đź”´ CANDIDAT DU JOUR
Roussel remet le couvert
Il y avait peu de surprise : Fabien Roussel était seul en lice dans ce scrutin. Les militants communistes étaient appelés à voter oui ou non à sa candidature à la présidentielle: ils ont dit oui à 72%. Donc c’est parti. Fabien Roussel pense ainsi contribuer à faire que « l’on vive de son travail, qui produit des richesses en respectant la nature mais aussi les êtres humains ». Invité du journal de 20 heures sur TF1 – point de passage obligé pour annoncer sa candidature –, il a insisté sur un plan climat basé sur l’énergie décarbonée en vue de doubler la production industrielle. Il a mis en avant la lutte contre la fraude fiscale et sociale qui coûterait « entre 80 et 100 milliards » chaque année à la nation. Éludant la question du coût politique des divisions de la gauche, Fabien Roussel affirme vouloir contribuer à élargir son camp pour qu’il redevienne majoritaire. C’était déjà l’ambition il y a cinq ans. « La folie c’est de toujours faire la même chose et de s’attendre à un résultat différent », Albert Einstein.
Roussel fera deux ou trois pour cent.
Il s’en moque , son objectif c’est d’empĂŞcher JLM d’ĂŞtre prĂ©sent au second tour.
Pour ne pas avoir Ă appeler Ă voter pour lui , et par contre appeler Ă faire barrage contre le RN en votant Philippe.
Vous verrez c’est hĂ©las Ă©crit : pour la retraite Ă 67 ans , contre la taxe Zucman , rĂ©duire l’immigration et le regroupement familial c’est tellement mieux que le projet de JLM et de LFI.
C’est le PS et les Ă©cologistes qui empĂŞcheront !
Et ce n’est pas le premier tour qui changera quelque chose ; MĂ©lenchon est le pire candidat pour le deuxième tour car aucun front rĂ©publicain dynamique pour lui. Il devrait se retirer et appeler Ă soutenir Fabien Roussel ou SĂ©golène Royal si elle est dĂ©signĂ©e par le PĂ´le Socialiste !
Roussel, on le connait. On sait, vu ses thèmes de prĂ©dilection, que c’est le « communiste » (les guillemets s’imposent) prĂ©fĂ©rĂ© de la droite et de l’extrĂŞme droite. Il ne dĂ©parerait pas en animateur d’un banquet du canon français.
Il est dans son rĂ´le en essayant de torpiller la candidature de MĂ©lenchon. Ce qui est le plus plus dĂ©rangeant et inquiĂ©tant pour ce qui fut un grand parti, c’est que les « camarades » ont votĂ© Ă 72 % pour l’encourager dans son entreprise de dĂ©molition.
72% sur un nombre de militants communistes encartĂ©s de 37 286. Si tous avaient votĂ© sans exception ni abstention uniquement pour Roussel cela aura fait moins de 27 000 personnes. En rĂ©alitĂ©, les chiffres sont plus cruels ! Ils ont Ă©tĂ© 17 000 Ă appuyer sa candidature. A titre de comparaison il y avait 12 000 personnes Ă la Braderie de Lille pour Ă©couter Jean-Luc MĂ©lenchon et ils Ă©taient 16 000 Ă Saint-Denis pour le lancement de sa campagne ! C’est Ă croire que Roussel est payĂ© pour faire juste les 3% qui empĂŞcheront Jean-Luc MĂ©lenchon d’accĂ©der au second tour !
« La folie c’est de toujours faire la mĂŞme chose et de s’attendre Ă un rĂ©sultat diffĂ©rent » : exact, je me tue Ă expliquer qu’une 4ème candidature d’affilĂ©e de JLM se soldera par une 4ème dĂ©faite d’affilĂ©e. Partant de lĂ on peut avoir 150 candidatures Ă gauche, ça ne changera rien Ă la fin du film oĂą la gauche perd de toutes façons.
2022 n’Ă©tait donc pas une erreur stratĂ©gique, le nouveau PC prĂ©fère ses intĂ©rĂŞts de boutique Ă ceux des français.
Dont acte.
Plus rien Ă dire.
