Partout, la guerre

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Dans tous les domaines de la vie publique, la guerre s’immisce. Pas seulement son vocabulaire martial quand il s’agit d’une pandémie, mais concrètement, les gouvernements s’arment, se menacent, envers et contre tout.

Le Pentagone ne sera plus le « ministère de la défense américaine » mais le « ministère de la guerre ». Cette nouvelle dénomination le dit simplement : la guerre est désormais un projet. Cela fait longtemps qu’elle occupe les imaginaires et les discours politiques. L’Allemagne proclame son objectif de redevenir la première armée conventionnelle européenne ; le Japon révise sa constitution pacifiste et porte au pouvoir une première ministre révisionniste. Tous les pays européens se préparent à consacrer 5% de leur PIB à l’achat d’armes aux États-Unis. Partout, on assiste à une acceptation sans discussion de la militarisation. Cette présence de la guerre ne commence pas avec Donald Trump et ne se limite pas aux États-Unis.

Depuis trois ans, elle fait rage en Ukraine. Elle transgresse tout à Gaza. Sa menace pèse sur les budgets. La guerre s’est glissée au cœur de la politique dans une époque obsédée par la puissance et hantée par l’ennemi. Elle est proclamée ad nauseam. Guerre contre le terrorisme, guerre contre le covid, guerre contre la dette, guerre contre l’inflation, guerre aux narcotrafiquants, etc. La guerre deviendrait la mesure de toute politique. Prétendre moins serait ne rien vouloir faire. Les gouvernants brandissent ce vocabulaire martial dès qu’il s’agit de discipliner ou de tétaniser les esprits. La guerre, fantasmée comme un moment d’unité nationale, permet de désigner un ennemi commun et d’appeler à serrer les rangs. Peu importe désormais que cet ennemi soit extérieur ou intérieur : la guerre moderne efface cette distinction. Le « terroriste islamiste » d’hier, l’« étranger envahissant » d’aujourd’hui, le « musulman suspect » en permanence, le « Russe forcément agressif » ou le « Chinois nécessairement rival » de demain : tous sont désignés comme les adversaires pour cimenter un peuple que l’on voudrait uni dans la peur.

La guerre d’aujourd’hui se fait à distance, dans les villes, dans les réseaux numériques. Elle brouille les frontières entre civil et militaire, entre paix et guerre, entre propagande et réalité.

Mais l’ennemi n’est pas toujours un fantasme et la guerre n’est pas qu’une métaphore. Elle s’impose avec une brutalité extrême au Proche-Orient, où l’armée israélienne a attaqué six pays en six mois et poursuit une offensive génocidaire sur Gaza et la colonisation méthodique de la Cisjordanie. La guerre frappe ailleurs : au Soudan, au Yémen, au Congo…. Trump, Xi, Modi, Milei, Netanyahou : chacun mobilise pour imposer son ordre.

La France n’échappe pas à cette logique. Depuis le covid et surtout depuis l’invasion de l’Ukraine, Emmanuel Macron en a fait sa grammaire politique : « tenir son rang », « bâtir une Europe puissance », « assumer la guerre en Ukraine », multiplier les opérations militaires sur le continent africain, assurer que « l’arme atomique reste la garantie de notre liberté »… Ce discours et cette politique guerrière sont d’autant plus inquiétants qu’ils forcent à penser dans ces termes et à accepter que les richesses matérielles et intellectuelles y soient englouties.

80 ans après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki qui ont révélé la menace de la destruction de notre planète, la guerre se ramifie. On fait la guerre autant pour l’eau que pour les territoires. Les États-Unis se font ouvertement menaçants pour accaparer pétrole, ressources en eau et richesses du sous-sol. On fait la guerre avec les armes conventionnelles et avec les armes interdites, chimiques, famines ou menaces nucléaires. On fait la guerre avec les drones et en détruisant les systèmes informatiques à distance. La guerre d’aujourd’hui se fait aussi à distance, dans les villes, dans les réseaux numériques. Elle brouille les frontières entre civil et militaire, entre paix et guerre, entre propagande et réalité. Elle menace les usines chimiques, les centrales nucléaires faisant d’infrastructures civiles de possibles armes de destruction massive. La guerre se démultiplie.

Partout s’impose l’idée que la sécurité ne s’obtient que par l’armement, que la paix ne peut être que le produit de la puissance. Au nom de notre protection, nos dirigeants détruisent ce qui fonde réellement la cohésion sociale – nos services publics, nos solidarités, notre capacité à affronter collectivement les crises, notre appartenance voulue et aimée à l’humanité.

Cet article est extrait de notre numéro « AVANT GUERRE », paru en octobre 2025.

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