Édouard Philippe, un homme sans avenir 

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Avec comme seule boussole la réduction des déficits, le candidat de droite à la présidentielle propose encore de rallonger la durée de cotisation et de raboter les retraites. Toujours la même sempiternelle et cruelle politique qui ne résout rien.

Édouard Philippe a un vrai sens du timing. Hier était jour de protestations contre l’affaissement méthodique de notre société de solidarité. Et c’est ce jour que choisit Édouard Philippe pour présenter son super projet de retraite. Son indifférence à ce que disent et redisent les Français est remarquable. C’est aussi pour cette raison qu’il décroche dans les sondages et voit son horizon élyséen s’obscurcir. 


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Pensant probablement qu’affronter les Français, toute génération confondue, est la marque ultime du grand homme politique, il dévoilait sur Youtube son projet. Il semble avoir mis de l’eau dans son vin : il ne parle plus d’un âge de départ à 67 ans mais à 65 ans avec 45 années de cotisation. Vu que l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22 ans : 22 + 45 = 67 ans. Nous y revoilà. Édouard Philippe est du genre têtu. À cela, il ajoute une dose de capitalisation. Donc tant pis pour les jeunes générations qui paieront deux fois : pour la répartition et pour la capitalisation, qui prendront le risque des défaillances boursières et donc celui d’une fonte de la retraite par capitalisation. Tant pis aussi pour les valeurs fondamentales de la France de solidarité et d’égalité. Qu’il est agaçant de voir l’ancien premier ministre se présenter en homme raisonnable, faisant face à la réalité des déséquilibres budgétaires quand les Français seraient, eux, dispendieux, égoïstes et insouciants !

Les arguments contre ces réformes cruelles sont connus. On va les réentendre. Qui peut croire que les profs, les maçons, les aides-soignantes, les conducteurs de bus… peuvent travailler jusqu’à 65 ans ou 67 ans ? Qui peut douter que l’effet réel et recherché de ces réformes est d’amputer le montant des pensions puisque, bien souvent, travailler si longtemps est impossible ? Les personnes partiront plus tôt mais avec décote de leur pension. Qui peut ignorer que de telles réformes appliquées, par exemple, en Allemagne ont conduit à un taux de pauvreté très élevé chez les retraités souvent contraints de prendre un job ? Voir nos vieux faire traverser les rues, porter des courses… c’est « notre projet » ? Qui va remplacer les milliers de maires dans les petites villes et villages qui ne pourraient continuer leurs tâches indispensables mais quasi gratuites pour l’État ?  Qui ira chercher les enfants le soir à l’école si les grands-parents sont au boulot ? Qui aidera les jeunes si les anciens ont leur retraite amputée ? On pourrait allonger la liste des évidences contre ce modèle qui ne vise pas à améliorer la vie, ni la qualité du travail – encore moins sa productivité, ni à faire place aux jeunes.

Mais alors que prétend viser le candidat Édouard Philippe ? Rétablir les comptes publics (la dette de l’État atteint des sommets et il en est un des artisans). Ce sont ses seules boussoles. Elles l’empêchent de penser. Il n’a d’autre solution que la rapine et le rabotage. 

Comme Sébastien Lecornu, il cherche à gratter 100 millions d’euros, 1 milliard par ici ou par là, dans les poches des chômeurs, des malades, des fonctionnaires, des étudiants étrangers, des retraités au-dessus de 2000 euros. Mais il ne dit rien des 200 milliards, le 1/3 du budget de l’État, consacrés aux entreprises au travers de plus de 2000 aides accordées sans contrepartie et dans un maquis total. Pourquoi n’en dit-il rien ? Pourquoi refuse-t-il de soulever ce capot ? Parce qu’il croit, comme François Hollande à partir de 2014, comme Emmanuel Macron son ministre de l’économie, comme Emmanuel Macron devenu président, comme toute la droite, qu’en aidant sans limite et sans stratégie les entreprises, on va redresser la France. De fait, ces aides ont permis à la France d’être le second pays au monde pour le versement de dividendes. Tant mieux pour eux. Mais est-ce que le pays va mieux ? 

À un moment, il faut savoir arrêter les frais et croire Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». La droite n’a pas de solutions. À la gauche d’oser penser en dehors du cadre de ces vingt dernières années, et de convaincre. Sinon l’extrême droite antisémite sera élue. Quant à Édouard Philippe, il sape ses dernières chances.