Cher Lionel Mutzenberg,
De LFI, plus rien Ă attendre. Dont acte.
Cher Catherine,
Ta brève du jour réduit un problème stratégique à une lecture essentiellement électorale et sondagière : Roussel était candidat en 2022, il le serait en 2027, donc il recommencerait la même chose et contribuerait à diviser la gauche.
Mais 2027 n’est pas 2022.
Et surtout, une analyse matĂ©rialiste ne consiste pas Ă comparer seulement des candidatures : elle consiste Ă comparer les situations, les contradictions, les rapports de forces, les programmes et les stratĂ©gies. 2002, 2007, 2012, 2017 et 2022 n’Ă©taient dĂ©jĂ pas les mĂŞmes situations politiques. Pourquoi faut-il considĂ©rer 2027 comme la rĂ©pĂ©tition de 2022 ?
La formule attribuĂ©e Ă Einstein que tu cites est d’ailleurs apocryphe. Mais surtout, pourquoi ne pas convoquer le vĂ©ritable Albert Einstein socialiste, celui de « Pourquoi le socialisme ? », publiĂ© en 1949 dans Monthly Review ? Albert Einstein y Ă©crit que « l’anarchie Ă©conomique de la sociĂ©tĂ© capitaliste » est la vĂ©ritable source du mal et souligne que les moyens de production sont, pour l’essentiel, propriĂ©tĂ© privĂ©e. Il dĂ©fend une Ă©conomie socialiste dans laquelle les moyens de production appartiennent Ă la sociĂ©tĂ© et sont utilisĂ©s de manière planifiĂ©e. VoilĂ un Albert Einstein beaucoup plus utile Ă notre dĂ©bat. Et Ă cet aulne, il soutiendrait Vivre ! et pas un projet radical que dans le verbe et formel.
Car la question n’est pas seulement : combien de candidats Ă gauche ? Elle est : qui possède, qui produit, qui dĂ©cide ?
Et cette question prend aujourd’hui une importance particulière avec l’Ă©nergie. La crise Ă©nergĂ©tique, la dĂ©sindustrialisation et l’urgence climatique ne peuvent ĂŞtre rĂ©solues par la seule sobriĂ©tĂ©, encore moins en acceptant que la France renonce progressivement Ă ses capacitĂ©s productives. La question est : comment produire ce dont nous avons besoin, avec une Ă©nergie dĂ©carbonĂ©e, comment rĂ©industrialiser et surtout qui contrĂ´le l’appareil Ă©nergĂ©tique et industriel ? Les autres dĂ©fendent tous la sobriĂ©tĂ© dĂ©jĂ subie par les prolĂ©taires.
C’est pourquoi la proposition de nationaliser un vĂ©ritable pĂ´le Ă©nergĂ©tique public n’est pas une mesure parmi d’autres. C’est un choix stratĂ©gique. Elle touche Ă une infrastructure fondamentale de toute la sociĂ©tĂ©. Sans maĂ®trise collective de l’Ă©nergie, comment prĂ©tendre maĂ®triser notre rĂ©industrialisation, notre bifurcation climatique et notre souverainetĂ© ? Le plan climat dĂ©fendu par Roussel doit donc ĂŞtre lu Ă cette hauteur : Ă©nergie, industrie, planification, emplois, dĂ©carbonation et services publics forment un mĂŞme système.
MĂŞme chose pour la paix. Seul Fabien Roussel met ce sujet sur la table, en lien avec l’OLP pour la Palestine. Dire le contraire ou le laisser entendre n’aide pas Ă la clarification et Ă la comprĂ©hension des enjeux et des programmes entre les candidatures. Alors que le rĂ©armement devient une orientation durable en Europe, mener une vĂ©ritable campagne pour la paix et poser la question « plus de SĂ©cu, moins d’obus » n’est certainement pas une rĂ©pĂ©tition anachronique. C’est rĂ©pondre Ă une contradiction majeure de la pĂ©riode.
Alors oui, tirons toutes les leçons de 2022.
