Edouard Philippe, un homme sans avenir
Avec comme seule boussole la réduction des déficits, le candidat de droite à la présidentielle propose encore de rallonger la durée de cotisation et de raboter les retraites. Toujours la même sempiternelle et cruelle politique qui ne résout rien.
Edouard Philippe a un vrai sens du timing. Hier était jour de protestations contre l’affaissement méthodique de notre société de solidarité. Et c’est ce jour que choisit Édouard Philippe pour présenter son super projet de retraite. Son indifférence à ce que disent et redisent les Français est remarquable. C’est aussi pour cette raison qu’il décroche dans les sondages et voit son horizon élyséen s’obscurcir.
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Pensant probablement qu’affronter les Français, toute génération confondue, est la marque ultime du grand homme politique, il dévoilait sur Youtube son projet. Il semble avoir mis de l’eau dans son vin : il ne parle plus d’un âge de départ à 67 ans mais à 65 ans avec 45 années de cotisation. Vu que l’âge moyen d’entrée sur le marché du travail est de 22 ans… 22+45= 67 ans. Nous y revoilà. Edouard Philippe est du genre têtu. A cela, il ajoute une dose de capitalisation. Donc tant pis pour les jeunes générations qui paieront deux fois : pour la répartition et pour la capitalisation, qui prendront le risque des défaillances boursières et donc celui d’une fonte de la retraite par capitalisation. Tant pis aussi pour les valeurs fondamentales de la France de solidarité et d’égalité. Qu’il est agaçant de voir l’ancien premier ministre se présenter en homme raisonnable, faisant face à la réalité des déséquilibres budgétaires quand les Français seraient, eux, dispendieux, égoïstes et insouciants!
Les arguments contre ces réformes cruelles sont connus. On va les réentendre. Qui peut croire que les profs, les maçons, les aides-soignantes, les conducteurs de bus… peuvent travailler jusqu’à 65 ans ou 67 ans ? Qui peut douter que l’effet réel et recherché de ces réformes est d’amputer le montant des pensions puisque, bien souvent, travailler si longtemps est impossible ? Les personnes partiront plus tôt mais avec décote de leur pension. Qui peut ignorer que de telles réformes appliquées, par exemple, en Allemagne ont conduit à un taux de pauvreté très élevé chez les retraités souvent contraints de prendre un job ? Voir nos vieux faire traverser les rues, porter des courses… c’est « notre projet » ? Qui va remplacer les milliers de maires dans les petites villes et villages qui ne pourraient continuer leurs tâches indispensables mais quasi gratuites pour l’État ? Qui ira chercher les enfants le soir à l’école si les grands-parents sont au boulot ? Qui aidera les jeunes si les anciens ont leur retraite amputée ? On pourrait allonger la liste des évidences contre ce modèle qui ne vise pas à améliorer la vie, ni la qualité du travail – encore moins sa productivité, ni à faire place aux jeunes.
Mais alors que prétend viser le candidat Edouard Philippe ? Rétablir les comptes publics (la dette de l’État atteint des sommets et il en est un des artisans). Ce sont ses seules boussoles. Elles l’empêchent de penser. Il n’a d’autre solution que la rapine et le rabotage.
Comme Sébastien Lecornu, il cherche à gratter 100 millions d’euros, 1 milliard par ici ou par là, dans les poches des chômeurs, des malades, des fonctionnaires, des étudiants étrangers, des retraités au-dessus de 2000 euros. Mais il ne dit rien des 200 milliards, le 1/3 du budget de l’État, consacrés aux entreprises au travers de plus de 2000 aides accordées sans contrepartie et dans un maquis total. Pourquoi n’en dit-il rien ? Pourquoi refuse-t-il de soulever ce capot ? Parce qu’il croit, comme François Hollande à partir de 2014, comme Emmanuel Macron son ministre de l’Économie, comme Emmanuel Macron devenu président, comme toute la droite, qu’en aidant sans limite et sans stratégie les entreprises, on va redresser la France. De fait, ces aides ont permis à la France d’être le second pays au monde pour le versement de dividendes. Tant mieux pour eux. Mais est-ce que le pays va mieux ?
A un moment, il faut savoir arrêter les frais et croire Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». La droite n’a pas de solutions. A la gauche d’oser penser en dehors du cadre de ces vingt dernières années, et de convaincre. Sinon l’extrême droite antisémite sera élue. Quant à Philippe, il sape ses dernières chances.