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11 commentaires

  1. lionel Mutzenberg le 30 septembre 2026 à 15:30

     » Sinon l’extrème droite antisémite sera élue. » Mais, pourquoi pas la vraie gauche sera élue, déjà prête au barrage contre la rupture ?
    Je ne crois pas que notre pays soit résigné au pas cadencé que nous promet le RN, et encore moins aujourd’hui quand nous venons d’être confirmé sur la véritable nature de l’extrème droite française.
    S’opposer à la droite, et à l’extrème droite, c’est toute l’histoire de la gauche, et si des partis qui se réclament de la gauche ne sont plus présent dans ce combat, c’est qu’ils ne sont plus de gauche.

    • Lafleur le 1 octobre 2026 à 11:21

      Cher Lionel Mutzenberg,

      Je comprends bien sûr votre raisonnement sur le barrage à l’extrême droite, mais c’est justement là que je pense qu’il faut aller un peu plus loin que le simple « sinon le RN sera élu ».

      D’abord, si l’on raisonne à partir des sondages, il faut constater ce qu’ils disent réellement : ils mesurent aujourd’hui un rapport de forces, ils ne démontrent pas que la gauche doit nécessairement se concentrer derrière une candidature plutôt qu’une autre. Sinon, on transforme une photographie électorale en stratégie politique. Et c’est là que votre logique peut, paradoxalement, contribuer à exactement ce que vous dénoncez : dès le premier tour, « essorer » les autres composantes de la gauche au nom du vote utile, notamment au profit de Mélenchon, puis demander ensuite à tout le monde de se retrouver derrière une logique de barrage.

      Or l’histoire montre que le problème du barrage permanent est qu’il peut devenir une politique en soi. À force de demander aux classes populaires de voter non pas pour un projet qui exprime leurs intérêts de classe, mais contre celui qu’on leur présente comme le pire, le diable de confort du système, on peut conserver une conscience antifasciste tout en détruisant progressivement la conscience de classe autonome du prolétariat.

      Je pense que l’exemple yougoslave mérite justement d’être médité. En Bosnie-Herzégovine, la Ligue des communistes a progressivement abandonné la référence marxiste-léniniste puis la spécificité du modèle titiste — autogestion, non-alignement, souveraineté économique et sociale — avant sa transformation en SDP. Cela ne signifie évidemment pas que cette évolution explique à elle seule la guerre et la disparition de la Yougoslavie : les facteurs nationaux, économiques, internationaux et institutionnels sont beaucoup plus complexes. Mais elle illustre bien une question : que reste-t-il d’une gauche lorsqu’elle abandonne progressivement son autonomie de classe pour devenir essentiellement une force de défense de la démocratie, de l’Europe ou de l’intégration euro-atlantique : Place publique ?

      Le SDP bosnien actuel assume d’ailleurs explicitement l’objectif d’intégration à l’UE et à l’OTAN au nom d’un réductionnisme antifasciste : anti nationaliste. Ce n’est pas un jugement moral : c’est une transformation politique concrète et réelle de la gauche qu’il faut analyser dans ses rapports avec les classes et les institutions.

      C’est là que je trouve Clouscard intéressant. Son idée du néofascisme consiste à analyser comment certaines formes de libéralisation sociétale peuvent coexister avec le maintien, voire le renforcement, des rapports capitalistes. Sa critique porte sur une gauche qui abandonnerait progressivement la question de la production, du travail et des rapports de classe au profit d’une politique essentiellement culturelle ou morale.

      Donc pour moi, combattre l’extrême droite est indispensable, mais la question dialectique est : avec quelle politique sociale et de classe ?

      Si le barrage conduit à abandonner progressivement toute perspective de transformation des rapports de production, il peut battre ponctuellement l’extrême droite tout en laissant intactes les conditions sociales qui nourrissent son développement et la domination du capital et de structures patriarcales et sexistes.

      C’est précisément pourquoi je ne crois pas qu’il faille opposer artificiellement « lutte antifasciste » et « projet de gauche ». La question est de savoir si l’antifascisme permet de reconstruire une force populaire organisée et consciente de ses intérêts, ou s’il devient simplement le moyen de reconduire indéfiniment le même choix entre plusieurs variantes de l’ordre existant, notamment derrière la social-démocratie : ce pari est perdant à l’Est.