Mais ne rĂ©duisons pas le dĂ©bat Ă la question de savoir s’il faut ou non un candidat supplĂ©mentaire. La vraie question est ce que nous faisons de cette candidature. Si elle sert Ă politiser les luttes, Ă organiser dans les entreprises et les territoires, Ă construire un front de classe, Ă dĂ©fendre la nationalisation de l’Ă©nergie, la rĂ©industrialisation, la planification, la paix et la reprise du pouvoir sur la production, alors ce n’est prĂ©cisĂ©ment pas « refaire la mĂŞme chose ». Les 39ème Congrès et 40ème Congrès du PCF apportent des avancĂ©es.
Et c’est ici que l’unitĂ© Ă tout prix trouve sa limite : l’unitĂ© ne peut pas ĂŞtre une simple addition de candidatures et de pourcentages. Elle doit avoir un contenu social et politique. Albert Einstein nous rappelle finalement une chose essentielle : le problème fondamental n’est pas seulement de savoir qui gouverne, mais de savoir Ă qui appartiennent les moyens de produire et qui peut rĂ©ellement dĂ©cider de leur usage. C’est peut-ĂŞtre cela, finalement, la vraie question de 2027 qui n’est posĂ© par aucun candidat rĂ©formiste radical, dĂ©mocratique et libĂ©ral: non pas simplement rassembler la gauche, mais construire une majoritĂ© populaire capable de reprendre le pouvoir sur ce qui produit notre vie.
Enfin, 500 milliards sur cinq ans, c’est un coĂ»t d’environ 100 milliards par an, soit de l’ordre de 3,3 % du PIB annuel. Le vĂ©ritable sujet n’est pas seulement de savoir oĂą trouver 100 milliards supplĂ©mentaires chaque annĂ©e. Il est de savoir ce que ces 100 milliards permettent de produire. Si l’argent finance uniquement de la demande supplĂ©mentaire, ce que propose les autres forces de gauche, sans dĂ©velopper les capacitĂ©s productives, il peut alimenter les importations, les prix ou les profits. S’il finance au contraire l’emploi, la formation, l’énergie, les infrastructures, les services publics et la rĂ©industrialisation, il transforme l’offre et crĂ©e les conditions des recettes futures. Le travail de la commission Ă©conomique, de Thalia Denape, Denis Durand et Jean-Marc Durand est plus prĂ©cis : il s’agit d’un plan pluriannuel de dĂ©penses publiques, d’embauches, de formation et d’investissements, appuyĂ© sur un fonds d’avances et sur le pĂ´le financier public. Le dossier d’Économie & Politique consacrĂ© aux 500 milliards donne dĂ©jĂ une première architecture Ă©conomique Ă cette proposition. La proposition du PCF est d’agir Ă la fois sur la demande et sur la transformation de l’offre. Les dĂ©penses d’aujourd’hui peuvent produire les recettes de demain lorsqu’elles dĂ©veloppent les capacitĂ©s humaines et productives du pays. Le travail de Denis Durand sur le pĂ´le financier public montre qu’il ne s’agit pas simplement de demander aux marchĂ©s financiers de bien vouloir financer notre transformation. Il s’agit de mobiliser la Caisse des dĂ©pĂ´ts, Bpifrance et les autres instruments publics pour orienter le crĂ©dit vers les prioritĂ©s sociales, industrielles et Ă©cologiques.
Autrement dit, le problème n’est pas seulement la quantité de crédit disponible, mais son orientation. Une entreprise qui développe l’emploi, la formation, les salaires, la relocalisation et la décarbonation doit pouvoir bénéficier d’un crédit moins cher. Une opération spéculative ou une délocalisation ne doit plus bénéficier des mêmes avantages. C’est là que le crédit public devient un instrument de transformation du capitalisme et non simplement un moyen de le soutenir.
