obsessionnelle : il ne s’agit là que du fond de commerce banal de l’extrême droite française, comme le rappelle l’histoire et la longue liste de tous les candidats ou élus d’extrême droite qui profèrent ce même genre d’abjections. Cela amène plusieurs enseignements.


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Le premier est de rappeler ce qu’est l’antisémitisme. Ces dernières années, certains ont cru bon de voir dans la critique de la politique génocidaire d’Israël les atours d’un « nouvel antisémitisme ». Ils s’en inquiétaient, assurant que l’antisémitisme d’antan, qui était l’une des colonnes vertébrales de la France rance du premier 20ème siècle puis du fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen et de ses affidés, n’était plus de saison. Ils avaient tort : il reste un fond de sauce dans notre pays et au fondement du projet de l’extrême droite. Les révélations de Mediapart le redisent.

L’antisémitisme de Jordan Bardella est intégré dans le projet global de son parti. Quand, en mars 2015, le futur premier ministrable de Marine Le Pen souligne que « depuis que le discours [de Marine Le Pen] est plus policé, le nombre d’électeur explose », tout en se réjouissant que le FN soit le seul parti « resté fidèle à son idéologie de base » depuis « plus de 40 ans », il expose et son ambition et sa stratégie. Le plus significatif n’est donc peut-être pas ce que Jordan Bardella écrivait à 18 ans. C’est ce qu’il avait déjà compris à cet âge : pour conquérir le pouvoir, l’extrême droite devait être fidèle mais avancer masquée, parler autrement. La dédiabolisation n’est pas née d’une conversion soudaine à la République. Elle a consisté à polir les mots, à lisser les références, à rendre présentable ce qui ne l’était pas. Il y a dans les phrases de Jordan Bardella toute une méthode politique : ne pas renoncer à l’idéologie, mais travailler sa mise en scène.

La dédiabolisation n’est pas née d’une conversion soudaine à la République. Elle a consisté à polir les mots, à lisser les références, à rendre présentable ce qui ne l’était pas. Il y a dans les phrases de Jordan Bardella toute une méthode politique : ne pas renoncer à l’idéologie, mais travailler sa mise en scène.

Le RN voudrait aujourd’hui apparaître comme le rempart contre l’antisémitisme. Une partie du champ médiatique et politique a gobé ces bobards et validé la manière dont le FN, devenu RN, a construit son récit de lui-même. L’extrême droite demande volontiers que l’on se souvienne de l’histoire de France, de ses frontières, de ses racines. Elle réclame en revanche une forme d’amnésie lorsqu’il s’agit de sa propre histoire. Elle voudrait que la dédiabolisation soit tenue pour une rupture alors qu’elle est l’art de ripoliner la façade, sans changer de logiciel.

Alors non, Jordan Bardella ne doit pas démontrer son opposition aux propos antisémites et complotistes qui lui sont attribués. On peut s’attendre à ce qu’il s’y emploie en attaquant en diffamation Mediapart. Il perdra car tout le monde perd contre les solides enquêtes de Mediapart. Mais il aura gagné du temps. Puis il essaiera de faire amende honorable, en affirmant qu’il a changé, qu’il n’est plus ce jeune homme antisémite. Marine Le Pen et le RN pourraient même décider de l’exclure. Mais ce qui est révélé l’est : les faits sont têtus. Le RN, comme l’était le FN, est un parti de haine de l’autre et de recherche de boucs émissaires – dont les juifs sont depuis des siècles le modèle absolu. On ne cesse pas d’être antisémite par communiqué de presse. Une idéologie ne disparaît pas parce qu’elle devient moins dicible. Les archives de Jordan Bardella ne racontent pas seulement le passé d’un jeune militant mais la manière dont l’extrême droite a appris à rendre son passé et son présent moins visibles.

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