      Et c’est là, à mon sens, que se joue réellement le débat pour 2027.

      Fraternellement,

      • lionel Mutzenberg le 6 octobre 2026 à 10:24

        Je vais te dire, nous pourrions être d’accord, mais votre candidature est d’une grande stupidité politique, la question n’est pas l’avenir du PC, la seule question, c’est la gauche au pouvoir avec un programme de rupture, une alternative crédible au libéralisme, qui correspond aux réalités de notre pays.
        Mais bon, depuis trente ans vous avez tout foiré, et tant que vous ne rangerez pas votre bréviaire pour nous réciter la messe marxiste-léniniste, qui a échoué partout dans le monde, les droites pourront dormir tranquilles.
        Amen.

        • Lafleur le 8 octobre 2026 à 12:45

          Cher Lionel Mutzenberg,

          La dernière messe que j’ai entendu était celle de Jean-Luc Mélenchon à la fête de l’Humanité. Il prêchait de manière condescendante du haut de sa chaire à ses disciples.

          Sa candidature sans passer par la primaire sociale-démocrate est une erreur. Elle est d’une grande stupidité politique.

          C’est la social-démocratie qui est en échec. Mais cette dernière, dont vous êtes un agent électoral, n’arrive pas à l’admettre: Millerand, Mollet, Mitterand… maintenant vous vendez Mélenchon. C’est le même cirque avec le vote utile. L’avenir de la gauche de gouvernement vous préoccupe plus que le prolétariat.

          Vous avez tout foiré. Vous allez encore tout foirer par infantilisme puéril.

          En effet, nous pourrions effectivement partager un constat la nécessité d’une alternative crédible au libéralisme ; sans pour autant en tirer les mêmes conclusions politiques. Mais pour vous, l’intolérance et les dogmes primes. Le marxisme-léninisme n’est pas une messe mais une méthode d’analyse.

          Vous êtes sectaire et dogmatique.

          Vous dites que « la seule question » serait la gauche au pouvoir avec un programme de rupture. Mais, LFI ne propose aucune rupture ; LFI ne veut pas du socialisme ; LFI propose un réformisme moral. Mais précisément : quelle gauche ? Avec quel programme ? Quelle base sociale ? Et surtout, quelle stratégie pour que cette alternative ne reste pas une simple addition d’appareils, mais devienne une force capable de transformer réellement le pays ?

          C’est justement parce que je prends au sérieux la question de la rupture avec le libéralisme que je refuse de considérer le PCF comme une question secondaire ou comme un simple vestige historique.

          La question n’est pas de « sauver le PC », mais de savoir si les communistes ont encore quelque chose de spécifique à apporter à la construction d’une alternative populaire. Et le niveau de conscience de classe qui s’exprimera par le bulletin Fabien Roussel : le vote non essentialiste et contre la fascisation.

          Quant à votre référence au « bréviaire marxiste-léniniste qui a échoué partout dans le monde », vous prouvez un anti communisme haineux, permettez-moi de ne pas accepter cette présentation comme une évidence. L’histoire du mouvement communiste ne se résume ni à ses échecs ni à une messe que nous réciterions. Elle mérite mieux : un bilan critique, concret, contradictoire, de ses réussites, de ses erreurs, de ses renoncements et de ses transformations.

          Pour l’instant la Chine, le Vietnam, le Népal, le Laos, La Corée même, Cuba malgré le blocus etc. qui ne sont qu’à un stade primaire du socialisme ne subissent pas le régime répressif et régressif d’Emmanuel Macron maintenu au pouvoir par le NFP en 2024 piloté conjointement par LFI et le PS après les européennes et ceci malgré vos prétendus désaccords surjoué sur la question palestinienne : sujet qui n’est pas du tout votre priorité en réalité.

          Et surtout, Marx, Lénine ou Dimitrov ne dispensent évidemment personne de penser le monde de 2026. Les prendre au sérieux, ce n’est pas répéter leurs réponses ; c’est utiliser leurs outils pour comprendre les rapports de classes tels qu’ils existent aujourd’hui.

          Vous évoquez enfin les trente dernières années. Je ne chercherai pas à nier les responsabilités, les erreurs et les impasses du mouvement communiste. Mais si nous voulons vraiment comprendre pourquoi la droite et l’extrême droite progressent, je crois qu’il faut aller au-delà du procès rétrospectif du PCF.