La bataille énergétique doit être au centre de cette stratégie. L’énergie n’est pas une politique sectorielle : elle conditionne l’industrie, les transports, le logement, l’agriculture, les services publics et le numérique. Investir dans le nucléaire, les renouvelables, les réseaux, l’électrification et la rénovation, tout en constituant un véritable pôle public de l’énergie et en procédant aux nationalisations nécessaires, c’est simultanément décarboner, réindustrialiser et reprendre du pouvoir sur une infrastructure essentielle. Le PCF inscrit déjà explicitement les nationalisations nécessaires dans son projet de fonds de 500 milliards. Et il faut alors poser la question inverse à celle du « coût pour la Nation » que dénonce les libéraux de tout poile : combien coûte à la Nation de ne pas investir ? Combien coûtent la désindustrialisation, les importations énergétiques, la dépendance technologique, les fermetures d’usines, les infrastructures abandonnées, le manque de personnels dans les services publics et l’inaction climatique ?
Les 500 milliards ne sont donc pas un chèque. Ils peuvent devenir l’outil financier d’une transformation du mode de dĂ©veloppement : passer de la dĂ©pense subie Ă l’investissement choisi, du crĂ©dit soumis au capital au crĂ©dit orientĂ© par des critères sociaux et Ă©cologiques, de la propriĂ©tĂ© privĂ©e des secteurs stratĂ©giques Ă leur maĂ®trise collective. Et c’est aussi lĂ que le projet peut dĂ©passer le simple keynĂ©sianisme proposĂ© par les candidatures issues de la social-dĂ©mocratie, y compris sociale radicale qui vont moins loin dans la rupture (tout en se prĂ©tendant de gauche radicale) : il ne s’agit pas seulement de relancer l’économie comme le propose un Jean-Luc MĂ©lenchon, mais de commencer Ă conquĂ©rir le pouvoir sur l’argent, la propriĂ©tĂ©, l’énergie et la production. Le choix en 2027 est bien de toujours faire la mĂŞme chose avec le rĂ©formisme ou enfin choisir d’aller vers le socialisme.
Fraternellement,
Il me semble que vous oubliez les prises de positin en matière de nationalisation et de restauration de rĂ©gies publiques, de rendre la gestion des cotisations sociales proposĂ© par lfi. Leur travail a Ă©tĂ© important concernant les fuites (ventes) d’industries et le vesoin d’avoir des entreprises publiques sur tout ce qui est essentiel (Ă©nergie, mĂ©dicaments, santĂ© publique, dĂ©fense nationale, rĂ©orientation de l’agriculture, bref vous passez un peu vite sur ce qui pourrait rapprocher le PC et lfi dans leurs rĂ©alisations, comme le fait Roussel d’ailleurs, mais pas tous les communistes. Ils sont Ă©galement nombreux Ă savoir qu’aucun faux-pas n’est permis Ă la gauche de conviction face Ă la dĂ©rive libĂ©rale portĂ©e par le RN, LR, le centre macroniste, Edouard Philippe compris. Roussel table sur les prochaines 15/20 annĂ©es pour remonter le PC, alors la belle lutte de classe ainsi menĂ©e qui nous promet tout ce temps de souffrances sous un nĂ©o-libĂ©ralisme triomphant et brutal.
Je ne nie absolument pas ces convergences, mêmes si après il existe des nuances, et je trouve même utile de les rappeler.
Nationalisations, retour de régies publiques, maîtrise collective de secteurs stratégiques, lutte contre les délocalisations et les abandons industriels, protection sociale, énergie, médicaments, agriculture : il existe effectivement des terrains de bataille communs entre communistes et sociaux-démocrates, dont les insoumis.
Mais je crois qu’il faut distinguer convergences programmatiques et stratégie politique.
La question n’est pas seulement : « Sur quoi pouvons-nous nous mettre d’accord ? » Elle est aussi : quelle force sociale voulons-nous organiser, quelle stratégie voulons-nous construire et quelle place voulons-nous donner aux classes populaires dans cette transformation ?
C’est là que je ne partage pas votre raisonnement.
Vous dites que Roussel « table sur 15 ou 20 ans pour remonter le PC ». Je ne crois pas que son choix soit celui d’une longue traversée du désert en attendant des jours meilleurs. Sa candidature vise précisément à reconstruire une force communiste dans la lutte, dans les entreprises, dans les territoires et parmi les travailleurs, en assumant de nouveau une parole communiste autonome. Et je ne crois pas non plus que l’alternative soit entre, d’un côté, une candidature communiste solitaire qui laisserait « 15 ou 20 ans de souffrances » au néolibéralisme et, de l’autre, le ralliement immédiat à Mélenchon. C’est une fausse alternative.