          Quel est le bilan de Jean-Luc Mélenchon depuis son engagement fervent, comme toujours, en faveur de l’approbation du traité ultra libéral de Maastricht ?

          La désindustrialisation, la transformation du salariat, l’affaiblissement du mouvement ouvrier organisé, la crise de la social-démocratie et la défiance croissante envers les institutions ont aussi profondément transformé le paysage politique.

          Pour ma part, je continue à penser qu’une alternative crédible ne pourra pas être seulement une « gauche au pouvoir ».

          Elle devra être capable de construire une majorité sociale autour d’un projet de rupture, en rassemblant largement celles et ceux qui vivent de leur travail et en leur redonnant une capacité collective d’agir. C’est précisément ce débat-là que je souhaite avoir. Et je vous assure que je préfère largement un désaccord argumenté à une messe, quelle qu’elle soit. Amen ? Non. Débattons plutôt. 😉



  2. Lafleur le 30 septembre 2026 à 16:57

    Chère Catherine,

    Je partage largement ton refus de cette nouvelle fuite en avant sur les retraites et ton invitation à « penser en dehors du cadre ». C’est justement là que ta référence à Einstein est très intéressante, même si la fameuse formule sur la folie lui est probablement attribuée à tort. Car le véritable Einstein, celui de « Pourquoi le socialisme ? », posait en 1949 une question autrement plus radicale à mettre à l’ordre du jour : peut-on résoudre les contradictions sociales en conservant les rapports économiques qui les produisent ?

    Je nuancerais toutefois quelques points de ton analyse. Les 200 milliards d’aides publiques aux entreprises correspondent bien à une estimation large de 211 milliards en 2023, mais avec des périmètres différents selon les calculs ; Le rapport de Fabien Gay a recensé aussi plus de 2 200 dispositifs. C’est donc moins le chiffre brut que l’absence de conditionnalité, de contrôle et d’évaluation qui devrait être au cœur de la critique. Toutefois, une partie est inhérente au maintien de la France dans l’UEM pour sa compétitivité prix. De même, je serais prudent avec l’affirmation selon laquelle ces aides auraient fait de la France le deuxième pays mondial pour les dividendes.

    Mais il me semble que ton texte appelle justement à aller plus loin. Le problème n’est pas seulement de savoir comment réduire le déficit, mais qui doit payer et sur quelle partie de la richesse produite doit porter l’effort. Une réforme des retraites ne peut être pensée indépendamment des salaires, de l’emploi, de la production, des cotisations et du partage de la valeur ajoutée. C’est bien là que l’opposition entre répartition et capitalisation devient une question de classe fondamentale.

    À cet égard, il existe en 2027 une proposition qui mérite d’être pleinement discutée : celle portée par Fabien Roussel et le PCF, qui lie travail, production, salaires et financement de la Sécurité sociale, notamment en proposant de faire cotiser les revenus financiers et les dividendes plutôt que de faire porter l’ajustement sur les retraités. Roussel assume lui-même vouloir « vivre et travailler » et reprend explicitement le terme de socialisme pour caractériser son projet.

    C’est bien d’analyser la droite mais c’est la réponse la plus pertinente et utile pour régler la contradiction par la gauche qui est essentielle.

    Je pense donc que l’enjeu est de ne pas nous contenter d’une régulation morale du capitalisme.

    La droite trouvera naturellement son candidat pour défendre les intérêts sociaux qu’elle représente: Attal, Philippe, Retailleau etc.

    Le véritable débat est de savoir si nous voulons encore aménager le cadre existant par une énième union ou commencer enfin à le dépasser, en donnant au travail, à la production et au pouvoir des travailleurs une place déterminante.