On peut vouloir battre le RN, combattre LR, le macronisme et le nĂ©olibĂ©ralisme sans considĂ©rer que la seule issue consiste Ă placer les communistes derrière une autre force politique social-dĂ©mocrate Ă la prĂ©sidentielle. Le projet communiste comme le projet social-dĂ©mocrate sont lĂ©gitimes : il ne faut pas engendrer de confusion. L’enjeu pour MĂ©lenchon est d’avoir l’appui des Ă©cologistes et du PS. Son principal risque de 1er tour serait deux candidatures pour l’espace politique social-dĂ©mocrate.
Pour moi, l’enjeu est justement de construire un rapport de forces populaire suffisamment puissant pour que les nationalisations, les services publics, les salaires, la protection sociale et la réindustrialisation ne restent pas de belles propositions de programme.
Et cela suppose de reconstruire une conscience de classe et une organisation populaire durable. Sinon, nous pouvons toujours nous mettre d’accord sur dix, vingt ou trente mesures : au moment de gouverner, ce sont ceux qui disposent du rapport de forces qui décident.
C’est prĂ©cisĂ©ment pour cela que je dĂ©fends la candidature de Fabien Roussel : pas contre les convergences avec LFI, mais pour que les communistes existent politiquement, organisent leur propre force et puissent ensuite construire les rassemblements nĂ©cessaires Ă partir d’un rapport de forces rĂ©ellement populaire. Et nous avons de fortes divergences : Carlos H par exemple a dĂ©veloppĂ© ce qui nous opposent sur la politique Ă©nergĂ©tique et tout ce qui cela entraĂ®ne. Aucune candidature unique n’est donc possible et encore moins souhaitable au vu de notre projet en faveur du processus du socialisme avec notre plan climat et LFI/Ecologistes et PS.
Quel beau mĂ©pris des communistes ! et cela s’appelle Regards..
Roussel remet le couvert ? Oui — celui de la lutte des classes
Catherine Tricot nous explique que Fabien Roussel « remet le couvert » et convoque, pour conclure, une sentence attribuée à Einstein : refaire la même chose en attendant un résultat différent serait de la folie.
La formule est commode. Elle évite surtout de regarder ce qui a changé — et ce qui, malheureusement, demeure. Car ce n’est pas par goût de la répétition que le PCF présente à nouveau un candidat à l’élection présidentielle. C’est parce que le capitalisme français continue de produire les mêmes ravages : salaires compressés, services publics délabrés, désindustrialisation, précarité, misère sociale et écologique, pouvoir croissant des actionnaires, recul de la souveraineté populaire.
Dans un tel contexte, prétendre que la gauche devrait d’abord s’unir, sans poser la question de sur quoi et contre qui, revient à demander au monde du travail de patienter encore. Patienter pendant que les profits explosent, que les dividendes s’accumulent, que les fermetures d’usines se succèdent, que l’hôpital et l’école publique sont soumis à la pénurie organisée, et que la crise écologique sert parfois de prétexte à faire payer les classes populaires.
Fabien Roussel a été investi par 72,06% des suffrages exprimés des adhérents communistes, avec 22% de votes contre et une participation de 64,09%. Ces chiffres ne signifient pas l’unanimité — et tant mieux : un parti vivant débat. Mais ils signifient qu’une large majorité de communistes a choisi de porter sa voix propre à la présidentielle.�
Une candidature n’est pas une addition de logos
L’obsession de « l’union de la gauche » a souvent une fonction : elle remplace le débat politique par l’arithmétique électorale. On additionne des appareils, des sigles, des sondages et des ambitions personnelles, puis l’on s’étonne que les électeurs populaires ne se reconnaissent pas dans le résultat.