    Le refus de la réactualisation du programme commun fin 1977 devrait être dans les mémoires. Melenchon depuis la création de LFI refuse d’actualiser un front commun programmatique avec le PCF. En 1977, c’était le refus de la nationalisation des aciéries et aujourd’hui celle du pôle public de l’énergie comprenant le nucléaire: Nous savons que l’unité pour gagner à désarmer la gauche dès le 1er tour de la presidentielle de 1981 et que cela fut amplifié aux legislatives. L’échec de 1978 et la volonté de battre la droite a tout prix à conduit à des choix électoralistes. Cela a engendré le tournant de la rigueur et le social-libéralisme bien loins des discours de tribun de Mitterrand vitupérant le capitalisme honni. Ses discours moraux anticapitalistes annonçaient son impuissance au pouvoir et les contre réformes. Et nous avions déjà la LCR qui pensait naïvement que si le PCF et le PS étaient au pouvoir la révolution contre leur trahison arriverait. Nous avons surtout eux la dictature hégémonique d’une sociale démocratie qui a épousée les dogmes libéraux comme le traité de Maastricht défendu par Jean Luc Melenchon a l’époque sénateur PS,
    tout comme ensuite, ministre de la gauche plurielle, les mauvais coups de Voynet et des Verts, lors du gouvernement Jospin sur la stratégie énergétique et la libéralisation du secteur par l’UE. L’OCI prétendait que la rupture était la faute des soviétiques et d’un PCF Stalien qui ne devait pas solliciter de réactualisation après les municipales de 1977 pour avoir des garanties pour les ouvriers : Le POI arrimé à LFI est dans ce délire réactualisé.

    L’unité en 2007 d’après 21 avril derrière Segolene Royal n’a pas permis de vaincre Nicolas Sarkozy. Le logiciel social démocrate avec Hollande a échoué lors du quinquennat de 2012-2017. Les gentils comme à l’époque Montebourg et Hamon ont été mangé tout cru après avoir servi d’alibi de gauche.

    Le cycle ouvert en 1981 doit se terminer en fin et nous devons penser et agir hors du cadre pour ne pas répéter toujours les mêmes recettes ineptes.

    Pour ma part, c’est pourquoi je souhaite que 2027 permette de porter pleinement, dès le premier tour, la proposition communiste de Fabien Roussel, sans la dissoudre à l’avance dans des compromis qui reconduiraient finalement le cadre que nous prétendons changer. Ce serait précisément prendre au sérieux l’appel à « penser en dehors du cadre ».

    Fraternellement,

    • lemasseur le 1 octobre 2026 à 13:22

      Si je puis me permettre, « penser hors du cadre », à mon sens, ce serait d’abandonner le paradigme économique comme structurant central du programme d’émancipation.

      • Lafleur le 1 octobre 2026 à 16:51

        Cher Lemasseur,

        Je trouve votre remarque intéressante, mais je distinguerais « penser hors du cadre économique » et « sortir de l’économicisme ». Pour moi, ce n’est pas la même chose.

        Si par « paradigme économique » vous entendez une réduction de l’émancipation à la croissance, au PIB, au pouvoir d’achat ou à la seule redistribution monétaire, alors oui : il faut sortir de ce cadre. Une société émancipée ne peut pas être pensée sans démocratie, culture, éducation, écologie, rapports de genre, libertés, institutions et capacité réelle des individus à décider de leur existence.

        Mais si vous entendez par là que les rapports matériels de production ne devraient plus constituer un point de départ central, je serais beaucoup plus réservé. Pourquoi ? Parce que ces autres dimensions ne flottent pas au-dessus de la société : elles sont elles-mêmes traversées par des rapports sociaux et des rapports de pouvoir. Le problème de l’article sur Édouard Philippe me semble justement éclairant. Sa réduction des retraites à la « réalité des déficits » est une approche économique, mais paradoxalement pas matérialiste : elle transforme une question sociale (qui travaille, combien de temps, avec quel salaire, quelle productivité, quelles cotisations et quel partage de la richesse produite ?) en simple problème comptable.

        Entre nous c’est le piège de la droite qui cherche une crédibilité de bon gestionnaire : c’est comme quand Macron avait nommé Lemaire et Darmanin à Bercy en 2017 ; mettant la caisse à droite avec ces 2 ex LR ce serait tenu. C’est tout l’inverse qui s’est produit.

        Penser hors du cadre, ce serait donc peut-être moins abandonner l’économie que cesser de la considérer isolément. La question intéressante devient : comment les rapports de production, les institutions, les rapports de pouvoir, les représentations et les expériences sociales se déterminent-ils réciproquement ?

        C’est là que je placerais la différence entre économicisme et matérialisme historique. Le premier réduit ; le second cherche précisément à saisir les médiations et les contradictions entre infrastructure et superstructures.