L’unité est nécessaire lorsqu’elle permet de gagner des droits, de défendre les services publics, de résister aux licenciements, de construire des mobilisations et de faire reculer le patronat. Mais l’unité pour l’unité n’a jamais constitué un programme. Une coalition qui accepte les contraintes du marché, les traités de libre-échange, la concurrence généralisée et la domination de la finance ne devient pas de gauche parce qu’elle rassemble plusieurs formations de gauche.
La véritable question est donc simple : quelle gauche veut-on construire ?
Une gauche qui promet de mieux administrer le capitalisme ?
Une gauche qui concilie avec les grands groupes industriels et financiers ?
Ou une gauche qui part des intérêts matériels de celles et ceux qui travaillent, produisent, soignent, enseignent, conduisent, construisent, nettoient et font vivre le pays ?
C’est précisément le sens d’une candidature communiste : remettre au centre non pas le commentaire sur la gauche, mais la lutte des classes.
Produire autrement, partager autrement
Roussel parle de vivre de son travail, de réindustrialiser et de décarboner la production. On peut discuter les modalités, les priorités, les formules et les insuffisances d’un programme. Mais il y a là un point de rupture avec une partie de la gauche devenue étrangère au travail productif : on ne sauvera ni le climat ni les classes populaires par la décroissance subie, par les taxes injustes ou par la culpabilisation des ménages.
La France doit produire davantage de ce qui est utile : logements bien isolés, trains, équipements de santé, médicaments, outils agricoles, énergie, matériaux durables, infrastructures publiques. Mais elle doit le faire autrement : sous contrôle public et démocratique, avec des normes sociales et écologiques élevées, des salaires dignes, des emplois stables et une planification écologique.
Le mot décisif n’est donc pas seulement « produire ». C’est : qui décide de produire, pour quoi faire, dans quelles conditions, et à qui reviennent les richesses créées ?
Aujourd’hui, ce ne sont pas les travailleurs qui décident. Ce sont les conseils d’administration, les fonds d’investissement et les grands actionnaires. La question communiste reste alors d’une actualité brutale : pourquoi ceux qui créent la richesse devraient-ils dépendre de ceux qui en captent la plus grande part ?
La fraude n’est pas une anecdote
Roussel met aussi en avant la lutte contre les fraudes fiscale et sociale. Il faut être clair : mettre sur le même plan l’optimisation fiscale des multinationales et les erreurs ou abus individuels serait une faute politique. La fraude fiscale, l’évasion fiscale et les stratégies d’évitement organisées par les grandes fortunes et les grands groupes ne sont pas de petits écarts : elles constituent une dépossession massive de la collectivité.
L’argent manque à l’école, à l’hôpital, aux collectivités, à la justice, aux transports publics ou à la transition énergétique non parce que le pays serait trop pauvre, mais parce qu’une part considérable des richesses produites échappe à l’impôt, à la cotisation sociale et à l’investissement utile.
Cela ne dispense pas la gauche de défendre une ligne nette : traquer la fraude patronale et financière doit être une priorité absolue ; mais on ne peut faire de la « fraude sociale » un slogan indistinct qui alimente la suspicion envers les allocataires, les chômeurs ou les travailleurs précaires. Le vrai scandale social, ce sont les fortunes qui prospèrent grâce au travail collectif tout en refusant d’en financer les institutions communes.
Ce qui a échoué en 2022
Oui, Fabien Roussel a obtenu 2,28% des voix au premier tour de 2022. Le constat ne doit pas être esquivé. Mais la leçon ne peut pas être : « puisqu’une candidature communiste a fait un faible score, toute expression communiste devient illégitime ».�
Une présidentielle ne résume pas une stratégie de transformation sociale. Elle ne mesure ni l’implantation syndicale, ni les luttes locales, ni les élus de terrain, ni la capacité à faire vivre des idées dans les entreprises et les quartiers. Surtout, elle ne transforme pas mécaniquement une candidature retirée en votes transférés vers un autre candidat.
L’argument du « vote utile » produit d’ailleurs une spirale sans fin : puisqu’il faut voter utile, les formations les moins puissantes doivent s’effacer ; puisqu’elles s’effacent, elles s’affaiblissent ; puisqu’elles sont affaiblies, on leur explique qu’elles doivent encore davantage s’effacer. À ce jeu-là , il ne reste bientôt qu’une alternance entre gestion libérale et extrême droite.