        Et c’est aussi pour cela que je trouve la référence d’Einstein à « Pourquoi le socialisme ? » intéressante : sa question n’est pas seulement celle d’une meilleure répartition, mais celle de savoir si une société peut résoudre durablement ses contradictions en conservant les rapports sociaux qui les produisent. Et sortir du cadre réformisme à la papa social-démocrate, y compris new look.

        C’est faire de l’économie sur notre terrain celui du travail comme le propose Fabien Roussel.

        Bien à vous,

        • lionel Mutzenberg le 6 octobre 2026 à 10:43

          Tiens, Fabien Roussel vient de sortir de son coma, face aux « journalistes » de BFMTV, il est enfin redevenu de gauche, ne se laissant pas manipuler par les représentants de nos ennemis de classe, qui, pourtant, insistaient lourdement pour lui faire dire que LFI étaient derrière les manifestations de nos enfants. Non ! à clairement dit le patron du PC, sans salir Mélenchon..c’est un bon début.
          La preuve par neuf, comme disait une petite bourgeoise du PS, que nos chaines de milliardaires sont biens ce que pensions qu’elles étaient.
          Sur les chaines publiques ce n’est guère mieux, et ça commence à ce voir et ce savoir, soyons honnêtes.
          Et malgré toute cette propagande qui ne sent pas très bon, LFI, son candidat, son programme, continuent d’avancer vers 2027 avec confiance, sans jamais ne baisser les bras.



  3. Lafleur le 7 octobre 2026 à 16:27

    Cher Lionel Mutzenberg,

    Il faut arrêter avec cette idée saugrenue selon laquelle Fabien Roussel aurait « retrouvé la gauche » le 6 octobre 2026. Il n’a jamais quitté le communisme, ni donc la gauche. Il a toujours assumé une ligne communiste et par conséquent populaire et de classe, en rupture avec la social-démocratie.

    Et si l’on veut vraiment parler de continuité politique, regardons plutôt du côté de Mélenchon. C’est lui qui, avant le 7 octobre 2023, s’est inscrit sur certaines questions internationales dans une lecture beaucoup plus proche de l’axe Rabat-Tel-Aviv-Washington contre le peuple sahraoui, avant d’opérer ensuite un spectaculaire déplacement vers une posture de radicalité qui a notamment conduit à des ambiguïtés très lourdes sur le Hamas. Depuis, le PS reproche à LFI son soutien jugé inconditionnel au Hamas, tandis que LFI reproche au PS son soutien jugé inconditionnel à Netanyahou. Franchement, ce sont surtout des affaires entre sociaux-démocrates qu’il faudrait régler entre vous.

    Quant au procès permanent fait à Fabien Roussel, il devient franchement problématique lorsqu’une proche de Mélenchon l’a comparé à Doriot en approuvant le message de Sophia Chikirou : qui s’est payée sur la caisse d’un média en ligne et qui a tenu des propos homophobes. On peut combattre politiquement Fabien Roussel, contester ses choix ou sa stratégie, mais assimiler un communiste à Doriot franchit une ligne rouge. Ce genre d’anathème ne construit rien et devrait disqualifier, à vos yeux, surtout ceux qui l’emploient.

    Enfin, attention à ne pas faire de Mélenchon le « diable de confort » du système : ce serait lui donner beaucoup trop d’importance. Le véritable enjeu pour les communistes est autre. Nous construisons une alternative populaire et de classe, pas de choisir lequel des deux pôles de la gauche de gouvernement ou de la gauche populiste serait le moins mauvais. Fabien Roussel n’a donc jamais « changé de camp » depuis son entrée à la JC pour soutenir déjà Mandela et la Palestine et s’inscrire sans un idéal humaniste et socialiste. Il continue simplement à porter une ligne communiste que certains, à LFI, préfèrent caricaturer plutôt que de discuter sérieusement avec elle.

    Parlons de la manière de répondre aux problèmes à la pompe ? Nationalisation ou pas de Total ? Nucléaire ou pas ? Diminution de la production d’acier et couverture uniquement par le recyclage ou pas pour Arcelor Mittal ? Injonction à la BCE d’annuler la dette publique française détenue par la Banque de France ou négociation pour l’annulation par la BCE des dettes COVID de tous les états membres de l’UEM ? Etc. etc. Attention Lucien : Mélenchon est en train d’être dépassé niveau social-démocratie, par Ségolène Royal.