La montée de l’extrême droite ne se combattra ni par l’effacement du discours de classe ni par une gauche abstraite, éloignée des réalités du salaire, du logement, de la dignité au travail et de l’abandon des territoires populaires. Elle se combat en redonnant une perspective de pouvoir à celles et ceux que le système a relégués, humiliés ou mis en concurrence.
L’enjeu : reconstruire une majorité populaire
Une candidature communiste ne doit pas avoir pour objectif de faire exister un appareil pour lui-même. Elle doit servir à construire une majorité populaire : salariés du privé et du public, ouvriers, employés, techniciens, agriculteurs, jeunes, retraités, chômeurs, indépendants précarisés, habitants des quartiers populaires comme des ruralités abandonnées.
Cette majorité ne se gagnera pas par des incantations unitaires. Elle se gagnera par un programme de rupture concret :
Augmentation des salaires et indexation sur les prix.
Réduction effective du temps de travail, sans baisse de salaire.
Retraite Ă 60 ans Ă taux plein.
Nationalisation des secteurs stratégiques : énergie, banques, transports, médicament, grandes infrastructures.
Planification écologique démocratique, fondée sur la reconquête industrielle et les services publics.
Fin des cadeaux fiscaux et sociaux aux grandes entreprises sans conditions d’emploi, d’investissement et de transition.
Renforcement de la Sécurité sociale et retour d’un véritable pouvoir des travailleurs sur la production.
Lutte résolue contre le racisme, le sexisme et toutes les divisions utilisées pour opposer les exploités entre eux.
Voilà le débat que la candidature de Fabien Roussel devrait ouvrir. Non pas : « qui doit se retirer au profit de qui ? », mais : « quelle force politique est prête à dire que les richesses doivent changer de mains ? »
Roussel remet le couvert ? Très bien. À condition que ce ne soit pas le couvert des dîners médiatiques, des arrangements électoraux et des promesses sans lendemain. Qu’il soit celui des travailleurs, de la propriété sociale, de la planification écologique, de la paix, des services publics et de la conquête démocratique du pouvoir sur l’économie.
Toute cette tartine pour faire oublier que LFI est bien plus à gauche que le « communiste » préféré de la droite et des médias dominants. Pourquoi croyez-vous que Roussel est encensé par ces gens là ?
https://plurielle.info/le-communiste-prefere-de-la-droite-et-de-delga/
Cher Michel Davesnes,
L’argument du « communiste préféré de la droite et des médias » ne démontre absolument rien sur la ligne politique de Fabien Roussel. C’est précisément ce procès en légitimité médiatique que nous avons déjà largement discuté. Vous faites fausse route et votre analyse est infantile : encore du gauchisme social-démocrate !
Si LFI est « bien plus à gauche », alors comparons les programmes, les rapports de propriété, la place du capital, la souveraineté industrielle, le nucléaire, le travail et les alliances politiques. C’est là que se mesure une ligne politique, pas au nombre d’éloges ou de critiques reçus dans les médias.
LFI est rĂ©fomiste et libĂ©rale. Elle ne veut pas la nationalisation de TOTAL et celle d’ARCELOR MITTAL pour ne plus produire en France d’acier nouveau et donc fermer l’activitĂ© en comptant uniquement sur le recyclage d’acier. Or, l’acier recyclĂ© ne sert pas Ă tout. Sans nationalisation de TOTAL, par de modification des rapports sociaux.
Vous ĂŞtes Ă la droite du PCF. Assumer de l’ĂŞtre. ArrĂŞtez de jouer aux anarchistes alors que vous ĂŞtes des populistes sociaux-dĂ©mocrates anti capitaliste et anti socialiste (contre le socialisme dĂ©mocratique) comme gĂ©rant loyaux et efficaces d’un alter capitalisme moral qui n’existe que dans vos tĂŞtes !
Et accessoirement, être critiqué ou apprécié par tel ou tel média ne transforme pas magiquement un communiste en social-démocrate.
Quel mépris pour les communistes !