  4. Berthelot Jacques le 9 octobre 2026 à 07:34

    La gauche hors LFI n’a qu’un espoir un deuxième tour le Pen Philippe, pour pouvoir appeler à voter Philippe pour « faire barrage ».
    Leur ligne c’est tout sauf LFI au deuxième tour.
    Comme Glucksmann rejette LFI et le RN dans le camp du mal en les mettant sur le même plan , il faut comprendre que la macronie, le centre droit , la droite sont présentables pour de possibles alliances.
    Quand on entend Glucksmann dire qu’il pisse sur JLM , et que comme Retailleau il a été bon dans le débat avec le MEDEF , ajouter les minables propos sur la danse du ventre de Ségolène Royal, on se dit que si il gagne cette primaire cette gauche là est bien malade et qui en rendant impossible toute union à gauche programme de belles victoires pour la droite et l’extrème droite.

    • Lafleur le 9 octobre 2026 à 13:49

      Cher Jacques Bethelot,

      Je pense qu’il faut tout de même revenir aux réalités électorales.

      La gauche n’est pas majoritaire aujourd’hui dans le pays. Et l’addition des candidatures ne se transforme pas mécaniquement en addition des voix. En mathématiques électorales, 1 + 1 + 1 ne font pas nécessairement 3 : les électorats ne sont pas interchangeables et les reports de voix ne sont jamais automatiques.

      Les sondages de septembre 2026 illustrent ce rapport de forces défavorable. Marine Le Pen est créditée d’environ 31 à 35 % au premier tour, tandis que Raphaël Glucksmann se situe généralement autour de 11 à 13 %, selon les configurations testées. Dans les hypothèses de second tour, Glucksmann est lui-même donné perdant face à Le Pen, autour de 43 % contre 57 %. Jean-Luc Mélenchon est encore plus nettement distancé dans les duels testés, avec des rapports de force pouvant atteindre 67 % contre 33 %.

      Ces sondages ne prédisent évidemment pas le résultat de 2027. Mais ils révèlent un problème politique qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main : aucun candidat de gauche ne parvient aujourd’hui à réunir une majorité électorale, et le simple changement de candidat ne garantit nullement qu’il y parviendra.

      Je pose donc une question simple aux partisans de cette stratégie : si Raphaël Glucksmann était le candidat unique de la gauche, voteriez-vous pour lui dès le premier tour ?

      Et pensez-vous réellement que tous les électeurs communistes, insoumis et écologistes le feraient ? Sur quoi repose cette certitude ? Les sondages de premier tour ne permettent pas d’affirmer que ces électorats se reporteraient automatiquement sur lui.

      Au fond, votre raisonnement me semble enfermer la gauche dans une logique défensive : attendre un duel entre Marine Le Pen et Édouard Philippe pour appeler à voter contre l’extrême droite, tout en considérant qu’une partie de la gauche serait infréquentable. C’est user du diable de confort. Mais si l’on accepte d’avance que la seule perspective soit de faire barrage au second tour, on renonce à poser la question essentielle : comment construire une majorité populaire autour d’un projet de transformation sociale ?

      Le problème n’est pas simplement de savoir qui rejette Mélenchon, qui est compatible avec Glucksmann ou qui serait jugé fréquentable par le centre et le patronat. Il est de déterminer quelle politique, pour quelles classes sociales, avec quelle base populaire et quelle capacité à changer réellement la vie des gens.

      La gauche ne deviendra pas majoritaire en déclarant certains électeurs infréquentables, en additionnant artificiellement des candidatures ou en misant sur les défaillances de ses adversaires. Elle le deviendra en reconstruisant un lien durable avec les classes populaires et les salariés, autour d’un projet crédible et mobilisateur.

      C’est là que se situe le véritable enjeu. Le crétinisme électoraliste consiste à croire qu’un bon casting et des combinaisons d’appareils suffiront à produire une majorité. Une majorité politique se construit : elle ne se décrète pas par addition de candidatures.

      Le PCF a mandaté Fabien Roussel pour défendre une orientation décidée au dernier Congrès : Vivre ! avec un communisme de conquête. Le front de classe autour de sa candidature permettra d’envisager ensuite un rassemblement populaire avec ceux qui souhaiteront participer à un pacte législatif et à un plan démocratique pour 2027-2032.

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